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jeudi 5 mars 2015

[Critique] Big Eyes : La subjectivité de l'art en questions (18/03/15)

BIG EYES

De Tim Burton
Avec Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston, Krysten Ritter, Jason Schartzman, Terence Stamp...

Sortie le 18 mars 2015

Big Eyes raconte l'histoire vraie de l'une des plus grandes impostures de l'histoire de l'art. A la fin des années 1950, Margaret Keane quitte précipitamment son mari en emmenant sa fille à San Fransisco. Elle n'a rien pour subsister et cherche du travail. Son domaine : l'art. Mais pas n'importe lequel. Celui qui la fait vibrer et mettre ses émotions sur le chevalet. Son sujet favori : les enfants misérables et tristes, qu'elle peint avec des yeux sur-dimensionnés. Un jour, elle rencontre Walter, un soit-disant peintre du dimanche qui a appris la peinture aux Beaux-Arts, à Paris. Sûr du talent de Margaret, il met en avant les ses tableaux… en se faisant passer pour le peintre. Le succès est fulgurant. Il révolutionne le commerce de l'art, devient riche à millions. Mais à quel prix ! Il laisse sa femme des heures enfermée dans son atelier pour continuer à produire les toiles qu'il est incapable de faire lui-même. Ce mensonge a dupé l'Amérique durant des années avant d'être démasqué...


Si ces 10 dernières années Tim Burton a donné dans le fantastique macabre à gros budget (Frankenweenie, Dark Shadows, Alice au pays des merveilles, Sweeney Todd, Noces Funèbres…), il revient avec Big Eyes vers le film indépendant, plus terre à terre (ce qu'il n'avait plus fait depuis Peewee Big Adventure). Mais son œuvre est toujours basée sur l'histoire de personnages hors norme, et d'une certaine façon, mis au banc de la société à cause de leur art.
© StudioCanalBurton, artiste lui-même exposé, comprend ce qu'est l'art marginal, et s'interroge sur les raisons pour lesquelles l'art doit être toujours légitimé par des critiques. Les portraits de Margaret détonnent dans l'expressionnisme abstrait en vogue dans le paysage artistique de l'époque. Ses portraits d'enfants stylisés, figuratifs et romantiques, font tache dans le monde artistique des années 1950-60 que Burton montre comme prétentieux et se prenant au sérieux. Le film pose d'ailleurs la question "qu'est-ce que l'art ?". Il est très subjectif. Qui sommes-nous pour juger de ce qui est un chef d'œuvre ou non ? Un débat que le cinéaste initie dès les premières images du film, en montrant l'impression de centaines de posters de peinture reproduits à la chaîne, comme autant de morceaux sans âme du véritable tableau, dispersé au vent pour de l'argent. Débat qui se joue ici-même puisque je me permets de critiquer une œuvre…

© StudioCanalL'histoire de Margaret rejoint celle d'Ed Wood (aussi réalisé par Burton), celui qu'on a surnommé le pire réalisateur de Hollywood. Un personnage dont la plupart des gens se moquait, mais dont la passion démontrait que son art n'était pas une plaisanterie. Le scénario et la caméra se concentrent ensuite sur l'artiste plus que sur son art. Rejetée par les galeries et les critiques, Margaret se cache derrière le bagou de son mari manipulateur, qui révolutionne le monde de l'art en inventant le marketing de masse. Et pour autant, elle incarne les prémices du mouvement féministe. Mère au foyer aux petits soins pour son mari, elle se transforme au fur et à mesure en artiste épanouie, comme ses toiles passant de la noirceur de la mélancolie à la luminosité des couleurs. 
© StudioCanalDerrière ses premières toiles étranges, on retrouve évidemment l'univers du cinéaste. Et le film prend une dimension d'auto-portrait délicat et mélancolique, le réalisateur des laissés-pour-compte ayant été lui-même rejeté pour son anticonformisme. Mais cette singularité si propre à Tim Burton n'est présente nulle part (ou presque) dans le film. On s'attend à ce que le réalisateur y mette sa patte fantaisiste, son grain de folie et son esthétique unique. Mais à part une tentative (râtée) dans une scène de supermarché (où les clients et caissières ont subitement de gros yeux dans le regard de Margaret), Big Eyes manque de cette étincelle qui nous plaît tant chez l'artiste. 
© StudioCanal
Ses images pimpantes servent à fabriquer un plaidoyer féministe égratignant au passage la misogynie ambiante de l'époque, porté par les prestations inégales d'Amy Adams et de Christoph Waltz. Si la première joue une femme à la fois naïve et déterminée avec retenue et finesse, le second est en roue libre, un poil dans l'excès, interprétant un mari bavard et manipulateur qui nourrit son ego en diminuant les sentiments de son épouse. Le côté démesurément extraverti sert le personnage de Walter (et fait souvent sourire), mais il a tendance à écraser un peu sa partenaire. Résultat, quand on voit Margaret prendre le dessus et répliquer, on prend un plaisir fou à (re)devenir un temps soit peu féministe.

