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dimanche 25 janvier 2015

[Critique] Into the woods : promenons-nous dans les bois (28/01/15)

INTO THE WOODS

De Rob Marshall
Avec Anna Kendrick, Lilla Crawford, Daniel Huttlestone, MacKenzie Mauzy, James Corden, Emily Blunt, Meryl Streep...
Sortie 28/01/15


À travers un regard résolument moderne et décalé, Into the woods, Promenons-nous dans les bois re-visite quelques-uns des plus célèbres contes de fées. Les intrigues de plusieurs histoires bien connues se croisent afin d’explorer les désirs, les rêves et les quêtes de tous les personnages. 

Cette comédie musicale aussi enjouée qu’émouvante suit Cendrillon, le Petit Chaperon rouge, Jack et le haricot magique et Raiponce, tous réunis dans un récit original où interviennent également un boulanger et sa femme qui espèrent fonder une famille, mais à qui une sorcière a jeté un mauvais sort…   

Rob Marshall, à qui l’on doit la comédie musicale primée aux Oscars Chicago et le film Pirates des Caraïbes : La fontaine de jouvence, signe la réalisation. Le film est basé sur la comédie musicale originale lauréate de plusieurs Tony Awards dont le livret est signé James Lapine (également auteur du scénario) et la musique et les paroles du légendaire compositeur Stephen Sondheim.

Pour qui ne connaîtrait pas le spectacle sur scène, cet Into the woods version ciné est plutôt... ce qu'on en attend. C'est à dire un numéro musical bien ficelé (malgré quelques incohérences) avec des ritournelles drôles et modernes (bien qu'un peu répétitives... et qui vous restent dans le crâne toute la journée !), des décors féériques et fantastiques, des costumes originaux qui le sont tout autant. De quoi se dire au départ que ce film est un bon Disney plein de jolis sentiments, avec des princes et des princesses, comme la maison de la souris en fait depuis des décennies. Les multiples effets spéciaux en plus.

Seulement, le film de Rob Marshall nous prend par surprise à ne nombreuses reprises. Le film est bien plus adulte qu'il ne le laisse paraître au départ. Les princes ne sont pas si charmants et  les princesses pas si irréprochables. Ce qui amènent des situations cocasses et des comportements à la limite du ridicule, mais du ridicule pour faire soulever nos zygomatiques. Chris Pine et Billy Magnussen sauront vous le faire à merveille. Mais l'inverse est également vrai, car le film réserve une seconde partie bien plus sombre donnant à certains contes une fin bien moins reluisante et joyeuse que celle que l'on connaît. Et voilà qui change ! Est-ce l'intérêt du public pour des séries telles que Once Upon a Time, Grimm ou Wonderland qui en est à l'origine ? Peut être... Mais voir un adultère ou des orteils coupés dans un Disney, voilà qui révolutionne les habitudes !

L'ensemble a un léger problème de rythme. Le film ne prend pas le temps de prendre son temps, et d'installer de véritables émotions. Si l'on rit souvent, on trouve parfois le temps long avant de se replonger dedans grâce à des nombreux rebondissements. La faute aux dialogues trop souvent chantés et pas assez parlés ? Autre petit soucis (minime), les règles apprises dans les contes originales sont bouleversées (cf. les cheveux de Raiponce une fois coupés ne brunissent pas, par exemple...). Et le vrai méchant n'apparaît qu'à la fin... Moyen !

Il est indéniable que les talents vocaux sont bien là... Et je suis ravie de retrouver le petit Gavroche des Misérables en Jack et Anna Kendrick, sortie des mash-up trafiqués inaudibles de The Hit Girls. Et Emiliy Blunt, après avoir écraser du monstre dans Edge of Tomorrow est une jolie surprise. Quant à Meryl Streep... elle défie toutes les lois, en en faisant toujours des caisses, mais ça ne lui va pas si mal.

En résumé : on passe un bon moment, plus pour les décors et les costumes que pour la musique.

   
                                




jeudi 15 janvier 2015

Oscars 2015 : Et les nominés sont...

