Les sorties ciné du 30/12/15

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vendredi 8 janvier 2016

[Avis] The Danish Girl : une histoire d'amour inconditionnel (20/01/16)

THE DANISH GIRL

De Tom Hooper
Avec Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Amber Heard, Ben Wishaw, Matthias Schoenaerts... 
Sortie : 20 janvier 2016


Copenhague, dans les années 1920. Einar Wegener est un artiste peintre paysagiste  danois renommé, vivant avec sa femme Gerda, elle-même portraitiste mondaine, mais boudée par les galeristes. Peu importe. Ils s'aiment d'amour véritable, voire fusionnel,  faisant de leur union une symbiose professionnelle et personnelle totale. Jusqu'au jour où, Gerda, pressée de finir un tableau demande à Einar de remplacer son modèle : une ballerine. L'expérience s'avère des plus troublantes pour le jeune homme, qui prend peu à peu conscience qu'il se sent plus femme qu'homme. Il se travestit et devient alors Lili. Tandis qu'il s'approprie son identité petit à petit, Gerda l'accepte tel qu'il/elle est et en fait sa muse. Elle devient la nouvelle artiste à succès. Mais c'est sans compter la désapprobation de la société danoise. Ils partent vivre à Paris où le couple évolue, se transforme, et va partager l'une des épreuves les plus difficiles : l'opération chirurgicale de réattribution sexuelle, pour que Lili soit elle-même, corps et esprit.

Il serait bien maladroit de résumer The Danish Girl simplement par l'exploit médical pionnier  par lequel Lili est "devenue pleinement femme". Il parle d'un sujet rarement traité au cinéma mais avec des thèmes universels : les revers de la vie et la possibilité de les surpasser à deux, mais aussi des blocages qui nous empêchent d'être le meilleur de nous-mêmes et la façon qu'on a de les faire voler en éclat. Le scénario de Lucinda Coxon est empli de bonté, d'espoir, de sensibilité et aussi de dureté dans ce combat sans tomber dans le larmoiement.

Le film s'attarde davantage sur les atermoiements et les réminiscences d'un homme qui finalement n'a jamais été bien dans son corps. Mais il fait surtout la part belle au dévouement et à l'abnégation de sa femme qui accepte tout par amour et accompagne son mari/âme sœur dans toutes ses épreuves. Car s'il est bien un personnage fort et bouleversant, c'est celui de Gerda. Alicia Vikander (Ex Machina, Royal Affair...), femme-enfant, mutine et fatale à la fois, incarne l'artiste avec une sobriété attachante. Tour à tour déboussolée et solide comme un roc, elle n'a d'yeux pour celui dont elle doit faire le deuil. Sa vie bascule, et pourtant, elle fait tout pour sauver la vie de celui qui est plus qu'un partenaire de vie. Son duo avec Eddie Reydmane paraît être une évidence.  L'alchimie fonctionne à merveille. Le reste du casting n'en démérite pas moins : Matthias Schoenaerts, Ben Wishaw et Amber Heard apparaissent peu longtemps à l'écran mais dévoilent des personnages à la fois majestueux et à fleur de peau.

C'est avec une mise en scène classique, voire académique, que Tom Hooper (Les Misérables) adaptée roman de David Elbershoff, traduit en 20 langues. Avec un tel sujet, le réalisateur n'a pas pris le risque de choquer la société bien-pensante avec une forme criarde et impertinente. Les décors, intérieurs comme extérieurs, sont traités comme des tableaux, tels les paysages évanescents. Mais si les décors chics et les costumes d'époque ne froisseront aucun œil, l'interprétation d'Eddie Redmayne, bouleversant au début de sa transformation, risque d'en agacer plus d'un au bout d'une heure (si ce n'est avant...). L'acteur, oscarisé pour son rôle de Stephen Hopkins dans Une merveilleuse histoire du temps l'année dernière, est pétri de mimiques sur-jouées et minaude à tout bout de champ. Pourtant, il nous surprend dès le début par sa délicatesse, sa gestuelle féminine quasi naturelle et sa beauté androgyne parfaite pour ce rôle. Mais trop, c'est trop ! Il tombe dans une mièvrerie ennuyeuse et pleurnicharde. Mal dirigé ? Trop personnellement bousculé par ce trouble identitaire ? Si je ne l'appréciais pas autant, je dirais que c'est du gâchis...

