Affichage des articles dont le libellé est Biopic. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Biopic. Afficher tous les articles

samedi 23 avril 2016

[Avis] Eddie the eagle : He believes he can fly (4/05/16)

EDDIE THE EAGLE

De Dexter Fletcher
Avec Taron Egerton, Hugh Jackman, Christopher Walken... 

Sortie le 4 mai 2016

Depuis tout gamin, Michael "Eddie" Edwards n’a qu’un seul rêve : participer aux Jeux Olympiques. Sauf que ce jeune garçon gauche et fragile d'un genou n’a jamais réussi à briller dans aucun sport. Et pourtant il passe son enfance essayer à peu près toutes les disciplines sportives avant de se trouver par hasard une passion pour le ski, dont on le décourage à haut niveau, puis le saut à ski. Touché par la persévérance et l'abnégation d’Eddie, un ancien champion américain de la discipline devient son coach malgré-lui et l’aide à prendre part aux J.O. d’Hiver de Calgary. L’histoire vraie d’un antihéros, premier britannique à participer à l’épreuve de saut à ski aux Olympiades, n'ayant jamais cessé de croire en lui-même alors que son pays tout entier le prenait pour un looser.

Copyright 2016 Twentieth Century FoxIl est des destins écrits pour le cinéma. Celui de Michael "Eddie" Edwards n'avait rien au départ pour briller sur les tapis rouges hollywoodiens et d'ailleurs. Ce feel-good movie n'est pas un chef-d'œuvre mais il a le mérite de rappeler l'adage célèbre "l'important, c'est de participer" de Pierre de Coubertin Et il rappellera sans aucun doute dans son esprit et sa construction la comédie Rasta Rocket, à qui il est même fait un clin d'œil ouvert puisque les deux longs-métrages se passent lors des Jeux d'hiver de 1988. Le changement de discipline du héros, l'incompatibilité de caractère du sportif et de son entraîneur, des séances d'entraînement rabâchées, le méchant de la fédération qui leur met des bâtons dans les roues... On retrouve tout, l'incongruité de certaines scènes en moins. Mais les scénaristes, dont c'est la première œuvre, rendent le héros improbable attachant et le duo plutôt fun. Leur script tire de grosses ficelles ? Qu'importe... Les acteurs semblent s'amuser et nous transmettre des ondes positives et la sensation qu'avec de la détermination et de l'envie tout est possible. Un peu naïf et basique, me direz-vous ? Sûrement. Mais cela fait du bien de temps en temps. On sourit, on serre les dents pendant les sauts, et on s'amuse des pitreries des acteurs. Car oui, Taron Egerton et Hugh Jackman oscillent entre ingénuité, enfantillages, mimiques et gesticulations hasardeuses... parfois. Ce qui est plutôt amusant au début peut s'avérer un peu lourd sur la longueur. Mais restent quelques pépites. Voir Hugh Jackman lâcher prise, sans effort (à tort ou à raison) lorsque son personnage d'entraîneur compare le décollage de la rampe d'un sauteur à ski et l'acte sexuel avec l'actrice Bo Derek : il simule le flot d'émotions engendrés par les deux avec une liberté désinvolte que seul un acteur de cette trempe (et n'ayant rien à rien à perdre) peut interpréter sans perdre sa crédibilité. La scène deviendra moins culte que celle du restaurant dans Harry rencontre Sally mais a le mérite de placer l'acteur australien en side-kick burlesque efficace face au propret Egerton.

Le jeune acteur britannique, star montante depuis Kingsman : services secrets, a laissé sa bogossitude au placard pour coller au mieux au véritable Michael Edwards. Sourire figé, mâchoire en avant, lunettes épaisses et sourcils, moustache frétillants et petites poignées d'amour, les traits sont souvent grossis et forcés. Contrairement à Kingsman où la mécanique de la transformation est sophistiquée et implicite pour évoluer dans un monde parodique et de second degré, Taron Egerton semble ici en complet décalage, créant parfois des moments gênants. Eddie donne l'impression d'être l'idiot du village, qui n'a pas évolué depuis l'âge de 5 ans, car le degré de parodie ou de comédie n'est pas si bien défini. Dommage car le jeu d'Egerton aurait pu être bien meilleur.

Le véritable Eddie
Quant aux scènes de sauts scènes de sauts, elles mélangent les effets spéciaux bon marché et des moments de bravoures au montage, comme celui du saut à 90 m. Fletcher joue entre gros plans, plans larges, points de vue subjectif, insérant la réaction des spectateurs, celle des parents d'Eddie à la maison... Le tout au millimètre près, calé sur une musique délicieusement années 80 (et ses synthé incomparables). Sans crier au chef-d'œuvre, il recrée une ambiance et une tension (toute relative) servant le point culminant du film.

