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samedi 8 mars 2014

[Critique] Dans l'ombre de Mary : Supercali... té de jeu (05/03/14)


DANS L'OMBRE DE MARY

De John Lee Hancock
Avec Tom Hanks, Emma Thompson, Colin Farrell, Paul Giamatti...


Sortie le 5 mars 2014 

Laisser un studio de cinéma adapter un roman n'est pas chose facile pour un auteur. Et encore moins lorsqu'il s'agit de l'Australienne P. L. Travers, romancière à l'origine de la saga Mary Poppins ! Au début des années 60, Walt Disney est admiré dans le monde pour tous ses dessins animés qui font rêver des millions d'enfants. Lorsque ses filles lui demandent de porter à l'écran l'histoire d'une nounou qui vole avec un parapluie, le papa de Mickey met un point d'honneur à convaincre son auteure d'en faire un film. Mais celle-ci ne veut pas en entendre parler. Aussi têtu l'un que l'autre, ils entament des négociations interminables pour les droits des livres. Et l'adaptation en musique et en personnages animés ("ciel !") n'est pas au goût de la dame... Mais quand l'argent manque et que la banqueroute n'est pas loin, quelques compromis sont à envisager…

© The Walt Disney PicturesOn pouvait craindre que Dans l'ombre de Mary ternisse l'image joviale du film Mary Poppins, ou encore alourdisse son processus de création dans un méli-mélo d'arguments technique sans intérêt. Il n'en est rien. Rarement un film sur le processus de création n'a clairement aussi bien montré à quel point le vécu et les ressentis de l'auteur influe sur ses œuvres.

© The Walt Disney PicturesLa confrontation entre le très zen Mickey en chef et l'auteure so british n'est finalement que substantielle, mais fait appel à de savoureux échanges et joutes verbales lors de bras de fer artistiques. De même, les séances de travail avec les scénaristes et compositeurs deviennent une salle de classe, où la maîtresse montre son mécontentement face à ses cancres d'élèves. À coup de ratures sur le script, de pinailleries sur les paroles, et de gueulantes (la classe en plus), Emma Thompson délivre une performance alliant fantaisie, drôlerie et autodérision avec une certaine pudeur, des fêlures et gravité. Avec un peu de patience de votre part, vous pourrez d'ailleurs entendre la vraie voix de P. L. Travers après le générique du film, grâce aux extraits originaux des séances de travail, qu'elle ne manquait pas d'enregistrer.

© The Walt Disney Pictures
Dans l'ombre de Mary ne se contente pas de nous faire taper du pied sur Chem-cheminée ou Le Morceau de sucre (qui restent en tête un bon moment après la séance…). L'histoire va et vient sur l'enfance de la romancière à l'aide de flashbacks intelligemment construits et placés (même si parfois, un peu sirupeux, avec des ralentis inutiles). On y voit une gamine animée par une imagination débordante, encouragée par un père rêveur et aimant, mais définitivement alcoolique et autodestructeur (Colin Farrell plutôt remarquable). Et au milieu de cette relation quasi exclusive, une mère qu'elle préfère ignorer, car débordée par ses tâches quotidiennes, et qui ne fait rien pour entrer dans son monde.

© The Walt Disney PicturesPetit à petit, on comprend alors comment s'est construite celle qui, une fois adulte, sera une grande névrosée, viscéralement incapable de se laisser aller aux émotions, et pourquoi elle est si profondément attachée à sa nounou sur papier. Un personnage tout en contraste avec le jovial et bonhomme Walt Disney, un poil teinté d'ironie par le réalisateur. Pour lui, tout n'est que faste et drôlerie. Dans son monde, rien est impossible… L'Australienne se voit traitée comme une reine à coup de tonnes de peluches dans sa chambre d'hôtel, de cupcakes colorés dans le studio, affublée d'un chauffeur trop gai à son goût (excellent et attachant Paul Giamatti, tout en sobriété), ou encore de proposition de tours de manège à DisneyWorld. C'en est trop pour celle dont la vie n'est que simplicité grisâtre. Tom Hanks signe ici un rôle loin de ses habitudes tout en automatismes (Capitaine Philips), et retrouve son regard d'enfant. Il nous fait partager ainsi son réel plaisir à incarner celui à l'origine de tant de rires et de rêves.