La cérémonie de remise des Oscars, temps fort de l'année à Hollywood, aura lieu le 22 février. L'an dernier elle a été suivie par 44 millions de personnes à la télévision rien qu'aux Etats-Unis. Qui va remporter la petite statuette dorée au Dolby Theatre ?



Birdman, d'Alejandro Inarritu, et The Grand Budapest Hotel", de Wes Anderson, sont partis en tête de la course aux Oscars jeudi avec chacun 9 nominations, tandis que la Française Marion Cotillard pourrait recevoir une nouvelle statuette pour Deux jours, une nuit.
The Grand Budapest Hotel, comédie surranée et stylée de Wes Anderson, avec Ralph Fiennes et Bill Murray, avait déjà reçu le Golden Globe de la meilleure comédie dimanche.

Les deux favoris sont suivis de près par Imitation Game sur le mathématicien britannique de génie, Alan Turing, qui a découvert le code secret de communication nazi pendant la Seconde Guerre mondiale, avec 8 nominations.
American Sniper, de Clint Eastwood, et Boyhood de Richard Linklater, film unique en son genre car tourné sur douze ans, ont été cités six fois chacun.
Côté français, l'actrice Marion Cotillard est finaliste pour l'Oscar de la meilleure actrice pour Deux jours, une nuit des frères Dardenne, après avoir déjà été oscarisée pour La môme en 2008.
Alexandre Desplat, l'un des plus grands compositeurs de film, est nommé deux fois pour la meilleure bande-originale pour Imitation Game et The Grand Budapest Hotel.
Timbuktu, film franco-mauritanien d'Abderrahmane Sissako, est quant à lui cité dans la course pour l'Oscar du meilleur film étranger aux côtés du russe Leviathan qui avait déjà reçu le Golden Globe dans cette même catégorie dimanche, ou encore du polonais Ida.

C'est le Mexicain Alfonso Cuaron, Oscar du meilleur réalisateur pour Gravity l'an dernier, l'acteur Chris Pine (Star Trek) et J.J. Abrams, réalisateur du prochain Star Wars, qui ont dévoilé jeudi à Los Angeles les finalistes pour ces prix les plus prestigieux du cinéma américain jeudi au petit matin.
Une merveilleuse histoire du temps, Whiplash et Selma, d'Ava DuVernay, sur la lutte pour les droits civiques et Martin Luther King, se sont hissés dans la course à l'Oscar du meilleur film de l'année, décerné l'an dernier à Twelve years a Slave.
En revanche Gone Girl de David Fincher a été boudé pour la plus haute récompense.

Encore une statuette pour Meryl Streep ? 

Birdman, sur un ex-acteur de films de super-héros qui tente de renouer avec la gloire au théâtre, vaut notamment une nomination pour la statuette du meilleur acteur à Michael Keaton, pour le meilleur second rôle féminin à Emma Stone et l'équivalent au masculin pour Edward Norton. Ce film drôle et émouvant, à la cinématographie très dynamique alors qu'il quitte à peine les murs d'un théâtre, flirte avec le fantastique. Il sera en compétition avec Steve Carell (FoxCatcher), Bradley Cooper (American Sniper), Benedict Cumberbatch (Imitation Game) et Eddie Redmayne (Une merveilleuse histoire du temps).
Chez les actrices, Julianne Moore, déjà nommée quatre fois, pourrait enfin être primée pour Still Alice, et Reese Witherspoon recevoir une nouvelle statuette pour Wild, après celle reçue il y a 9 ans pour Walk the line.
Felicity Jones (Une merveilleuse histoire du temps) et Rosamund Pike (Gone Girl) sont également dans la course.
Meryl Streep, qui a déjà remporté trois Oscars et détenait déjà le record de 18 nominations, pourrait encore embellir son tableau de chasse: elle est nommée pour un Oscar du meilleur second rôle pour sa performance dans la comédie musicale fantastique de Disney Into the Woods, promenons-nous dans les bois.
Elle fera notamment face à Patricia Arquette (Boyhood), Laura Dern (Wild) et Keira Knightley (Imitation Game).
Côté acteurs dans un second rôle, Ethan Hawke, père divorcé et tendre dans Boyhood, Robert Duvall, 83 ans, figure paternelle beaucoup plus dure et intransigeante dans Le Juge, Mark Ruffalo, entraîneur de lutte dans Foxcatcher, et J.K Simmons (Whiplash) ont leur chance.


