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samedi 23 avril 2016

[Avis] Eddie the eagle : He believes he can fly (4/05/16)

EDDIE THE EAGLE

De Dexter Fletcher
Avec Taron Egerton, Hugh Jackman, Christopher Walken... 

Sortie le 4 mai 2016

Depuis tout gamin, Michael "Eddie" Edwards n’a qu’un seul rêve : participer aux Jeux Olympiques. Sauf que ce jeune garçon gauche et fragile d'un genou n’a jamais réussi à briller dans aucun sport. Et pourtant il passe son enfance essayer à peu près toutes les disciplines sportives avant de se trouver par hasard une passion pour le ski, dont on le décourage à haut niveau, puis le saut à ski. Touché par la persévérance et l'abnégation d’Eddie, un ancien champion américain de la discipline devient son coach malgré-lui et l’aide à prendre part aux J.O. d’Hiver de Calgary. L’histoire vraie d’un antihéros, premier britannique à participer à l’épreuve de saut à ski aux Olympiades, n'ayant jamais cessé de croire en lui-même alors que son pays tout entier le prenait pour un looser.

Copyright 2016 Twentieth Century FoxIl est des destins écrits pour le cinéma. Celui de Michael "Eddie" Edwards n'avait rien au départ pour briller sur les tapis rouges hollywoodiens et d'ailleurs. Ce feel-good movie n'est pas un chef-d'œuvre mais il a le mérite de rappeler l'adage célèbre "l'important, c'est de participer" de Pierre de Coubertin Et il rappellera sans aucun doute dans son esprit et sa construction la comédie Rasta Rocket, à qui il est même fait un clin d'œil ouvert puisque les deux longs-métrages se passent lors des Jeux d'hiver de 1988. Le changement de discipline du héros, l'incompatibilité de caractère du sportif et de son entraîneur, des séances d'entraînement rabâchées, le méchant de la fédération qui leur met des bâtons dans les roues... On retrouve tout, l'incongruité de certaines scènes en moins. Mais les scénaristes, dont c'est la première œuvre, rendent le héros improbable attachant et le duo plutôt fun. Leur script tire de grosses ficelles ? Qu'importe... Les acteurs semblent s'amuser et nous transmettre des ondes positives et la sensation qu'avec de la détermination et de l'envie tout est possible. Un peu naïf et basique, me direz-vous ? Sûrement. Mais cela fait du bien de temps en temps. On sourit, on serre les dents pendant les sauts, et on s'amuse des pitreries des acteurs. Car oui, Taron Egerton et Hugh Jackman oscillent entre ingénuité, enfantillages, mimiques et gesticulations hasardeuses... parfois. Ce qui est plutôt amusant au début peut s'avérer un peu lourd sur la longueur. Mais restent quelques pépites. Voir Hugh Jackman lâcher prise, sans effort (à tort ou à raison) lorsque son personnage d'entraîneur compare le décollage de la rampe d'un sauteur à ski et l'acte sexuel avec l'actrice Bo Derek : il simule le flot d'émotions engendrés par les deux avec une liberté désinvolte que seul un acteur de cette trempe (et n'ayant rien à rien à perdre) peut interpréter sans perdre sa crédibilité. La scène deviendra moins culte que celle du restaurant dans Harry rencontre Sally mais a le mérite de placer l'acteur australien en side-kick burlesque efficace face au propret Egerton.

Le jeune acteur britannique, star montante depuis Kingsman : services secrets, a laissé sa bogossitude au placard pour coller au mieux au véritable Michael Edwards. Sourire figé, mâchoire en avant, lunettes épaisses et sourcils, moustache frétillants et petites poignées d'amour, les traits sont souvent grossis et forcés. Contrairement à Kingsman où la mécanique de la transformation est sophistiquée et implicite pour évoluer dans un monde parodique et de second degré, Taron Egerton semble ici en complet décalage, créant parfois des moments gênants. Eddie donne l'impression d'être l'idiot du village, qui n'a pas évolué depuis l'âge de 5 ans, car le degré de parodie ou de comédie n'est pas si bien défini. Dommage car le jeu d'Egerton aurait pu être bien meilleur.

Le véritable Eddie
Quant aux scènes de sauts scènes de sauts, elles mélangent les effets spéciaux bon marché et des moments de bravoures au montage, comme celui du saut à 90 m. Fletcher joue entre gros plans, plans larges, points de vue subjectif, insérant la réaction des spectateurs, celle des parents d'Eddie à la maison... Le tout au millimètre près, calé sur une musique délicieusement années 80 (et ses synthé incomparables). Sans crier au chef-d'œuvre, il recrée une ambiance et une tension (toute relative) servant le point culminant du film.

