jeudi 26 mars 2015

[Avis] The Voices : sang pour sang (ou presque) délirant (18/03/15)

THE VOICES

De Marjane Satrapi
Avec Ryan Reynolds, Gemma Arterton, Anna Kendrick, Jacki Weaver…

Sortie le 18 mars 2015


Jerry est  employé depuis peu dans une PME qui fabrique des baignoires, paumée dans un recoin du Michigan. Dévoué et plutôt apprécié par ses collègues, il s'est intégré malgré son comportement parfois étrange. On lui propose de faire partie de l'organisation d'un pique-nique pour l'entreprise et en profite pour se rapprocher de Fiona, une bimbo britannique du service comptabilité. Tentant quand on vit seul avec son chien et son chat, au premier étage d’un bowling désaffecté. Pour seule activité en rentrant chez lui est d'avoir de longues conversations avec ses animaux. Normal… pour un schizophrène. Après une virée nocturne dramatique, Jerry se débat entre les tentations macabres de son colocataire félin et ses propres désirs de normalité.


Après l'animé Persepolis, le joli Poulet aux prunes et l'affreux Bande de Jotas, la réalisatrice franco-iranienne Marjane Satrapi s'est attaqué à un nouveau genre cinématographique... tout en gardant ce qui fait d'elle une réalisatrice à part. Avec The Voices, elle mélange sa poésie, ses idées farfelues et macabres, ses envies loufoques, pour faire une Hydre cinématographique aux tons et aux registres multiples. 


Tantôt gore, comique, dramatique ou potache, ce nouveau long-métrage est un exercice périlleux, que la cinéaste relève avec force et courage... et pas mal d'inventivité ! Mais quitte à partir dans l'incongru et assumer le mélange des genres, "t'aurais pu pousser le bouchon un peu plus loin", Marjane ! Non pas comme dans l'imbuvable Bande de Jotas… Et quitte à travailler sur les méandres de l'âme humaine et un esprit dérangé, la folie qu'elle dépeint semble contenue dans un cadre plutôt consensuel. Résultat : l'ensemble a du mal à trouvé un équilibre. 
Chaque rupture de ton est traitée avec la même constance, qui finit par contredire le principe même de cet effet ciné... finalement casse-gueule. Des premières conversations entre Jerry et ses animaux de compagnie (dont la finalité arrive un peu tard), à la comédie musicale finale (sic), en passant par le premier meurtre, tout est finalement balisé et annoncé par le scénario Michael R. Perry qui prépare le terrain pour le spectateur. On retrouve tous les poncifs liés aux films de tueur en série très codés (les femmes écervelées, le monde de travail aseptisé, des travailleurs quasi neurasthéniques...).
Et pourtant, tous ses choix sont revendiqués et assumés, et finissent par nous embarquer. L'humour (plus ou moins singé) est présent pour désamorcer le côté glauque, et carrément violentes de certaines situations. La mise en scène, qui suit le point de vue enfantin et fantasmagorique de Jerry, permet de montrer une réalité subjective bien plus réjouissante quand la folie parle et n'est pas contrainte par des médicaments, que quand elle est vraiment vécue, devenant cruelle, menaçante et malsaine.  La réalisatrice nous invite dans la tête de Jerry, et s'attarde sur l'expérience émotionnelle qu'il traverse, lui faisant faire les montagnes russes entre culpabilité et innocence, le Bien et le Mal, la justice et la morale. Après avoir été spectateur de sa vie, Jerry veut en être l'acteur, mais s'y prend évidemment mal, entre empathie et accès de violence. Le tout est appuyé par une direction artistique faisant des merveilles, oscillant entre couleurs flashy et lieux cradingues, sans en faire des caisses. L'artisanal a parfois du bon... même s'il est rose bonbon, comme la tenue de travail de Jerry !

Et ce Jerry est une bonne surprise. Si le casting n'était pas d'une évidence folle, Ryan Reynolds est presque étonnant. Après avoir accumulé des rôles de joli-cœur (La proposition), de beau gosse musclé dans des actionners (Sécurité rapprochée), de voix de film d'animation (Turbo), de bêta dans des comédies faciles, et mêmes un super-héros (Green Lantern) ou anti héros (Deadpool), le Canadien revient avec un film atypique qui met enfin une certain talent (aperçu dans Buried) en valeur. Sa bouille juvénile et son air de gamin paumé et naïf donne à Jerry une étrange sympathie, alors qu'il s'agit d'un meurtrier. Et il faut signaler que l'acteur interprète l'ensemble des voix de la ménagerie et a choisi leurs accents : Bosco le chien s’exprime comme un vieux sage bienveillant du Sud américain, Mr Whiskers le chat roux persifle en écossais et en permanence des insanités. Good choice !

