dimanche 8 septembre 2013

[Critique] Le Majordome : une leçon d'Histoire poignante mais classique (11/09/13)

© Metropolitan FilmExport
LE MAJORDOME
De Lee Daniels
Avec Forest Whitaker, Oprah Winfrey, David Oyelowo, Cuba Gooding Jr, Terrence Howard...

Sortie le 11 septembre 2013

Cecil Gaines est un Noir américain devenu majordome, et qui a passé sa vie à servir huit présidents successifs à la Maison Blanche. Durant cette période, il a été le témoin dans l'ombre de la lutte d'un peuple : celle pour la reconnaissance des droits de la communauté noire aux États-Unis.

"E pluribus unum"


Si Lee Daniels est considéré comme un réalisateur subversif, provocateur, voire racoleur (on se souvient de Precious et surtout de Paperboy), il n'en est rien avec Le Majordome. Le cinéaste surprend avec une œuvre élégante, sans images scabreuses, au ton résolument pédagogique et formel. Grâce au personnage de Cecil Gaines -- double cinématographique d'Eugene Allen, majordome qui a passé 34 ans au service des hommes les plus "puissants du monde", de Eisenhower à Reagan -- le cinéaste permet de s'approprier l'Histoire d'un pays à travers le regard privilégié d'un homme du peuple.... d'un peuple, qui a fait face aux humiliations et à la cruauté du racisme. Pour autant, le film n'est pas une biographie : Daniels a pris quelques libertés quant à certains faits, qui ont été plus ou moins modifiés voire inventés pour coller à l'évolution de l'Histoire. Ségrégation, Freedom Riders, Martin Luther King, Black Panther Party, grandes manifestations et Ku Klux Klan... le film embrasse fidèlement les grandes étapes du mouvement, au risque parfois de les survoler. Mais il parvient à enraciner son discours dans des personnages de chair et de sang.


"Êtes-vous politisé, Mr Gaines ? Nous n'avons aucune tolérance pour la politique à la Maison Blanche"


Fort de son contexte, Le Majordome soulève de nombreuses questions et cristallise l'ironie de certaines situations. Cet homme, élevé comme esclave dans un champs de coton, qui a vu son père mourir sous la balle tirée par un blanc, va finalement trouver sa place dans la société et s'élever socialement en travaillant... pour des Blancs. Dès le départ, on lui apprend à se taire, à ne pas se rebeller contre l'autorité suprême du maître blanc. Dès son embauche à la Maison Blanche, on lui répète "vous n'entendez rien, vous ne voyez rien, vous servez seulement". Il en vient à devenir une ombre parmi la horde de petites mains noires du palais présidentiel. 
Il sait se rendre indispensable et se fait apprécier pour sa discrétion et ses valeurs humaines. Mais il en paie le prix fort. Il va renier toute conscience politique pour garder son job, et rejeter tout activisme grandissant chez les Afro-Américains, quitte à s'éloigner de son propre fils. Il n'est dupe de rien. Mais on peut se demander si Cecil (re)devient un esclave cette fois-ci consentant de par le fait d'avoir été façonné toute sa vie à l'être. Ou si, au contraire, il fait partie de ceux qui ont fait bouger les mentalités "en sous-marin", sans vraiment le savoir. Le Dr Martin Luther King (interprété par le "Lafayette" de True Blood) affirme dans le film que "Les domestiques noirs jouent un grand rôle dans notre Histoire" car ils ont la possibilité de faire naître chez ceux pour qui ils travaillent, un élan de sympathie et de compréhension, et de développer un lien réel menant à l'acceptation de l'autre comme égal humain. Et Cecil en est le parfait exemple...

Un réalisateur qui règle ses comptes ?


Si la forme est didactique et le chemin emprunté direct, le fond se veut être une révolte contre ce qui a été une atrocité pour tout un peuple. Daniels met l'Amérique face à son histoire avec des scènes parfois difficiles et violentes dans leurs propos pour marquer la cruauté d'une époque injuste. L'idéologie véhiculée est d'une grande complexité, sans pour autant oublier les émotions, non feintes et non dégoulinantes. Il préfère raconter sans juger, laisser l'Amérique faire son propre procès et emprunter le douloureux chemin de la rédemption (si chère au cinéma américain). Dans un récent entretien au New York Times, Forest Whitaker affirmait : "Il y a quelque chose qu'on ne dit pas : pourquoi ces histoires ne sont-elles pas traitées davantage ? Parfois les gens ont peur de regarder en face ce qui se passe(...) Le fait est que beaucoup des problèmes sociaux (montrés dans le film) sont encore d'actualité". Et Oprah Winfrey d'ajouter : "Pourquoi faut-il raconter cette histoire ? Pourquoi devons-nous continuer à interpréter des domestiques ? Parce que c'est arrivé et que sans eux, aucun d'entre nous ne serait ici aujourd'hui. Ma mère était domestique, ma grand-mère était domestique et sa mère était domestique".

Cette tension entre le progressisme silencieux de Gaines et l'engagement dans la lutte de son fils fera oublier les fautes d'esthétisme dans l'image et la lumière (sans parler de l'affreux maquillage qu'arbore Oprah Winfrey à la fin), et la grandiloquence de certaines scènes, un peu trop théâtralisées (surtout le final jouant à fond les violons pour un Happy End attendu). 
Et pourtant, quel casting ! Forest Whitaker est d'une justesse impeccable. David Oyelowo, déjà dans Paperboy, incarne parfaitement cette jeunesse en révolte. Et Oprah Winfrey, loin de la diva des talk-shows est bluffante en hédoniste coincée entre le destin des hommes de sa vie -- on se demande bien pourquoi elle n'a pas continué le cinéma après son rôle de Sofia dans La Couleur Pourpre ! On retrouve avec grand plaisir le reste du casting (avec quelques choix surprenants -- comme Alex Pettyfer ou James Marsden -- et d'autres habitués à travailler avec Daniels -- comme Mariah Carey et Lenny Kravitz)... même si certains n'ont que quelques répliques. 


