samedi 27 octobre 2012

[Critique] Frankenweenie ou la renaissance de Tim Burton (31/10/12)

FRANKENWEENIE

De Tim Burton
Avec les voix US de Charlie Tahan, Martin Short, Catherine O'Hara, Martin Landau, Wynona Ryder

Sortie le 30 octobre 2012

Le jeuneVictor Frankenstein (sic!) est un gamin solitaire qui n'a pour seul ami que son chien Sparky. Un peu freak sur les bords, les sciences sont pour lui un refuge et une promesse d'un quotidien plus fun. Alors que ses parents essaient de lui construire une vie plus sociable grâce au baseball, Victor voit son chien adoré se faire écraser. Il compte alors sur les pouvoirs salvateurs de la science pour ramener son meilleur ami à la vie. Quelques éclairs plus tard, Sparky est de retour parmi les vivants (quelques pièces raccommodées en plus) mais Victor ne veut pas ébruiter ce secret. Bien évidemment, le fougueux Sparky n'en peut plus de rester enfermé... Il s'échappe et la ville toute entière s'aperçoit que contrôler la vie peut avoir des conséquences inattendues et... monstrueuses.


Un modèle de poésie noire et d'humour rose bonbon


© Disney Pictures
Si les dernières oeuvres de Tim Burton ont laissé les plus fidèles du maître du macabre quelque peu perplexes, voire fâchés, (La planète des singes, Alice au pays des merveilles et Dark Shadows en tête), Frankenweenie les réconciliera avec les travaux de ses débuts. Finie l'autoparodie sans renouvellement ! 

© Disney Pictures
Il retourne aux sources et reprend l'un de ses premiers courts-métrages de 30 minutes entrepris en 1984 déjà chez la maison Disney (diffusé sur Arte le 31 octobre à 14h25), mais écarté car trop effrayant. Ce dernier porte les germes de l'univers du cinéaste épris de fantastique : sa amour pour les productions de la Hammer qui ont bercé son adolescence, son goût pour l'expressionnisme européen, sa tendresse pour les monstres et la différence, et sa conteur raffinée.


"Sometimes, adults don't know what they're talking about"

© Disney Pictures Nul ne sera surpris par l'inventivité de la mise en scène (qui démarre dès les premières images, où le célèbre générique de la maison aux grandes oreilles est revisité), ni par la capacité du cinéaste à fluidifier n'importe quelle idée frapadingue. Le réalisateur a le don unique de donner de la grâce aux histoires les plus lugubres, tout en asseyant son univers. 

© Disney PicturesFrankenweenie est assurément le film le plus personnel et autobiographique de Tim Burton. Si les prises de vues réelles ont laissé place à la technique du stop-motion (l'animation image par image de marionnettes), le film est fondamentalement proche de l'original, offrant une véritable carte postale esthétique et poétique de l'enfance burtonienne. Ce garçon qui bidouille des expériences dans son grenier, c'est Tim lui-même. L'introverti différent des autres gamins qui aimait rêver des histoires monstrueuses et tourner des petits films avec ses jouets au lieu de jouer dehors entouré d'amis.

© Disney Pictures


Les décors de New Holland, banlieue proprette des Etats-Unis, rappellent le quartier dans lequel Burton a grandi. Ils rendent compte d'une atmosphère très particulière et fascinante : à la nuit tombée, les ombres envahissent les rues et transforment le quartier en une espèce de forêt dangereuse (idée déjà exploitée dans Edward aux mains d'argent).


Burton ressuscite le 7e art qui l'a nourri. Il fait avec Frankenweenie moins dans la critique sociale et plus dans la compilation fantastique. L'intrigue de son court est étoffée avec l'arrivée de personnages secondaires aussi drôles que loufoques, et gagne en "monstruosité" avec le retour des légendes burtoniennes, des créatures effrayantes ou rigolotes telles que Dracula, Batman, les Grimlins, Frankenstein, Godzilla, King Kong et même Vincent Price (acteur d'épouvante déjà honoré par un court-métrage fait par Burton, qui lui a ensuite donné le rôle du créateur d'Edward, dans Edward aux mains d'argent). On notera aussi quelques ressemblance esthétiques avec des personnages déjà existant comme celui de Victor avec le Victor dans Noces Funèbres et le prof de sciences avec le dresseur de souris dans Coraline


Avec Frankenweenie, on retrouve alors la fraîcheur, la poésie et la générosité mais aussi la tristesse, le sarcasme et le gothique qui ont construit la légende Burton. Sans oublier l'excellence de l'esthétique, dans laquelle la 3D s'intègre bien, suscitant l'émerveillement, la surprise et ajoute évidemment une dimension effrayante. Drôle et touchant, tendre et moqueur, le scénario n'oublie pas de flinguer les adultes qui, une fois de plus, ne comprennent rien et deviennent moins humains que les monstres eux-mêmes. Et martèle son message de tolérance envers les gens différents, qui ont tout autant leur place dans ce monde que les autres. Si L'Étrange pouvoir de Paranorman m'avait déjà scotchée rendant hommage avec beaucoup de style le travail de Burton, Frankenweenie place la barre encore plus haut, rappelant qui est réellement le maître du genre. 
© Disney Pictures



En résumé : Frankenweenie est un véritable bijou filmé comme un classique des années 30. Il vous fera sourire, soulever les poils et ouvrira votre cœur en deux. Si ça n'est pas gage d'une statuette dorée en février prochain, je n'y comprends plus rien !



Disney a sorti pour l'occasion de superbes affiches rétro rendant hommage avec plein d'amour et de malice aux vieux films film d'horreur que Burton aime tant. (© Disney Pictures)


 


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