En résumé : sous ses airs de film grandguignolesque et horrifique, The Voices cache une deuxième lecture plus poignante et moins reluisante, faisant le portrait d'un homme qui refuse la réalité telle qu'elle est.

[Critique] Sea Fog : cauchemar en haute mer (1/04/15)


SEA FOG - Les clandestins

De Shim Sung-bo
Avec Kim Yun-seok, Park Yu-chun, Han Ye-ri…

Sortie le 1er avril 2015


1998. L'Asie prend de plein fouet la crise économique locale. Les pêcheurs sud-coréens ont du mal à y faire face. Leur bateau, souvent bons pour la casse, sont rachetés par le gouvernement. Mais cette idée n'est pas une option pour le capitaine Kang car ce serait comme "renier sa famille". Et pourtant, il aurait bien besoin de cet argent qui lui fait tant défaut. Il accepte un contrat plutôt risqué pour faire face : transporter sur son bateau des clandestins venus de Chine jusqu'en Corée du Sud. Le voyage ne se passer pas comme prévu


Sea Fog © Le PacteLe cinéma coréen n'est pas réputé pour faire dans la dentelle. Et Sea Fog ne fait pas exception. Tiré d'une pièce de théâtre éponyme, on pourrait l'imaginer au départ comme une nième film catastrophe de série B, où les méchants font souffrir les innocents alors que les éléments se déchaînent. Mais si le film de Shim Sung-bo reprend les codes du genre cinéma coréen (et son indéfectible pessimisme) où les genres se mêlent, il en fait une œuvre diablement bien mise en scène. Et Bong Joon-ho, réalisateur de The Host, Mother ou encore Le Transperceneige (ici scénariste et producteur) n'y est pas étranger. Elle se met en place dès les premières minutes avec une sorte de mise à l'eau de son bateau artistique, à bord duquel il instaure une atmosphère et ses personnages, au son d'une musique grandiloquente. On y voit des pêcheurs malmenés par les eaux tumultueuses de l'océan, sur un bateau non épargné par les flots, mais qui trouvent le temps de faire attention aux autres et se sauvent mutuellement la peau, et partagent des moments amicaux autour d'une ampoule allumée (pour se réchauffer). On découvre le monde des marins, comme une famille aimante et soudée par les conditions précaires de leur vie. Et pourant, pendant les deux heures qui suivent, Shim Bung-bo va tout faire pour la mettre à mal, la déchirer. Un ton qu'il avait déjà employé en écrivant Memories of murder (co-écrit avec Bong Joon-ho).

Sea Fog © Le PacteFilm de genre populaire, Sea Fog  est un huis-clos prenant, entre douceur et fureur. Métaphore géante d'un monde en déliquescence et en mutation, il montre à quel point l'homme, obsédé par l'argent et aux résultats financiers, peut basculer dans l'exploitation de son prochain. Pas de place pour le compromis. Sur ce bateau (quasi) fantôme, tel une relique d'un monde en train de s'effondrer, les hommes d'équipage deviennent des prédateurs, des chasseurs par instinct de survie et des obsédés sexuels comme un retour aux premières heures de la vie sur Terre. La hiérarchie se doit d'être respectée, comme dans la chaîne alimentaire, quitte à virer dans la dictature (normal pour la Corée…) et même le sadisme. Dans le rôle du capitaine tortionnaire, Kim Yoon-seok fait des merveilles. Pur produit du Malin (comme l'aime tant le cinéma coréen), le chef de ce bateau en sursis passe d'un sentiment à l'autre en un clignement de paupière : tantôt furieux, sans peur, impassible, terrifiant… Pas de quoi se faire d'illusions sur la nature humaine !

Sea Fog © Le PacteLa noirceur, la folie du désespoir et le chaos absolu, se renforcent alors que le brouillard enveloppe le bateau, tel un linceul pesant et inéluctable. Plus de repères, d'équilibre, ni mental, ni physique. Le film prend une autre densité âpre tout en restant énergique et virtuose. La violence, parfois jusqu'au gore cru, et la déchéance de morale de l'âme humaine se mélangent aux instants de romantisme et aux pincées d'humour… Un méli-mélo de genres qui pourrait laisser plus d'un spectateur sur le radeau de secours. Mais l'ensemble est d'une réalité horrifique terrible, où les circonstances (je ne voudrais pas gâcher le plaisir en vous les révélant…) laissent le spectateur à cran sur son siège. Dommage que le crescendo scénaristique soit un peu perturbé par un humour un peu… ras les vagues.


