mardi 20 décembre 2011

Critique : A Dangerous Method : du corps ou de l'esprit, qui peut gagner ? (21/11/11)

A DANGEROUS METHOD 
De David Cronenberg
Avec Michael Fassbender, Viggo Mortensen, Keira Knightley...

Le Canadien David Cronenberg (A History of Violence, Existenz, La Mouche) n'est pas le genre de cinéaste à faire dans le léger et le fleur bleue. Il aime les écorchés vifs, sonder les phobies, les pulsions refoulées et les névroses de l’âme humaine et de la société contemporaine.... Alors le voir s'attaquer à la naissance de la psychanalyse, c'était comme une évidence. Il adapte ainsi la pièce de Cristopher Hampton, The Talking Cure. Ainsi il retrace le conflit d’idées et d’intelligence qui a opposé les éminents praticiens de l'âme de l'époque : l’autrichien d’origine juive Sigmund Freud et le suisse alémanique Carl Gustav Jung. Et au milieu une patiente russe d’origine juive, qui devint par la suite une praticienne éminente. Un ménage à trois intellectuel et (violemment) sensuel.


Zurich, 1904. Carl Jung (Michael Fassbender) est un jeune psychiatre au début de sa carrière. Il partage sa vie avec sa femme, Emma, enceinte de leur premier enfant. S’inspirant des travaux de l'un de ses confrères dénommé Sigmund Freud (Viggo Mortensen), Jung s'essaie à un nouveau traitement expérimental connu sous le nom de psychanalyse. Il pense avoir trouvé la patiente idéale en Sabina Spielrein (Keira Knightley), 18 ans, qui pique des crises d'hystérie la faisant atrocement grimacer rien qu'à l'évocation de son père. Lors de ses séances avec Jung, elle expose une jeunesse gâchée par les humiliations et une un réel penchant pour les pratiques sexuelles masochistes. Grâce à leur correspondance et un patient commun (joué par Vincent Cassel), Jung parvient à établir  une grande complicité intellectuelle avec Freud, et finit par entrer dans une certaine compétition intellectuelle avec lui. "Le maître" ouvre les yeux de Jung et son esprit : et pourquoi ne pas céder à la tentation de la chair plutôt que trouver tous les prétextes pour ne pas y succomber, lui dit-il. Toute cette "masturbation intellectuelle" pour une histoire de fesses ?

Un trio classique et volubile

Cronenberg est celui qui a toujours déconstruit les narrations en explorant les tréfonds de l’esprit. Mais sa Dangerous Method reste ici étrangement sage, voire même conventionnelle et classique dans sa mise en scène. Si les décors sont élégants, les costumes délicats et la photographie soignée et imprégnée de cette période créatrice d’avant-garde, les dialogues ne sont qu'une joute verbale sans réel fond. Une bataille d'égos mâtinés de pulsions et déviances sexuelles (un peu mécaniques, il faut bien l'avouer) pourtant bien menée, mais trop didactique, où la psyché des intéressés n'est pas assez creusée. Plutôt paradoxal pour un film sur la psychanalyse ! On perd au fil des minutes l'empathie un tant soit peu développée pour les personnages, malgré le jeu impeccable du duo Fassbender / Mortensen. Sans oublier Keira Knightley, qui livre une sacrée performance à la fois physique (ses contractions maxillaires répétées pourront en énerver plus d'un...) et mentale, avec une force de caractère et d’intelligence de ce rôle à plusieurs facettes. Quant à notre Frenchie international, Vincent Cassel, son jeu est efficace dans sa perdition et perversion assumée (malgré un temps de présence à l'écran limité).

En résumé :  Une petite prise de tête perverse qui ne fait pas de nœud au cerveau. Conventionnel et élégant. Mais... une conclusion s'impose : "tout ça pour ça ?!"

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