En résumé : un petit film sympathique un peu facile et cousu de fil blanc, mais qui se laisse regarder pour la bonne humeur communicative de ses acteurs.

vendredi 19 février 2016

[Avis] Seul contre tous : Le bon scientifique, la brute footballeuse et l'argent (09/03/16)

SEUL CONTRE TOUS

De Peter Landsman
Avec Will Smith, Alec Baldwin, Luke Wilson, Paul Reiser, Gugu MBatha-Raw, Arliss Howard, Arliss Howard, Albert Brooks...

Sortie le 9 mars 2016

Inspirés de faits réels...
Le Dr Bennett Omalu n'est pas un médecin légiste comme les autres. Brillant et original, il a l'étrange habitude de parler aux morts. Il reçoit un jour dans son service le corps de Mike Webster, une ancienne star du football américain menant une vie misérable et ayant en partie perdu la raison. Bennett découvre rapidement que Mike a subi de nombreux traumatismes crâniens, ce qui pourrait expliquer sa santé mentale vacillante. Intrigué, le médecin décide d'enquêter sur les traumatismes subis par d'autres joueurs de football américain, qui s'accumulent sur sa table d'autopsie. Il découvre alors l'encéphalopathie traumatique chronique, une affection du cerveau menant à des traumatismes cérébraux et une dégénérescence des neurones, liée à la pratique professionnelle de sports de contact, tels que le football américain. Malgré des obstacles vertigineux, le médecin a tenu tête à l'une des plus puissantes fédération du monde, la NFL (la ligue professionnelle du football américain) et à de nombreux détracteurs pour faire éclater la vérité et faire taire le pouvoir de l'argent au nom de la vie.

Seul contre tous est un thriller qui s'inspire d'un article du magazine GQ daté de 2009, transformé en livre, écrit par Jeanne Marie Lassas. Il était évident pour le réalisateur Peter Landesman, journaliste d'investigation émérite  de s'intéresser à cette histoire hors-norme à la David contre Goliath. L'homme n'en est pas à son premier coup d'essai : il a déjà deux longs-métrages basés sur des histoires vraies à son actif : Parkland autour de l'assassinat de Kennedy, Felt sur le Watergate (prochainement), et il a scénarisé Secret d'État de Michael Cuesta, dans lequel un journaliste veut faire la lumière sur la CIA impliquée dans une vaste machination. 


Seul contre tous n'est pas un simple film sur le football. Il va bien plus loin que cela. Et heureusement, car pour fonctionner à l'international, il se devait d'élargir son horizon au-del) du ballon ovale. Il questionne une société qui place un sport comme une institution inébranlable et intouchable, dont le business et l'aura touchent toute une nation et font partie de la culture intrinsèque d'un peuple. Le poil à gratter s'appelle Omalu. En s'attaquant à elle, le médecin se met à dos non seulement tout un pays, mais il doit aussi gérer l'aspect économique et les fondations mêmes de ce sport, dont les intérêts se sont violemment déchainés contre lui.

Landesman s'identifie aux lanceurs d'alerte qui se démènent pour faire sortir la vérité coûte que coûte. Son scénario s'attache au parcours de ce médecin immigré nigérian bardé de diplômes, à la fois excentrique et digne. Il a choisi de raconter cette histoire sous l'angle humain et non purement scientifique. Il dit l'avoir écrit pour Will Smith car lui seul pouvait le jouer comme il l'entendait. On pouvait craindre que l'aura de l'acteur n'écrase son personnage et qu'il n'arrive pas à se faire oublier. Mais l'acteur américain étonne par sa simplicité, voire une innocence, touchante. Il conquiert à nouveau le territoire dramatique après Sept vies et À la poursuite du bonheur avec une grande maîtrise : pour incarner cet idéaliste, il adopte un langage corporel et un accent différent sans pour autant les surjouer.

Si la forme choisie par le réalisateur est très classique (celle d'un biopic hollywoodien dans toute sa splendeur), il enchaîne parfaitement les scènes institutionnelles et celles plus intimes avec pour seul but de rechercher et d'exposer la vérité que la NFL veut cacher à tout prix. Des scènes narratives très chorégraphiées (avec des athlètes sur un grand terrain) et des petites pièces ou les gens sont face à face, cœur à cœur, le tout dans un rythme lent comme pour accentuer la difficulté du Dr Omalu dans sa quête. Reste qu'on retiendra davantage le fond et les questions et les enjeux qu'il soulève : qui de la morale ou du business faut-il sacrifier au nom d'une institution qui fait l'identité d'une nation, comment accepter l'ingérance d'un homme, non-Américain de surcroît, dans le fondement culturel d'un pays, ou encore comment réaliser le rêve américain sans briser ses idéaux sur la dure réalité des enjeux d'une société.

