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dimanche 23 mars 2014

[Critique] All about Albert : Des comédiens qui s'amusent et nous avec (19/03/14)

ALL ABOUT ALBERT


De Nicole Holofcener
Avec James Gandolfini, Julia Louis-Dreyfus, Catherine Keener, Toni Colette…


Masseuse divorcée aux clients impossibles, maman d'une ado en partance pour l'université, Eva a du mal à gérer le prochain départ de sa fille à la fac. Sa routine le pèse jusqu'à ce qu'elle fasse la rencontre d'Albert, lui même père séparé. À première vue, rien ne les rapproche, et pourtant, leur histoire à deux s'écrit rapidement. Mais au fil des conversations avec une cliente, Eva se rend compte que celle-ci n'est pas sans lien avec son nouvel amoureux et la fait douter de sa relation naissante.




Et après un divorce, il se passe quoi ?

All about Albert © Fox DeutschlandJames Gandolfini et Julia Louis-Dreyfus… Voilà un couple peu conventionnel, défiant toutes les règles établies de la rom-com traditionnelle. Et c'est tant mieux, car All about Albert n'en est pas moins traditionnelle. Si on assiste à un marivaudage entre deux quadra parfaitement consentants, ayant l'air (au départ) de deux ados qui découvrent l'amour, le ton n'est pas mielleux et dégoulinant. Au contraire ! Les répliques fusent, entre corrosion et névrose, acidité et tendresse. Et pour laisser le script faire son effet, la caméra reste à discrète, ni trop intrusive, ni trop déclarative. Le tout enveloppé dans du velours que sont les interprétations des personnages, principaux comme secondaire. 
All about Albert 1 © 20th Century Fox
Il faut quand même souligner celle du duo Gandolfini / Louis-Dreyfus : ils incarnent de façon la plus naturelle du monde ces amoureux imparfaits au passif compliqué. Les comédiens s'amusent et nous embarquent sans mal (indépendamment de la récente disparition de Gandolfini). Plus question de jugement ou d'analyse. Dans un élan entre mélancolie et allégresse, superficialité et profondeur, Nicole Holofcener nous offre une belle comédie humaine et sincère, qui nous met les sourire aux lèvres. 

All about Albert 1 © 20th Century FoxCe joli moment filmé presque comme une série finit par un peu se scléroser en restant dans ce carcan télévisuel. Le scénario s'affadit lorsqu'on rentre dans le malheureux quiproquo qui les réunit puis les éloigne, pour faire basculer la romance dans l'amertume. Du coup, on a l'impression que les personnages n'osent plus s'exprimer totalement, si ce n'est dans des passages un peu patauds. Etouffé, l'histoire s'étouffe un peu et n'explore pas le potentiel attendu. Heureusement, les aller-retours de Julia Louis-Dreyfus entre le drame et le burlesque sont irrésistibles. Et comment ne pas craquer pour cet ours adorable au cœur tendre (mais brisé) qu'est James Gandolfini, sans oublier la toujours parfaite Katherine Keener (dans le rôle de l'ex-épouse) ?

En résumé : un récit trop balisé mais d'une justesse émotionnelle, et relevé par des interprètes d'une sincérité désarmante.

vendredi 1 novembre 2013

Critique : Il était temps : Une RomCom loin des clichés (6/11/13)

IL ETAIT TEMPS

De Richard Curtis
Avec Domhnall Gleeson, Rachel McAdams, Bill Nighy, Tom Hollander…

Sortie le 6 novembre 2013


Lors d'une nième soirée ratée du réveillon du Nouvel An, Tim se voit révéler un lourd secret héréditaire : depuis des générations, les hommes de la famille ont la capacité de voyager dans le temps. Non pas pour changer l'Histoire, mais pour modifier leur propre existence et (normalement) rendre leur vie meilleure. Au départ bien embêté par ce "pouvoir" qu'il considère comme un fardeau incontrôlable, Tim va tenter de se construire une vie amoureuse. Mais bien évidemment, rien ne se passe comme prévu ! Alors qu'il trouve la femme de ses rêves, un voyage dans le temps mal géré efface cette merveilleuse rencontre. C'est en voyageant dans l'espace-temps que Tim apprend petit à petit à ruser avec le destin pour que sa vie devienne celle qu'il désire, sans oublier d'améliorer celle de son entourage. Mais il va vite s'apercevoir que ce don ne lui épargnera pas les déceptions, les chagrins et les tourments de la vie que chacun doit affronter pour se construire.