En résumé : une histoire d'amour unique et extra-ordinaire, dans laquelle on s'attache à tous les personnages. Une mention spéciale à Alicia Vikander qui, assurément, devient une actrice incontournable. Et bientôt Oscarisée ? On lui souhaite.

samedi 30 mai 2015

[Critique] Ex Machina : Quand une machine prend vos émotions en otage (3/06/15)

EX MACHINA


De Alex Garland
Avec Domhnall Gleeson, Alicia Vikander, Oscar Isaac, Sonoya Mizuno

Sortie le 3 juin 2015


Caleb est un jeune programmeur informatique brillant au sein de l'entreprise BlueBook, le plus important moteur de recherche Internet au monde. Il participe à un concours pour gagner une semaine à la montagne, au côté de Nathan, le grand patron. Contre toute attente, il gagne et s'envole pour un lieu isolé de toute habitation et d'autres vies humaine que celle de Nathan et de sa silencieuse assistante. Caleb va découvrir un nouveau monde, auquel il va devoir participer à travers une expérience troublante : entrer en contact et interagir avec une nouvelle forme d'intelligence artificielle, apparaissant sous les traits d'une jolie jeune femme prénommée Ava…


L'intelligence artificielle fascine le cinéma depuis des lustres. Qu'elle soit sous les traits de Jude Law dans A.I Intelligence Artificielle chez Spielberg, des robots tueurs dans Terminator 2 ou adorable dans L'Homme Centenaire sous les traits du regretté Robin Williams, ou encore une simple voix comme celles de Jarvis dans la saga Iron Man, ou de Scarlett Johansson dans Her. Mais elle est plus souvent montrée comme un risque encouru par l'humanité, comme si les machines prenait sa place, malveillantes et incontrôlables (il n'y a qu'à voir le dernier Avengers : l'Ère d'Ultron). Prix du jury du festival de Gerardmer 2015,  Ex Machina s'intéresse davantage à l'émotionnel et à la réflexion : que se passerait-il si nous pouvions inventer une machine qui pense comme nous mais qui ne tombe jamais malade, ne faillit jamais, et capable d'empathie et de montrer des émotions humaines, assez réelles pour semer le doute dans notre (simple ?) esprit humain ? Alex Garland réussit parfaitement à instillé ce doute raisonnable dans l'esprit du spectateur : un robot est-il capable de réellement ressentir et partager des émotions avec un humain ? Si les machines parviennent au même niveau de pensée que nous, devenons-nous superflus ?

Avec la présence d'Ava, le réalisateur suggère que la création d'une intelligence artificielle ne signifie pas nécessairement notre destruction, mais une évolution vers une autre forme d'existence, une forme séduisante de mutation. Alex Garland s'intéresse aussi à ce qui fait de nous des êtres humains, doués de pensée, de conscience face à des humanoïdes, faits de puces et de circuits électriques. Caleb est là pour faire passer à Ava le test de Turing. Il consiste à mettre face à face un humain et un ordinateur, à l'aveugle, et les faire discuter. Si l'homme engage la conversation avec la machine sans qu'il soit informé s'il est en présence d'une machine ou d'un humain, et n'est pas capable de dire si son interlocuteur est une machine ou non, on peut dire que le logiciel a passé le test avec succès. Commence alors pour Caleb un drôle de jeu de questions/réponses pour savoir si Ava est autant une entité pensante et consciente que lui ou non. Débute alors une construction mentale, empathique, émotionnelle entre Caleb et Ava.

Un trio entre mensonges et dissimulations 

Ex Machina © Universal PicturesOn assiste à un jeu du chat et de la souris tour à tour cruel et magnifique, un huis clos oppressant et passionnant entre la machine, son créateur et celui qui joue finalement le cobaye. On est happé par le scénario finement manipulateur, coincé entre l'envie de croire à la naissance d'une jolie amitié (et plus ?) entre un jeune homme et une jeune femme de métal et de circuits électroniques, et une sorte d'appréhension sur le dénouement de cette histoire (remplie de surprises… que je vais taire ici) et sur le sort des personnages. Le tout sublimé par une mise en scène appliquée, une photographie quasi sensuelle et des décors intérieurs minimalistes et extérieurs impressionnants (merci la Norvège).