En résumé : un huis clos intense, terrifiant et saisissant par sa stylistique de l'image et son propos sur l'âme humaine.

                        

mardi 24 mars 2015

[Bande annonce] Mission impossible : Rogue Nation : voilà une BA qui dépote !

MISSION IMPOSSIBLE : ROGUE NATION 

De Christopher McQuarrie
Avec Tom Cruise, Jeremy Renner, Ving Rhames, Simon Pegg, Alec Baldwin, Rebecca Ferguson...

Sortie prévue le 12 août 2015

Ethan Hunt doit faire face à une organisation secrète, Le Syndicat, qui œuvrerait pour la destruction du monde. Voilà qui change... (soupir)

L'intrépide espion qui sait tout faire et qui n'a peur de rien (et n'ayant jamais mal !) remet le couvert et semble ne pas ménager ses efforts pour maintenir son équipe en vieEt Severus Rogue n'a rien à voir là-dedans...
Cette première bande annonce laisse à penser qu'il n'y a rien de plus improbable pour Tom Cruise, et qu'il a décidé de repousser ses limites (d'âge ?) pour les cascades et bastons musclées. De l'action, de l'action et encore de l'action... Pourvu qu'il y ait un scénario béton quand même ! 

 

lundi 23 mars 2015

[Critique] Diversion : de l'art de brouiller les pistes (25/03/15)

DIVERSION

De Glenn Ficarra et John Requa
Avec Will Smith Margot Robbie, Adrian Martinez....

Sortie le 25 mars 2015

Le big boss d'un réseau très lucratif de criminels surentraînés  va apprendre les ficelles du métier à une jeune (et très sexy) petite voleuse à la semaine. Naturellement née pour être une arnaqueuse professionnelle, elle va faire tourner les têtes, celle de son patron avec ! Un jeu dangereux que de mêler amour et business...

Le tandem Glenn Ficarra et John Requa (I Love You Philipp Morris, Crazy Stupid Love) jouent avec nos nerfs en brouillant les pistes dès le départ. On s'attend à un petit film de pickpockets de grande envergure façon Ocean's Eleven ou Insaisissables, et on passe finalement par la comédie romantique avant de finir sur un pseudo thriller. Une fusion de genre qui a de quoi dérouter ! À ceci près qu'il développe une histoire d'amour compliquée qu'elle en a l'air, avec deux tourtereaux aux émotions électriques, et à la psychologie plus torturée qu'il n'y paraît. De rebondissements et retournements de situation, le duo d'acteurs (charmeur et charmant) séduit, pour nous distraire autant que leur cible. Et les réalisateurs accomplissent un tour de passe-passe cinématographique divertissant à l'aide d'une mise en scène fluide et faisant penser aux comédies des années 50/60, des dialogues bien écrits et modernes (des déclarations d'amour plutôt jolies...) et parfois musclés (les blagues sexistes sur les seins ont toujours la côte...). 

La première partie est plutôt convaincante et ludique, avec des scènes de vols à la tire dans la rue ingénieux et bluffants (là, on se dit "va falloir que je me méfie davantage !"). Les personnages de Will Smith et Margot Robbie sont plutôt bien écrits, et leur rapport à l'argent et au luxe intéressant. On pourrait pensé à un duo bling-bling, sans réelle chimie. Il est vrai qu'il est un peu improbable et fait couple de magazine sur papier glacé. En tout cas, ils ont un sex-appeal, et malgré tout, une classe à toute épreuve. L'habituel gouailleur Smith fait place à un rôle tout en retenue, sobre et classieux, ce qui lui va bien (et change un peu... Vieillir lui va bien). Elle, plutôt habituée aux rôles uniques de faire-valoir, semble prendre un peu d'épaisseur... mais pas trop quand même... Sa plastique est largement mise en avant. Dommage que la seconde partie perde son rythme et s'enfonce dans l'idylle langoureuse mâtinée d'un côté semi-policier inutile et un peu brouillon.

En résumé : un film élégant, divertissant, parfois aérien, qui change des gros blockbusters à suite ou préquel... Ce n'est tout de même pas un chef d'œuvre !

lundi 16 mars 2015

[Critique] Indian Palace - Suite Royale : virée joviale et colorée (1/04/15)

INDIAN PALACE - SUITE ROYALE

De John Madden
Avec Judi Dench, Maggie Smith, Bill Nighy, Dev Patel, Celia Imrie, Ronald Pickup, Penelope Wilton, Diana Hardcastle, Richard Gere, David Strathairn et Tamsin Greig, Tena Desae, Lillete Dubey