En résumé : Une très jolie histoire, bouleversante et amusante à la fois, qui ne vous fera plus regarder Mary Poppins de la même façon.


lundi 18 novembre 2013

[Critique] : Capitaine Phillips : Des nerfs mis à rude épreuve (20/11/13)

CAPITAINE PHILLIPS


De Paul Greengrass
Avec Tom Hanks, Barkhad Abdi, Faysal Ahmed...

Sortie le 20 novembre 2013

Mars 2009. Comme à son habitude, Richard Phillips se prépare à partir de longues semaines en mission en tant que capitaine de marine marchande. Il quitte son foyer avec le cœur lourd mais le sens du devoir à venir, même après tant d'années passées en mer. Début avril, son navire est la proie d'une bande de pirates somaliens prêts à en découdre par les armes. Pris en otage avec son équipage, puis seul, il fera son possible pour garder son calme et ses assaillants à distance, sans pour autant oublier qu'ils sont de simples hommes... comme lui.



Capitaine Phillips n'est pas un film d'action de plus parmi d'autres. Le cinéma de Paul Greengrass est celui du réel et de l'intelligence sous ses faux airs de metteur en scène de blockbusters (Jason Bourne). Ancien documentariste, il sait où et quand poser la caméra, souvent énervée, pour rendre une esthétique hyper réaliste et immersive. Et son dernier film n'y coupe pas ! Et ce  même pas en jouant sur l'étiquette "histoire vraie" (qui n'est mentionnée qu'au générique de fin). Caméra à l'épaule, gros plans sur les visages, pas d'effets pyrotechniques, ni de pirouettes scénaristiques qui pourraient perdre les spectateurs et alourdir l'ensemble. Il nous embarque sans même une scène d'exposition dans une histoire haletante et tendue de bout en bout, et réussi sans manichéisme ni paternalisme à insuffler une humanité incroyable chez ses personnages, pirates comme marins, à laquelle on s'identifie tout de suite. 

"Si je renonce, je suis mort" (Muse)


Pour une fois, les pirates ne sont pas de simples méchants qui en veulent au monde entier, sans profondeur ni histoire. Le scénario leur donne une identité et la parole, sans les diaboliser. Sans s'appesantir dessus longtemps, on comprend les motivations de ces gamins à peine sortis de l'adolescence : victimes de la pauvreté, exploités par des seigneurs de guerre qui les réduisent quasiment à l'esclavage, ils n'ont d'autres choix que de se plier aux volontés de leur hiérarchie. Et comment ne pas penser qu'ils sont le résultat d'un monde occidental riche et puissant en leur faisant passer sous le nez des cargos remplis de denrées qu'ils n'auront la chance de voir que dans leurs plus beaux rêves ? Une injustice compréhensible menant à l'éternelle division entre le Nord et le Sud. Pour autant, Greengrass ne donne pas de leçon. Le film insiste même sur l'échange d'égal à égal établi entre le capitaine et le leader des pirates, entre qui s'installe finalement une reconnaissance implicite, voire même une complicité, toute proportion gardée. Si on retiendra moins les enjeux psychologiques que l'efficacité des actions, on peut saluer l'envie du réalisateur de faire vivre une expérience humaine avant tout.

Et quel autre acteur que Tom Hanks pour jouer ce rôle de capitaine au sang froid à toute épreuve ! Il est l'acteur qu'on appelle pour les rôles d'homme "ordinaire" au destin extra-ordinaire : Apollo 13, Il faut sauver le soldat Ryan, Seul au monde, Cloud Atlas... Et pourtant, on a depuis longtemps oublié qu'il est l'un des plus talentueux de sa génération. Il livre ici une performance bouleversante et profonde, sans jamais flancher. Et face à lui, l'amateur Barkhad Abdi est loin d'être éclipsé. Tous deux construisent un duo (plus qu'un duel) d'hommes nerveux et âpre, où l'envie de vivre et l'humanité sont à égalité.