Si vous connaissez la filmographie de Richard Curtis, à première vue, vous serez surpris (et circonspect ?) de le voir passer du côté (obscur ?) de la science-fiction. Mais le maître de la comédie romantique (Love Actually, Coup de foudre à Notting Hill, Quatre mariages et un enterrement, Le Journal de Bridget Jones...) n'est pas tombé dans la marmite des super pouvoirs pour en faire une grosse comédie qui tache. Ce n'est pas le genre de la maison ! Avec Il était temps, il signe une romcom atypique, mais dans laquelle on reconnaît la Curtis touch cette savoureuse recette entre rire et larmes, et qui ne tombe jamais dans le pathétique larmoyant. 

Le film retrace avec bonheur tous les types de relations, amicales, filiales et amoureuses, qu'on noue au cours d'une vie : celles qui passent le temps d'un béguin, celles qui durent toute la vie, celles qu'on n'a pas envie de voir se terminer, et tout l'engagement personnel que chacune demande.  
La première partie du long-métrage est un peu classique (une fois la partie surnaturelle dépassée) avec pour point de départ une rencontre entre un homme et une femme. Quitte à jouer avec les voyages dans le temps, on aurait pu penser que le scénario jouerait la carte de l'absurde jusqu'au bout, avec un grain de folie supplémentaire Le résultat est plutôt sympa mais manque d'une étincelle de fantaisie supplémentaire.

On s'attardera donc davantage sur la seconde partie, qui va plus loin que la simple relation amoureuse finissant en happy end. Le film pose de véritables questions quant à la possibilité ou non de toucher du doigt la vie rêvée parfaite. Souvent, on se demande "Et si je pouvais tout effacer et recommencer, que ferais-je ?". Et finalement, pragmatique et/ou résigné, on se rend compte que peut-être cette situation n'est pas forcément plus enviable. Tim l'apprend à ses dépens : un grand pouvoir vient avec une grande responsabilité. Ici point de sauvetage de l'humanité, mais des choix concernant la vie de ceux qu'on aime, essayant de leur éviter le moins de malheur possible. Et la comédie de l'irréelle se transforme en comédie du réalisme, avec tout les drames et les petits bonheurs que la vie distille. Malgré un esthétisme de catalogue et des personnages pas assez cabossés (mais pas lisses non plus), Richard Curtis livre un film plein de sentiments authentiques, sans chercher à tirer les larmes de son public. La petite réplique qui fait mouche ou une situation improbable font toujours irruption pour l'en empêcher !

© Universal PicturesCôté casting, on retrouve avec bonheur Bill Nighy (Good Morning England, The Constant Gardener, Indian Palace, La Dame en noir...) qui illumine le film de son charisme flamboyant et de son inimitable humour pince-sans-rire anglais chaque film auquel il participe -- même si ceux-ci sont moyens, voire catastrophiques (Jack le chasseur de géants). Mais surtout celui qu'on avait découvert dans le rôle de Bill Wesley dans Harry Potter, et apprécié dans le sublime Anna Karenine de Joe Wright : Domhnall Gleeson (fils de Brendan, alias Maugrey "Fol Oeil" dans Harry Potter), déjà en amoureux transi dans la campagne russe. Grand dadais gauche au visage d'éternel adolescent, il campe ici à la perfection Tim, ce jeune homme perdu et si déterminé à la fois. A ses côtés, la jolie Rachel McAdams reprend son rôle de jeune femme romantique habituelle, gentille et pétillante mais manquant une peu de relief. (mais faudra lui dire, cette coupe de cheveux... ça n'est pas possible !) Pourtant, ce couple fonctionne à merveille, au milieu d'une pléiade de seconds rôles aussi loufoques que caricaturaux (et trop peu approfondis, à mon sens).