En résumé : Un film pertinent sur le fond mais un peu lisse sur la forme, porté par un Will Smith convaincant (performance saluée par une nomination aux Golden Globes).

samedi 30 janvier 2016

[Avis] The Revenant : Transformation héroïque (24/02/16)

THE REVENANT

De Alejandro G. Inarritu
Avec Leonardo Di Caprio, Tom Hardy (Legend), Domhnall Gleeson (Ex Machina, Il était temps, Brooklyn), Will Poulter (Une famille en herbe), Forrest Goodluck, Paul Anderson (Legend), Kristoffer Joner (Babycall)...

Sortie le 24 février 2016

Inspiré de faits réels...
Hugh Glass est un trappeur au temps où l'Amérique était encore profondément sauvage. Après une féroce attaque d'ours, il a été abandonné par ses équipiers, laissé pour mort. Mais Glass fait partie de ces hommes qui ne s'avouent pas facilement vaincus. Poussé par l'envie farouche de vivre et de se venger, il va parcourir seul plus de 300 km armé de son courage et de son amour pour sa femme disparue et son fils, assassiné sous ses yeux. Sa volonté sans faille va transformer son périple en acte héroïque pour traverser de nombreux obstacles, revenir dans son camp et trouver la paix.

Alejandro G. Inarritu semble se faire un devoir de faire de plus en plus grand et dément sur la planète Hollywood, compilant tout ce qui travaille le cinéma contemporain. Sur le papier, The Revenant avait de quoi faire peur au vu de la tâche à accomplir, ou de quoi frustrer si le résultat n'était pas à la hauteur de la volonté de son réalisateur et des attentes du public. Mais le Mexicain a plus d'un tour dans son sac et offre un film à la fois puissant, sanglant, démesuré, épuisant, beau et poétique. L'immersion dans ces étendues glacées est totale, et si la trame dramatique du survival est simple, les moyens humains et techniques déployés sont de taille XXL. Une course à la performance qui semble n'avoir qu'un but : fabriquer l'écrin parfait pour que sa star principale obtienne sa statuette dorée tant attendue (et méritée !). Et cela marche puisque Inarritu et DiCaprio sont tous deux nommés aux Oscars. 

Cette histoire vraie, déjà portée à l'écran par Richard Sarafian dans Le Convoi sauvage (1971), est basée sur le lâcher prise face à une nature hostile, l'endurance d'un homme ayant tout perdu, et une certaine communion entre l'homme et l'animal qui est en lui. Et animal, Leonardo Di Caprio l'est devenu sans aucun doute. Pendant plus de 2h, il brave la neige, un grizzli, la faim, les Indiens, le tout en grognant, bavant, vociférant telle une bête enragée. Et il va jusqu'au bout de son personnage en mangeant des feuilles, de la moelle à même le squelette, et même du foie de bison pour faire "plus vrai que la réalité". Rien ne lui (nous) est épargné. Impliqué à l'extrême, il dépasse toutes les limites. L'attaque de l'ours donne le vertige. Elle est tellement réaliste qu'elle a valu à ses concepteurs d'images de synthèse une nomination dans la catégorie Meilleurs effets spéciaux. Mais fallait-il en arriver jusque-là pour atteindre le Graal ? 

Tout ce qu'endure Hugh Glass finit par laisser perplexe, et à force d'en faire trop, on finit par décrocher émotionnellement. "Leo" et son personnage se détachent l'un de l'autre, et on ne voit plus que la performance de l'acteur. Ses épreuves finissent par être excessives, et les effets de caméra, très présente, n'arrangent rien. À grand renfort de métaphores surjouées à coup de contre-plongée (souvent sur des arbres), de gros plans en grand angle, de giclées de sang et de boue sur la lentille, on entre dans un symbolisme un peu imposé à coups de massue. Une technique dans l'artificiel à chaque plan (et de rajouter par la même occasion des longueurs) jusqu'à la voix off finale, inutile. Et les métaphores, Inarritu en use et abuse pour surligner un peu plus les difficultés du personnage. Il aime faire croire à la mort de ses personnages principaux (dans Birdman, Riggan Thomson semble se suicider plusieurs fois), mais là, il décide de faire renaître Hugh Glass encore et encore : lorsqu'il revêt une peau d'ours ou sort littéralement d'un cheval qu'il a évidé pour y passer la nuit... Spectacle garanti entre lyrisme et brutalité, mais fatigant à la longue. 


