SPECTRE Sortie le 6 novembre 2015 "You've got a secret. Something you can't tell anyone, because you don't trust anyone".
Le premier trailer de Spectre, le 24e James bond de la saga, vient d'être dévoilé… Et on peut dire que c'est le calme avant la tempête ! Pas de scènes d'action, plutôt inhabituel pour les premières images d'un 007. Les studios MGM leur ont préféré une ambiance mystérieuse, avec un espion montrant ses failles, toujours endeuillé par la disparition de sa supérieure. Un courrier énigmatique l'entraîne dans des endroits enneigés et reculés, à la rencontre d'un mystérieux homme, tapi dans l'ombre, interprété par Christoph Waltz. "Welcome James, it's been a long time…". À voir ce que nous réserve la prochaine bande annonce.
Aux côtés de Daniel Craig, on retrouvera Léa Seydoux, Monica Bellucci, ainsi que Ben Wishaw dans le rôle de Q, Ralph Fiennes dans celui de M, sans oublier Andrew Scott, Dave Bautista… et surtout l'indomptable Christoph Waltz, qui ne restera pas longtemps dans le noir…
De Tim Burton
Avec Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston, Krysten Ritter, Jason Schartzman, Terence Stamp...
Sortie le 18 mars 2015
Big Eyes raconte l'histoire vraie de l'une des plus grandes impostures de l'histoire de l'art. A la fin des années 1950, Margaret Keane quitte précipitamment son mari en emmenant sa fille à San Fransisco. Elle n'a rien pour subsister et cherche du travail. Son domaine : l'art. Mais pas n'importe lequel. Celui qui la fait vibrer et mettre ses émotions sur le chevalet. Son sujet favori : les enfants misérables et tristes, qu'elle peint avec des yeux sur-dimensionnés. Un jour, elle rencontre Walter, un soit-disant peintre du dimanche qui a appris la peinture aux Beaux-Arts, à Paris. Sûr du talent de Margaret, il met en avant les ses tableaux… en se faisant passer pour le peintre. Le succès est fulgurant. Il révolutionne le commerce de l'art, devient riche à millions. Mais à quel prix ! Il laisse sa femme des heures enfermée dans son atelier pour continuer à produire les toiles qu'il est incapable de faire lui-même. Ce mensonge a dupé l'Amérique durant des années avant d'être démasqué...
Si ces 10 dernières années Tim Burton a donné dans le fantastique macabre à gros budget (Frankenweenie, Dark Shadows, Alice au pays des merveilles, Sweeney Todd, Noces Funèbres…), il revient avec Big Eyes vers le film indépendant, plus terre à terre (ce qu'il n'avait plus fait depuis Peewee Big Adventure). Mais son œuvre est toujours basée sur l'histoire de personnages hors norme, et d'une certaine façon, mis au banc de la société à cause de leur art.
Burton, artiste lui-même exposé, comprend ce qu'est l'art marginal, et s'interroge sur les raisons pour lesquelles l'art doit être toujours légitimé par des critiques. Les portraits de Margaret détonnent dans l'expressionnisme abstrait en vogue dans le paysage artistique de l'époque. Ses portraits d'enfants stylisés, figuratifs et romantiques, font tache dans le monde artistique des années 1950-60 que Burton montre comme prétentieux et se prenant au sérieux. Le film pose d'ailleurs la question "qu'est-ce que l'art ?". Il est très subjectif. Qui sommes-nous pour juger de ce qui est un chef d'œuvre ou non ? Un débat que le cinéaste initie dès les premières images du film, en montrant l'impression de centaines de posters de peinture reproduits à la chaîne, comme autant de morceaux sans âme du véritable tableau, dispersé au vent pour de l'argent. Débat qui se joue ici-même puisque je me permets de critiquer une œuvre…
L'histoire de Margaret rejoint celle d'Ed Wood (aussi réalisé par Burton), celui qu'on a surnommé le pire réalisateur de Hollywood. Un personnage dont la plupart des gens se moquait, mais dont la passion démontrait que son art n'était pas une plaisanterie. Le scénario et la caméra se concentrent ensuite sur l'artiste plus que sur son art. Rejetée par les galeries et les critiques, Margaret se cache derrière le bagou de son mari manipulateur, qui révolutionne le monde de l'art en inventant le marketing de masse. Et pour autant, elle incarne les prémices du mouvement féministe. Mère au foyer aux petits soins pour son mari, elle se transforme au fur et à mesure en artiste épanouie, comme ses toiles passant de la noirceur de la mélancolie à la luminosité des couleurs.