En résumé : Il était temps nous rappelle avec légèreté et délicatesse que malgré tous nos efforts on ne peut éviter le malheur, mais qu'il faut profiter de chaque instant, et faire de chaque moment un vrai petit bonheur.

dimanche 24 mars 2013

Critique : 20 ans d'écart : Du rire et du charme (06/03/13)


20 ANS D'ECART 
De David Moreau
Avec Virginie Efira, Pierre Niney, Charles Berling, Gilles Cohen...


Alice est une working girl qui ne vit que pour le boulot. Son ambition ? Devenir rédactrice en chef du magazine féminin Rebelle avant ses 40 ans. Mais son look BCBG coincée du bulbe ne fait pas rêver son patron, qui ne la voit pas à ce poste. Il lui préfère une bimbo exubérante québécoise qui transpire la sexualité. Qu'à cela ne tienne ! La belle Alice va profiter d'une rencontre fortuite avec Balthazar, un étudiant de 20 tout juste, pour fabriquer une idylle et montrer à son patron qu'elle a su rester branchée et  sauvage. Sans pour autant mettre le jeune homme au courant, qui va tomber raide dingue d'elle...



"On n'est pas que petit"

© EuropaCorp Distribution
L'idée de départ de 20 ans d'écart repose sur l'image devenue tendance de la femme d'âge mûre qui préfère s'encanailler avec des jeunots plutôt que de jouer les femmes tristes en mariage. Pourquoi la femme n'aurait-elle pas le droit au même traitement que le vieux beau s'amourachant d'une petite minette ? Ca ne choque plus personne...  La femme désirable passés 40 ans est désormais popularisée par des séries comme Cougar Town (avec Courtney Cox) et s'exhibe avec son toy boy dans tous les journaux people - Demi Moore et Madonna en tête.

© EuropaCorp Distribution
Si le scénario est un peu classique, voire attendu (la rencontre improbable, la séduction en un claquement de doigt, l'amour à corps perdus, le mensonge dévoilé, la rupture et la renaissance de l'idylle), le film est rempli de charme. D'une part, ses répliques bien senties font mouche ("Sommes-nous toutes des mots-clés sur YouPorn ?" lance-Alice en conférence de rédaction, "C'est encore l'autre, la périmée ?" dixit le papa de Balthazar en parlant d'Alice, "Ils ont rétréci Dujardin ?", dixit une photographe en parlant de Balthazar) donne une légèreté tout en gardant la véracité de la situation. Si quelques clichés apparaissent de-ci, de-là, l'ensemble est plutôt intelligent, renvoyant une image peu éloignée d'une réalité touchante. Non, les femmes ne s'épanouissent pas qu'à travers l'existence d'un homme dans sa vie. Non, les quadra ne sont pas à mettre au rebut sexuel. Comme les hommes, elles ont le droit de s'affirmer, séduire, et vivre l'amour comme il leur plaît sans être jugées !



© EuropaCorp Distribution
© EuropaCorp Distribution
Et quelle quadra en la personne de Virginie Efira. Une belle surprise ! Plutôt habituée aux rôles de jolie fille lumineuse dans des petites comédies sans envergure, elle joue ici une MILF à croquer,  sexy en diable et humour. Face à elle, Pierre Niney est tout simplement craquant. Sa bouille d'homme-enfant, sa naïveté gauche, son naturel désarmant et son humanité folle rend Balthazar plus qu'attachant (et sa scène de rupture encore plus poignante). Repéré comme étant l'un des espoirs du cinéma français de demain depuis J'aime regarder les filles - pour lequel il reçoit un prix au Festival de Cabourg - et nommé aux Césars cette année pour Comme des frères, le plus jeune sociétaire de la Comédie Française brille sans pour autant écraser les autres. La grande classe ! Les autres... une galerie de seconds rôle assez croustillants - voire extra-terrestre en ce qui concerne la directrice du groupe de presse. Charles Berling est grisant en père/gamin en pleine ébullition hormonale qui ne veut pas laisser s'envoler ses 20 ans.





En résumé : 20 ans d'écart est une romcom fraîche et légère, moelleux comme des nounours à la guimauve, mais pas que. Elle illustre parfaitement bien les différents accros de la vie que peut rencontrer une quadra célibataire, sans pour autant jouer les moralisatrice. Et ce couple éphémère livre une alchimie parfaite qui fait oublier la simplicité du contenu.


lundi 18 mars 2013

Critique : Warm Bodies : Et la romcom ado renaît ! (20/03/13)

WARM BODIES Renaissance

De Jonathan Levine
Avec Nicholas Hoult, Teresa Palmer, John Malkovitch...