En résumé : Un film intense et éprouvant (physiquement) car il fait appel à tous les sens et toutes les émotions... Dommage que la caméra en fasse parfois trop pour imposer le tour de force du réalisateur et de son acteur, néanmoins impressionnant.

jeudi 7 janvier 2016

[Avis] Legend ou la femme fait la ruine de l'homme (20/01/16)

LEGEND

De Brian Helgeland
Avec Tom Hardy, Emily Browning, Paul Anderson, Christopher Eccleston, Taron Egerton...
Sortie : 20 janvier 2016

Les jumeaux Reggie et Ronnie Kray, célèbres gangsters du Royaume-Uni dans les années 1960, règnent en maîtres sur la capitale anglaise. À la tête d’une mafia impitoyable, leur influence paraît sans limites. Pourtant, lorsque la femme de Reggie incite son mari à s’éloigner du business, la chute des frères Kray semble inévitable…

Les jumeaux Kray font encore aujourd'hui l'objet d'histoires les plus invraisemblables, et leur réputation continue de grandir. Reggie, flegmatique et séduisant, Ron violent et totalement instable (diagnostiqué schizophrène paranoïaque, tout de même...) étaient les boss de la Firme, face noire cachée d'un ville qui explosait culturellement. Un matériau de choix pour Brian Helgeland, qui depuis Payback a du mal à faire sa place à Hollywood en tant que réalisateur. Et qui de mieux que Tom Hardy pour les incarner ! On lui connaissait un côté animal et bourru (WarriorDes Hommes sans loiMad Max : Fury RoadThe Dark Knight RisesThe Revenant (critique à venir)...), mais sa performance dans Legend relève de plus de subtilité. Dans ce rôle double, l'acteur parvient à faire exister pleinement les deux frères sans jamais être redondant, ni s'engouffrer dans l'excès. Il incarne ses propres facettes publiques : celle star/belle gueule sur papier glacé, charmeur magnétique et charismatique tel un acteur à l'ancienne, et celle d'un bad boy excentrique drôle, préférant le rentre-dedans frontal au politiquement correct. Ainsi, il oscille entre comédie et tragédie (secondé par des acteurs excellents), faisant des jumeaux Kray des êtres humains finalement comme les autres. Car c'est d'abord à la dimension humaine qu'Helgeland s'attache.

Legend n'est pas un film de gangster à proprement parler : les activités criminelles des frères sont le plus souvent placées en hors-champ. Avec une mise en scène plutôt classique passant du large à l'intimisteHelgeland décortique les relations psychologiques et physiques entretenues par les personnages. Tous gravitent entre le Londres des faubourgs populaires de l'East End et les clubs clinquants où se mêlent vedettes et voyous. La brutalité est présente et frontale, mais elle est filmée de façon bizarrement presque clownesque. Comme pour laisser plus de profondeur au drame familial qui se joue en parallèle : la rivalité des frères partagés entre leur amour familial fusionnel et leur façon opposée de diriger leurs affaires, et les amours contrariées entre Reggie et Frances (fabuleuse Emily Browning), cette dernière voulant une vie simple sans criminalité, chose impossible à abandonner pour Reggie.

En résumé : Plongée instantanée et passionnante dans l'univers des Swinging Sixties (vous reconnaîtrez la chanteuse Duffy au micro) avec un thriller criminel captivant et des interprétations impeccables. 


samedi 10 janvier 2015

[Critique] Wild : une aventure humaine intérieure et extérieure (14/01/15)


WILD


De Jean-Marc Vallée 
Avec Reese Witherspoon, Gaby Hoffmann, Laura Dern...

Sortie le 14 janvier 2015

Après plusieurs années d’errance, d’addiction et l’échec de son couple, Cheryl Strayed se cherche et finalement prend une décision radicale : elle tourne le dos à son passé et, sans aucune expérience, se lance dans un par fou : un voyage de 1 700 km, en solo et à pied, avec pour seule compagnie le souvenir de sa mère disparue… Cheryl va affronter ses plus grandes peurs, approcher ses limites, frôler la folie et découvrir sa force. Une femme qui essaie de se reconstruire décide de faire une longue randonnée sur la côte ouest des Etats-Unis.






Après le très acclamé et Oscarisé Dallas Buyers Club, C.R.A.Z.Y et le plus discret Café de Flore, Jean-Marc Vallée explore les tréfonds des limites humaines. Si le film de survie extrême n'a rien de nouveau (127 heures, Buried, Into the Wild….), la force de Wild réside dans sa construction et le récit musical de l'histoire (vraie) de Cheryl, ravagée par la vie et ses excès, mais qui se donne les moyens de rebondir et de reprendre sa vie et son estime de soi en main. Une histoire de rédemption comme les aime les Américains… Mais cette fois-ci la recherche du sens de la vie ne se fait pas qu'à travers l'endurance et la souffrance physique. Wild doit se voir comme un véritable trajet mental et émotionnel dans lequel l'héroïne fouille dans sa mémoire afin de retrouver des morceaux d'humanité et sa personnalité avant qu'elle ne bascule… après la mort de sa mère, le centre de son univers.