Derrière ses premières toiles étranges, on retrouve évidemment l'univers du cinéaste. Et le film prend une dimension d'auto-portrait délicat et mélancolique, le réalisateur des laissés-pour-compte ayant été lui-même rejeté pour son anticonformisme. Mais cette singularité si propre à Tim Burton n'est présente nulle part (ou presque) dans le film. On s'attend à ce que le réalisateur y mette sa patte fantaisiste, son grain de folie et son esthétique unique. Mais à part une tentative (râtée) dans une scène de supermarché (où les clients et caissières ont subitement de gros yeux dans le regard de Margaret), Big Eyes manque de cette étincelle qui nous plaît tant chez l'artiste.
Ses images pimpantes servent à fabriquer un plaidoyer féministe égratignant au passage la misogynie ambiante de l'époque, porté par les prestations inégales d'Amy Adams et de Christoph Waltz. Si la première joue une femme à la fois naïve et déterminée avec retenue et finesse, le second est en roue libre, un poil dans l'excès, interprétant un mari bavard et manipulateur qui nourrit son ego en diminuant les sentiments de son épouse. Le côté démesurément extraverti sert le personnage de Walter (et fait souvent sourire), mais il a tendance à écraser un peu sa partenaire. Résultat, quand on voit Margaret prendre le dessus et répliquer, on prend un plaisir fou à (re)devenir un temps soit peu féministe.
En résumé : Tim Burton brosse le portrait du milieu de l'art sur fond de révolution féministe, avec un classicisme qu'on ne lui avait pas vu depuis très longtemps.
Avec les voix en VO de Amanda Seyfried, Josh Hutcherson, Beyoncé, Christophe Waltz, Colin Farrell... Et en VF Jérémie Renier, Mélanie Laurent, Garou… Sortie le 25 mai 2013
Une guerre insoupçonnable fait rage autour de nous, dans le monde invisible pour ceux que ne croient pas aux êtres minuscules créés par Mère Nature. Alors quand Mary Kate, une adolescente citadine venue s'installer chez son père (qui n'a de père que le nom) se retrouve plongée par magie dans cet univers caché, elle doit s'allier à un groupe improbable de personnages singuliers et pleins d'humour afin de sauver leur monde... et le nôtre.
Après la saga polaire L'Âge de glace et les aventures d'un ara bleu dans Rio (dont le 2e volet sortira l'année prochaine), les studios Blue Sky innove. Fini les blagues potaches niveau maternelle, et les dessins sympa mais pas très novateur. Avec Epic, ils renouvellent leur genre et passe à l'âge adulte. L'esthétisme, doublée d'une 3D renversante, nous embarquent totalement dans cet univers rempli de chlorophylle et de personnages attachants.
Si on a l'impression de débarquer dans Chéri, j'ai rétréci les gosses au départ (et son monde miniature où tout paraît immense et insurmontable), on découvre très vite un monde enchanteur, coloré, magique et poétique, peuplé de petites créatures à la fois féériques et complètement loufoques. J'en veux pour preuve : Mub et Grub, deux gastéropodes à la langue baveuse et bien pendue, sont les personnages les plus drôles du film. A n'en pas douter, leurs clowneries et leur humour feront rires autant les petits que les grands (si ce n'est plus). Et les autres, davantage ancrés dans un imaginaire de conte de fées (certains rappelleront de loin les Minimoys), n'oublieront pas de vous émouvoir.
Au-delà de sa beauté plastique, Epic est aussi un film d'aventures, qui n'a pas oublié sa morale écolo et humaniste (se protéger les uns les autres d'abord pour protéger la nature ensuite), et son affrontement éternel entre Bien et Mal (avec un méchant très très méchant et répugnant contre un jeune fanfaron rebelle, qui finit par rentrer dans le rang pour le bien de son peuple). Pour autant, les bons sentiments ne dégoulinent pas, et le film ne tombe pas dans les excès des gros happy end américains habituels.
Si les personnages -- traditionnels -- sont étoffés par une écriture soignée, on ne peut pas dire que le scénario révolutionne le genre. Mise à part la scène d'ouverture et la grande bataille finale, il ne se passe pas énormément de choses. C'est bien dommage. Et pourtant, on passe un excellent moment !
En résumé : Les félicitations du jury pour la beauté plastique, mais peu mieux faire côté histoire. Mais on reste enchanté malgré tout.
CARNAGE De Roman Polanski Avec Christoph Waltz, John C. Reilly, Kate Winslet, Jodie Foster
Adapté de la pièce de Yasmina Reza Les Dieux du Carnage, triomphe critique et public sur les scènes de Londres et de Broadway, Carnage devient un sobre huis-clos urbain, simple mais toujours aussi explosif sous la houlette de Roman Polanski.