En résumé : un petit film sympathique un peu facile et cousu de fil blanc, mais qui se laisse regarder pour la bonne humeur communicative de ses acteurs.

lundi 16 mars 2015

[Critique] Indian Palace - Suite Royale : virée joviale et colorée (1/04/15)

INDIAN PALACE - SUITE ROYALE

De John Madden
Avec Judi Dench, Maggie Smith, Bill Nighy, Dev Patel, Celia Imrie, Ronald Pickup, Penelope Wilton, Diana Hardcastle, Richard Gere, David Strathairn et Tamsin Greig, Tena Desae, Lillete Dubey

Sortie le 1 avril 2015

Sonny cherche à agrandir l’hôtel, ce qui l’occupe beaucoup plus que ce qu’il souhaiterait, étant donné qu’il va épouser d’ici peu Sunaina, l’amour de sa vie. Il s’intéresse à une nouvelle propriété, car son premier investissement, la résidence pour retraités Best Exotic Marigold Hotel, n’a plus qu’une seule chambre de libre, ce qui pose problème pour accueillir les nouveaux arrivants, Guy et Lavinia. Evelyn et Douglas travaillent désormais à Jaipur, et ils se demandent où vont les mener leurs rendez-vous réguliers autour des délices de la cuisine indienne. Norman et Carol essaient de maîtriser les méandres d’une relation exclusive, et Madge hésite entre deux prétendants aussi valeureux et riches l’un que l’autre. La seule qui pourrait peut-être avoir des réponses, c’est la nouvelle co-gérante de l’hôtel, Muriel : elle connaît les secrets de tout ce petit monde. Alors que les préparatifs prenants d’un mariage traditionnel indien menacent de déborder tout le monde, une issue inattendue se présente…


© 2015 Twentieth Century FoxIl flotte comme un parfum de voyage paisible… et d'eau de Cologne Mont Saint-Michel. Mais sans la naphtaline ! John Madden (Shakespeare in love) et sa clic de retraités pétillants reprennent du service (à quelques nouvelles têtes près…) après le succès international inattendu d'Indian Palace, le feel good movie senior (indépendant et britannique de surcroît).

On retrouve la joie de vivre communicative des héros rhumatismo-cardio-arthritiques, qui cette fois-ci se répandent un peu moins dans l'introspection de fin de vie que dans le premier opus (même si les réflexions entre vie et mort sont toujours présentes, mais écrites avec beaucoup de légèreté). Nos retraités dynamiques profitent de leurs dernières années sur terre et s'amusent comme s'ils avaient à nouveau 20 ans. 
© 2015 Twentieth Century Fox


Dès les premières scènes, le ton est donné : les zygomatiques s'agitent. L'humour so british, enlevé par la jovialité permanente de Dev Patel (et de ses mimiques langagières), est la ligne rouge de ce nouveau film bariolé aux saveurs de curry. Et Penelope Wilson et Maggie Smith ne manqueront pas de s'envoyer des piques, technique qu'elles ont perfectionnée dans la série Downton Abbey. Toujours un régal !
© 2015 Twentieth Century Fox
Au scénario original, on retrouve Ol Parker, qui livre ici une histoire plutôt classique. Mais peu importe ! Il nous embarque dans une comédie sentimentale, avec un soupçon de thriller,  et une grosse dose de philosophie positive. La recherche du bonheur et de l'amour (celui qu'on attend depuis toujours ou qui vient de naître, à celui qu'on a perdu ou qu'on veut garder) est dans toutes les têtes. Et il n'y a pas d'âge pour cela ! L'ensemble est mis en valeur par des des scènes de vie quotidienne immersives, avec une mise en scène élégante, une photographie colorée mais jamais saturée, et le charme fou de ses acteurs… et un final Bolywoodien ! 

© 2015 Twentieth Century Fox


En résumé : Encore une jolie carte postale émotionnelle et visuelle, où l'humour est bien plus marqué que dans le premier opus. 

jeudi 5 mars 2015

[Critique] Big Eyes : La subjectivité de l'art en questions (18/03/15)

BIG EYES

De Tim Burton
Avec Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston, Krysten Ritter, Jason Schartzman, Terence Stamp...

Sortie le 18 mars 2015

Big Eyes raconte l'histoire vraie de l'une des plus grandes impostures de l'histoire de l'art. A la fin des années 1950, Margaret Keane quitte précipitamment son mari en emmenant sa fille à San Fransisco. Elle n'a rien pour subsister et cherche du travail. Son domaine : l'art. Mais pas n'importe lequel. Celui qui la fait vibrer et mettre ses émotions sur le chevalet. Son sujet favori : les enfants misérables et tristes, qu'elle peint avec des yeux sur-dimensionnés. Un jour, elle rencontre Walter, un soit-disant peintre du dimanche qui a appris la peinture aux Beaux-Arts, à Paris. Sûr du talent de Margaret, il met en avant les ses tableaux… en se faisant passer pour le peintre. Le succès est fulgurant. Il révolutionne le commerce de l'art, devient riche à millions. Mais à quel prix ! Il laisse sa femme des heures enfermée dans son atelier pour continuer à produire les toiles qu'il est incapable de faire lui-même. Ce mensonge a dupé l'Amérique durant des années avant d'être démasqué...