Le réalisateur dévoile peu à peu la vie de cette jeune femme sous forme de patchwork  déconstruit puis reconstruit, entre flash-backs sans son subrepticement intercalés comme des pensées de Cheryl, et voix-off en forme de journal intime. Des artifices maintes fois utilisés pour ce genre de long-métrage, mais qui sont ici choisis pour des raisons pratiques alors que Cheryl interroge son passé, ses erreurs et ses regrets pour entrevoir son avenir. Et il est vrai que le scénariste a un poil chargé le passé de Cheryl en mélo ! Un père alcoolo et violent, un frère qui s'est éloigné d'elle, un divorce mal vécu, une mère morte rapidement après une longue maladie… Mais se serait-elle laissé glisser vers une petite mort, et une réel questionnement, si la coupe n'avait pas été pleine ?

Dès le début, il est évident que la marche qu'elle entreprend a valeur de voyage introspectif et existentiel. Mais l'intelligence du film est d'avoir pris en toile de fond les musiques de sa vie pour articuler son introspection. On a tous des titres dans la tête qui ont marqué notre existence et qui sont liés à des êtres plus ou moins chers. L'écriture musicale fonctionne parfaitement et ne fait pas du trajet de Cheryl un pensum. Elle réunit différentes époques, tonalités, passant de Portishead et Simon & Garfunkel à Bruce Springsteen, Paul McCartney en passant par Schubert, First Aid Kit, Free, Leonard Cohen et The Shangri-Las. Un mélange qui n'aurait pas pu être autre au vu de l'obsession qu'ont Nick Hornby (auteur de romans à la base) et Jean-marc Vallée pour la pop. Au final, les réflexions et les enjeux s'emboitent parfaitement, et forme un ensemble cohérent.

Tel son personnage, Reese Witherspoon a pris un tournant dans sa carrière il y a quelques années, et cela lui va bien. On la retrouve sans fard, mise à nu littéralement et de façon figurée, mettant tout son talent en avant.

Résumé : Une fluidité esthétique et narrative qui sort Wild du lot de films introspectifs habituels, et qui le rend humain et touchant, sans tomber dans le pathos excessif et forcé.



Bande-annonce : Wild - VOST par PremiereFR

samedi 4 janvier 2014

[Critique] Lovelace : Sur les traces d'une star du porno... malgré elle (08/01/14)

LOVELACE

De Rob Epstein et Jeffrey Friedman
Avec Amanda Seyfried, Peter Sarsgaard, Hank Azaria, Bobby Cannavale, Sharon Stone, Adam Brody, James Franco, Chloë Sevigny, Juno Temple...

Etats-Unis, fin des années 1960. Linda est une adolescente bien sous tout rapport mais en avance sur son temps. Accompagnée d'une copine délurée, elle trouve que ses parents ne lui laissent pas assez de liberté. Entre une mère rigide aux principes religieux immuables et un père qui ne lui dit pas grand chose, elle explose à 20 ans. Malgré sa timidité et sa naïveté, elle tente de vivre sa vie telle qu'elle l'imagine. Elle rencontre Chuck, un homme plus âgé qui lui fait miroiter monts et merveilles, et lui donne cette liberté dont elle rêve. Totalement éprise de cet homme au charisme viril, elle décide de quitter le nid familial pour l'épouser et s'installer avec lui. Manipulateur et appâter par l'argent facile, il incite sa jeune épouse à se laisser filmer lors de leurs ébats amoureux, puis de jouer quelques scènes dans un film pornographique. En 1972, la sortie du film érotique Gorge Profonde fait un tabac et Linda (devenue Lovelace) devient une star unique... mais à quel prix ! La célébrité cache souvent des blessures profondes et des vérités difficiles à entendre.


© Hélios FilmsLe destin de Linda Lovelace aurait dû être un sujet brûlant au vu de la vie de cette starlette "reine de la fellation" sur les plateaux ciné devenue la plus farouche des féministes et tête de proue du mouvement anti-porno au début des années 1980. Mais Rob Epstein et Jeffrey Friedman ont préféré concentrer leur biopic sur la relation toxique et destructrice que Linda entretenait avec son mari, et les sévices qu'il lui faisait subir. Donnant à l'ensemble une version superficielle, à la limite du voyeurisme, d'un parcours pourtant fascinant. Dommage. On aurait préféré voir la reconstruction de l'actrice écorchée et son combat contre les violences conjugales et l'industrie pornographique. 