En résumé : Un film chargé en émotions, mais tout en retenue, classique avec une véritable vision d'auteur pour raconter un destin exceptionnel.





mercredi 4 septembre 2013

Interview : Pascal Plisson parle du docu. Sur le chemin de l'école (25/09/13)

SUR LE CHEMIN DE L'ÉCOLE 
De Pascal Plisson
(sortie le 25/09/13)


Jackson, Zahira, Carlito et Samuel sont des enfants comme les autres. Ils ont des parents qui les aiment, des copains avec qui jouer. Et entre deux jeux et tâches pour aider leurs parents, ils vont à l'école. Sauf que pour eux, le chemin pour y parvenir est un véritable défi : ils font de très nombreux kilomètres, le plus souvent à pieds, pour y arriver. Et parfois, ils risquent même leur vie sur le chemin ! 
Pascal Plisson, le réalisateur de ce documentaire époustouflant, dépeint avec vérité et des images fortes (et sublimes), le très long parcours que ces gamins très attachants font régulièrement pour aller étudier. Il en a parlé avec ferveur à TvCinephages.





Envie d'une autre vie


© Winds / E. Guionet
« Je vais souvent en Afrique faire des reportages. J’ai eu l’idée de faire ce film alors que j'étais en repérage pour un autre documentaire au Kenya. Quand tout à coup, j’ai vu un enfant marchant seul, au milieu de la savane. Il n’avait qu’une ardoise, une craie et un stylo. En lui demandant ce qu’il faisait-là, il m’a dit qu’il se rendait à l’école. Et qu’il était ravi d’y aller. Chose étonnante, non pas parce qu'il me parlait de l'école avec envie, mais parce que l'école ne fait pas partie de la culture traditionnelle de ces peuples qui vivent au milieu de nulle part. Cet enfant, prénommé Jackson, m'a expliqué qu'il courait chaque jour plus de 3h avec sa sœur, pour se rendre en classe. Il ne voulait surtout pas devenir guerrier comme ses proches. De retour en France, j'ai su que je tenais quelque chose de fort. »

A la recherche de coups de cœur


© Winds / E. Guionet
« Une fois le projet lancé (après l'accord avec Disney, ndlr), mon équipe et moi avons cherché pendant 6 mois des enfants comme celui-là. A travers tous nos contacts de  l'association Aide et Action, d'autres journalistes, des bénévoles des réseaux associatifs qu'on avait appelés pour d'autres films, on a fini par trouver des gens "accro" à notre idée. Après avoir trouvé Jackson en faisant le tour des écoles kenyanes  un producteur indien m'a parlé de la famille de Samuel, seule famille chrétienne dans un village musulman, en Inde. Son histoire avait fait l'objet d'un petit article dans le journal de Bombay. Finalement, on est rentré avec plus de 60 histoires à raconter. Et on a eu de vrais coups de cœur !  Finalement, le plus dur a été de faire des choix, souvent très douloureux. Parfois, ce sont les lieux lors de nos repérages qui ont conditionné nos histoires. En Chine, on avait envie de parler d'un petit garçon en fauteuil roulant, qui ne pouvait pas aller à l'école facilement à cause de l'état déplorable de la route. Mais le temps qu'on revienne pour tourner avec lui, les autorités locales avaient déjà entendu parler de notre projet, et elles avaient régler le problème ! »

Garder la spontanéité


© Senator Filmverleih « Tourner avec des enfants n'est pas ce qu'il y a de plus évident. Ils sont imprévisibles et ils ne savent pas ce qu'est un film. Ils ne réalisaient pas trop ce qu'il se passait. Chaque portrait a été tourné en 12 jours, avec beaucoup de prises. Mais on avait anticipé cela pendant les repérages. On ne leur a pas montré les images au fur et à mesure pour ne pas leur enlever leur naturel (erreur que j'avais faite avec des guerriers Massaï lors d'un précédent tournage). Et comme les gamins portent toujours le même uniforme, on a l'impression que tout a été filmé en une seule fois. »

© Senator Filmverleih

Une maturité incroyable


« Ce qui m'a le plus frappé est que ces enfants ont compris qu’ils n’avaient que l’école pour s’en sortir et vivre mieux. Ils sont fiers, déterminés et solidaires les uns des autres. Ce ne sont que des enfants, mais ils réfléchissent déjà comme des adultes. Ils ont une maturité impressionnante. » 

À l'affût du moindre bruit


© Winds / E. Guionet« Jackson cavale tout le temps. On a fait plusieurs fois le trajet avec lui, et on a fini par anticiper ses chemins. Mais il en changeait régulièrement à cause du danger. Il nous est arrivé de faire des rencontres terrifiantes comme des bandes armées - qu'on ne montre pas dans le film car je ne voulais pas en rajouter. Jackson est à l’affût du moindre bruit ou mouvement dans la savane - à cause des éléphants, girafes et autres bestioles du genre. Mais il préfère risquer sa vie plutôt que de vivre comme ses parents. Au moment de dérusher, le traducteur nous a éclairé sur la discussion que Jackson a avec sa petite sœur. Elle était beaucoup plus instructive sur la façon de tracer leur chemin pour éviter , que de mettre en voix-off un texte à nous. Résultat, on a enlever toute la voix-off en fil rouge, et c'est beaucoup mieux comme ça !  On en apprend bien plus... »