En résumé :  Tim Burton brosse le portrait du milieu de l'art sur fond de révolution féministe, avec un classicisme qu'on ne lui avait pas vu depuis très longtemps.


 

samedi 22 juin 2013

[Critique] Man of steel : Mi-homme, mi effets de synthèse (19/06/13)


MAN OF STEEL

De Zach Snyder
Avec Henry Cavill, Michael Shannon, Amy Adams, Russel Crowe…

Sortie le 19 juin 2013

John, ou quelque soit son nom, vit de petits boulots en petits boulots, changeant d'identité au gré des endroits où il pose son sac. Peu loquace et solitaire, il préfère s'éloigner lors qu'un conflit éclate. Par peur ? Lâcheté ? Non, une façon d'être qu'il a développé pour garder son secret : il n'est pas né sur Terre. Depuis tout petit, il possède des pouvoirs surnaturels et ne veut pas les utiliser à mauvais escient. Plus tard, il s'engage dans un périple afin de comprendre d'où il vient et pourquoi il a été envoyé sur notre planète. Mais il devra affronter la pire menace et devenir un héros incarner l'espoir pour toute l'humanité au lieu de la peur, et ainsi sauver le monde de la destruction totale.


Sept ans après la tentative de sequel de Bryan Singer, Superman Returns, l'homme aux collants bleus et à la cape rouge refait son apparition dans les cieux de Metropolis sous la houlette de Zach Snyder et Christopher Nolan. Un brin de nostalgie ou une envie de recréer une franchise qui pourrait renflouer les caisses de Hollywood en mal de blockbusters qui fonctionnent ?
Si on ne doute pas du talent de Nolan, on pouvait craindre l'arrivée de Snyder sur le projet qui, depuis le succès de 300, n'a pas franchement convaincu (Watchmen, Le Royaume de Ga'Hoole et Sucker Punch). Si l'homme est vu comme un visionnaire à l'esthétique artistique faite pour le grand spectacle, il n'en demeurait pas moins un choix risqué. Surtout avec un budget qui crève le plafond !

Si Marc Webb a réussi à relancer la franchise marvellienne de l'homme-araignée l'année dernière avec The Amazing Spider-Man, on ne peut pas être aussi catégorique avec Man of Steel. Si le nouveau Spider-Man n'avait pas les faveurs des fans (Andrew Garfield n'étant pas "taillé" pour le rôle, selon ses détracteurs), il s'est montré convaincant grâce à son empathie, et son caractère "humain" avant tout, avec ses faiblesses et sa sensibilité. Si Henry Cavill est, lui, physiquement parfait pour endosser le costume du Kryptonien, il lui manque ce supplément d'âme (et un peu de charisme ?) pour incarner le sauveur de la planète. Ce n'est pas à coups de hurlements marquant sa rage et ses efforts, et ses moues de chiens battus dans les moments plus intimes qui font de lui un Superman à la hauteur ! (même si, j'avoue, il est craquant...). Mais ne nous trompons pas de cible...