Si ces 10 dernières années Tim Burton a donné dans le fantastique macabre à gros budget (Frankenweenie, Dark Shadows, Alice au pays des merveilles, Sweeney Todd, Noces Funèbres…), il revient avec Big Eyes vers le film indépendant, plus terre à terre (ce qu'il n'avait plus fait depuis Peewee Big Adventure). Mais son œuvre est toujours basée sur l'histoire de personnages hors norme, et d'une certaine façon, mis au banc de la société à cause de leur art.
© StudioCanalBurton, artiste lui-même exposé, comprend ce qu'est l'art marginal, et s'interroge sur les raisons pour lesquelles l'art doit être toujours légitimé par des critiques. Les portraits de Margaret détonnent dans l'expressionnisme abstrait en vogue dans le paysage artistique de l'époque. Ses portraits d'enfants stylisés, figuratifs et romantiques, font tache dans le monde artistique des années 1950-60 que Burton montre comme prétentieux et se prenant au sérieux. Le film pose d'ailleurs la question "qu'est-ce que l'art ?". Il est très subjectif. Qui sommes-nous pour juger de ce qui est un chef d'œuvre ou non ? Un débat que le cinéaste initie dès les premières images du film, en montrant l'impression de centaines de posters de peinture reproduits à la chaîne, comme autant de morceaux sans âme du véritable tableau, dispersé au vent pour de l'argent. Débat qui se joue ici-même puisque je me permets de critiquer une œuvre…

© StudioCanalL'histoire de Margaret rejoint celle d'Ed Wood (aussi réalisé par Burton), celui qu'on a surnommé le pire réalisateur de Hollywood. Un personnage dont la plupart des gens se moquait, mais dont la passion démontrait que son art n'était pas une plaisanterie. Le scénario et la caméra se concentrent ensuite sur l'artiste plus que sur son art. Rejetée par les galeries et les critiques, Margaret se cache derrière le bagou de son mari manipulateur, qui révolutionne le monde de l'art en inventant le marketing de masse. Et pour autant, elle incarne les prémices du mouvement féministe. Mère au foyer aux petits soins pour son mari, elle se transforme au fur et à mesure en artiste épanouie, comme ses toiles passant de la noirceur de la mélancolie à la luminosité des couleurs. 
© StudioCanalDerrière ses premières toiles étranges, on retrouve évidemment l'univers du cinéaste. Et le film prend une dimension d'auto-portrait délicat et mélancolique, le réalisateur des laissés-pour-compte ayant été lui-même rejeté pour son anticonformisme. Mais cette singularité si propre à Tim Burton n'est présente nulle part (ou presque) dans le film. On s'attend à ce que le réalisateur y mette sa patte fantaisiste, son grain de folie et son esthétique unique. Mais à part une tentative (râtée) dans une scène de supermarché (où les clients et caissières ont subitement de gros yeux dans le regard de Margaret), Big Eyes manque de cette étincelle qui nous plaît tant chez l'artiste. 
© StudioCanal
Ses images pimpantes servent à fabriquer un plaidoyer féministe égratignant au passage la misogynie ambiante de l'époque, porté par les prestations inégales d'Amy Adams et de Christoph Waltz. Si la première joue une femme à la fois naïve et déterminée avec retenue et finesse, le second est en roue libre, un poil dans l'excès, interprétant un mari bavard et manipulateur qui nourrit son ego en diminuant les sentiments de son épouse. Le côté démesurément extraverti sert le personnage de Walter (et fait souvent sourire), mais il a tendance à écraser un peu sa partenaire. Résultat, quand on voit Margaret prendre le dessus et répliquer, on prend un plaisir fou à (re)devenir un temps soit peu féministe.

En résumé :  Tim Burton brosse le portrait du milieu de l'art sur fond de révolution féministe, avec un classicisme qu'on ne lui avait pas vu depuis très longtemps.


 

mardi 6 janvier 2015

[Critique] Queen and Country : Farce sous les drapeaux (07/01/15)

QUEEN AND COUNTRY

De John Boorman
Avec Callum Turner, Caleb Landry Jones, Pat Shortt, David Thewlis, Richard E. Grant
Sortie 7 janvier 2015


1952. Bill Rohan a 18 ans et l’avenir devant lui. Pourquoi pas avec cette jolie fille qu’il aperçoit sur son vélo depuis la rivière où il nage chaque matin ? Cette idylle naissante est bientôt contrariée lorsqu’il est appelé pour effectuer deux années de service militaire en tant qu’instructeur dans un camp d’entraînement pour jeunes soldats anglais en partance pour la Corée. Bill se lie d’amitié à Percy, un farceur dépourvu de principes avec lequel il complote pour tenter de faire tomber de son piédestal leur bourreau : le psychorigide Sergent Major Bradley. Tous deux parviennent néanmoins à oublier un peu l’enfermement et la discipline à l’occasion de rares sorties. Mais leur est-il encore possible d’y rencontrer l’âme soeur ?


Le réalisateur de 81 ans est encore vert et plus en forme que jamais ! Il écrit à nouveau ses Mémoires après Hope & Glory (1987), et se penche cette fois-ci sur ses années de service militaire avec légèreté, humour et tendresse, sans oublier d'être profond et de nous donner à réfléchir. Il (re)découvre les joies de l'armée, de sa hiérarchie abusive, de la bureaucratie pesante et de la morosité qui pointe à chaque coin de baraquement. Mais il s'en éloigne grâce au ton comique, incarné par Caleb Landry Jones (un peu en roue libre parfois) et aux fantaisies potaches de caserne. A travers Bill et Percy, il revient sur son anticonformisme et son attitude rebelle et irrévérencieuse face au conflit en Corée qu'il désapprouve, sans donner de leçons de moral. Entre blagues et gags, le cinéaste réalise une autobiographie très ressemblante, réaliste s'il en est.