Impensable de manquer l'école


© Winds / E. Guionet« Chose incroyable aussi : Carlito, lui, ne voulait pas faire le film car il devait manquer des jours de classe. Chose impossible pour lui ! Pour le convaincre de faire le film avec nous, la directrice de son école lui a dit de considérer la chose comme un devoir scolaire pour aider ses copains. Chose qu'il a pris à cœur de faire par la suite. »

Garder contact


© Senator Filmverleih « Depuis le tournage, on a gardé contact avec les enfants, comme des parrains. Comme on ne pouvait pas payer les enfants, on a fourni des affaires pour l'école (des bancs, des chaises...) ou pour la communauté à la place. Et grâce à nous, Jackson a pu aller voir la mer  pour la première fois à Mombasa avec l'école car il lui manquait 15 euros pour y aller. À Samuel, on a donné un nouveau fauteuil roulant tout neuf. Mais il ne l'a pas utilisé longtemps, car le sien (qui n'en est pas un) est bien plus solide et qu'il le préférait parce plus approprié pour le chemin qu'il prend ! (rire) On va essayer d'y retourner pour leur projeter le film. »



LEUR PORTRAIT  (cliquez sur l'image pour l'agrandir)



mardi 3 septembre 2013

50 Nuances de Grey : le choix des héros est osé...


Voilà... le suspense n'est plus. "Je suis ravie de vous dire que la ravissante Dakota Johnson a accepté d'être notre Anastasia dans l'adaptation cinématographique de Cinquante nuances de Grey". C'est l'un des tweets que E. L. James, l'auteur britannique du best-seller international Cinquante nuances de Grey, a envoyé lundi. Au côté de l'actrice américaine, "le magnifique et talentueux Charlie Hunnam sera Christian Grey dans l'adaptation du film" a ajouté l'auteur via le réseau social. Un choix qui laisse plutôt perplexe...


Retenir la jeune actrice et mannequin de 23 ans (accessoirement fille des acteurs américains Mélanie Griffith et Don Johnson) dans le rôle de l'ingénue que happés par l'homme d'affaires pervers est une jolie surprise. Plutôt jolie mais pas inaccessible, parfaite en girl next door au caractère bien trempé mais sensible, qui craque à la première œillade d'un demi-dieu vivant. Mais choisir Charlie Hunnam me laisse perplexe...

Connu pour son rôle de badass dans la série au pot d'échappement rutilant Sons of Anarchy, Charlie Hunnam n'a pas le profil du pervers sulfureux et retors que le rôle demande. Si ça gueule d'ange, ses yeux lagons et ses abdos peuvent faire l'affaire, à première vue, il lui manque le regard profond de perversité rempli de domination féroce. Christian Grey est animal, avec un sex-appeal débordant tout en gardant une classe folle  Au lieu d'avoir un requin racé, on se retrouve avec un bisounours sans charisme (avec une plastique certes appétissante...). Peut-être suis-je mauvaise langue et regretterais-je mes propos à la sortie du film... Mais il serait dommage que l'une des adaptations les plus attendus par des millions de lectrices (en surchauffe) se termine en soupe commerciale en PG13+ ! (on en a déjà constaté l'effet rouleau compresseur des studios et de leurs producteurs-executifs...)

Aux commandes de ce long-métrage caliente (attendu dans les salles américaines le 1er août 2014), une autre Britannique : Samantha Taylor-Johnson (réalisatrice de Nowhere Boy sur la jeunesse de John Lennon). Et au scénario : Kelly Marcel, connue pour être la plume de la série Terra Nova (sic).

Petit rappel... Dakota Johnson a notamment joué dans le film The Social Network de David Fincher, 5 ans de réflexion, For Ellen et 21 Jump Street aux côtés de Channing Tatum et Jonah Hill.
L'acteur a quant à lui joué dans le blockbuster de cet été Pacific Rim de Guillermo del Toro, après Les Fils de l'Homme d'Alfonso Cuaron, Cold Blood (D-to-DVD) et Retour à Cold Mountain d'Anthony Minghella. Et dire qu'un temps, Ryan Gosling et Henry Cavill étaient attachés au projet (même une rumeur...). On se serait même contenté de Ian Somerhalder ! 

A suivre...

lundi 2 septembre 2013

[Critique] No Pain No Gain : une satire burnée et corrosive du rêve américain (11/09/13)

 © Paramount Pictures France
NO PAIN NO GAIN

De Michael Bay
Avec Mark Wahlberg, Dwayne Johnson, Anthony Mackie, Tony Shalhoub,
Ed Harris…

Sortie le 11 septembre 2013

Floride, dans les années 1990. Dany Lugo est un bodybuilder formé à la dure et au casier judiciaire plus vraiment vierge. Malgré une réussite relative, il se sent exclu du fameux 'rêve américain' portée par le travail du self-made man. Pour lui, perfection physique rime avec réussite sociale et profond patriotisme. Il est jaloux de tout ceux qui ont atteint les sommets de l'American way of life, malgré leur tronche de travers et leur corps tout flasque. Il ne pense qu'à une chose : se venger. Chose qu'il va entreprendre de façon peu banale. Il réussit à convaincre deux copains culturistes, Paul Doyle et Adrian Doorball, pour convoquer les dieux du bling-bling. En parfait cerveau du groupe, il imagine une stratégie pour kidnapper un gringalet retors mais plein aux as, lui extorquer tout son blé en le torturant. Une fois le plan mis à exécution - où évidemment tout ne se passe pas comme prévu - ils laissent leur victime pour morte. S'ils ont acquis belles voitures, maisons immenses et comptes en banques bien fournis, ils ne vont pas en profiter bien longtemps. Cette bande de bras cassés va réussir à tout faire capoter...