Voilà quelques mois que nous attendions l'arrivée de Warm Bodies, l'un des prétendants cinématographiques au remplacement de la saga Twilight. Si les vampires - et leurs bons sentiments - sont retournés dans leur crypte pour de bon, une autre espèce de morts-vivants les a remplacés : les zombies. On pouvait craindre le pire...
Suite à une Apocalypse de nature inconnue, ils ont envahi le monde. Mais l'un d'entre eux (Nicholas Hoult), décidément peu à l'aise avec sa condition de mort pas tout à fait vivant. Unique, il réfléchit et se pose des milliers de questions existentielles. Et il n'aime pas faire de mal aux humains. Et pourtant, après avoir dévoré un jeune homme, il va se lier d'amitié avec la petite amie de ce dernier (Teresa Palmer, vue dans Numéro Quatre). Vous avez dit glauque ? Mais 
non ! Cette relation va bousculer les conventions établies entre les hommes et les zombies. Ca ne vous rappelle rien ? Le petit truc en plus réside dans le caractère du personnage principal : malgré son état de zombie, il revit les souvenirs humains de la vie qu'il a engloutie, et garde un lien avec ses sentiments. Ces réminiscences vont le pousser à dépasser ses instincts les plus primaires pour laisser place à sa part d'humanité...



"Why can't I connect with people ? Oh I forgot... this is because I'm dead !"


© Metropolitan FilmExport
© Metropolitan FilmExport
Si la toile de fond pourrait faire penser à la série qui cartonne The Walking Dead (car la moitié de la population a passé l'arme à gauche et déambule dans les rues en grognant), la comparaison s'arrête très vite. Car Warm Bodies est avant tout une comédie romantique. Et là, vous pensez "encore une bluette adolescente sans profondeur" ? Sûrement pas. Jonathan Levine n'y tient pas. Il préfère jouer sur l'humour entre deux scènes (un peu) gore, ajoutant un peu de romantisme par-ci par-là et un côté dramatique à la condition de ce zombie qui n'a qu'une envie : "se connecter aux autres". Un style qui change radicalement de ce qu'a déjà fait le réalisateur (remarqué pour sa dramedy 50/50 sur le cancer), même si ce dernier avait déjà tâter de l'hémoglobine avec All the boys love Mandy Lane (dans lequel une reine du lycée et ses amis se voient attaqués par un invité non convié à la fête).



On peut dire qu'Adam Levine rend quelque peu ses lettres de noblesse au genre teen movie, qui a tendance à prendre régulièrement le chemin de la facilité débilitante. Si l'intrigue est simpliste et cousue de ficelles épaisses (si on accepte l'autre tel qu'il est, l'amour triomphera de tout dans ce monde d'égoïstes... pffiioouu !), et les retournements de situation attendus au tournant, elle nous attrape et ne nous lâche plus car elle est bien amenée. Le réalisateur s'amuse et son engouement est communicatif. Avec une mise en scène simple mais efficace, une direction artistique recherchée mais pas prétentieuse, il nous embarque dans ce monde froid et bizarre sans qu'on rechigne.


© Concorde Filmverleih GmbH
© Concorde Filmverleih GmbH
Levine reprend les codes de la romance adolescente mais ne s'en tient pas aux longs regards langoureux sur une musique sirupeuse et aux baisers chastes interminables. De l'ultra repris Roméo et Juliette, il subtilise avec parcimonie quelques détails : ses héros s'appellent "R" et Julie, il détourne la scène du balcon avec malice, ajoutant un côté stupide (bien dosé) au lover un peu pâlot. Et il joue avec la musique pour donner la parole à celui qui n'en a presque pas, comme font souvent les ado qui n'osent avouer ce qu'ils ressentent. Pour autant, il ne tombe dans la compil' rose bonbon et dégoulinante. Le clin d'œil viendra avec quelques notes de la BO de Pretty Woman... mais je n'en dis pas plus. L'humour plutôt adulte n'est pas en reste. Bien dosé, il fait mouche à coups de comique de situation et d'auto-dérision zombi-esque. Un coup de chapeau à la performance de Nicholas Hoult et à Rob Corddry : leur conversation grognée vaut se pesant de... chair fraîche !





En résumé : Warm Bodies est finalement une bonne surprise et fera taire les détracteurs du genre. Car malgré son immaturité scénaristique, il a un charme fou (comme ses acteurs principaux). Loin du cliché de l'amourette cul-cul, il vous fera sourire... souvent.

lundi 8 octobre 2012

Critique : Tous les espoirs sont permis : une Desperate housewife chez le Schtroumpf Grognon (10/10/12)


Tous les espoirs sont permis 

De David Frankel
Avec Meryl Streep, Tommy Lee Jones, Steve Carell...

