samedi 6 février 2016

[Avis] High Rise : Folie à tous les étages (06/04/16)

HIGH RISE

De Ben Weathley
Avec Tom Hiddleston, Luke Evans, Elisabeth Moss, Sienna MIller, Jeremy Irons...

Sortie le 6 avril 2016


1975. En quête tranquillité, le Dr Robert Laing emménage dans un nouvel appartement au milieu d'une tour tout juste achevée, près de Londres. Mais il va vite découvrir que ses voisins, obsédés par une étrange rivalité, n'ont pas l'intention de le laisser en paix... Bientôt, il se prend à leur jeu. C'est alors qu'il ose tout pour faire respecter sa position sociale, ses bonnes manières. Mais sa santé mentale commencent à se détériorer en même temps que l'immeuble : les éclairages et l'ascenseur ne fonctionnent plus, l'eau vient à manquer, mais la fête continue ! L'alcool est devenu la première monnaie d'échange et le sexe un remède à tous les maux... Va-t-il s'en sortir indemne ?




En quatre films (Down Terrace, Kill List, Touristes et English Revolution), le talent non-conventionnel du prolifique Ben Weathley n'est plus à prouver. La preuve en est qu'il a réussi à réunir un casting international conséquent pour High Rise. Ce dernier long-métrage, satire sociale, est adapté du roman I.G.H. de J. G. Ballard (dont la plume a déjà inspiré les films Crash et L'Empire du Soleil). Immanquablement, on retrouve en toile de fond le film Le Transperceneige, histoire d'un train en rotation perpétuelle autour de la Terre dans lequel la population est répartie selon la classe sociale de ses habitants. Dans cette tour retro-futuriste d'un nouveau genre, la hauteur de l'étage indique le niveau social de chaque propriétaire. Et comme dans le film de Joon-ho Bong, la situation va vite dégénérer en lutte sanglante lorsqu'un habitant "d'en bas" ose monter.

A coup de jurons, d'hémoglobine, de sexe décomplexé, le réalisateur continue de faire usage de son humour macabre, avec un style très personnel et reconnaissable. Son monde totalement barré, à la limite de faire sens, a presque l'air tangible et ordinaire. Comme si la folie faisait partie de la norme. Mais finalement tellement balisée, elle finit par mettre le spectateur sur le carreau. On voudrait bien faire partie du délire, mais cette aliénation virulente et agressive, tant au niveau visuel -- faussement glossy -- qu'au niveau sonore, empêche l'empathie avec les personnages. Pourtant, celui de Wilder (incarné par Luke Evans), aussi repoussant et meurtrier soit-il, inspire l'espoir. C'est à lui qu'on doit l'ascension des autres, tel un inspirateur au mieux-vivre. Mais, il n'y a rien à faire, on ne se connecte pas à eux malgré les horreurs qui leur arrivent et la performance impeccable des acteurs. On finit par se contrecarrer de ce qui peut leur arriver. Résultat, le récit vire à l'ennui, et le propos devient redondant, voire étiré à n'en plus finir, et finit par nous désintéresser. Pourtant, l'idée de départ de High Rise est ancrée dans une réalité contemporaine on ne peut plus vive. Mais Weathley a préféré se défaire de son matériau de base et la métaphore de la tour comme modèle du capitalisme vs communisme se brise. D'ailleurs, il ne s'embête pas à matérialiser ce qui empêche les habitants de changer d'étages. Et l'étincelle qui met le feu aux poudres n'a rien d'économique.

Seul peut être Tom Hiddleston tire son épingle du jeu en étant finalement le personnage le plus intéressant car le plus dangereux. Et sans être un serial killer. On connaissait les goûts de l'acteur britannique pour les personnages doubles, le mélancolique (Only lovers left alive), le gothique (Crimson Peak), voire le macabre. Avec le Dr Laing, il surfe sur la confusion avec aise. Son air détaché fonctionne dans ce chaos où les règles ont été jetées par la fenêtre. Dangereux car il voit le monde autour de lui s'écrouler mais ne fait rien pour l'arrêter, et même pire, il apprend à s'adapter, se créant ses règles pragmatiques. C'est ainsi qu'il finit par se contenter du chien d'un des voisins cuit à la broche sur sa terrasse !

En résumé : Un film déroutant, non pas par sa folie, sa violence et son anti-conformisme, mais par son bordel inorganisé, à qui il manque menace, humour et apogée pour avoir un véritable sens. Le réalisateur et sa scénariste se sont fait manger tout cru par leur création.



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