Cette comédie dramatique a la bonne idée de ne pas être qu'une comédie enchaînant vannes sur vannes. Avec un charme suranné mais authentique, Boorman raconte une histoire d'amour presque adolescente, où sa naïveté est des plus charmantes. Il n'en oublie pas la passion et les détours que prend ce sentiment, parfois joueur et trompeur. 

Boorman se souvient et nous fait partager ses souvenirs, tels qu'ils sont dans sa mémoire. Légèrement polis ou enjolivés, on ne saurait le dire. Mais ces clins d'oeil temporels nous embarquent dans un monde réel, où la jeunesse est joviale, avide de liberté, de parcourir le monde et d'égalité sociale. Rien de mieux alors que de le faire à travers le cinéma ! Les personnages principaux se lancent des répliques de longs-métrages dès de début : "Ca ne peut être que le début d'une putain de belle amitié", dit Percy. Il avait raison… Celle du jeune bidasse dont la passion pour le cinéma est saisie dans le dernier plan (une caméra se met à tourner). Une vie entière résumée dans ce plan, définitif et plutôt bouleversant.

En résumé : Un film surprenant, quasi scindé en 2 parties équilibrées, drôle sans être exubérant. Le tout dans des couleurs vieillies mais qui ne sentent jamais le sapin.



dimanche 13 avril 2014

[Critique] States of Grace : sur le fil… de la vie (23/04/14)

STATES OF GRACE

De Destin Cretton 
Avec Brie Larson, John Gallagher Jr, Keith Stanfield, Rami Malek…

Grace est une jeune femme déterminée et sensible, plus tout à fait adolescente mais pas encore complètement adulte, elle donne toute sont énergie au foyer pour adolescents en difficulté qu'elle dirige. Ces jeunes, souvent instables à cause de leurs relations conflictuelles avec leurs parents, ne demandent que de l'attention et de l'amour. Parmi les membres de l'équipe d'encadrants, plus ou moins expérimentée, la solidarité, la bonne humeur et l'écoute ont une place majeure. L'arrivée de Jayden, jeune fille de 16 ans au look gothique, qui n'en fait qu'à sa tête, tourmentée mais intelligente, va mettre à mal les règles du centre. Dans ses tentatives de rébellion, elle va chambouler cette mini communauté et son personnel. Et surtout, elle va faire remonter des souvenirs plus perturbants dans l'esprit de Grace, la renvoyant dans sa propre adolescence trouble. 


States of Grace © Version Originale/CondorJe ne le dirai jamais assez… pas besoin de centaines de millions de dollars et des déluges d'effets visuels pour faire un bon film, qui transmet des émotions et qui est profondément bienveillant. States of Grace fait partie de ces petits bijoux produit avec peu de moyens (après le succès de sa version court-métrage) mais avec beaucoup d'amour, de subtilités et des personnages forts. Fragile mais tellement touchant, il semble est constamment sur le fil, prêt à basculer. Car les gamins dont s'occupe Grace ont de quoi tirer sur la corde sensible : camés, suicidaires, mutiques, battus… Et pourtant, Destin Cretton ne verse pas dans la larme facile et le pathos lourdingue. Ici, point de cynisme. Le cinéaste préfère jouer la carte de l'entrain et de l'humour plutôt que de montrer la descente aux enfers et les plaies ouvertes des pensionnaires du centre, comme on a si souvent l'occasion de le voir. Finalement, la vitalité et le sourire de Grace, son dévouement aux autres, donnent au film une délicatesse lumineuse, une sensibilité extrême mais contrôlée.

States of Grace © Version Originale/CondorLe réalisateur offre une vision plutôt réaliste, avec une caméra sonnant juste, fébrile et agile, qui capte les humeurs de chacun, touchant et attachant. L'humeur change, et le moindre changement affecte tout le monde. Filmé comme dans une bulle, le centre est un endroit protecteur, où les ados peuvent être eux-mêmes, sans avoir peur des remontrances. Comme c'est le cas pour Marcus, ado battu et poussé à dealer par sa mère, et qui n'a envie de quitter cet endroit pour rien au monde le jour de ses 18 ans qui approchent. Un ado qui a envie de s'en sortir, et qui pour se délivrer de sa rage et de sa haine contre sa mère s'exprime à travers le rap. Un rap vengeur qui sort des tripes. Je vous mets au défi de ne pas avoir le cœur qui se sert en l'écoutant déclamer ses paroles !  Keith Stanfield est renversant ! En même temps, le centre peut être perçu comme un bocal où l'on tourne en rond et dont on veut s'échapper, comme le jeune Sammy qui n'a qu'une idée en tête, dépasser les limites du centre où les éducateurs n'ont plus le droit de le ramener à l'intérieur.