Arnold et Kay sont mariés depuis plus de 30 ans. La passion a fait place à la routine : Monsieur part travailler sans un mot après que Madame lui ait préparé son petit déjeuner, il rentre à 18h, et s'installe devant son programme télé de golf après avoir diner en silence. Kay n'en peut plus ! Elle a envie d'autre chose, de retrouver celui qu'elle aime et ne plus dormir seule dans sa chambre à part. Redonner du piment à sa vie de couple devient une priorité. Elle découvre un livre écrit par un thérapeute spécialisé dans les problèmes de couple. Kay réussit à traîner son bougon de mari jusque dans le fin fond du Maine pour une semaine intensive de reconstruction de vie à deux. Le chemin sera long et parsemé de doutes, de questionnements, de rires et de douleurs...

Je t'aime, moi non plus...


Si les rom-com ont souvent eu tendance à parler de et à des trentenaires en pleine crise existentielle, il est évident que les producteurs ont depuis peu compris que les gens d'un âge certain avaient de plus en plus leur place sur le grand écran au vu du vieillissement général de la population. Et certains ont eu leur succès, que ce soit dans l'émotion de la gestion de la fin de vie dans Indian Palace, ou dans la dérision du refus de la mise au rencard dans Red. Dans Tous les espoirs sont permis, il est question de tendresse et de redécouverte de la sensualité et du désir. Un voyage vers l'épanouissement passé 60 ans. On vous le dit : les vieux ont leurs plus belles années devant eux ! Et c'est là tout le propos de David Frankel qui a eu le courage de s'y atteler.



Tous les espoirs étaient permis au vu du casting brillant et du succès des précédents films du réalisateur (Le Diable s'habille en Prada, Marley & Moi). Mais si l'idée de départ avait de quoi séduire (surtout lorsqu'on vous apprend que la turlutte est le meilleur moyen de récupérer votre mariage...), le traitement est plutôt didactique, parfois bavard et n'évite pas les phrases toutes faites sans réelle profondeur.



Frankel alterne avec sobriété situations grotesques et moments plus graves sans jamais pousser l'un ou l'autre à fond. Il ose une certaine noirceur des sentiments lorsqu'il évoque le dégoût de l'autre quand il s'agit de se mettre littéralement à nu et de passer à l'acte, mais n'approfondit pas son propos. Et pourtant, on est surpris de voir que le psy s'attaque directement et sans ambages à la sexualité de nos deux amoureux éteints. Steve Carrel étonne par sa simplicité et son charisme tout en retenu lorsqu'il pose des questions intimes et crues (mais jamais graveleuses) le plus sérieusement du monde.



Cette histoire manque finalement de piment mais est transcendée par des acteurs magiques et à qui le cabotinage va bien. Et si j'osais, je pourrais dire que 90% du film repose sur les seules épaules de la fabuleuse Meryl Streep. L'actrice aux 3 Oscars (dont La Dame de fer) et aux 17 nominations donne une émotion d'une justesse désarmante à son personnage. Tout son enthousiasme, sa volonté de sauver ce qu'il reste à sauver de son mariage mais aussi sa détresse émotionnelle et affective nous prennent au cœur. Et la voir se mettre dans des situations rocambolesques à de quoi faire sourire (même si encore une fois, plus d'audace n'aurait pas nuit au propos).

Quant à Tomme Lee Jones, l'air renfrogné, bourru et son insensibilité montrent un jeu plus subtile qu'il n'y paraît. Arnold évolue différemment de Kay et tout son jeu réside dans le non-dit, des expressions et un phrasé bien à lui. Restera cette scène où lorsque le psy lui demande de parler de sa vie sexuelle sans détour, il bredouille, cherche ses mots sans les trouver, mais tous ses sentiments transparaissent à grand renfort de gros plans montrant tour à tour ces charmants sexagénaires plus vrais que nature.