Sortie le 1 avril 2015

Sonny cherche à agrandir l’hôtel, ce qui l’occupe beaucoup plus que ce qu’il souhaiterait, étant donné qu’il va épouser d’ici peu Sunaina, l’amour de sa vie. Il s’intéresse à une nouvelle propriété, car son premier investissement, la résidence pour retraités Best Exotic Marigold Hotel, n’a plus qu’une seule chambre de libre, ce qui pose problème pour accueillir les nouveaux arrivants, Guy et Lavinia. Evelyn et Douglas travaillent désormais à Jaipur, et ils se demandent où vont les mener leurs rendez-vous réguliers autour des délices de la cuisine indienne. Norman et Carol essaient de maîtriser les méandres d’une relation exclusive, et Madge hésite entre deux prétendants aussi valeureux et riches l’un que l’autre. La seule qui pourrait peut-être avoir des réponses, c’est la nouvelle co-gérante de l’hôtel, Muriel : elle connaît les secrets de tout ce petit monde. Alors que les préparatifs prenants d’un mariage traditionnel indien menacent de déborder tout le monde, une issue inattendue se présente…


© 2015 Twentieth Century FoxIl flotte comme un parfum de voyage paisible… et d'eau de Cologne Mont Saint-Michel. Mais sans la naphtaline ! John Madden (Shakespeare in love) et sa clic de retraités pétillants reprennent du service (à quelques nouvelles têtes près…) après le succès international inattendu d'Indian Palace, le feel good movie senior (indépendant et britannique de surcroît).

On retrouve la joie de vivre communicative des héros rhumatismo-cardio-arthritiques, qui cette fois-ci se répandent un peu moins dans l'introspection de fin de vie que dans le premier opus (même si les réflexions entre vie et mort sont toujours présentes, mais écrites avec beaucoup de légèreté). Nos retraités dynamiques profitent de leurs dernières années sur terre et s'amusent comme s'ils avaient à nouveau 20 ans. 
© 2015 Twentieth Century Fox


Dès les premières scènes, le ton est donné : les zygomatiques s'agitent. L'humour so british, enlevé par la jovialité permanente de Dev Patel (et de ses mimiques langagières), est la ligne rouge de ce nouveau film bariolé aux saveurs de curry. Et Penelope Wilson et Maggie Smith ne manqueront pas de s'envoyer des piques, technique qu'elles ont perfectionnée dans la série Downton Abbey. Toujours un régal !
© 2015 Twentieth Century Fox
Au scénario original, on retrouve Ol Parker, qui livre ici une histoire plutôt classique. Mais peu importe ! Il nous embarque dans une comédie sentimentale, avec un soupçon de thriller,  et une grosse dose de philosophie positive. La recherche du bonheur et de l'amour (celui qu'on attend depuis toujours ou qui vient de naître, à celui qu'on a perdu ou qu'on veut garder) est dans toutes les têtes. Et il n'y a pas d'âge pour cela ! L'ensemble est mis en valeur par des des scènes de vie quotidienne immersives, avec une mise en scène élégante, une photographie colorée mais jamais saturée, et le charme fou de ses acteurs… et un final Bolywoodien ! 

© 2015 Twentieth Century Fox


En résumé : Encore une jolie carte postale émotionnelle et visuelle, où l'humour est bien plus marqué que dans le premier opus. 

vendredi 6 mars 2015

[Critique] Selma : le combat pour un droit (11/03/15)

SELMA

De Ava Duvernay

Avec David Oyelowo, Tom Wilkinson, Oprah Winfrey, Common… 

Sortie le 11 mars 2015


La fin de la ségrégation (le Civil Rights Act) a été votée en 1964 mais dans de nombreux Etats, les Afro-Américains n'ont toujours pas accès aux urnes. Martin Lutheer king s'attaque à un nouveau combat face à l'administration récalcitrante de Lyndon Johnson : le droit de vote. Dissuasion, intimidations, violences parfois mortelles… La communauté noire de Selma, en Alabama, devient la ville-symbole de la lutte pour le Voting Act.  C'est de là que Martin Luther King et son organisation pacifiste organise une dangereuse et terrifiante campagne, qui s’est achevée par une longue marche, depuis la ville de Selma jusqu’à celle de Montgomery, en Alabama, et qui a conduit le président Jonhson à signer la loi sur le droit de vote en 1965.



"Negociate, demonstrate, resist"

Ava Duvernay s'est attaqué à une période sombre des Etats-Unis en parlant d'un personnage emblématique qui n'avait jamais encore eu de film au cinéma. Erreur réparée avec un récit exemplaire, dépeignant un homme de conviction avec dignité et respect. 