States of Grace © Version Originale/CondorEt Grace ne coupe pas à ces montagnes russes émotionnelles. Malgré son image de femme forte au boulot, elle est aussi fragile que les autres. Elle a du mal à s'aimer et à aimer. Un manque affectif qu'elle compense en s'occupant de ces enfants perdus, quitte à oublier la sienne. En découvrant qu'elle est enceinte, elle se remet en question et sa maternité la met face à des choix : en voyant tous ces gamins détruits, elle se demande comment on peut donner la vie quand on a tous les jours la preuve que certains parents ne savent pas éduquer un enfant. Brie Larson (ici en interview sous peu), récemment vue dans The Spectacular Now, est brillante, généreuse et incarnant parfaitement cette fragilité déconcertante. Le reste du casting est d'une fraîcheur délivrante.

En résumé : portrait d'une jeune femme qui touche directement au cœur, dont le parcours s'écrit dans l'acceptation de soi et au travers des autres. 

lundi 24 mars 2014

[Trailer] Nos étoiles contraires : Une envie de vivre à toute épreuve


Hazel Grace et Gus sont deux adolescents hors-normes, partageant un humour ravageur et le mépris des conventions. Leur relation est elle-même inhabituelle, étant donné qu’ils se sont rencontrés et sont tombés amoureux via un groupe de soutien pour les malades du cancer. 

Nos étoiles contraires est l'adaptation du best-seller de John Green réalisée par Josh Boone. On y retrouve l'omniprésente Shailene Woodley (The Descendants, Divergente) et Ansel Elgort (Divergente). Cette histoire d’amour un peu folle, drôle et surtout pleine de vie nous rappellera sans doute le très joli Restless de Gus van Sant.

Le 20 août 2014 au cinéma.

 « Tu m’as offert l’éternité même si nos jours sont comptés »

   

samedi 8 mars 2014

[Critique] Dans l'ombre de Mary : Supercali... té de jeu (05/03/14)


DANS L'OMBRE DE MARY

De John Lee Hancock
Avec Tom Hanks, Emma Thompson, Colin Farrell, Paul Giamatti...


Sortie le 5 mars 2014 

Laisser un studio de cinéma adapter un roman n'est pas chose facile pour un auteur. Et encore moins lorsqu'il s'agit de l'Australienne P. L. Travers, romancière à l'origine de la saga Mary Poppins ! Au début des années 60, Walt Disney est admiré dans le monde pour tous ses dessins animés qui font rêver des millions d'enfants. Lorsque ses filles lui demandent de porter à l'écran l'histoire d'une nounou qui vole avec un parapluie, le papa de Mickey met un point d'honneur à convaincre son auteure d'en faire un film. Mais celle-ci ne veut pas en entendre parler. Aussi têtu l'un que l'autre, ils entament des négociations interminables pour les droits des livres. Et l'adaptation en musique et en personnages animés ("ciel !") n'est pas au goût de la dame... Mais quand l'argent manque et que la banqueroute n'est pas loin, quelques compromis sont à envisager…

© The Walt Disney PicturesOn pouvait craindre que Dans l'ombre de Mary ternisse l'image joviale du film Mary Poppins, ou encore alourdisse son processus de création dans un méli-mélo d'arguments technique sans intérêt. Il n'en est rien. Rarement un film sur le processus de création n'a clairement aussi bien montré à quel point le vécu et les ressentis de l'auteur influe sur ses œuvres.

© The Walt Disney PicturesLa confrontation entre le très zen Mickey en chef et l'auteure so british n'est finalement que substantielle, mais fait appel à de savoureux échanges et joutes verbales lors de bras de fer artistiques. De même, les séances de travail avec les scénaristes et compositeurs deviennent une salle de classe, où la maîtresse montre son mécontentement face à ses cancres d'élèves. À coup de ratures sur le script, de pinailleries sur les paroles, et de gueulantes (la classe en plus), Emma Thompson délivre une performance alliant fantaisie, drôlerie et autodérision avec une certaine pudeur, des fêlures et gravité. Avec un peu de patience de votre part, vous pourrez d'ailleurs entendre la vraie voix de P. L. Travers après le générique du film, grâce aux extraits originaux des séances de travail, qu'elle ne manquait pas d'enregistrer.

© The Walt Disney Pictures
Dans l'ombre de Mary ne se contente pas de nous faire taper du pied sur Chem-cheminée ou Le Morceau de sucre (qui restent en tête un bon moment après la séance…). L'histoire va et vient sur l'enfance de la romancière à l'aide de flashbacks intelligemment construits et placés (même si parfois, un peu sirupeux, avec des ralentis inutiles). On y voit une gamine animée par une imagination débordante, encouragée par un père rêveur et aimant, mais définitivement alcoolique et autodestructeur (Colin Farrell plutôt remarquable). Et au milieu de cette relation quasi exclusive, une mère qu'elle préfère ignorer, car débordée par ses tâches quotidiennes, et qui ne fait rien pour entrer dans son monde.