En résumé : Si Tous les espoirs sont permis ne donne pas de recette miracle pour ne pas tomber dans le panneau de l'amour par habitude et la co-location plutôt que du vivre-ensemble, il livre une comédie romantique proprette et agréable... sans casser des pipes.

dimanche 2 septembre 2012

Critique : Elle s'appelle Ruby : Et si l'homme avait créé la femme ? (03/10/12)

Elle s'appelle Ruby (Première à Deauville)
De Albert Berger et Ron Yerxa
Avec Paul Dano, Zoe Kazan, Antonio Banderas, Annette Bening, Steve Coogan

Calvin est un écrivain talentueux. Son premier roman est devenu un succès public et critique alors qu'il n'avait que 19 ans. Mais plus le monde crie au génie, plus Calvin se renferme, devient asocial et souffre du syndrome de la page blanche depuis que son second roman est attendu comme le Messie. Il rêve alors d'une jeune femme aux cheveux incandescents et au sourire enjôleur. Calvin imagine alors qui pourrait être sa compagne idéale, son grand amour, celle qui pourrait l'accepter tel qu'il est et non pour l'écrivain célèbre qu'il est. Lorsqu'il pense à l'inconnue de ses rêves, ses doigts se délient sur sa machine à écrire (l'ordi, connaît pas !) et l'inspiration est libérée : Ruby est née. Tellement aimée qu'elle surgit un jour de pages de son livre pour entrer "pour de vrai" dans sa vie...

"Je ne suis pas ton enfant !"

20th Century Fox
N'y aurait-il pas un peu de Guillaume Musso dans les écrits de Mademoiselle Kazan ? Car l'écrivain français avait déjà écrit en 2010 l'histoire d'un personnage imaginé qui se matérialise pour prendre vie sous les yeux de son créateur dans La Fille de papier. Mais contrairement à la fille inventée par Musso, Ruby n'a pas besoin de son inventeur pour survivre à un maladie parce que celui-ci n'a pas fini son livre. Au contraire, il va s'apercevoir qu'elle va s'épanouir sans lui. Et c'est ce qui va finir par lui poser problème...

20th Century Fox
Zoe Kazan (qui a aussi brillamment écrit le scénario) s'est inspiré du mythe grec de Pygmalion et Galatée dans lequel un sculpteur tombe amoureux de son œuvre, ou encore de Frankenstein de Mary Shelley, qui voit ce qu'elle a créé prendre vie. Elle entame ainsi une réflexion fine et drôle sur le fantasme de voir que celui qu'on aime correspond à son propre imaginaire, l'importance de individualité dans le couple et l'identité de façon.


20th Century Fox
Lorsque Calvin s'aperçoit que Ruby est devenue chair et os, il perd complètement ses repères, se croit fou et finit par admettre l'inadmissible. L'intérêt de la scénariste est non pas de savoir comment cette jeune femme s'est retrouvée là, mais savoir comment les choses vont tourner à partir de ce point de départ. Par ses mots, Calvin dépeint par ses mots la femme idéale, lui donne des attributs précis que lui-même désire sur le plan amoureux. Mais bien évidemment les choses se compliquent parce lorsqu'on aime quelqu'un, on l'aime dans sa globalité, pas simplement pour les parties qu'on a idéalisées.

20th Century Fox
Dans la réalité, Ruby s'épanouit telle une femme libre car Calvin l'a créée comme une individualité à part entière. Elle a une véritable soif d'être elle-même. Mais cette liberté, Calvin lui fait peur; il la désire tellement qu'il en devient nerveux. (attention SPOILER- surligner pour lire) Donc lorsqu'il s'aperçoit qu'il peut la modifier à volonté, il devient incontrôlable et Ruby perd ses repères et ne sait plus à quelle réalité se raccrocher. Elle finit par devenir un objet, un esclave qui réagit au moindre désir de celui qui est censé l'aimer pour ce qu'elle est, cet être devenu totalement égoïste et manipulateur, corrigeant le moindre changement chez celle qu'il aime (Fin SPOILER). Mais Calvin veut être heureux pour ce qu'ils s'apportent mutuellement et vivent ensemble, et non pas parce qu'il l'écrit. Le scénario tient dans l'intégrité et l'humanité qui existe chez Ruby et dans le fait que Calvin est finalement obligé de mûrir pour être à la hauteur de sa force et de son évolution à elle. Ce n'est que lorsque Calvin accepte de se défaire de ses idéaux sur Ruby et ce qu'elle devrait être, qu'il trouve enfin ce qu'il cherchait.