En résumé : une belle claque cinématographique. Si Greengrass a perdu de son militantisme (Bloody Sunday), il a su avec Capitaine Phillips privilégier une reconstitution tendue et implacable pour attraper le spectateur et ne plus le lâcher pendant deux heures. Chapeau bas !

dimanche 30 septembre 2012

Cloud Atlas : de nouvelles images qui en dévoilent... trop

On a rarement vu un film susciter autant d'attente que Cloud Atlas, des Wachowski Starship (nouveau nom que se donnent les ex-frères Wachowski depuis le changement de sexe de Larry...). Et on commence à en savoir un peu plus (de trop ?) puisque la sortie américaine est prévu fin octobre, tandis que celle de l'Hexagone attendra 2013. De quoi nous laisser le temps d'en découvrir plus qu'on ne le souhaiterait... Dommage ?  Oui, car le trailer dévoilé cet été était magistral, hors norme et en montrait déjà beaucoup, et qu'au fil des vidéos qui circulent sur le Net, on commence à voir un tas de scènes inédites. Et un Wachowski est aussi rare qu'un Malick et doit se savourer d'un seul trait, surtout lorsqu'il est aussi prometteur (aussi bien dans le pire que dans le meilleur...).

Un énorme morceau de cinéma qui, s'il est fidèle au livre, découvrira l'essence même de la vie à travers des destins croisés, tout en concepts et personnages uniques et multiples à la fois. Six intrigues, donc six aventures différentes où les personnages se libèrent de leurs chaînes invisibles, six tranches de vie qui reviennent et façonnent les bases mêmes du cinéma : une expédition dans des contrées lointaines à bord d'un bateau au XIXe siècle, les misères d'un musicien fauché dans l'Angleterre victorienne, l'enquête journalistique d'une débutante dans le milieu nucléaire dans les années 1970, une rébellion d'esclaves robotisés dans l'Asie du futur... Le plus dur est d'imaginer tout cela collé en un seul morceau sans avoir la sensation que les comédiens changent juste de déguisements autant que d'époque à chaque plan, dans un montage parallèle bordélique. En résumé, regarder six films à la fois, tout en répondant aux nombreux questionnements sur l'humanité, sans oublier leurs poncifs. Vous n'avez pas encore décroché ? Bien.

N'ayant eu que quelques aperçus, je me garderais bien de porter un jugement trop hâtif. Cette nouvelle vidéo tombée il y a quelques jours est plus que révélatrice : elle nous apprend carrément la mort de l'un des personnages principaux ! Si l'on sait que tout n'est que recommencement et suite de destinées imbriquées, autour de questions autour de la vie, l'amour, la mort et sur ce qu'on veut laisser en héritage aux générations futures, l'extrait nous refroidit ! Il nous révèle la liaison entre les six différentes intrigues du roman, via un ensemble de transitions, que je vous laisserai comprendre tous seuls... La promotion risque d'être compliqué sur notre territoire, d'autant plus si nous ne voulons pas découvrir ce type de montage avant l'an prochain... Sinon, tout sera déjà dévoilé !

jeudi 26 juillet 2012

Cloud Atlas : Projet ambitieux des frères Wachowski

Après avoir soufflé les spectateurs avec Matrix, les frères Wachowski ont décidé de frapper fort après l'échec de Speed Racer. Ils ont choisi d'adapter avec l'aide de Tom Tykwer (Le Parfum) l'oeuvre magistrale Cloud Atlas écrite par David Mitchell.
Ce projet pharaonique mélange questionnements philosophiques (la vie, la mort, le destin, l'amour...), film d'époque, science-fiction, romance et action. Un film en somme qui s'annonce pour le moins impressionnant : la première vidéo vient de filtrer et elle dure six minutes ! Autant dire qu'elle ne devrait pas rester longtemps sur la toile. Si les images sont magnifiques, la bande-annonce ne semble pas officielle, dévoilant beaucoup de plans du projet, très appréciable pour ceux qui n'ont pas (encore) lu le roman. En tout cas, difficile de faire plus ambitieux que ce film, mélange de genres et de style, qui impressionne aussi par ses effets-spéciaux. Les décors sont grandioses, qu'ils soient naturels ou numériques (la ville du futur, avec ses vaisseaux). Et quel casting étoilé ! Les photos (ci-dessous) nous renvoient directement à des éléments marquants du livre de Mitchell, si bien que l’on peut penser que l’adaptation sera assez fidèle. Au moins dans ses grandes lignes.


De quoi ça parle ? 