© STUDIOCANAL Home EntertainmentSi la forme peut s'avérer un temps soit peu originale, il faut surtout retenir l'interprétation des comédiens principaux (et la pléiade d'artistes qui les accompagnent, dont la méconnaissable Sharon Stone). Un temps attribué à Olivia Wilde, le rôle de Linda Lovelace sied parfaitement à Amanda Seyfried. Un rôle d'ingénue qu'elle a déjà pratiqué de nombreuses fois (dans le mauvais Chaperon Rouge et dans le moins mauvais Les Misérables), mais jamais aussi approprié. Icône d'une époque à l'avant-garde des starlettes de télé-réalité en quête d'affection, de reconnaissance et de gloire, Linda gobe tout ce qu'on lui raconte, plus par amour que par réelle idiotie. Les moues de Seyfried en fillette vulnérable, ses yeux de biche effarouchée et ses accès de petite fille à qui l'on pardonne tout, contraste parfaitement face à la brutalité terrifiante de Peter Sarsgaard. 

En résumé : Décevant mais parfaitement interprété.

mardi 17 décembre 2013

[Critique] Mandela : entre haine et pardon (18/12/13)

MANDELA : UN LONG CHEMIN VERS LA LIBERTÉ


De Justin Chadwick
Avec Idris Elba, Naomie Harris, Tony Kgoroge...


Est-il encore besoin de présenter l'immense Nelson Mandela, pacificateur de l'Afrique du Sud des années douloureuses et dévastatrices de l'Apartheid ? Réaliser un biopic sur un personnage si illustre, et adoré du monde, et dont la vie a été un tel combat partagé entre haine et pardon, pouvait s'avérer être une mission impossible. Tout a été dit, vu, fait...  Et pourtant Justin Chadwick ne s'en sort pas si mal. On ne lui remettra pas le tableau des félicitations mais celui d'honneur pour avoir su condenser cette incroyable vie chaotique en deux heures et demie. Mais de façon trop classique et sans vrai point de vue fort, ni vision. Et pourtant il y avait de quoi transcender la formidable matière à disposition ! 



Chadwick se contente d'aligner chronologiquement les moments forts de la vie de Madiba, depuis son village natal jusqu'aux négociations politiques pacifiques. Bien sûr, rien est oublié, malgré des ellipses d'une décennie à l'autre qui donnent le vertige : ses études de droit pour devenir avocat - balayées par les Blancs qui n'approuvent pas son statut -, les débuts de son engagement idéologique contre l'apartheid, puis dans la lutte plus radicale avec ses frères d'armes dans l'ANC, sa traque par les autorités qui le mènent en prison pour 27 longues années...  Mais l'alternance entre les moments de guérillas urbaines et les instants volés plus intimes (comme sa rencontre avec Winnie, la femme qui l'accompagnera dans son combat) vire au catalogue temporel, d'un événement fondamental à un autre, comme dans Le Majordome

 © Keith BernsteinSi tout est parfaitement illustré, rien ne dépasse, tout est lisse et presque trop beau (esthétiquement). Ce qui finalement finit par empêcher le spectateur de s'attacher réellement à Mandela, même si l'aura du personnage et le charisme naturel d'Idris Elba sont bien présents. Ce dernier arrive a se glisser dans la peau de Mandela jeune, on ne peut pas trop dire la même chose plus vieux, son maquillage étant des plus ratés. Ces conditions pragmatiques mises à part, ce personnage devient intéressant par ses faiblesses qui font de lui un homme avant tout. On le découvre coureur de jupons, mauvais mari, père le plus souvent absent... L'homme qui a tout sacrifié pour sa patrie et ses convictions. Rien de bien nouveau, me direz-vous... Mais le voir autrement que l'homme public reconnu du monde entier le rend plus "humain".

 © Keith Bernstein
 © Keith BernsteinCe qui rattrape l'ensemble (un petit peu long) se trouve dans la dernière demi heure, avec l'emprisonnement du futur chef d'État sud-africain et les tractations secrètes avec le pouvoir en place. Mandela s'éloigne de tout élément affectif, de l'idéologie de l'ANC et de son épouse Winnie passée sous l'égide de l'activisme politique brutal. Des moments de tension formidablement interprétées par Idris Elba et Naomie Harris, animés tous les deux par leurs convictions contradictoires : le pacifisme contre la haine frontale. Une parfaite illustration de l'ensemble de la nation tiraillée entre deux camps, à la limite de la guerre civile, partagée entre la haine et l'envie d'avancer et de pardonner. Et des moments moins passionnés (car politiques,  finement amenés et écrits), mais tout aussi historiques, justifiant toutes les scènes de violence précédentes, sans pour autant verser dans l'hommage trop appuyé des nombreux morts du pays. 