vendredi 21 février 2014

[Critique] Un été à Osage County : réunion de famille orageuse (26/02/14)

UN ÉTÉ À OSAGE COUNTY

De John Wells
Avec Meryl Streep, Julia Roberts, Ewan McGregor, Chris Cooper, Juliette Lewis, Benedict Cumberbatch, Abigail Breslin, Margo Martindale, Dermot Mulroney, Julianne Nicholson, Sam Sheperd…

Sortie le 26 février 2014

Après la disparition de leur père, trois sœurs se retrouvent dans la maison familiale, perdue au milieu des plaines d'Oklahoma, pour soutenir leur mère malade, paranoïaque, lunatique et impossible à vivre. Ayant emprunté des chemins opposés, toutes ne s'étaient pas vues depuis quelques années, et ont peu de choses en commun. Mais de nouveau réunies, elles vont vivre avec le reste de la famille, venue pour l'occasion, des retrouvailles douloureuses et mouvementées où des secrets vont être enfin dévoilés…


© Tobis Film"On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille", chantait Maxime Le Forestier il y a quelques années. La famille… c'est ce vaste sujet, souvent bien compliqué, qu'a choisi d'explorer  Tracy Letts, auteur de la pièce dont est tiré Un été à Osage County. Après un triomphe à Broadway (et un Tony award), la lauréate du Prix Pullitzer (rien que ça !) a adapte sa pièce et écrit le scénario. On n'est jamais aussi bien servi que par soi-même… Elle parle de la manière dont nous rions avec nos proches de situations tragiques, et de la manière dont nous nous faisons du mal plus ou moins consciemment, tout en étant toujours présents les uns pour les autres. 
© Wild Bunch DistributionEn voyant le film de John Wells, on pourra penser à Another Happy Day de par le schéma scénaristique classique "réunion de famille après la disparition du patriarche et déballage des vérités autour d'un repas", ou encore à Festen ou à Le prénom. Une tradition dans la littérature américaine, d'autant plus au théâtre. On aurait pu craindre que le passage de la scène à la pellicule renforce une impression de huis-clos suffocant, avec une unité de lieu ennuyeuse. Mais il n'en est rien. Le scénario laisse des bouffées d'air entre deux scènes de prise de bec, assurées par un casting en grande forme.

Forte de l'accueil de la pièce et de la drôlerie de certaines scènes, la brochette d'acteurs principaux, aussi éclectique que bourrés de talents, n'a pas eu de mal à s'engager auprès du cinéaste (plutôt habitué à la production executive), et de son producteur, George Clooney. Ils nous offrent une performance haute en couleurs et plutôt réaliste, même si ses personnages sont un peu trop stéréotypés. 

© Tobis FilmMeryl Streep est parfaits en mère acariâtre, plus accro à ses pilules qu'à ses propres filles. Un rôle à part, hors normes, comme elle en a désormais l'habitude (et qui lui vaut une nouvelle nomination aux Oscars). Mais en face, ses consœurs ne sont pas en reste. On redécouvre une Julia Roberts au jeu d'une grande qualité. Passionnée, mais mal dans ses baskets, jolie mais qui se laisse un peu aller, et qui n'accepte pas sa récente séparation. Une prestation qui lui vaut aussi une nomination aux Oscars, en tant que second rôle. Juliette Lewis (Tueurs nés) joue toujours aussi bien les désaxées, petite cervelle en quête de l'amour mais misant sur le mauvais cheval. Et que dire de Benedict Cumberbatch… ce caméléon aux milles visages. On le pense d'abord peu perdu au milieu de tout ce joyeux bordel, et finalement, il apporte une dose de fragilité et de sensibilité qu'on lui a rarement vue. Bien loin de son personnage esclavagiste dans 12 Years a Slave ou du cynique peroxydé Julian Assange dans Le Cinquième pouvoir.
Seul point noir de cette "dramédie", son côté hystérique où les secrets finissent par s'additionner comme des couches d'oignon interminables, donnant à la fin un côté totalement rocambolesque, voire poussée jusqu'au ridicule. La scène du diner (la plus jouissive, mais aussi la plus décevante) finit par agacer.