Ce biopic ne cherche pas à raconter la vie entière du leader pacifiste mais se concentre sur une lutte qui a bouleversé l'Histoire de l'Amérique, et qui continue à faire des émules encore aujourd'hui. Il raconte ce moment sans chercher à en faire des tonnes, et qui se focalise davantage sur l'aventure humaine vécue par chacune des parties impliquées, sans privilégier l'une ou l'autre. Il manque sûrement l'audace d'un réalisateur plus aguerri ou habitué au biopic, car le résultat est très classique, et donne parfois la sensation de n'être qu'un cours d'histoire. Mais à l'instar du Majordome, de Mandela, de La Dame de fer, ou encore Ray, le biopic tombe souvent dans le classicisme que sa forme requiert. 

© Studio CanalCette simplicité a l'avantage de mettre en avant des hommes, avec toutes les contradictions, leurs doutes et leur fragilité, comme le Dr King qui, finalement, devient prisonnier de sa mission. Même si le portrait qu'en fait la cinéaste est inévitablement exemplaire, elle n'en oublie ses parts d'ombre (comme son côté volage, qui a failli lui coûté son mariage). Mais point trop n'en faut, il ne faudrait pas égratigner l'image du leader charismatique ! La performance du Britannique David Oyelowe, sobre et toute en finesse, rend au leader du mouvement noir toute son envergure politique et son pouvoir de persuasion.

© Studio CanalLa forme classique n'empêche pas de rendre ce film profondément humain. Le sens du découpage et de la dramaturgie de la cinéaste rend la lutte collective pour la liberté exaltante et particulièrement poignante. On s'attarde sur quelques personnages secondaires pour personnaliser le combat, et on s'identifie. On prend en empathie ce grand-père de 82 ans, bouleversant face à Martin Luther, mais qui ne cessera de battre le pavé qu'une fois le vote accordé. Les scènes de marche entre les manifestants et les forces de l'ordre sont incroyablement prenantes, où la tension est à son paroxysme. Et on ne peut s'empêcher de faire le lien avec l'actualité et du drame de Ferguson. 50 ans après les faits, la réalisatrice réussit à retranscrire avec précision le climat épouvantable et délétère qui régnait à l'époque, l'injustice et les violences du quotidien, qui ont fini par mener à l'adhésion des blancs à la cause noire. 

En résumé : Un film brillant, quoique classique, qui porte une conviction contagieuse.


jeudi 5 mars 2015

[Critique] Big Eyes : La subjectivité de l'art en questions (18/03/15)

BIG EYES

De Tim Burton
Avec Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston, Krysten Ritter, Jason Schartzman, Terence Stamp...

Sortie le 18 mars 2015

Big Eyes raconte l'histoire vraie de l'une des plus grandes impostures de l'histoire de l'art. A la fin des années 1950, Margaret Keane quitte précipitamment son mari en emmenant sa fille à San Fransisco. Elle n'a rien pour subsister et cherche du travail. Son domaine : l'art. Mais pas n'importe lequel. Celui qui la fait vibrer et mettre ses émotions sur le chevalet. Son sujet favori : les enfants misérables et tristes, qu'elle peint avec des yeux sur-dimensionnés. Un jour, elle rencontre Walter, un soit-disant peintre du dimanche qui a appris la peinture aux Beaux-Arts, à Paris. Sûr du talent de Margaret, il met en avant les ses tableaux… en se faisant passer pour le peintre. Le succès est fulgurant. Il révolutionne le commerce de l'art, devient riche à millions. Mais à quel prix ! Il laisse sa femme des heures enfermée dans son atelier pour continuer à produire les toiles qu'il est incapable de faire lui-même. Ce mensonge a dupé l'Amérique durant des années avant d'être démasqué...


Si ces 10 dernières années Tim Burton a donné dans le fantastique macabre à gros budget (Frankenweenie, Dark Shadows, Alice au pays des merveilles, Sweeney Todd, Noces Funèbres…), il revient avec Big Eyes vers le film indépendant, plus terre à terre (ce qu'il n'avait plus fait depuis Peewee Big Adventure). Mais son œuvre est toujours basée sur l'histoire de personnages hors norme, et d'une certaine façon, mis au banc de la société à cause de leur art.
© StudioCanalBurton, artiste lui-même exposé, comprend ce qu'est l'art marginal, et s'interroge sur les raisons pour lesquelles l'art doit être toujours légitimé par des critiques. Les portraits de Margaret détonnent dans l'expressionnisme abstrait en vogue dans le paysage artistique de l'époque. Ses portraits d'enfants stylisés, figuratifs et romantiques, font tache dans le monde artistique des années 1950-60 que Burton montre comme prétentieux et se prenant au sérieux. Le film pose d'ailleurs la question "qu'est-ce que l'art ?". Il est très subjectif. Qui sommes-nous pour juger de ce qui est un chef d'œuvre ou non ? Un débat que le cinéaste initie dès les premières images du film, en montrant l'impression de centaines de posters de peinture reproduits à la chaîne, comme autant de morceaux sans âme du véritable tableau, dispersé au vent pour de l'argent. Débat qui se joue ici-même puisque je me permets de critiquer une œuvre…