© The Walt Disney PicturesPetit à petit, on comprend alors comment s'est construite celle qui, une fois adulte, sera une grande névrosée, viscéralement incapable de se laisser aller aux émotions, et pourquoi elle est si profondément attachée à sa nounou sur papier. Un personnage tout en contraste avec le jovial et bonhomme Walt Disney, un poil teinté d'ironie par le réalisateur. Pour lui, tout n'est que faste et drôlerie. Dans son monde, rien est impossible… L'Australienne se voit traitée comme une reine à coup de tonnes de peluches dans sa chambre d'hôtel, de cupcakes colorés dans le studio, affublée d'un chauffeur trop gai à son goût (excellent et attachant Paul Giamatti, tout en sobriété), ou encore de proposition de tours de manège à DisneyWorld. C'en est trop pour celle dont la vie n'est que simplicité grisâtre. Tom Hanks signe ici un rôle loin de ses habitudes tout en automatismes (Capitaine Philips), et retrouve son regard d'enfant. Il nous fait partager ainsi son réel plaisir à incarner celui à l'origine de tant de rires et de rêves.

En résumé : Une très jolie histoire, bouleversante et amusante à la fois, qui ne vous fera plus regarder Mary Poppins de la même façon.


vendredi 21 février 2014

[Critique] Un été à Osage County : réunion de famille orageuse (26/02/14)

UN ÉTÉ À OSAGE COUNTY

De John Wells
Avec Meryl Streep, Julia Roberts, Ewan McGregor, Chris Cooper, Juliette Lewis, Benedict Cumberbatch, Abigail Breslin, Margo Martindale, Dermot Mulroney, Julianne Nicholson, Sam Sheperd…

Sortie le 26 février 2014

Après la disparition de leur père, trois sœurs se retrouvent dans la maison familiale, perdue au milieu des plaines d'Oklahoma, pour soutenir leur mère malade, paranoïaque, lunatique et impossible à vivre. Ayant emprunté des chemins opposés, toutes ne s'étaient pas vues depuis quelques années, et ont peu de choses en commun. Mais de nouveau réunies, elles vont vivre avec le reste de la famille, venue pour l'occasion, des retrouvailles douloureuses et mouvementées où des secrets vont être enfin dévoilés…


© Tobis Film"On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille", chantait Maxime Le Forestier il y a quelques années. La famille… c'est ce vaste sujet, souvent bien compliqué, qu'a choisi d'explorer  Tracy Letts, auteur de la pièce dont est tiré Un été à Osage County. Après un triomphe à Broadway (et un Tony award), la lauréate du Prix Pullitzer (rien que ça !) a adapte sa pièce et écrit le scénario. On n'est jamais aussi bien servi que par soi-même… Elle parle de la manière dont nous rions avec nos proches de situations tragiques, et de la manière dont nous nous faisons du mal plus ou moins consciemment, tout en étant toujours présents les uns pour les autres. 
© Wild Bunch DistributionEn voyant le film de John Wells, on pourra penser à Another Happy Day de par le schéma scénaristique classique "réunion de famille après la disparition du patriarche et déballage des vérités autour d'un repas", ou encore à Festen ou à Le prénom. Une tradition dans la littérature américaine, d'autant plus au théâtre. On aurait pu craindre que le passage de la scène à la pellicule renforce une impression de huis-clos suffocant, avec une unité de lieu ennuyeuse. Mais il n'en est rien. Le scénario laisse des bouffées d'air entre deux scènes de prise de bec, assurées par un casting en grande forme.

Forte de l'accueil de la pièce et de la drôlerie de certaines scènes, la brochette d'acteurs principaux, aussi éclectique que bourrés de talents, n'a pas eu de mal à s'engager auprès du cinéaste (plutôt habitué à la production executive), et de son producteur, George Clooney. Ils nous offrent une performance haute en couleurs et plutôt réaliste, même si ses personnages sont un peu trop stéréotypés. 

© Tobis FilmMeryl Streep est parfaits en mère acariâtre, plus accro à ses pilules qu'à ses propres filles. Un rôle à part, hors normes, comme elle en a désormais l'habitude (et qui lui vaut une nouvelle nomination aux Oscars). Mais en face, ses consœurs ne sont pas en reste. On redécouvre une Julia Roberts au jeu d'une grande qualité. Passionnée, mais mal dans ses baskets, jolie mais qui se laisse un peu aller, et qui n'accepte pas sa récente séparation. Une prestation qui lui vaut aussi une nomination aux Oscars, en tant que second rôle. Juliette Lewis (Tueurs nés) joue toujours aussi bien les désaxées, petite cervelle en quête de l'amour mais misant sur le mauvais cheval. Et que dire de Benedict Cumberbatch… ce caméléon aux milles visages. On le pense d'abord peu perdu au milieu de tout ce joyeux bordel, et finalement, il apporte une dose de fragilité et de sensibilité qu'on lui a rarement vue. Bien loin de son personnage esclavagiste dans 12 Years a Slave ou du cynique peroxydé Julian Assange dans Le Cinquième pouvoir.
Seul point noir de cette "dramédie", son côté hystérique où les secrets finissent par s'additionner comme des couches d'oignon interminables, donnant à la fin un côté totalement rocambolesque, voire poussée jusqu'au ridicule. La scène du diner (la plus jouissive, mais aussi la plus décevante) finit par agacer.