Gros biscotos et cervelles rikiki ? Pas que...


 © Paramount Pictures France
Il est bien connu que Michael Bay ne fait pas dans la dentelle, et préfère le bon film d'action démesuré, monté à la hache, qui sent la testostérone et la poudre - à canon - que les films aux dialogues ciselés et aux images léchées. Ainsi Bad Boys, Armageddon, Pearl Harbor ou encore la saga Transformers est là pour en attester. Et malgré cette image de cinéma pop-corn sans cervelle, il s'en fout et assume car le public le suit à chaque fois. Qu'à cela ne tienne ! Il récidive avec No Pain No Gain où grosses cylindrées, belles gonzesses pas très habillées (et pas très malignes), sueur et langage fleuri (voire scatho) se bouscule dans un humour ras des pâquerettes. 
Cette fois-ci, Michael Bay allie fond et forme. Ces codes qu'il utilise depuis une vingtaine d'années deviennent le sujet même du film. Sous couvert de violence sauvage, il déroule un pamphlet contre le danger des rêves faciles - souvent inaccessibles -, l'illusion que la beauté peut servir d'ascenseur social fulgurant, l'argent facile et le pouvoir censé être dû qui va avec. Ici, les valeurs absolues de l'Amérique forte et puissante sont réduites à néant, montrant qu'en croyant que tout est possible, finalement, la machine à succès fabrique autant de prétentieux suffisants que de petits cons qui n'ont pas grands chose dans le crâne. 

 © Paramount Pictures FranceDany et sa bande sont l'exemple même des anti-héros, dont la vulgarité sert une farce jusque-boutiste lancée à fond la caisse, où finalement l'accès à la réussite se fait au détriment de toute moralité et sens du Bon et du Mauvais. On peut regretter que le réalisateur enchaîne, parfois sans mesure, les scènes absurdes qui, quelque part , finissent par être trop nombreuses et redondante pour servir le propos. Comme pour appuyer sur le fait que le scénario est basé sur une histoire vraie. Mais on rit de bon cœur à la bêtise de ces nœuds-nœuds survitaminés. Wahlberg n'est jamais aussi bon que lorsqu'il est sur le point de péter un câble et virer dans l'hystérie comique (comme dans Ted). Et que dire de Dwayne Johnson en criminel pieux, qui prend la foi comme excuse pour s'affirmer, prospérer et surtout absoudre ses méfaits. Drôlissime ! De dérapages et coups du sort, les trois compères nous rappellent avec ironie et humour que l'argent ne fait pas le bonheur.

En résumé : Michael Bay se venge de tous ceux qui le conspuent sur l'autel des blockbusters hors de prix qui l'ont construit et ont bâti une partie du nouvel Hollywood. Il répond qu'il faut ne pas être bien fute-fute pour imaginer qu'avoir de l'argent est une fin en soi. Le roi du gros film qui tache et qui casse tout fait mouche avec cette comédie shootée aux protéines.

dimanche 1 septembre 2013

[Critique] Le dernier pub avant la fin du monde : la crise de la quarantaine fleurant le houblon (28/08/13)


LE DERNIER PUB AVANT LA FIN DU MONDE


De Edgar Wright
Avec Simon Pegg, Nick Frost, Paddy Considine, Martin Freeman, Eddie Marsan, Rosamund Park…

Sortie le 28 août 2013


22 juin 1990, Newton Haven, Angleterre. Cinq ados dans toute leur splendeur fêtent la fin du lycée en faisant le célèbre "Golden Mile", à savoir la tournée de 12 pubs (et donc 12 pintes... minimum). À ce moment, tout leur est permis, l'espoir n'a pas de limite... Ils on la vie devant eux ! Mais leur jeune âge et leur inexpérience en la matière aura raison de leur aventure. Ils n'atteindront pas le dernier pub appelé "The World's End". Les années passent, chacun fait sa vie de son côté loin de la petite bourgade, se mariant, faisant des enfants et un job respectable. Une vie d'adultes responsables, en somme. Tous, sauf un. Gary King, le leader de cette bande de "mousquetaires", qui sent désormais la naphtaline. Ce quadra, looser alcoolique, n'a pas envie de rentrer dans le rang et semble atteint du syndrome de Peter Pan. Qu'à cela ne tienne ! 20 ans après leur tentative, il réussit à convaincre la bande de retenter leur barathon, quoiqu'il en coûte. Ainsi, Steve, Andy, Oliver et Peter reviennent à Newton Haven, accordant tant bien que mal leur passé et leur présent bien différent, conscients qu'ils ne sont pas des ados attardés comme Gary. Mais leur retour dans des lieux familiers, au sein d'une communauté qui les a vu grandir, ne va pas se passer tout à fait comme prévu... 