En résumé : le portrait d'une famille en crise comme on en voit souvent, une touche d'hystérie en plus. 


jeudi 10 janvier 2013

La cérémonie des Golden Globes enfin visible en France

Un casting de choix est prévu pour la remise des Golden Globes 2013 prévue le dimanche 13 janvier, à Beverly Hills.

Pour cette antichambre des Oscars, le rendez-vous est incontournable pour le petit monde du cinéma américain. En effet, les Golden Globes récompensent les meilleurs films et les meilleures séries de l'année, choisis par 93 journaliste de la presse étrangère à Hollywood. Depuis quelques années, gagner un Golden Globes est devenu aussi important que gagner un Oscar.

Dans un premier temps, aux côtés des deux présentatrices l'humoriste Tina Fey et l'actrice Amy Poehler seront présents : George Clooney, Meryl Streep, Amanda Seyfried, Jennifer Garner, Debra Messing, Kerry Washington, Nathan Fillion, Jason Statham, Jennifer Lopez, Kristen Wiig, Jeremy Renner, et Will Ferrell. Un bien belle brochette pour animer la soirée !

Et une fois n'est pas coutume, l'évènement pourra être suivi gratuitement en clair et en exclu web pour la France sur Mycineplus.fr à partir de 0h55 (tous les nominés ICI).

lundi 8 octobre 2012

Critique : Tous les espoirs sont permis : une Desperate housewife chez le Schtroumpf Grognon (10/10/12)


Tous les espoirs sont permis 

De David Frankel
Avec Meryl Streep, Tommy Lee Jones, Steve Carell...

Arnold et Kay sont mariés depuis plus de 30 ans. La passion a fait place à la routine : Monsieur part travailler sans un mot après que Madame lui ait préparé son petit déjeuner, il rentre à 18h, et s'installe devant son programme télé de golf après avoir diner en silence. Kay n'en peut plus ! Elle a envie d'autre chose, de retrouver celui qu'elle aime et ne plus dormir seule dans sa chambre à part. Redonner du piment à sa vie de couple devient une priorité. Elle découvre un livre écrit par un thérapeute spécialisé dans les problèmes de couple. Kay réussit à traîner son bougon de mari jusque dans le fin fond du Maine pour une semaine intensive de reconstruction de vie à deux. Le chemin sera long et parsemé de doutes, de questionnements, de rires et de douleurs...

Je t'aime, moi non plus...


Si les rom-com ont souvent eu tendance à parler de et à des trentenaires en pleine crise existentielle, il est évident que les producteurs ont depuis peu compris que les gens d'un âge certain avaient de plus en plus leur place sur le grand écran au vu du vieillissement général de la population. Et certains ont eu leur succès, que ce soit dans l'émotion de la gestion de la fin de vie dans Indian Palace, ou dans la dérision du refus de la mise au rencard dans Red. Dans Tous les espoirs sont permis, il est question de tendresse et de redécouverte de la sensualité et du désir. Un voyage vers l'épanouissement passé 60 ans. On vous le dit : les vieux ont leurs plus belles années devant eux ! Et c'est là tout le propos de David Frankel qui a eu le courage de s'y atteler.



Tous les espoirs étaient permis au vu du casting brillant et du succès des précédents films du réalisateur (Le Diable s'habille en Prada, Marley & Moi). Mais si l'idée de départ avait de quoi séduire (surtout lorsqu'on vous apprend que la turlutte est le meilleur moyen de récupérer votre mariage...), le traitement est plutôt didactique, parfois bavard et n'évite pas les phrases toutes faites sans réelle profondeur.