© StudioCanalL'histoire de Margaret rejoint celle d'Ed Wood (aussi réalisé par Burton), celui qu'on a surnommé le pire réalisateur de Hollywood. Un personnage dont la plupart des gens se moquait, mais dont la passion démontrait que son art n'était pas une plaisanterie. Le scénario et la caméra se concentrent ensuite sur l'artiste plus que sur son art. Rejetée par les galeries et les critiques, Margaret se cache derrière le bagou de son mari manipulateur, qui révolutionne le monde de l'art en inventant le marketing de masse. Et pour autant, elle incarne les prémices du mouvement féministe. Mère au foyer aux petits soins pour son mari, elle se transforme au fur et à mesure en artiste épanouie, comme ses toiles passant de la noirceur de la mélancolie à la luminosité des couleurs. 
© StudioCanalDerrière ses premières toiles étranges, on retrouve évidemment l'univers du cinéaste. Et le film prend une dimension d'auto-portrait délicat et mélancolique, le réalisateur des laissés-pour-compte ayant été lui-même rejeté pour son anticonformisme. Mais cette singularité si propre à Tim Burton n'est présente nulle part (ou presque) dans le film. On s'attend à ce que le réalisateur y mette sa patte fantaisiste, son grain de folie et son esthétique unique. Mais à part une tentative (râtée) dans une scène de supermarché (où les clients et caissières ont subitement de gros yeux dans le regard de Margaret), Big Eyes manque de cette étincelle qui nous plaît tant chez l'artiste. 
© StudioCanal
Ses images pimpantes servent à fabriquer un plaidoyer féministe égratignant au passage la misogynie ambiante de l'époque, porté par les prestations inégales d'Amy Adams et de Christoph Waltz. Si la première joue une femme à la fois naïve et déterminée avec retenue et finesse, le second est en roue libre, un poil dans l'excès, interprétant un mari bavard et manipulateur qui nourrit son ego en diminuant les sentiments de son épouse. Le côté démesurément extraverti sert le personnage de Walter (et fait souvent sourire), mais il a tendance à écraser un peu sa partenaire. Résultat, quand on voit Margaret prendre le dessus et répliquer, on prend un plaisir fou à (re)devenir un temps soit peu féministe.

En résumé :  Tim Burton brosse le portrait du milieu de l'art sur fond de révolution féministe, avec un classicisme qu'on ne lui avait pas vu depuis très longtemps.


 

mardi 24 février 2015

[Bande annonce] Crimson peak

CRIMSON PEAK 

De Guillermo del Toro 
Avec Mia Wasikowska, Jessica Chastain, Tom Hiddleston, Charlie Hunnam, Jim Beaver…

Sortie le 11 novembre 2015

Après avoir succombé aux charmes d’un bel inconnu, une jeune femme se retrouve dans une étrange maison au faîte d’une montagne d’argile rouge sang: Un endroit empli de secrets qui la hanteront jusqu’à la fin de ses jours. La vérité est là quelque part, entre désir et ténèbres, mystère et démence, cachée aux flancs de Crimson Peak. 






Avec Crimson Peak, on retrouve tous les éléments favoris du cinéaste mexicain dans ce film : des héros tragiques et plus ou moins rejetés, des ambiances poétiques sombres, des endroits mystérieux interdits, un certain goût pour la mélancolie, et un vrai pouvoir de nous faire dresser les poils sur la tête… Ici pas de monstre gluant comme dans sa série The Strain ou de créature avec des yeux dans les paumes des mains comme dans Le Labyrinthe de Pan. Mais une élégance folle des images, voulant jouer l'équilibre entre le classique et le moderne du genre, jouant avec les conventions du style… En tout cas, des sensations en perspective ! 

La jeune Mia Wasikowska semble attirée par les atmosphères inquiétantes et cela lui va bien ! Elle était parfaite dans le rôle de l'ingénue débauchée dans Stoker, la petite sœur envahissante dans Only Lovers Left Alive, ou encore l'amoureuse secrète dans Jane Eyre de Cary Fukunaga. C'est aussi avec un immense plaisir qu'on retrouve Tom Hiddleston (déjà au côté de Mia Wasikowska dans le film de Jim Jarmusch), dont le regard noire et intense fait fondre (et tellement éloigné de ce qu'il est en réalité !). Sans oublier la troublante Jessica Chastain, qui revient dans une ambiance maléfique après Mama d'Andres Muschietti.