Deux couples de parents se rencontrent afin de trouver un arrangement après une bagarre qui a eu lieu entre leurs deux fils de 11 ans. Les dommages ? L'un des deux a perdu des dents et un bout de gencive. Rien de dramatique en soi, mais entre gens intelligents et courtois, un accord à l'amiable est souhaitable. Chose faite en deux temps trois mouvements jusqu'à ce que l'un d'eux dise un mot de trop... qui fait dérailler cet ensemble trop poli pour être vrai. Filmé dans un seul décor d'appartement "bourgeoisement" coquet, ces quatre personnages vont progressivement et inexorablement s'enfoncer dans une logorrhée vénéneuse, prenant au vol le moindre mot mal placé, pour évacuer leur "trop plein" accumulé toutes ces années sans exploser. Leurs névroses conjugales ainsi exposées, ils finissent par devenir aussi immatures et futiles que leurs enfants.
Au départ, Carnage met en scène deux couples qui n'ont pas la même façon d'élever un enfant et qui s'affrontent en voulant chacun imposer leurs idées. Petit à petit, on s’éloigne du sujet "ces chères têtes blondes", pour atterrir au milieu des problèmes de couple. Ce qui les unissait chacun dans leur mariage devient une joute hommes contre femmes, machisme contre matriarcat. La bonne humeur du mari émasculé (John C. Reilly, vu récemment dans We Need to Talk about Kevin) s'efface au profit d'une fronde anti-avocat malhonnête et insupportable (Christoph Waltz, vu récemment dans Les Trois Mousquetaires). Et la bienséance de ces dames (Kate Winslet et Jodie Foster) s'évanouit lorsqu'elles tournent les talons. Une situation explosive sans intrigue particulière mais servie par des dialogues (enrichis de références artistiques et politiques) savoureux et... piquants !
Le film ressemble à son affiche : une multitude d'humeurs, toutes aussi contradictoires les unes que les autres, dans un univers fermé à la limite de la suffocation, où la fuite n'est pas possible. Polanski, habitué des huis-clos (La Jeune Fille et la Mort, Cul-de-sac et Le Locataire) donne la part belle à un jeu d'acteurs impressionnants (avec tout de même un léger bémol pour dame Foster, qui à force de hurlements et de gesticulations peut devenir agaçante). On prend un réel plaisir à les voir s'en mettre plein la figure, écornant l'image BC-BG et bien-pensante, finissant leur pugilat en crise de nerfs éthylo-collective.
Malgré un rythme rapide et une mise en scène loufoque, il n’est pas impossible que le spectateur décroche de temps à autre. Car il faut le dire : Carnage, c'est avant tout du théâtre filmé ! Même si la mise en scène est ingénieuse, il n'en reste pas moins qu'on se sent au théâtre. Mais le film sait varier les genres avec talent. Tandis que chaque personnage révèle inexorablement sa personnalité véritable (et monstrueuse), bien moins reluisante que celle que l'on s'était imaginé au départ, le décor devient le prétexte à une suite de destructions symboliques absurdes et... jouissives. Un bouquet de tulipes à 20 dollars, des livres d'art en édition limitée et un Blackberry qui sonne en permanence deviennent des armes de destruction sociale massive, synonymes d'un monde consumériste et déshumanisant, où les gens sont éduqués à éviter le réel conflit. Alors on rit lorsque Kate Winslet vomit sur les inestimables livres, qui deviennent plus importants que la santé de la jeune malade. Et on sourit lorsque le portable est mis dans le vase, révélant l'agacement général de ses interruptions permanentes. En cela Polanski nous livre une mise en scène subtile pleine d'hypocrisie. On regrette sans doute la fin qui n'a pas la teneur du reste...
En résumé :
Carnage n'est pas à la hauteur de The Ghost Writer mais rattrape largement Oliver Twist. Un cinéma divertissant où des acteurs font le maximum pour rendre la situation crédible, avec des dialogues burlesques et croustillants.
Il est difficile d'imaginer que le réalisateur des Resident Evil et de Mortal Kombat ait "toujours voulu adapter" le roman d'Alexandre Dumas. Non, ce n'était pas une blague... Voilà un pari risqué au vu du nombre d'adaptations déjà effectuées (plus d'une vingtaine). Le Masque de fer, très librement inspiré de l'oeuvre de Dumas, n'avait pas attiré que des compliments malgré la présence d'un casting 4 étoiles.
N'ayez crainte, ici point de zombies ou de courses de voitures effrénées dans le Paris du XVIIe siècle. Mais la patte de W. S Anderson est bien présente. Damoiseaux, damoiselles, Les trois mousquetaires version 2011 est une version un tantinet grand-guignolesque, voire un film de série B, mais à l'évidence tout à fait assumé. Passer un bon moment vous pourrez, si vous le prenez au 3e degré...