Six histoires, toutes liées par un élément (on laissera le mystère pour les non lecteurs du roman). On suivra ainsi : un explorateur, Adam Ewing (Jim Sturgess), qui en 1850, voyage sur une goélette depuis la Nouvelle-Zélande ; un jeune compositeur, Robert Frobischer (Ben Whishaw), qui, dans les années 1930, devient l’assistant d’un autre compositeur plus âgé et affaibli (Jim Broadbent) ; une journaliste, Luisa Rey (Halle Berry) qui, dans les années 70, met à jour une conspiration cherchant à cacher les méfaits d’une centrale nucléaire ; un éditeur, Timothy Cavendish (Jim Broadbent) qui, de nos jours, se voit interné contre son gré dans un asile pour personnes âgées ; une clone, Sonmi~451 (Doona Bae) qui, dans un futur ultra-mercantile, s’élève contre sa condition d’esclave ; un jeune garçon, Zachary qui, dans un futur lointain et post-apocalyptique, se lie avec une mystérieuse prêtresse (Halle Berry) d’une civilisation avancée.



Chaque acteur tient un rôle principal dans un segment, puis un plus secondaire dans certains des autres. Chaque acteur tient donc entre trois et six rôles dans le film... Susan Sarandon, Tom Hanks, Hugo Weaving, James D'Arcy et Hugh Grant sont aussi de la partie. Ce dernier, plus habitué aux petites comédies sans prétention, a laissé entendre qu'il jouerait pas moins de 6 personnages dont "un cannibale vivant dans le futur". Si Cloud Atlas sera présenté au prochain festival de Toronto, et a une sortie prévue le 26 octobre prochain aux USA, il n'en dispose d'aucune chez nous. 

































mardi 28 février 2012

[Critique] Extrêmement fort et incroyablement près : parcours vers l'acception de la mort (29/02/12)

EXTRÊMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRÈS
De Stephen Daldry
Avec Tom Hanks, Sandra Bullock, Tom Horn, Viola Davis, Max Von Sydow…


Pour sa quatrième réalisation, Stephen Daldry (Billy Elliott, The Hours, The Reader pour lesquels il a été cité trois fois à l'Oscar) nous plonge dans l'adaptation du roman Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer. Ce roman est la première fiction majeure sur la détresse des familles touchées par les attentats du 11 septembre 2001. Il y décrit comment l'imaginaire d'un enfant peut lui permettre de surmonter ses angoisses terrifiantes et la pertes d'êtres chers au moment où il doit faire face à des événements qui ne semblent pas s'enchaîner logiquement. 
Dans le film éponyme, Daldry reprend ainsi la narration subjective, à travers le point de vue d'Oskar, 9 ans. Cette façon de raconter l'histoire, qui se déploie à la manière d'une imagination enfantine, fait s'entrecroiser des réflexions en tous genres, des souvenirs fulgurants, des idées spontanées, des fantasmes chargés d'une puissance émotionnelle forte alors que la vie d'Oskar et des siens est bouleversée à jamais, et fait basculer l'ordre des choses.

© WarnerOskar (Thomas Horn), 9 ans, n'est pas un petit garçon comme les autres : son imagination est débordante et sa curiosité est insatiable. Son intelligence hors du commun et son comportement obsessionnel et excentrique font soupçonner un syndrome d'Asperger, jamais vraiment diagnostiquer. Encouragé à développer son sens de la déduction et à s'ouvrir au monde malgré son inadaptation sociale, son père (Tom Hanks) le met sans arrêt au défi de résoudre des énigmes sous forme de "missions de reconnaissance". Mais le 11 septembre 2001, Oskar est à l'école et est renvoyé chez lui, sans explication. Une fois à la maison, il entend son père sur le répondeur, piégé au sommet d'une des tours du World Trade Center... Un an après la mort de son père, Oskar découvre une mystérieuse clé dans les affaires de son paternel, avec pour tout indice le mot "black" sur l'enveloppe dans laquelle se trouvait la clé. L'enfant se donne alors pour mission de trouver à quoi correspond celle-ci, sans en parler à sa mère (Sandra Bullock), absente car rongée par le chagrin. C'est ainsi qu'il concocte un plan méticuleux visant à rencontrer les 472 personnes nommées Black se trouvant dans l'annuaire de la ville, quitte à y passer près de trois ans (selon ses calculs). C'est avec détermination et méthode (et quelques règles, comme ne pas prendre le métro où un attentat peut survenir) qu'Oskar va sillonner la ville.