En résumé : le portrait d'une famille en crise comme on en voit souvent, une touche d'hystérie en plus. 


samedi 4 janvier 2014

[Critique] Philomena : Crise de foi sauce anglaise au menu (08/01/14)

PHILOMENA


De Stephen Frears
Avec Judi Dench, Steve Coogan, Sophie Kennedy Clark...

1952, en Irlande. La jeune Philomena Lee tombe enceinte alors qu'elle est adolescente. Très vite, elle est envoyée dans un couvent pour que sa grossesse arrive à terme en toute discrétion. Elle y travaille en échange de soins. Elle met au monde un petit garçon qu'elle nomme Anthony. Mais celui-ci est adopté par une famille de riches Américains à l'âge de 3 ans, et contre la volonté de Philomena. Elle vit cette déchirure dans le secret pendant plus de 60 ans, jusqu'à ce qu'elle mette sa fille au courant. Toutes deux décident d'embaucher un ancien reporter à la BBC pour retrouver Anthony. En disgrâce depuis une malencontreuse affaire, le journaliste voit dans cette histoire une manière de faire rebondir sa carrière. Tous deux partent à la pêche aux indices et remontent la piste du fils perdu entre l'Irlande et les Etats-Unis...



© Alex Bailey
En lisant ce synopsis, on pourrait se dire qu'on va sortir les mouchoirs et prendre une dose de Prozac en sortant de la salle. Point du tout ! C'est bien mal connaître le style d'écriture du duo Steve Coogan / Jeff Pope, qui offrent avec Philomena une histoire bouleversante (et tirée de faits réels) sans pathos ni émotion facile, et préférant la chaleur humaine et la vitalité de l'humour. 

Si les derniers longs-métrages de Stephen Frears n'ont pas convaincus (Lady Vegas en particulier), Philomena nous réconcilie avec le réalisateur britannique. Il reprend sa trame fétiche des dissensions sociales, confrontant l'upper class à la classe plus modeste. On pense d'abord à une comédie jouant à fond sur les contraire, à travers des personnages paraissant au premier abord caricaturaux : le journaliste, pur produit cynique et enragé de la high society londonienne, fait face à une modeste citoyenne, venue de la classe ouvrière, férue de romans à l'eau de rose.
© Alex BaileyLe scénario donne lieu à des répliques savoureuses donnant un rythme de comédie fonctionnant parfaitement. Et le duo d'acteurs y est pour beaucoup. Judi Dench, mélange de classe et d'élégance britannique, de force et de profondeurs émotionnelles, et d'une légère virilité acquise en jouant "M" (big boss de James Bond), nous emporte en deux répliques et un sourire. Son regard malicieux et sa sincérité désarmante s'inscrivent sur nos rétines et dans nos cœurs pour un moment. Interprète d'une bigote dont la foi n'est ébranlée par rien, pas même le plus atroce. Elle donne à cette mamie une dimension presque coquine, avec le plus grand naturel. Il faut l'entendre dire des répliques crues sans sourciller et sans être graveleuse pour autant ! Quant à Steve Coogan (peut être un peu plus en retrait), il lui rend bien la pareille avec ses vannes d'une sécheresse drolatique et ses attaques vindicatives permanentes sur la foi et l'Eglise. Un personnage impudent et insolent comme on aime le voir jouer (comme dans le récent, mais râté, A Very English Man)

© Alex BaileyEt puis, le ton se fait plus grave et les échanges et l'opposition plus profonds. La colère noire du journaliste fait face à la mélancolie de cette dame âgée. Ou deux visions du monde qui s'affrontent sur fond de crise de foi. Mais jamais le cinéaste ne prend parti, ni ne donne de leçon. Il n'est pas là pour manipuler ou juger le spectateur, mais pour questionner chacun sur son attachement à sa foi, malgré les fautes (les horreurs, même) et les contradictions de l'Eglise catholique bien pensante. Là où certains s'énervent et ne veulent pas pardonner car ils ne comprennent pas, d'autres préfèrent continuer à croire et refusent toute rancune et animosité.

En résumé : Philomena s'avère être un petit bijou d'émotions sincères et d'humour so British, porté par des acteurs fabuleux, sans pour autant oublier de dénoncer un propos sérieux et horrifiant.



jeudi 17 octobre 2013

[Critique] : Prince of Texas : Une errance poétique et troublante (23/10/13)

PRINCE OF TEXAS


De David Gordon Green
Avec Paul Rudd, Emile Hirsch…

Sortie le 23 octobre 2013

Alvin et son beau-frère Lance effectuent des travaux de voiries au fin fond du Texas, ravagé par un énorme incendie l'année précédente. Leur journée se résume à marcher des kilomètres pour marquer la route à la peinture, dormir sous la tente en mode collé-serré, ramasser leur barda pour s'installer plus loin et croiser parfois un de leur collègue ravi de partager une bouteille. Mais ce rythme ne convient pas au jeune Lance, inconséquent et avide de nouvelles conquêtes et autres activités plus étourdissantes que de vivre en complète harmonie avec la nature. Seul Alvin, responsable et posé, pense que cet isolement est bénéfique dans leur parcours d'hommes. Lui, aime la solitude; il s'est éloigné de sa compagne pour réfléchir à son couple et le renforcer. Ces esprits si différents ne vont pas pourtant pas tarder à s'harmoniser...



