mardi 6 mars 2012

Critique : Eva : les relations humains/robots passées au microscope (21/03/12)


EVA


De Kike Maillo
Avec Claudia Vega, Alberto Ammann, Daniel Brühl, Marta Etura...

2041. Alex Garel (alias Daniel Brühl, récemment vu à l'affiche d'Intruders), un ingénieur en robotique surdoué, se prend pour le Dr Frankenstein : il est appelé par un laboratoire spécialisé qu'il a quitté 10 ans plus tôt pour créer le premier robot humain "libre", c'est-à-dire qui a un comportement non dicté par des règles pré-programmées et sans perspectives d'évolution. C'est alors qu'il s'attelle au difficile projet de créer un enfant androïde capable de réagir avec espièglerie et malice, inconscience et légèreté, ainsi que l'illogisme qui fait le charme d'un véritable bambin. Pour mener à bien son travail, Alex va se lier d’amitié avec Eva (Claudia Vega), une intelligente petite fille qui ne cessera de l’intriguer et qu'il finira par prendre comme modèle (car elle s'avère être sa nièce). Et au-delà de son amour pour les machines intelligente, Alex va renouer des liens avec son frère David (Alberto Ammann), qui partage sa vie avec son premier amour, dénommée Lana (Marta Etura)...

© Wild Bunch Distribution



© Wild Bunch Distribution
Ne se contentant pas d'avoir les meilleures équipes de football, l'Espagne est en train de devenir une nation championne du cinéma fantastique. Sa spécificité ? Des images sublimes, des thématiques riches et menant à la réflexion, et une générosité dans les émotions. Après .REC, Ouvre les yeux, Les Yeux de Julia, Abandonnée, L'Orphelinat, Le labyrinthe de Pan, L'Échine du diable et quelques autres, Eva ne déroge pas à la règle. Unique en son genre, ce petit bijou visuel prendra sûrement vos émotions en otage et vous laissera un joli souvenir esthétique.

« Qu'est-ce que tu vois quand tu fermes les yeux ? »

© Wild Bunch DistributionDès le départ, le générique d'ouverture nous en met plein les yeux. Il captive par sa beauté complexe. Telle une toile d'araignée, une structure se forme avec une multitude de bulles, de gouttes et de formes translucides qui se lient les unes autres autres telles des synapses d'un cerveau. Dans certaines d'entre elles, apparaissent des images, telles des visions, des tranches de vie. Et cette imagerie n'est pas là par hasard. Elle symbolise les innombrables émotions et traits de caractère qui façonnent un être humain lors de sa vie. Alors qu'en est-il des robots ?

Le film affirme dès le départ que les hommes ne peuvent plus se passer des robots, que ce soit pour faire leurs besognes ingrates comme le ménage, ou pour leur tenir compagnie (Alex ne se balade jamais sans Gris, son chat-robot (illégal) "libre"). Et pourtant, le réalisateur a préféré un environnement rétro-futuriste, où les éléments ultra-technologiques se fondent dans un univers qui nous est familier, stylisés façon seventies, plutôt que de nous gaver la vue avec des décors à la Cinquième élément ou autres du genre...

© Wild Bunch DistributionKike Maillo, le réalisateur (en interview ICI), a su digérer ses influences variées pour donner naissance à un premier film ayant son identité propre. Mélange d'A. I. de Spielberg et du Labyrinthe de Pan de Del Toro, Maillo n'a pas eu besoin d'une débauche hallucinante d'effets spéciaux et d'un budget faramineux pour avoir un résultat impeccable. Les images de synthèse, parfaitement maîtrisées, sont admirablement bien intégrées aux véritables décors, ce qui permet aux spectateurs de se plonger avec facilité dans ce univers unique et de se concentrer sur le cheminement psychologique des personnages. Mais de cela je n'en parlerai pas, je vous laisse les découvrir car ils réservent quelques surprises.

© Wild Bunch Distribution
Quant aux acteurs, ils servent avec beaucoup d'humanité les questionnements du réalisateur : est-on capable de tisser des liens forts avec des machines, parfaites et très ressemblantes aux humains, qu'avec des hommes faits de chair et d'os ? Comment ces nouvelles relations peuvent-elles affecter celles déjà tissées entre humains. Sera-t-on capable de tomber amoureux de l'un d'eux, sachant que nous savons que c'est une "simulation" ? On se prend au jeu et on pourrait y croire...

© Wild Bunch Distribution
La jeune Claudia Vega dans le rôle d'Eva est tout simplement fabuleuse. Débutante encore non façonnée par la machine du succès, elle dégage une fraîcheur et une maturité déroutantes. Elle donne une réelle crédibilité, que ce soit dans la gravité ou dans les moments plus joyeux. On découvre aussi avec étonnement le rôle confié à Lluis Homar (vu dans Étreintes brisées), un prototype humain d'ancienne génération, robot obsédé par l'ordre et le nettoyage. Ses scènes sont une réelle bouffée d'oxygène dans la tension croissante de l'histoire, sans pour autant atteindre les cimes. Et c'est en même temps là que le bât blesse. L'histoire se veut familial et politiquement correct, ce qui atténue le suspense et atténue le message très rapidement évoqué du danger palpable qu'encourt les personnages face aux machines. Une violence latente qui pourrait tourner au drame si ces dernières devenaient incontrôlables. L'histoire se tient, sans ambiguité, menant en parallèle l'histoire du robot et celle d'un triangle amoureux (attendu et évidemment contrariée), dans laquelle lieux frères deviennent plus ou moins ennemis. Entre eux deux, spectatrice, la jeune Eva... pas si angélique qu'il n'y paraît. Mais chut... je ne vous ai rien dit !

© Wild Bunch Distribution
En résumé Eva s'impose comme la nouvelle pépite du cinéma de genre espagnol. Film d’atmosphère (intimiste) autant que de personnages (poignants), Eva épate par sa richesse visuelle, sa qualité d’écriture, la perfection de ses comédiens à fleur de peau. Mieux, Eva marque la naissance d'un metteur en scène sur aguerri, qu'il faudra surveiller dans les années à venir.


Messages les plus consultés