"Lorsque je sors de l'appartement, je me rapproche un peu plus de mon père, et je m'éloigne de ma mère" 
© WarnerEric Roth a eu le difficile rôle de l'adaptation du roman qui enchevêtre plusieurs thématiques : le traumatisme individuel et national, l'étrangeté de l'enfance, la nature de la tragédie et la force de l'amour qui survit malgré les drames familiaux... le tout avec élégance. Le scénariste a abordé ces sujets sous l'angle bien particulier de la relation presque fusionnelle qu'entretient Oskar avec son père, et de ses souvenirs partagés avec lui, teintés de subjectivité et déformés par des émotions et des questionnements enfantins. "Pourquoi lui ?" Car Oskar veut trouver à tout prix une logique à ce qu'il a vécu et ce qu'il est en train de vivre. Son père, avec qui il partageait la plupart de ses centres d'intérêt, lui offrait une sécurité, lui qui vit dans des angoisses permanentes. Du coup, lorsqu'il trouve la clé, Oskar est persuadé qu'elle doit livrer un secret. Et cette découverte l'entraîne dans une aventure qui lui permettra de surmonter son chagrin et d'accepter ses peurs, sans pour autant trouver d'explication rationnelles aux choses. 
© WarnerLors de son périple, Oskar fait la connaissance d'Abby (Viola Davis, nommée à l'Oscar pour La Couleur des sentiments), émouvante en femme délaissée par son mari. Il rencontre aussi un vieil homme au lourd passé (Max von Sydow, cité à l'Oscar pour le Meilleur second rôle). Locataire d'une chambre chez sa grand-mère et muet depuis des années, il accepte malgré lui d'accompagner l'enfant, telle une figure paternelle rassurante. L'un fuit son passé, l'autre le cherche. Les deux personnages que tout oppose forme un duo attachant, avec un Max von Sydow (Shutter Island) épatant, qui amène son lot de leçons de vie et des pointes d'humour discrètes mais savoureuses. 
© Warner© WarnerHabitué aux drames, Stephen Daldry connaît parfaitement toutes les ficelles pour tirer les larmes aux spectateurs. Et, il faut bien l'avouer, il n'y va pas avec le dos de la cuillère au cours du long-métrage, à grand renfort de violons et cuivres harmonisés par l'infatigable Alexandre Desplat (Harry Potter et les reliques de la mort, Le Discours d'un roi, Fantastic Mr Fox, De battre mon cœur s'est arrêté, Un Prophète, Tree of life...). Les allergiques au mélo passeront donc leur chemin. Pour les autres, Extrêmement fort et incroyablement près n'est pas non plus qu'un flot de larmes en continu. Loin de là ! Le spectateur le plus attentionné sera sûrement sensible au jeu plein de candeur enfantine livrée par le jeune Thomas Horn. Parfois irritant avec sa logorrhée impressionnante (et parfois superflue), il est finalement un enfant comme les autres, pour qui le jeu est un moyen de le maintenir dans un univers de son âge malgré des préoccupations d'adultes. Il impressionne aussi par sa grande maturité lors de passages très durs joués avec Sandra Bullock. L'actrice, pour une fois tout en retenue, fait preuve d'un vrai charme et une envergure toute en finesse dans ce rôle de femme murée dans sa propre détresse, et qui communique avec Oskar d'une manière dont il n'est pas conscient. On notera qu'il fait bon voir (même très peu) un Tom Hanks déridé et drolatique en papa prêt à tout pour amuser son fils. 
© WarnerLe réalisateur britannique s'est étonné, lors du festival de Berlin, que le cinéma se soit si peu exprimé depuis 2001 sur ces attaques suicides contre New York et Washington qui ont fait près de 3 000 morts et déclenché les offensives occidentales en Afghanistan puis en Irak. Après les films catastrophe d'Oliver Stone (World trade Center) et de Paul Greengrass (Vol 93), Extrêmement fort et incroyablement près s'intéresse moins aux attaques spectaculaires qu'au choc et au chagrin qu'elles ont provoquées chez les Américains. Le réalisateur britannique a insisté sur le fait que la tragédie restait un traumatisme vif à New York (où il vit en partie) et les images de Tom Hanks tombant des tours lui ont valu les feux de la critique.
En résumé : Un film original, fort et touchant mais pas larmoyant, dont certaines scènes resteront en mémoire un moment de par la dureté des propos venant d'un enfant. Un long-métrage (nommé à l'Oscar tout de même) qui confirme que Stephen Daldry a décidément le don de diriger les plus jeunes (après Billy Elliott).

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