Gueule de bois pour cure de jouvence
Après les cultissimes Shaun of the Dead et Hot Fuzz, Edgar Wright peut refermer ce qu'il a appelé la saga des "Trois parfums de Cornetto" (dûment appelée ainsi à cause de la référence constante à la marque dans ses films). Si la parodie est toujours présente, exit le flingage de zombies et de blockbuster d'action. Et place à un hommage aux films de SF des années 50 et 80 (et son intro tournée façon Super 8). 
Le Dernier Pub... (The World's End, en VO) est avant tout un film de potes en pleine crise de la quarantaine, qui rejouent malgré eux leur jeunesse, pris entre l'envie de rester ceux qu'ils sont devenus et de rajeunir un peu le temps d'une soirée. Ces adulescents nous emporte dans une nostalgie soulignée par une bande originale brit-pop à tomber (comment ne pas succomber à Pulp, Suede, The Doors, Silver Bullet, Soup Dragons, Suede... et même Kylie Minogue !), tout en se moquant gentiment de l'uniformisation qui touche l'Angleterre après la mondialisation (les pubs sont tous les mêmes, proposant tous la même et unique bière). Mais point de larmes ni de lourdeur ! Loin de là ! 
Le réalisateur glisse d'un coup vers la comédie d'action SF, avec une classique invasion d'extra-terrestre. Leurs traumas d'école sont vite remplacés par une paranoïa développée par la présence de robots au sang bleu. S'enchaînent alors dialogues aux accents So British qui fusent et s'entrechoquant sans pause, bagarres au rythme endiablé (les fans de catch et de The Rock s'y retrouveront), et un montage au timing millimétré. Il faut voir Nick Frost prendre son pied à dégommer l'ennemi façon Jackie Chan, et Simon Pegg sautant partout, sans lâcher son verre de mousse. Entre effets numériques et images old-school, Edgar Wright nous offre des scènes assez jouissives.

Vapeurs de houblons pour casting 3 étoiles

Si le duo Pegg/Wright a eu un peu la main lourde sur la fin du scénario (en martelant l'emprise sur notre inconscient des grandes compagnies américaines et des nouvelles technologies envahissantes que celles-ci ont développées - références que les scénaristes utilisent eux-mêmes à foison...), ils jouent à fond la carte du divertissement, servi par un casting de "mousquetaires" impeccable. Simon Pegg, avec sa verve inimitable habituelle, livre ici une performance énergique et impressionnante. Enchaînant répliques (déjà ?) cultes à la vitesse de la lumière, il illumine la première partie du film. Et c'est au tour de Nick Frost de se révéler en vrai lion prêt à tout pour sauver son pote, tout en gardant sévérité et sérieux. Eddie Marsan retrouve son côté comique maintes fois reconnu (Sherlock Holmes, Blanche Neige et le chasseur, Jack et le Chasseur de géants) laissant loin derrière la gravité, qu'il avait poussée à l'extrême dans Tyrannosaur, sous la direction de Paddy Considine, ici étonnant en dragueur old-fashion. Sans oublier l'éternel élégance et le flegme de Martin Freeman qui, après avoir incarné le célèbre Dr Watson et le non moins célèbre Hobbit, nous offre un des twists du film.

En résumé : Si l'ensemble a un air de déjà-vu, cette comédie nous entraîne avec un certain plaisir dans des divagations d'ivrognes, le tout emballé dans un grand bordel bien orchestré. Sans oublier les thèmes chers à Pegg et Wright abordés dans leurs précédents films (l'amitié, la nostalgie, le passage à l'age adulte et aussi le fait de se conformer à une norme...). Explosif et complètement... alcoolisé ! (l'histoire ne dit pas combien de pintes les acteurs se sont envoyés...)

mardi 27 août 2013

Nouveautés séries : il y a du lourd pour cette rentrée !

La rentrée télé se fera sous le signe du polar, du fantastique et de l'humour… Pas grand chose de nouveau en somme.
De nombreux spin-of, mais aussi des efforts de création et quelques pépites en vue… Rares, mais précieuses.




Parmi les créations françaises :


Les Limiers (sur France 2, le vendredi) avec Jean-Yves Berteloot. Cette série policière est construite autour d'une traque. Les héros appartiennent à une unité spéciale qui intervient dès la délivrance d'un mandat d'arrêt. 
La Source (sur France 2) une série d'espionnage, avec Christophe Lambert et Clotilde Courau, où une jeune étudiante se retrouve espionne.
(Pas de bande annonce encore disponible)

Tunnel (sur Canal+), est une série franco-britannique. L'histoire ? Une policière de Calais enquête sur le cadavre d'une femme politique retrouvée dans le tunnel sous la Manche. Les deux premiers épisodes sont signés Dominik Moll, le réalisateur de Harry, un ami qui vous veut du bien. On retrouve Clémence Poésy (Harry Potter et le Coupe de feu) et Jeanne Balibar, entre autres. Humour plutôt noir en perspective, donc.
Crossing Lines débarque sur TF1. Cette série franco-américaine (co-produite par la première chaîne), compte sur son casting atypique et international : en tête de proue, Donald Sutherland, mais aussi le chanteur et acteur Marc Lavoine. Elle suit une unité d'élite mise en place par la Cour pénale internationale pour traquer les criminels partout sur la planète. Comme un air de déjà-vu.