En résumé : la volonté de sincérité, de respect et de fidélité au message politique est bien présente mais au final, on ne sait toujours pas qui est le "vrai" Mandela derrière l'icône mondiale. 




EXTRAITS


samedi 28 septembre 2013

[Critique] Diana : Une romance contestée et contestable (2/10/13)

DIANA

De Oliver Hirshbiegel
Avec Naomi Watts, Naveen Andrews, Douglas Hodge, Charles Edwards…

Sortie le 2 octobre 2013

31 août 1997. L'Angleterre perd une princesse et sa Reine de cœur, Lady Di. Diana s'ouvre sur cette funeste nuit avant de revenir sur son histoire, deux ans plus tôt, lorsque la princesse de Galles fait la connaissance du Dr Hasnat Khan, chirurgien cardiologue anglo-pakistanais. De leur rencontre naît une histoire d'amour passionnelle, mais qui doit rester dans l'ombre pour être vécu pleinement. Mais le secret est difficile à maintenir lorsqu'on est exposé en permanence aux médias… 

"The legend is never the whole story"


© Le PacteS'inspirer de personnages et d'événements réels représente toujours un challenge. Prendre le parti de retracer les deux dernières années d'une icône telle que Diana exposait Stephen Jeffreys, le scénariste, à des critiques quel que soit le résultat du film. Car bien évidemment, Diana est contesté de par la véracité des faits, même si la production a mis un point d'honneur à mener d'importantes recherches et investigations. Basé sur le livre Le Dernier amour de Dianade Kate Snell (consultante sur le tournage), Diana s'appuie sur une histoire d'amour que l'intéressé, Hasnat Khan, n'a jamais confirmé publiquement. Il a même été jusqu'à dire dernièrement dans les journaux anglais que le film était basé sur des "rumeurs" et qu'il sonnait "complètement faux.  Une passion qui pourtant, selon les dires de Kate Snell, était bien plus forte que celle qu'on a connu avec Dodi Al Fayed, celle-ci n'étant qu'un prétexte pour rendre jaloux le chirurgien. 

Sujet sensible par définition puisqu'il touche à la famille royale, la personnalité à la fois lumineuse et sulfureuse de Diana, princesse qui a osé divorcer du prince Charles, offre une autre dimension et un caractère d'autant plus explosif que la sortie s'accompagne d'une nouvelle théorie du complot quant à sa mort (impliquant soit disant les forces armées britanniques). 


Une version bien fade et rose bonbon


© Le Pacte
© Concorde Filmverleih GmbHSi Stephen Frears et son The Queen avait bien été accueilli par les sujets de Sa Majesté, Diana n'aura sans doute pas les mêmes honneurs, et fera grincer quelques dents comme  en son temps La Dame de fer, de Phyllida Lloyd. Si l'intention de départ était louable, le résultat sent plutôt la guimauve et la bluette naïve rose bonbon. Exclusivement concentré sur cette romance clandestine (mais ayant fait le miel de nombreux tabloïds), Diana dresse un portrait entre intimité et personnage officiel presque trop parfait. Si dans la réalité, Lady Di était adulée pour son engagement auprès des autres, le film essaie de faire d'elle une femme presque sainte, tout en étant une rebelle n'ayant qu'une envie : vivre une vie "normale" n'écoutant que ses émotions. Et d'appuyer encore et encore sur son dévouement auprès des plus nécessiteux comme si on n'avait besoin d'être convaincu de son grand cœur pour pardonner ses escapades.
Cette histoire aux allures de contes de fées tourne vite au vinaigre ou plutôt à la mièvrerie niaise et dégoulinante, filmée avec une platitude exaspérante et une lourdeur appuyée. Laissant une impression d'ennui sans fin. Et pourtant, Naomi Watts ne démérite pas ! Les attitudes, le regard par en-dessous, le phrasé ont été étudiés avec une précision militaire. Mais il ne suffit pas d'un brushing impeccable pour incarné Lady Diana. Malgré un jeu impeccable, on n'arrive pas à se détacher complètement de l'image iconique de la princesse et adhérer à cette histoire. Un manque d'implication sans doute aussi dû à l'interprétation de Naveen Andrews, qui semble ne pas savoir ce qu'il fait là, tant il paraît parfois mal à l'aise face à sa partenaire. Peut-on mettre cela sur le compte de la déférence que son personnage a pour la princesse ? Sûrement pas, puisque le médecin la considérait comme une femme comme une autre. On l'a préféré en tant que passager perdu sur une île déserte dans la série Lost...