Frankel alterne avec sobriété situations grotesques et moments plus graves sans jamais pousser l'un ou l'autre à fond. Il ose une certaine noirceur des sentiments lorsqu'il évoque le dégoût de l'autre quand il s'agit de se mettre littéralement à nu et de passer à l'acte, mais n'approfondit pas son propos. Et pourtant, on est surpris de voir que le psy s'attaque directement et sans ambages à la sexualité de nos deux amoureux éteints. Steve Carrel étonne par sa simplicité et son charisme tout en retenu lorsqu'il pose des questions intimes et crues (mais jamais graveleuses) le plus sérieusement du monde.



Cette histoire manque finalement de piment mais est transcendée par des acteurs magiques et à qui le cabotinage va bien. Et si j'osais, je pourrais dire que 90% du film repose sur les seules épaules de la fabuleuse Meryl Streep. L'actrice aux 3 Oscars (dont La Dame de fer) et aux 17 nominations donne une émotion d'une justesse désarmante à son personnage. Tout son enthousiasme, sa volonté de sauver ce qu'il reste à sauver de son mariage mais aussi sa détresse émotionnelle et affective nous prennent au cœur. Et la voir se mettre dans des situations rocambolesques à de quoi faire sourire (même si encore une fois, plus d'audace n'aurait pas nuit au propos).

Quant à Tomme Lee Jones, l'air renfrogné, bourru et son insensibilité montrent un jeu plus subtile qu'il n'y paraît. Arnold évolue différemment de Kay et tout son jeu réside dans le non-dit, des expressions et un phrasé bien à lui. Restera cette scène où lorsque le psy lui demande de parler de sa vie sexuelle sans détour, il bredouille, cherche ses mots sans les trouver, mais tous ses sentiments transparaissent à grand renfort de gros plans montrant tour à tour ces charmants sexagénaires plus vrais que nature.


En résumé : Si Tous les espoirs sont permis ne donne pas de recette miracle pour ne pas tomber dans le panneau de l'amour par habitude et la co-location plutôt que du vivre-ensemble, il livre une comédie romantique proprette et agréable... sans casser des pipes.

dimanche 19 février 2012

Critique : La Dame de fer : Dans l'intimité d'une grande dame (15/02/12)


LA DAME DE FER


De Phyllida Lloyd
Avec Meryl Streep, Jim Broadbent, Susan Brown, Alice Da Cunha...