Caleb représente le petit nouveau d'une société qui se fait bousculer par un patron aux pouvoirs illimités et manipulateur, mais qui est fasciné par celui dont le génie n'a aucune limite. Gleeson Domhnall (Harry Potter et les reliques de la mort, Il était temps, Anna Karenine de Joe Wright) sous ses airs vulnérables et innocents, dégage un charme fou, et sa fragilité face à Ava n'en est que plus désarmante. Alicia Vikander (Royal Affairs, Anna Karenine) n'est pas en reste. Sa démarche féline, son aspect spectral, son jeu tout en nuance fait d'elle un personnage fort et surprenant. On se laisse complètement envahir par son humanité. Quant à Oscar Isaac (Inside Llewyn Davis, Drive), il est déstabilisant dans ce rôle de maniaque du contrôle, mégalo, sombre, alcoolique, reclus au milieu de nulle part, mais aussi fun et décalé. Via le personnage de Nathan, Alex Garland se paie le luxe de sabrer avec un humour discret mais efficace la perte de lien social actuel d'une humanité dévouée aux machines. Mais on peut regretter qu'il ait parfois du mal à tenir les articulations de son récit avec des discours parfois un peu métaphysico-prise de tête (même si on se régale tout de même de certaines citations) qui nuisent au rythme de l'ensemble, déjà très lent.



En résumé : un conte d'anticipation contrasté, élégant et d'une grande finesse, dont la lenteur pourra affecter les mordus de blockbusters de science-fiction.


dimanche 25 novembre 2012

Critique : Royal Affair : un agitateur secoue la cour danoise (21/11/12)


ROYAL AFFAIR

De Nikolaj Arcel
Avec Mads Mikkelsen, Alicia Vikander, Mikkel Boe Folsgaard...

Au XVIIIe siècle, la princesse anglaise Caroline Mathilde est mariée à Christian VII, son cousin, à l'âge de 15 ans, sans qu'elle n'ait jamais rencontré son promis. Roi du Danemark de son état, le-dit cousin est excentrique, instable, voire un peu siphonné. De bonne grâce, elle accepte une vie insipide et sans amour. Jusqu'à l'arrivée du Dr Struensee appelé à la rescousse pour être le médecin personnel du souverain. Peu heureuse dans son mariage, la jeune reine se prend d'affection pour ce physicien de l'âme et libre-penseur allemand, qui vient la séduire avec des idées révolutionnaires inspirées des philosophes des Lumières français. Amants et passionnés par le destin de leur pays, ils vont bouleverser l'avenir de leur peuple plié sous le poids de l'obscurantisme, et installer peu à peu la démocratie. Bien évidemment, il ne sera pas du goût des dignitaires de la cour, qui ne jurent que par l'oppression, de se laisser mener à la baguette par un étranger fauteur de troubles...

Le pouvoir aux mains des esprits libres

© Jour 2 Fête / Chrysalis FilmsOn aurait pu croire à un énième film en costumes barbant, sans réel attrait scénaristique au vu du résumé de cette partie de l'Histoire, peu connue au-delà des frontières danoises. Et pourtant, c'est bien là l'une des forces du film. Le réalisateur nous offre une lecture passionnante du patrimoine culturel du Danemark sans qu'elle tourne à un cours magistral soporifique.

© Jour 2 Fête / Chrysalis FilmsSi la forme est un peu académique et sans audace, et le fond sans véritable prise d'engagement politique, Royal Affair a le mérite d'apporter une réelle dramaturgie et une tension politique et psychologique impressionnantes. Le roi, adorateur du gentil docteur, devient l'instrument du changement en devenant la marionnette politique dirigée par Struensee au service des intérêts du peuple. La lutte entre la force du progrès et l'immobilisme de la tyrannie face à la naissance de deux amitiés sincères mues par des intérêts communs est déployée avec une intelligence minutieuse (sous la plume du scénariste de Millenium). Et si l'amour né entre ces deux âmes sœurs illégitimes (que sont le médecin et la reine) d'une passion pour la liberté du peuple est excitant, l'intrigue politique inattendue ne l'est pas moins (même si elle est peu historiquement fidèle).

© Jour 2 Fête / Chrysalis FilmsCar l'ennui ne s'installe jamais. Royal Affair est servi par un casting impeccable et captivant. Mads Mikkelsen est toujours aussi magnétique et puissant. Alicia Vikander (qu'on retrouvera dans Anna Karenine prochainement), réussit parfaitement son passage en dehors des frontières du cinéma danois. Avec son physique de femme-enfant, elle mêle douceur, fraîcheur et détermination avec finesse. Et que dire que la très belle découverte en la personne de Mikkel Boe Folsgaard, qui offre au personnage du roi un jeu remarquable, passant du tragique au comique avec subtilité. Il n'a pas volé son prix d'interprétation au dernier festival de Berlin.

En résumé : Une œuvre classique passionnante, sans éclat ni défaut, qui vaut d'être vue sans détour. Un joli coup de cœur.

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