20th Century Fox
Réalisé par le couple à la barre de Little Miss Sunshine, et joué par un couple à la ville comme ici à l'écran. En voilà une affaire de sentiments ! Les deux tourtereaux crèvent littéralement l'écran. Elle est lumineuse, énergique et colorée (ses vêtements n'en sont pas la seule raison...), lui a un véritable sens comique (peu exploité jusque-là) qu'on aimerait voir développé. Tous deux dégagent une force émotionnelle d'une intensité rare, et leur complicité naturelle renforce l'ensemble. Et que dire de la scène très hippie et débridée (façon Barbara Streisand et Dustin Hoffman dans Mon Beau-Père et moi) jouée par un Antonio Banderas et une Annette Bening en grande forme ! Un poil trop clichés pour être convaincants à mon sens... Quant à la BO, elle a de quoi surprendre : celle-ci passe de Schubert à Plastic Bertrand (sic) et d'autres titres français, appelés "heureux accidents choisis par les réalisateurs" par Zoe Kazan, grande fan de la culture française (cocorico) lors d'un entretien public (accompagné de Paul Dano) donné à Deauville (publiée ici).

En résumé : un GROS coup de cœur ! Le film livre une réflexion inattendue et pleine de surprises sur l'imaginaire, la quête de soi et la manière dont nous inventons l'amour. Une grande réussite pour une jeune scénariste qu'on espère revoir à l'œuvre.


dimanche 8 juillet 2012

Critique : Je me suis fait tout petit : une banalité charmante (11/07/12)

JE ME SUIS FAIT TOUT PETIT
De Cécilia Rouaud
Avec Vanessa Paradis, Denis Menochet, Léa Drucker, Laurent Lucas...

Il y a des films écrits d'avance et qui nous laissent le goût amer de la déception. D'autres qui ont la fraîcheur d'une banalité faite de rencontres et de partage. Je me suis fait tout petit fait partie de ces derniers. Pour un premier film, Cécilia Rouaud nous propose une balade romantique à travers des tranches de vie du quotidien loin d'être évident, mais qui finit toujours par s'illuminer grâce à de petites étincelles de bonheur.




© Rezo Films
Yvan est un prof qui rêve d'évasion mais dont le cœur a été meurtri par sa femme. Celle-ci l'a quitté il y a cinq ans en laissant leurs filles vivre chez la sœur névrosée d'Yvan, et en partant vivre une bluette avec un autre homme en Thaïlande. Renfrogné et malheureux, il veut changer de vie et partir s'installer en Bretagne. C'est alors que débarquent dans sa vie un enfant haut comme trois pommes que son ex a eu avec un autre homme, ainsi qu'une jeune femme aussi maladroite dans la vie qu'en amour. Lorsqu'un nounours rencontre un papillon, que peut-il se passer...

Et si... ?
© Rezo Films
Dès le premier quart d'heure, on pourrait en vouloir à Cécilia Rouaud d'avoir scénarisé une rencontre balourde digne d'un téléfilm du dimanche soir, d'avoir grossit les traits des personnages à les rendre parfois à la limite de la caricature (un dépressif, une tête de linotte farfelue, une excentrique bourrée de toc, un pseudo-ami encombrant mais trop gentil...) et de leur faire changer de comportements passant d'un extrême à l'autre en un clin d'œil.

© Rezo Films
Résultat : le jeu des acteurs sonne parfois faux, presque récité. Le rôle de grincheux de Denis Ménochet n'a pas beaucoup de nuances, et celui de Vanessa Paradis semble être trop proche de la fée Clochette pour être crédible. Tout cela empaqueté dans un ruban de mollesse rythmique, et une fin complètement téléphonée et remplie de poncifs.


© Rezo Films
© Rezo Films
Et pourtant, malgré tout cela, une alchimie se crée petit à petit entre les personnages, à mesure que chacun se reconstruit. Une succession de petits bouts de vie banale tisse les liens entre tout ce petit monde, parsemé de maladresses, de tendresse et de drôlerie tout en douceur.

Finalement, les minutes passées transforment Je me suis fait tout petit en une jolie comédie, avec un gros dur au cœur de midinette interprété par un Denis Ménochet qui dévoile un charisme imposant tout en gardant une virilité fragile,  et une douce allumée qui tombe amoureuse comme elle change de chaussettes, jouée par une Vanessa Paradis ensorceleuse et libérée.


© Rezo Films
En résumé : Une comédie romantique très inégale mais avec une distribution qui fonctionne et nous laisse une légèreté certaine en sortant de la salle.






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