 

[Bande Annonce] Avengers : l'ère d'Ultron : y'a du grabuge dans l'air

Les Studios Marvel réunissent à nouveau les plus grands super-héros de tous les temps dans une nouvelle production aussi épique que spectaculaire : Avengers : l'ère d'Ultron.

Alors que Tony Stark tente de relancer un programme de maintien de la paix jusque-là suspendu, les choses tournent mal et les super-héros Iron Man, Captain America, Thor, Hulk, Black Widow et Hawkeye vont devoir à nouveau unir leurs forces  pour combattre le plus puissant de leurs adversaires : le terrible Ultron, un être technologique terrifiant qui s’est juré d’éradiquer l’espèce humaine.
Afin d’empêcher celui-ci d’accomplir ses sombres desseins, des alliances inattendues se scellent, les entraînant dans une incroyable aventure et une haletante course contre le temps…

On retrouve la fine équipe du précédent opus : Robert Downey Jr., qui remet son armure d'Iron Man, Chris Hemsworth remet la cap de Thor, Mark Ruffalo se re-transformera en Hulk, le gros monstre vert et Chris Evans reprendra le bouclier à la bannière étoilé de Captain America. N'oublions pas la très cuir Scarlett Johansson alias Black Widow, Jeremy Renner alias Oeil de faucon. 
Avec l’aide Don Cheadle (James Rhodes/War Machine), Cobie Smulders (Agent Maria Hill), Stellan Skarsgard (Erik Selvig) et Samuel L. Jackson (Nick Fury), l’équipe des Avengers doit se réunir pour affronter Ultron interprété par James Spader, un être technologique terrifiant. Au cours de l’aventure, ils vont devoir affronter deux nouveaux venus aussi mystérieux que puissants, Pietro Maximoff (Aaron Taylor-Johnson) et Wanda Maximoff (Elizabeth Olsen). Ils vont aussi retrouver un vieil ami sous une nouvelle forme lorsque Paul Bettany devient Vision.

Soyez prêts pour une aventure mouvementée : les Avengers sont de retour sur les écrans le 22 avril 2015 en France.

lundi 23 février 2015

And the Oscars go to…

Et voilà… c'est déjà fini… Les Oscars ont été remis. Ce fut une fabuleuse nuit des Oscars avec des discours forts et engagés : féminisme, immigration, suicide, discrimination, maladie… Des sujets portés hauts et intelligemment par des acteurs inspirés. Et un Neil Patrick Harris plus drôle que jamais, avec des impro incisifs et bien placés. Même les remettants ont donné de leur (private) jokes. Voilà qui change de nos Césars !
Et le sacre du fabuleux Birdman. Je n'ai pas été la seule à prendre ma claque… Sans oublier Grand Budapest Hotel et Whiplash… Bravo !



Meilleur film
Birdman

Meilleur acteur
Eddy Redmayne dans La merveilleuse histoire du temps 

Meilleure Actrice
Julianne Moore dans Still Alice

Meilleur réalisateur
Alexandro Gonzalez Inarritu pour Birdman

Meilleur scénario original
Birdman

Meilleur scénario adapté
Imitation Game

Meilleure chanson originale

Meilleure bande originale
Alexandre Desplat pour The Grand Budapest Hotel (enfin !)

Meilleure actrice dans un second rôle
Patricia Arquette dans Boyhood

Meilleur acteur dans un second rôle
J.K Simmons dans Whiplash

Meilleur film en langue étrangère
Ida

Meilleur film documentaire
Citizenfour

Meilleur court-métrage
The Phone Call

Meilleur documentaire-court
Crisis Hotline

Meilleur Film d'animation
Les nouveaux héros

Meilleur Film d'animation court
Feist

Meilleurs effets spéciaux visuels
Interstellar

Meilleur costumes
The Grand Budapest Hotel

Meilleur maquillage
The Grand Budapest Hotel

samedi 21 février 2015

Oscars 2015 : Quelques prévisions…

À 24 h de la cérémonie des Oscars, soyons fous ! Prenons les paris et faisons quelques pronostiques… au moins dans les catégories "reines". Mais parfois, le choix est difficile entre celui du cœur et celui supposé des votants, comme le choix de Boyhood contre Birdman. Aller… j'assume mes choix !