Cette co-production franco-germano-britannique est plutôt fidèle quant à l'histoire imaginée par Dumas, tout du moins en ce qui concerne la première partie. Un jeune venu de la campagne gasconne nommé D'Artagnan (Logan Lerman) voyage jusqu'à Paris pour devenir un Mousquetaire (comme son père) c'est-à-dire l'élite de la garde royale ayant juré de protéger le trône de France. Ce dernier est occupé par le roi Louis, un adolescent (Freddy Fox) pourri gâté, peu sûr de lui et manipulable à merci par le Cardinal de Richelieu (Christoph Waltz). A peine arrivé dans la capitale, D'Artagnan se fait trois ennemis, et non des moindres puisqu'il s'agit d'Athos (Matthew McFadyen), de Porthos (Ray Stevenson) et d'Aramis (Luke Evans), les trois Mousquetaires les plus fidèles (et les plus ivrognes aussi) de la garde rapprochée du roi. Mais en combattant à leurs côtés face aux troupes de l'effroyable Cardinal, D'Artagnan devient l'un d'eux. Unis "tous pour un et un pour tous", ils déjouent un complot visant à faire tomber le roi, orchestré par le duc de Buckingham (Orlando Bloom), aidé de l'agent double Milady De Winter (Milla Jovovich).
Une esthétique très BD avec quelques pointes de gothique anachronique, des costumes très rock'n roll (mais somptueux), des décors fastes et pompeux (versant parfois dans le carton pâte, que la 3D ne pardonne pas...), un casting surprenant de diversité... Tout ce joyeux bazar organisé fonctionne plutôt bien. De nombreuses libertés prises par rapport au récit initial donne au film un vent de modernité (les armes, le langage...), devenant une œuvre d'aventure et d'action, certes un poil enfantin mais assez plaisant.
Ce n'est en rien le film du siècle mais il a une identité visuelle bien à lui. On ne pourra s'empêcher de lui trouver quelques ressemblances avec Pirate des Caraïbes. Ainsi, les Britanniques ont aussi une supériorité de taille : une machine de guerre impitoyable (inspirée des plans de De Vinci), à savoir un bateau-volant, armé de la poupe à la proue. Ce qui évidemment conduit à une bataille sans pitié déjà vue chez Gore Verbinski. Ou clin d'oeil trentenaire du Time Bandits de Terry Gilliam ? Sans oublier l'image finale d'un Orlando Bloom, figure conquérante sur un navire, annonciateur d'un second opus. Déjà ? Voilà un optimisme non dissimulé...
W. S. Anderson n'a pas oublié d'intégrer ce qui a fait de lui un réal de science-fiction futuriste à succès avec la saga Resident Evil : Mila Jovovich et ses cascades d'espionne de charme au ralenti et... en jupons ! Les autres ne sont pas en reste entre les combats à l'épée (où les ralentis façon Matrix sont trop récurrents) et les explosions spectaculaires dans les scènes de bateaux. Parfois too much mais on finit par se faire une raison... Et si seulement la 3D était inventive et créative ! Pas pour un sou m'sieur, dame...
D'Artagnan ici retrouve son âge véritable, à savoir celui de l'arrogance et la spontanéité de la jeunesse. Celui d'un adolescent qui croit être invincible et capable de gouverner le monde. Logan Lerman est pétillant et fougueux, mais fait davantage figure d'un ado du XXIe siècle à la langue bien pendu qu'un épéiste du vieux continent du XVIIe siècle. Voilà qui manque au charme suranné d'un grand héros national et nous fait décrocher de son objectif premier : nous faire croire à la légende d'un grand défenseur de la France. Mais nous ne sommes plus à un anachronisme près ! On peut tout même rendre hommage au travail des trois autres mousquetaires, plutôt crédibles dans leur rôle de mystérieux (Aramis), d'homme droit et solide (Porthos) et de mélancolique, meurtri par l'amour (Athos). Malheureusement, il n'en va pas de même pour Orlando Bloom qui, ici, mérite la guillotine (voilà qui ferait l'affaire de son brushing épouvantable) ! Peu crédible dans le rôle de méchant, il en fait des caisses, et desservant totalement la "badass-attitude" subtile requise pour jouer le duc de Buckingham. Il fait de lui une véritable caricature.
En résumé : Explosions, kung-fu (eh oui, ils savaient se battre au XVIIe siècle !),
combats de sabres, de canons, de fusils, de la poudre partout, rien ne
manque... Si vous avez moins de 15 ans, vous allez sûrement adorer. Quant aux autres, voyez-le comme un film pop-corn qui ne fera aucun mal à vos neurones et qui soulèvera vos zygomatiques involontairement. Pauvre Alexandre Dumas, qui doit se retourner dans sa tombe !