Côté séries étrangères :


House of Cards est diffusé à partir de jeudi 29/08 sur Canal+. Très attendu, cette série politique assure un casting de choc avec Kevin Spacey en maître manipulateur du pouvoir à Washington, et Robin Wright en atout charme… mais pas que !
La Gifle (sur Arte) est une série australienne qui se passe dans la communauté grecque, avec pour point de départ la gifle que donne un adulte à un enfant qui n'est pas le sien.
Top of the Lake (Arte) série policière (australienne également) et psychologique créée par Jane Campion (La Leçon de Piano, Bright Star…)
Bande Annonce (en VO)

Touch marque le retour (semi-manqué car il n'y a que 2 demi-saisons) de Kiefer Sutherland (24 heures chrono). On suit un père et son enfant autiste qui a la capacité de prédire l'avenir grâce à des nombres mystérieux. On retrouve un Frenchy dans la saison 2.
Bande Annonce (en VO)

Under the Dome (sur M6), une série américaine produite par Steven Spielberg (en espérant qu'elle ait plus de chance que Terra Nova, qui n'a pas eu de 2e saison). C'est une adaptation d'un roman de Stephen King qui décrit le quotidien d'une bourgade américaine isolée du monde par un mystérieux dôme électro-magnétique. Au casting : Mike Vogel (Bates Motel, Pan Am), Rachel LeFevre (la méchante rousse du premier Twilight) et la jeune Britt Robertson (The Secret Circle).


Pendant ce temps-là outre-Atlantique...


Comme à chaque rentrée, les chaînes américaines lancent tout un tas de nouvelles séries, sachant qu'une bonne partie se verra arrêter au bout de quelques épisodes seulement, ou ne passera pas le cap de la deuxième saison. Pas folles, les chaînes françaises préfèrent attendre de voir comment elles sont reçues par le public américain avant d'acquérir éventuellement les plus populaires. Même si souvent, il existe un vrai fossé culturel...

Le fantastique est à l'honneur :

Intelligence, série dans laquelle on retrouve le beau-gosse badass de Lost Josh Holloway. Il joue un super-agent secret avec une puce informatique dans le cerveau, qui lui permet de se connecter aux réseaux du monde entier.
Resurrection propose de faire revivre des personnes présumées mortes quelques années plus tôt, et de les faire réapparaître un beau jour sans avoir vieilli. Cela ne vous rappelle-t-il rien ? Eh oui, le scénario des Revenants, qui avaient bien fonctionné sur Canal+ l'année dernière (et qui a fait un brillant parcours outre-Manche). on y retrouvera Omar Epps (enfin débarrassé du Dr House).
Believe, est la nouvelle série fantastique de l'inépuisable J.J Abrams. Elle a pour héroïne une fillette dotée de super-pouvoirs, qui change la vie de ceux qu'elle croise et qui est protégée de ses ennemis par un repris de justice. Dit comme ça, ça n'inspire que moyennement.
Agents of S.H.I.E.L.D, série à gros budget que les fans de comics attendent avec impatience. Elle se situe dans l'univers des super-héros, raconte les aventures d'une agence d'espions chargée de résoudre des affaires surnaturelles.
Almost Human mélange polar et science-fiction : un flic de Los Angeles de l'an 2048 fait équipe avec un androïde plus qu'humain (avec ses bugs et ses humeurs) pour connaître la vérité sur la disparition de sa femme. Alors on mélange Real Humans avec Franck & Robot et n'importe quelle série policière. On retrouve un oublié du grand écran : Karl Urban (l'Eomer du Seigneur des anneaux).

D'autres séries privilégient l'humour : 

The Crazy Ones réunit Robin Williams (l'inoubliable Mrs Doubtfire, entre autre) et Sarah Michelle Gellar (notre Buffy pour toujours, échouée après le four qu'a été Ringer) pour une comédie autour d'une agence publicitaire dirigée par un père et sa fille. 
The Michael J.Fox Show, plus intriguant et inattendu. La star de la saga Retour vers le futur y incarne avec humour un présentateur vedette souffrant de Parkinson - maladie dont l'acteur est réellement atteint. Un show qui demande une sacrée dose d'auto-dérision pour ne pas larmoyer. Et les premières images le démontrent.
Masters of sex voient le flegmatique Michael Sheen (The Queen) et la pétillante Lizzy Caplan (Bachelorette) seront les deux stars de cette nouvelle série. Ils interpréteront le duo de scientifiques William Masters et Virginia Johnson, les premiers chercheurs à avoir consacré leurs études à l'acte sexuel : analyse de l'orgasme, des troubles sexuels, etc. Voilà qui devrait faire écho à l'excellente petite comédie Oh my God ! sortie au ciné il y a plus de 2 ans. Et elle retracera leur collaboration, entre histoire d'amour passionnelle et méthodes de recherche originales. Vous avez hâte ?! Coquins !
Brooklyn Nine-Nine, comédie décalée des auteurs de Parks & Recreation, qui suit le quotidien d'un détective surdoué mais immature de la police new-yorkaise. Lorsqu'arrive le très strict capitaine Ray Holt (Andre Braugher), le jeune flic va devoir apprendre à grandir et respecter l'insigne.
The Vatican. Une exploration du monde très fermé de l’Église catholique à travers le prisme du pouvoir, de la spiritualité et de la politique. Cet univers mystérieux renferme de nombreux secrets, mais aussi des rivalités et des miracles. Avec Kyle Chandler (Une jour à la Une), le sublime Matthew Goode (Stoker), et Bruno Ganz (Michael Kohlhaas) dans le rôle du Pape SIxtus VI.
(Pas de bande annonce disponible)

Dad dans lequel deux amis d'enfance trentenaires et propriétaires d’une société de programmation de jeux vidéo, mènent des vies bien tranquilles. Jusqu'à l'arrivée dans leur quotidien de leur père respectif ruinés, envahissants, et contraints de se réfugier chez leurs fils, quitte à bouleverser leurs habitudes.
(Pas de bande annonce disponible)

Hello Ladies signée par le grand complice de Ricky Gervais, Stephen Merchant (Extras). Il adapte ainsi son one man show pour HBO. Dans cette série autobiographique, cet adepte de vannes scabreuses reviendra sur ses mésaventures avec la gent féminine. Au casting, on retrouvera Christine Woods (FlashForward), Nate Torrence (Mr. Sunshine) et Kevin Weisman (Alias).