Faites vos choix sur : http://oscar.go.com/mypicks


Meilleur film
American Sniper
Birdman
Boyhood
The Grand Budapest Hotel
Imitation Game
Selma
La merveilleuse histoire du temps
Whiplash

Meilleur acteur
Steve Carell dans Foxcatcher
Bradley Cooper dans American Sniper
Benedict Cumberbatch dans Imitation Game
Michael Keaton dans Birdman
Eddy Redmayne dans La merveilleuse histoire du temps

Meilleure Actrice
Marion Cotillard dans Deux jours, une nuit
Felicity Jones dans La merveilleuse histoire du temps
Julianne Moore dans Still Alice
Rosamund Pike dans Gone Girl
Reese Witherspoon dans Wild

Meilleur réalisateur
Alexandro Gonzalez Inarritu
pour Birdman
Richard Linklater pour Boyhood
Benneth Miller pour Foxcatcher
Wes Anderson pour The Grand Budapest Hotel
Morten Tyldum pour Imitation Game

Meilleur scénario original
Birdman

Boyhood
Foxcatcher
The Grand Budapest Hotel
Night Call

Meilleur scénario adapté
Imitation Game

La merveilleuse histoire du temps
Whiplash
American Sniper
Inherent Vice

Meilleure chanson originale
Everything Is Awesome (La grande aventure Lego)

Glory (Selma)
Grateful (Beyond the lights)
I'm Not Gonna Miss You (Glen Campbell...I'll be me)
Lost Stars (Begin again)

Meilleure bande originale
The Grand Budapest Hotel
Imitation Game
Interstellar
Mr Turner
La merveilleuse histoire du temps

Meilleure direction artistique
The Grand Budapest Hotel
Imitation Game
Interstellar
Into the woods
Mr Turner

Meilleure actrice dans un second rôle
Patricia Arquette
dans Boyhood
Laura Dern dans Wild
Emma Stone dans Birdman
Keira Knighltey dans Imitation Game
Meryl Streep dans Into the woods
Meilleur acteur dans un second rôle
Robert Duvall dans Le Juge
Ethan Hawke dans Boyhood
Edward Norton dans Birdman
Mark Ruffalo dans Foxcatcher
J.K Simmons dans Whiplash

Meilleur film en langue étrangère
Ida
Leviathan
Tangerines
Timbuktu
Les nouveaux sauvages

Meilleur film documentaire
A la recherche de Vivian Maier
Last Days in Vietnam
Virunga
Citizenfour
Le sel de la terre
Meilleur Film d'animation
Les nouveaux héros

Les Boxtrolls
Le chant de la mer
Le Conte de la princesse Kaguya
Dragons 2

Meilleurs effets spéciaux visuels
Captain America : Le soldat de l'hiver
La Planète des singes : l'affrontement
Les Gardiens de la galaxie
Interstellar
X Men : Days of future past

Meilleurs costumes
The Grand Budapest Hotel
Inherent Vice
Into the woods
Malefique
Mr Turner

mercredi 18 février 2015

[Bande Annonce] Broadway Therapy : joyeux bazar au pays de la scène

BROADWAY THERAPY


De Peter Bogdanovich
Avec Imogen Poots, Owen Wilson, Illeana Douglas, Kathryn Hahn, Rhys Ifans, Will Forte, Jennifer Aniston…

Sortie 22 avril 2015

Lorsqu’Isabella (Imogen Poots) rencontre Arnold (Owen Wilson), un charmant metteur en scène de Broadway, sa vie bascule.
À travers les souvenirs – plus ou moins farfelus – qu’elle confie à une journaliste (Illeana Douglas), l’ancienne escort girl de Brooklyn venue tenter sa chance à Hollywood, raconte comment ce « rendez-vous » lui a tout à coup apporté une fortune, et une chance qui ne se refuse pas...
Tous ceux qui se trouvent mêlés de près ou de loin à cette délirante histoire vont voir leur vie changer à jamais dans un enchaînement de péripéties aussi réjouissantes qu’imprévisibles. Personne n’en sortira indemne, ni l’épouse d’Arnold, Delta (Kathryn Hahn), ni le comédien Seth Gilbert (Rhys Ifans), ni le dramaturge Joshua Fleet (Will Forte), pas même Jane (Jennifer Aniston), la psy d’Isabella...

Broadway Therapy est un film chorale, une comédie romantique traditionnelle teintée de « screwball comedy », d’humour burlesque, un peu potache faut le dire mais… au sens noble du terme. Des personnages, une intrigue et des décors très modernes pour un film hommage aux classiques du genre des années 30 et 40, l’âge d’or d’Hollywood. Le scénario se fonde sur son humour pétillant, son charme et sa sophistication au sein d’une histoire et de situations complètement loufoques, et des personnages bien barges ! Un genre que Jennifer Aniston semble particulièrement affectionner après La Famille Miller- une famille en herbe et Comment tuer son boss ?




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