Le premier mot qui vient à l'esprit lorsqu'on voit Prince of Texas est déroutant. David Gordon Green emmène le spectateur dans une quête de soi quasi onirique dans un remake d'un film islandais (inédit en France). On suit les personnages, des losers patentés et aussi perdus l'un que l'autre, sans trop savoir où ils nous emmènent, si leurs pérégrinations mentales vont aboutir à une conclusion possible et qui leur est favorable. Et finalement, cette imprévisibilité engendre une certaine beauté dans ce décor presque apocalyptique, noirci par les flammes. Déroutant car il ne se passe pas vraiment grand chose, mais chacun avec leurs préoccupations, Alvin et Lance finissent par se convaincre l'un l'autre, et manipulent habilement le public. La force du réalisateur : rendre très humain un film en ne s'appuyant que sur une atmosphère de fin du monde, des dialogues ciselés, et des caractères opposés croqués et interprétés avec talent. Paul Rudd est méconnaissable. Loin de ses comédies habituelles (un peu ras des pâquerettes), il affirme dans Prince of Texas une réelle aptitude pour le drame sans tomber dans l'excès. On finit par se prendre d'amitié pour ces types cherchant à trouver le vrai sens de la vie, de leur masculinité et de leur avenir.

Certains resteront peut-être sur le bas-côté à force de digressions dans le récit, et de prise de position dans le genre, jouant tour à tour sur plusieurs tons : comique (grinçant), la romance brisée, la "romance" entre frères, le fantasmagorique, l'étrange et le contemplatif. Mais ce face-à-face finit par prendre de l'épaisseur et faire sens quand on fait état de l'ensemble de l'histoire. Celle-ci est parsemée de belles incursions poétiques, touchent au plus profond de l'humain. Comme cette rencontre incroyable d'une femme revenue sur les ruines de sa maison partie en fumée, recherchant la preuve qu'elle a été pilote d'avion. Un moment fort emprunt d'émotions et de gravité poignante. Ou Alvin rejouant une scène de vie quotidienne dans cette maison même maison qui n'est plus que souvenir. Un moment de grâce qui aurait pu sans doute en amener d'autres... David Gordon Green prend le temps de filmer la nature, dans toute sa beauté mais aussi sa cruauté, empruntant la formule à Terence Malick.


En résumé : Prince of Texas est une expérience de cinéma un peu "extrême" qui laissera les moins sensibles hermétiques à la magie qu'il dégage. Mélancolique mais pas triste, il évoque la renaissance de deux hommes qui reprennent les rennes de leur vie, comme la nature reprend ses droits après les incendies. 


samedi 22 juin 2013

[Critique] A very Englishman : du porno sixties sauvé par son héros (19/06/13)


A VERY ENGLISHMAN
De Michael Witterbottom
Avec Steve Coogan, Imogen Poots, Anna Friel, Tamsin Egerton...

Sortie le 19 juin 2013

Paul Raymond a été sacré plus grosse fortune du Royaume-Uni en 1992. Cet homme d'affaires farfelu mais visionnaire a bâti sa fortune en déshabillant les filles dans les cabarets de Soho dans les années 1960-70, avant de lancer l'un des premiers magazines porno-glamour nommé Men Only. Ce qui lui a valu l'ire des plus conservateurs.






Michael Winterbottom retrouve son acteur fétiche, l'immense Steeve Cogan, avec qui il a signé ses plus beaux succès (The Trip, Tournage dans un jardin anglais, 24 hour party  people...). Et heureusement que l'humoriste déjanté est là car ce biopic ne vaut d'être vu que pour sa performance impeccable.
Si le réalisateur nous emmène à nouveau avec délice dans cette culture british colorée et peu conventionnelle avec des décors fantastiques, le voyage s'avère moins savoureux que les précédents, voire ennuyeux. Si la première moitié du film est enivrante de par son hédonisme, et ses bulles de champagne qui coule à flots, ses jolies demoiselles et leurs strass pour tout costume, ses images en kaléidoscope façon sixties et son humour typiquement british, la seconde moitié vire au tragique, au sexe glauque et à la sinistrose contagieuse.

Si Milos Forman avait réussi un biopic sulfureux et bien mené avec Larry Flint (portrait de Hugh Hefner, patron de l'empire Playboy), Winterbottom a choisi un angle bien différent pour son film. Il préfère dresser le portrait d'un Paul Raymond empereur flamboyant mais esseulé malgré ses soirées mondaines et libertines, d'un roi sans réel héritier, qui fait sombrer sa fille dans la dépendance à la drogue sans avoir le moindre sursaut. Le côté obscur du bonhomme se fait alors pesant. D'échecs commerciaux en histoires d'amour et de famille déçus, Paul Raymond vire au personnage de tragédie grecque, imposant un drame sans âme. Seul le jeu de Coogan fait en sorte de faire passer la pilule.

En résumé : Voilà un biopic râté malgré un premier rôle époustouflant.

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