En résumé : Pari perdu pour Oliver Hirshbiegel. S'attaquer à un tel personnage aurait demandé finesse et légèreté, termes que le réalisateur a apparemment ignoré. Dommage !

lundi 23 septembre 2013

[Critique] Rush : une histoire d'hommes avant-tout (25/09/13)


RUSH
De Ron Howard
Avec Daniel Brühl, Chris Hemsworth, Olivia Wilde, Alexandra Maria Lara, Pierfrancesco Favino

Sortie le 25 septembre 2013

La Formule 1 a connu son âge d'or dans les années 1970. Et qui de mieux pour le représenter que le duo à feu et à sang des pilotes James Hunt et Niki Lauda ! Ces deux sportifs automobiles sont sans aucun doute les plus grands rivaux que l’histoire que le sport ait jamais connus. Concourant pour les illustres écuries McLaren et Ferrari, tout les oppose, jusque dans leur caractère de sportif. L'un est charismatique et instinctif, bel homme et coureur de jupons (le play-boy anglais James Hunt), l'autre est bosseur, réservé, tacticien et méthodique (Nikia Lauda, surnommé "le rat"). Rush retrace le passionnant et haletant "combat" entre ces deux pilotes hors-normes, et suit leur vie instable, sur les circuits et en dehors.


Pour être honnête, c'est avec une certaine appréhension que je suis allée voir Rush. La signature de Ron Howard n'est pas seule gage de réussite, surtout lorsqu'il s'agit de se plonger plus de 2h dans un film sur des courses automobiles, sport auquel je ne connais pas grand chose et qui est pour moi synonyme d'ennui. Et finalement, c'est avec grande surprise que je suis rentrée dans l'histoire le pied au plancher ! Et c'est aussi un avantage que de ne rien savoir de leur vie et de leur parcours, car cela ajoute de l'intensité à l'histoire.
Le réalisateur va bien au-delà de la simple retranscription des courses, aussi mythiques soient-elles. L'essentiel ici réside dans l'affrontement psychologique que se livrent deux génies des circuits. On découvre que leurs sentiments exacerbés dépassent le simple esprit de compétition, et que leur haine mutuelle est finalement un moteur pour leur réussite.

Une histoire d'hommes avant-tout


Rush est d'abord réussit grâce à son casting fabuleux. Chris Hemsworth, qu'on connaît essentiellement pour ses rôles de super héros musculeux (Avengers, Thor, Blanche Neige et le chasseur...), s'offre ici un rôle sur mesure qui démontre qu'il sait faire autre chose. Certes, il endosse la peau du beau gosse de service sexe, drogue et rock'n roll, qui se promène avec une horde de groupies, change de filles tous les soirs... Mais ce choix était comme une évidence, au vu de la vie dissolue et bling-bling du véritable Hunt. Assurance, aplomb, présence (et yeux bleus acier du tonnerre), Hemsworth s'impose et vient d'affirmer une nouvelle facette de son jeu. 
Daniel Brühl n'est pas en reste ! Loin d'être écrasé par la blondeur de son comparse de piste, il incarne avec justesse, subtilité et puissance ce drôle de bonhomme austère et méticuleux qu'est Niki Lauda, sans qu'un cheveux ne dépasse. Qu'il soit affublé d'une cicatrice gigantesque (due au terrible accident de course dont l'Autrichien s'est sorti de justesse) ou d'un dentier qui aurait pu gêner sa diction, l'acteur espagnol livre une prestation remarquable. Un bémol cependant : quelques répliques dites avec un son guttural pincé un poil exagéré à mon goût... Mais il EST Niki Laura, sans aucun doute. 


Autre point positif : la reconstitution d'une époque hautement identifiable par ses codes couleurs, ses vêtements, ses coupes et attitudes... L'équipe au service de l'image et de la photographie nous plonge dans une atmosphère très 70's, avec un grain légèrement blanchi et grossi.
Un seul regret peut être ? Une mise en scène classique et linéaire, avec quelques répétitions de plans, comme les départs de cours (toujours commencés par l'arrière de la voiture qui démarre, gros plan sur la machinerie, les pistons qui accélèrent, puis départ caméra au ras du bitume...). L'ensemble au service d'un scénario un tant soit peut rigide dans la forme, qui démarre lentement et s'appuyant sur les clichés et les stéréotypes. Mais ceci ne gâche en rien le plaisir évident qu'on a à suivre le parcours des pilotes, attachants à leur manière.

En résumé : un petit bijou bourré d'adrénaline fait pour les néophytes comme pour les aficionados, dont le bruit des moteurs résonnera un moment dans votre tête. Certainement un des films de l'année.



Extrait :

Messages les plus consultés