Au vu des bandes annonces, on supposait que Man of Steel serait plus intimiste, avec un héros faillible et accessible. Que nenni ! Sur près de 2h30 de film, on passe au moins 2h dans de l'action pure et dure. Les Kryptoniens "ennemis" sont de véritables machines de destruction massive, quasi indestructible (Michael Shannon est génialement terrifiant), faisant des scènes de combats de guerres quasi nucléaires, et des duels fracassants, détruisant tout sur leur passage. Ici, pas de problèmes de conscience avec les dommages collatéraux !

Le soucis majeur réside dans la structure du récit, parfois bancale avec ses flash-backs et souvent invraisemblable (même pour de la SF), et dans le scénario résolument guerrier, laissant peu de place à l'évolution émotionnelle des personnages. Les scènes d'action priment sur l'identité complètement morcelée du super-héros qui, finalement, en devient moins attachant. Si les effets de style sont plus que présents, le rythme n'est pas tenu. À force de vouloir en mettre plein la vue, on finit par en avoir la nausée, donnant à l'ensemble un effet brouillon (je sens que je vais me faire taper dessus en disant cela...). Même pendant le peu de scènes tournées caméra au point, tout tremble. Et que dire du traitement de ce pauvre Jonathan Kent ?! Une honte...

Les effets spéciaux sur fond vert foisonnent tellement qu'on ne finit par ne plus rien voir. Dommage, car pour une fois, le spectateur peut découvrir Krypton avant sa destruction (qui a d'ailleurs des allures de planète de heroic fantasy) dans une scène d'exposition plus développée que dans les précédents opus. Et que dire des dialogues ! Même si on ne vient pas voir ce genre de film pour ses répliques, il fait toujours meilleur effet de ne pas tomber dans l'excès. Ici, certaines d'entre elles sont dignes de séries B, prévisibles au plus haut point, voire parfois gnan-gnan. Où sont les punch-lines qui ont fait la renommer d'autres films de super-héros ? N'est pas Iron Man qui veut apparemment...

En résumé : Malgré tous ces défauts, on prend un (tout) petit plaisir non dissimulé à voir du spectaculaire, et un beau gosse sauver le monde. Mais quel dommage que l'ensemble soit dépourvu d'âme et d'une réelle incarnation. Man of Steel ne bénéficie pas de l'effet Nolan comme sur The Dark Knight. Dommage !

dimanche 28 avril 2013

Sortie DVD : The Master - le 15/05/13


The Master est un portrait saisissant d’êtres à la dérive, en quête de sens, dans l’Amérique d’après-guerre. 
Freddie, un vétéran, revient en Californie après s’être battu dans le Pacifique. Alcoolique, il distille sa propre gnôle et contient difficilement la violence qu’il a en lui…
Quand Freddie rencontre Lancaster Dodd – "le Maître", charismatique meneur d’un mouvement nommé la Cause, il tombe rapidement sous sa coupe...

Avec Joaquin Phoenix (Freddie), Philip Seymour Hoffman (Lancaster Dodd), Amy Adams (Peggy, la femme de Dodd).





ÉDITION BLU-RAY :
- Format image : 1.85 – HD 1920 x 1080p – 16/9
- Format audio : Français 5.1 DTS-HD / Anglais 5.1 DTS-HD
- Sous-titres : Français
- Durée : 2h17

SUPPLÉMENTS :
- Scènes coupées (20’)
- Les coulisses du tournage (8’)
- « Let There Be Light » de John Houston (59’)
- Un documentaire sur les conséquences psychologiques de la seconde guerre mondiale sur les soldats de retour au pays
- Bandes-annonces

ÉDITION DVD :
- Format image : 1.85 - 16/9 compatible 4/3
- Format audio : Français 5.1 Dolby Digital / Anglais 5.1 Dolby Digital

- Sous-titres : Français
- Durée : 2h13

SUPPLÉMENTS :
- Scènes coupées (20’)
- Les coulisses du tournage (8’)

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