Pour les plus "sérieuses"...

The Blacklist, très attendue à cause de son casting 3 étoiles puisque c'est James Spader Sexe, mensonges et vidéo, Crash) qui incarne le personnage principal. À ses côtés, il y aura Megan Boone (Los Angeles Police Judiciaire) et Ryan Eggold (90210). L'histoire ? Un criminel recherché dans le monde entier décide de collaborer avec les agents du FBI, pour les aider à traquer d’autres criminels. À première vue, un petit côté Silence des agneaux dans la relation criminel/profiler... Et terriblement accrocheur ! Elle est déjà achetée par TF1.
Mob City est une série noire signée Frank Darabont, le créateur de The Walking Dead. Gangster Squad. En toile de fond, on assistera au développement de la Californie et, plus particulièrement, à celui d’Hollywood. La série reposera, entre autres, sur Jon Bernthal (The Walking Dead), Neal McDonough (Desperate Housewives), et Milo Ventimiglia (Heroes). Elle se déroulera dans le Los Angeles des années 1940 et 1950 et mettra en scène le combat entre William Parker, chef de la police, et Mickey Cohen, ancien champion de boxe reconverti dans le crime organisé. Sujet déjà abordé dans le film
Bande Annonce

(avec AFP et TeleObs)

dimanche 21 juillet 2013

Une petite pause...

... s'impose en cet été ensoleillé. 
Je reviens très vite, fin août si mon emploi du temps le permet.
A bientôt !

lundi 15 juillet 2013

[Critique] Insaisissables : 4 chevaliers pour un grand spectacle… un peu creux (31/07/13)

INSAISISSABLES

De Louis Leterrier
Avec  Jesse Eisenberg, Woody Harrelson, Isla Fisher, Mark Ruffalo, Dave Franco, Mélanie Laurent…

Sortie le 31 juillet 2013

Quatre magiciens, vivotant plus ou moins de leur art malgré leurs talents indéniables, se font recruter par une mystérieuse personnes. Devenus les Quatre Cavaliers, ils sont réunis pour accomplir l'impensable : dérober le contenu d'une banque parisienne en direct face à un public médusé. Leurs aptitudes se complètent parfaitement et ils réussissent leur coup. De quoi mettre le FBI et Interpol sur les dents. Traqués de ville en ville, les magiciens essaient de trouver qui tire les ficelles de cette machinerie extra-ordinaire.

Le Frenchy Louis Leterrier s'est souvent illustré de l'autre côté de l'Atlantique avec de grosses productions qui en mettent plein les yeux, surtout faites pour engranger des billets verts (Le Choc des Titans, L'Incroyable Hulk, Le Transporteur II). De quoi devenir l'ambassadeur de la cool attitude auprès des jeunes... Avec Insaisissables, les monstres et les gros bras sont mis de côté au profit de prestidigitateurs malins, manipulateurs et terriblement habiles. On ne peut pas en dire autant du scénario. Si celui-ci est riche en tours de passe-passe et autres diversions pour soit-disant nous "perdre", il tombe rapidement dans la facilité. A force de vouloir nous en mettre plein la vue en enchaînant les twists, l'ensemble donne une impression de vide et de banalité. On a envie d'y croire et de se laisser emporter, mais il manque un petit quelque chose pour se laisser totalement faire. 

"Si vous regarder de trop près un tour de magie, vous ne distinguerez jamais la supercherie"

Et pourtant, la mise en scène est dynamique, avec des premières scènes plutôt prometteuses, présentant des personnages atypiques. Une énergie et un rythme endiablé jusqu'au premier casse se transformant en show à l'américaine au style ostentatoire, et fonctionnant parfaitement bien (travellings aériens, bagarres millimétrées, couleurs vives sur fond de nouvelles technologies dernier cri). Mais sur la longueur, l'histoire se fait bavarde à force de tout vouloir expliquer, comme pour mieux nous persuader de la solidité des faits et de l'histoire. Si le début est ludique, la suite manque de consistance, et la fin totalement prévisible (voire même tirée par les cheveux...).

Dommage, car le casting cinq étoiles a de quoi attirer. Les interprètes des Quatre Cavaliers sont crédibles et assument leur personnage... sans plus, ni moins. Jesse Eisenberg est parfait en leader casse-pied-qui-sait-tout, Woody Harrelson fait toujours son arrogant aux yeux mitraillette, Isla Fischer (seul pendant féminin) incarne la touche glamour, tandis que Dave Franco (petit frère de James) nous la joue beau-gosse mais sans manquer de répondant. Ils prennent du plaisir à jouer, et ça, ils le transmettent parfaitement. 


En résumé : Comme la plupart des films américains d'en ce moment, le visuel compte plus que le fond. On regarde ainsi Insaisissables avec plaisir immédiat certain, mais il ne laissera pas grand chose dans nos mémoires sur le long terme. Sympathique pour l'été mais pas indispensable.



Et pour les curieux... voici quelques minutes du film :

lundi 1 juillet 2013

Mr Selfridge : Retour aux sources du shopping moderne

La série MR SELFRIDGE débarque avec ses 10 épisodes sur la chaîne OCS à partir du 2 juillet. Véritable succès outre-Manche, une deuxième saison est déjà en cours d'écriture pour une diffusion l'année prochaine.