Ne vous fiez pas au titre. La Dame de Fer ne fera pas le bilan des onze années passées au pouvoir de l'illustre baronne Margaret Tatcher (entre 1979 et 1990). Le film de Phyllida Lloyd (dont c'est le second long-métrage après Mamma Mia !) s'intéresse au parcours de celle qui fut l'une des figures les plus influentes de la fin du XXe siècle et dont l'oeuvre marque encore les esprits et le quotidien des Britanniques et de nombreux citoyens de ce monde. Si elle fut premier ministre, elle n'en restait pas moins femme. Et c'est de son point de vue qu'est raconté le film, donnant une certaine distance vis-à-vis de la chronologie des événements. Entre poigne et fragilité, la Dame de fer n'a rien d'un colosse avec l'interprétation intime et toute en finesse de Meryl Streep.
Un point de départ... romanesque
Margaret (incarnée par Alexandra Raoch au début) est une jeune fille ambitieuse, loin de se laisser enfermer dans le rôle que voudrait lui imposer sa position sociale et la société dans laquelle elle vit. Diplômée en chimie, elle délaisse le choix d'une entreprise industrielle pour entrer en politique, dans le parti conservateur. Perdue au milieu d'un monde sexiste et patriarcal, elle ne se démonte pas et brave avec détermination les préjugés jusqu'à la plus haute marche du pouvoir. À mesure que la couleur de ses tailleurs fonce, son opiniâtreté ne fera que l'amener vers la consécration.
Le scénario d'Abi Morgan se focalise sur une Margaret Thatcher (Meryl Streep) plus âgée, une quinzaine d'années après qu'elle a été chassée du pouvoir en 1990. À la limite de la sénilité, la vieille femme discute avec le fantôme de son mari, Dennis (Jim Broadbent), mort en 2003. Ces dialogues sont l'occasion de flashbacks qui montrent la résolution de l'épouse à réussir et les encouragements de son mari, que l'on découvre fantasque et rieur. Dans ce rôle, Jim Broadbent est tout simplement irrésistible et touchant. Il déploie des trésors de bonhomie, sans doute destinés à prouver que la femme d'un homme aussi gentil pouvait être aimable. On suppose alors que le véritable Mr Thatcher devait jouer le rôle de soupape de secours lorsque son premier ministre de femme montrait les dents à la maison.
"Pearls are absolutely not negociable. That's the term that we want to strike"
Une chose est sûre : on est loin des films politiques tels que The Queen de Stephen Frears ou de la série comique et satirique The Thick of It d'Armando Ianucci. Dans La Dame de fer, la politique et la mécanique du pouvoir ne sont traitées qu'en toile de fond. Les manœuvres qu'elle opère pour prendre le pouvoir du parti conservateur sont résumées par des leçons de dictions, de mode et de comportement. La coiffure, les perles, l'accent, le tempérament et le registre identifiable entre mille sont là : Meryl Streep EST Margaret Thatcher !


Évidemment, certains crieront au scandale lorsqu'ils verront que la guerre des Malouines, le démantèlement du pouvoir syndical ou les mesures d'austérité ayant mené à la grèves des mineurs -- grands conflits parmi d'autres -- sont ainsi expédiés en quelques images d'archives et de simples répliques. Ses actions n'était pas le propos voulu par la réalisatrice, qui assume totalement son approche romanesque (et parfois fictive lorsqu'il s'agit de Margaret Thatcher âgée). Reste une fois encore la femme derrière les décisions. Sa férocité dans ses exigences, voire son obstination démesurée, appuyée par une voix forte et des mots choisis font d'elle un personnage qui attire les foudres et craint aussi. Jusque dans ses rangs. La scène où Margaret Thatcher dépasse les bornes face à son conseiller le plus proche (joué par Anthony Head, alias Giles dans Buffy contre les vampires, pour les trentenaires) est tout à fait fascinante. Le savon qu'elle lui passe le poussant à la démission fait apparaître une Meryl Streep habitée par son personnage à tel point que, de l'aveu des comédiens, elle était réellement terrifiante et la tension était palpable sur le plateau. 
Et si les épisodes postérieurs à l'éviction de Margaret Thatcher, comme l'accueil chaleureux qu'elle fit à Augusto Pinochet, poursuivi par le juge Garzon, ou sa collaboration rétribuée avec l'industrie du tabac sont, eux, totalement passés sous silence, ça n'est que pour renforcer l'universalité de l'histoire. À savoir, comment gérer la perte de l'être aimé ? Que se passe-t-il lorsqu'une vie trépidante entièrement consacrée au travail arrive à son terme ? Comment affronter l'âge et le handicap ? Aucun d'entre nous n'a eu la vie publique ni le statut de Margaret Thatcher, mais nous sommes tous capables de comprendre ce que peuvent représenter les relations de travail, de famille, de même que les notions de renoncement, d'acceptation et de résignation.
En résumé : De l'humain, rien que de l'humain. Et une grande performance ! Meryl Streep tient ici l'un des plus beaux rôles de sa vie. Son énergie passe dans l'empathie et l'humanité qu'elle donne à son personnage vieillissant. L'actrice, jeune sexagénaire, devient ainsi une femme voûtée, instable, perdue dans les photos de famille et dont les souvenirs la submergent sans possibilité de retour. Impressionnante de réalisme et subjuguante de justesse. Elle n'a pas volé sa nomination aux Oscars !

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