Londres, début du XXe siècle. Un homme d'affaires américain au nom pompeux, Harold Gordon Selfridge, et au caractère tout aussi grandiloquent, installe un grand magasin sur Oxford Street. Son ambition ? Révolutionner les achats de ses dames (essentiellement) en leur proposant de nouveaux produits, tout en imposant sa "marque de fabrique" maison. Tissus flamboyants, parfums fleuris, accessoires brillants en tout genre font leur entrée sur les étales, bousculant toutes les conventions et les habitudes commerciales britanniques. Selfridge multiplie les "coups de pub" s'associant aux vedettes du moment et aux événements historiques, et en vendant ce qui était autrefois tabou. Ainsi, rouge à lèvres et à joues font leur entrée dans un magasin grand public, sans être caché dans un tiroir. L'aristocratie au début frileuse se fascine pour l'endroit et son propriétaire, qui use et abuse de toutes les opportunités que le "grand monde" lui offre. Mais sous ses airs d'entrepreneur bien sous tout rapport, il cache (plus ou moins) son goût immodéré pour les jupons, en particulier d'une chanteuse de cabaret, et pour le poker. L'un et l'autre risquent de lui coûter son mariage. Mais le grand magasin brille de tous ses feux, aussi grâce à ses nombreux employés, issus de différentes classes sociales. Chef du personnel, décorateur, stylistes, chefs de rayons, comptables, vendeuses... Tous ses côtoient, s'entraident ou se jalousent, s'aiment ou se séparent... Et sont les premiers acteurs du changement d'un pays en pleine mutation, coincé entre la rigidité des codes de bienséance et l'envie de tout faire voler en éclat pour plus de modernité.

"Nous allons révolutionner la mode"


Mr Selfridge retrace la vraie vie de Harry Gordon Selfridge, dont le magasin existe toujours sur Oxford Street, à Londres. Si c'est une série en costumes, elle ne fleure point la naphtaline ! Et qui de mieux pour incarner ce redoutable businessman au sourire carnassier et aux paroles enjôleuses que Jeremy Piven, déjà dans ce type de rôle avec Ari Gold dans la série Entourage (pour lequel il a reçu 3 Emmy Awards et un Golden Globe) ! Il était attendu après avoir incarné ce terrible personnage détestablement jouissif. Il incarne Selfridge avec panache, facétie  (un brin de sur-jeu, diront certains) et une douce amertume. A l'écouter, il pourrait vendre de la glace aux Esquimaux, même avec son costume trois pièces noir, son haut-de-forme et sa barbe en collier. De quoi nous faire adhérer malgré nous à une série qui se veut révolutionnaire ? Si elle se pose en "petite sœur" de Downton Abbey, comédie britannique faisant un carton d'audience depuis quatre saison, elle n'en a pas tous ses atouts, mais se défend tout de même !

Au premier abord, Mr Selfridge attire de par sa galerie de personnages attachants, leurs péripéties sentimentales, et les nombreux événements et bouleversements historiques dus à cette période riche de la Grande-Bretagne. Bien évidemment, les littéraires retrouveront l'esprit d'Au Bonheur des Dames de Zola (en moins triste). Les sériphiles retrouveront l'esprit  shopping de The Paradise, diffusé l'année dernière sur la BBC. Si Mr Selfridge a son identité propre, avec une reconstitution historiques minutieuse (des décors identifiables et des costumes fabuleux), son scénario est assez aléatoire tout au long de la saison. Tout d'abord, le spectateur doit être un peu patient pour commencer à l'apprécier, le temps aux personnages d'être présentés et de s'installer. Dès que la mécanique se met en route, on trouve un certain schéma régulier d'un épisode à l'autre, mais dont le rythme n'est pas toujours maîtriser. Si la série manque parfois de pêche, on ne s'ennuie pas pour autant ! Jeremy Piven se fait alors le Mr Loyal du spectacle, relançant une intrigue après l'autre. 

On peut regretter que la "révolution" promise par l'homme d'affaires n'aille pas plus loin dans son audace. Les intrigues sont gentillettes, sans réel caractère, voire un peu brouillonne. Voir les gens bien-pensant choqués qu'on puisse mettre du maquillage en vitrine, ou les clientes gênées de demander à un vendeur de lui sortir des sous-vêtements, n'est pas la panacée d'une effronterie magistrale. On s'en amuse, mais on reste sur notre faim. 
Voilà qui contraste avec le personnage haut en couleurs, hors norme pour la société, n'ayant peur de rien joué par Jeremy Piven ! Pourtant l'écriture n'a pas été confiée à un débutant : ce n'est autre qu'Andrew Davies, auteur de la série originale House of Cards (thriller politique des années 90, situé dans la Grande-Bretagne d'après Thatcher) et des deux Bridget Jones, qui tient la plume de Mr Selfridge. Serais-je devenue plus exigeante au vu des récents succès de la chaîne HBO, aventureuse et impertinente dans le choix de séries ? Sûrement... Et pourtant, un brin "nostalgique", je ne peux m'empêcher de tomber sous le charme désuet de cette Angleterre élégante vêtue de corsets et de crinoline, de coiffures choucroutées, aux convenances strictes qui donnent un goût sucré d'interdit lorsqu'elles sont transgressées. 

En résumé : Mr Selfridge vous emmènera faire un lèche-vitrine agréable sans pour autant passer par la caisse. En sera-t-il autrement pour la 2e saison, qui entraînera le personnel du grand magasin dans les tourments de l'avant Première Guerre mondiale ?

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