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mardi 1 avril 2014

[Trailer] La voie de l'ennemi


Garnett, ancien membre d’un gang du Nouveau Mexique vient de passer 18 ans en prison pour meurtre. Avec l’aide d’Emily Smith, agent de probation chargée de sa mise à l’épreuve, il tente de se réinsérer et de reprendre une vie normale. Mais Garnett est vite rattrapé par son passé. Le Sherif Bill Agati veut lui faire payer très cher la mort de son adjoint.


Un film de Rachid Bouchareb Avec Forest Whitaker, Harvey Keitel, Brenda Blethyn, et Luis Guzman


(TvCinephages)

lundi 13 janvier 2014

[Critique] Les Brasiers de la colère : La descente aux enfers sans retour (15/01/14)

LES BRASIERS DE LA COLÈRE

De Scott Cooper
Avec Chritian Bale, Casey Affleck, Woody Harrelson, Sam Shepard, Willem Dafoe, Zoe Saldana, Forest Whitaker

Sortie le 15 janvier 2014


À Braddock, ville ouvrière de Pennsylvanie sombre et sur le déclin, les habitants s'enfoncent peu à peu dans la pauvreté. Rusell Baze, comme beaucoup d'autres, courbe l'échine et travaille à l'usine, où il laisse peu à peu la santé, et son âme. Après avoir passé un temps en prison suite à un accident de voiture fatal qu'il a causé sous l'influence de l'alcool, il essaie de retrouver une vie normale aux côtés de son frère cadet Rodney. Celui-ci militaire de carrière toujours entre deux missions au Moyen-Orient vit de paris et de jeux qui l'endettent toujours plus. Il se retrouve mouillé dans une sombre affaire de combats illégaux dirigés par le caïd du coin, Harlan De Groat, sociopathe en puissance et vicieux jusqu'à l'os. Jusqu'au jour où Rodeny disparaît mystérieusement... Russel part à la recherche de son frère, mettant de côté la peur et la loi.


Pour sa deuxième réalisation (après le remarqué Crazy Heart), Scoot Cooper embarque les spectateurs dans un drame au décor noir et poisseux d'une Amérique fragilisée, dont la gloire passée est réduite à néant. Un personnage à part entière. Sa population ? Oubliée mais indispensable au bon fonctionnement de la région, si mal considérée, se tuant littéralement à la tâche avec des métiers nocifs et mal payés (le titre en VO est tout de même Out of the Furnace). Une misère à laquelle elle semble s'être habituée. Le titre du film ? Une référence appuyée aux Raisins de la colère de Ford et de Steinbeck ?! Pas de quoi faire rêver à priori ! 

 © Metropolitan FilmExportLe réalisateur offre une mise en scène classique et dépouillée, sobre et élégante malgré le contexte, appuyée par une photographie sublime. Les nuances légèrement cuivrées donnent un style naturel et organique et des contrastes ombragés subtiles sur les personnages. De quoi envelopper parfaitement le sujet : celui d'une quête et d'une vengeance.
Seul bémol : les quelques métaphores filées, sont expliquées dans les grandes largeurs avec de nombreux plans didactiques, au cas où on ne comprenne pas le message que le réalisateur veut nous faire passer (comme cette biche tuée à la chasse mise en parallèle avec Rodney, aux mains de Harlan De Groat). 

© Kerry hayesLe casting 5 étoiles (et des producteurs qui ne le sont pas moins : Leonardo DiCaprio et Ridley Scott... excusez du peu !) tient ses promesses. Il brille avec des rôles principaux de caractères bâtis pour eux, et dont l'interprétation est sans faille. Christian Bale et Casey Affleck, ces deux frères à la relation conflictuelle, donnent de leur personne, autant physiquement que verbalement, passant de la férocité animale à la faiblesse d'un nouveau-né. À l'image de la ville et de ses hauts-fourneaux. Woody Harrelson est terrifiant de brutalité. Dommage que le junky féroce qu'il incarne manque de nuances...

 © Metropolitan FilmExportCependant, tout n'est pas si parfait pour considérer Les Brasiers de la colère comme un grand film. Si on entre en empathie avec les personnages, on croit à leurs souffrances, leurs blessures et leur désarroi grandissant pendant le film, le scénario déçoit. Il n'offre rien de nouveau, et l'ensemble donne l'impression d'un drame américain avec ses grandes étapes "obligatoires" sans originalité. On voit arriver de loin la scène de la vengeance, dont la finalité pose l'éternelle question "Doit-on se faire justice soi-même". Thème récurrent et récemment porté à l'écran dans Prisoners. Si le fond est classique, il offre quelques jolis moments de tension, mais il lui manque ce petit truc en plus qui aurait pu faire de lui plus qu'un beau film. 

En résumé : Il manque ce supplément d'âme pour faire des Brasiers de la colère un drame aussi profond qu'esthétique.


mardi 3 décembre 2013

[Critique] Zulu : un polar âpre (4/12/13)

ZULU


De Jerome Salle
Avec Forest Whitaker, Orlando Bloom, Conrad Kemp...


Dans une Afrique du Sud encore hantée par l'apartheid, deux policiers -- Ali le Noir traumatisé, et Brian l'afrikaner poursuivi par ses démons -- pourchassent le meurtrier d'une jeune adolescente, sauvagement assassinée dans un parc. Leur enquête va les emmener à la fois dans les Townships de Capetown et dans les luxueuses villas du bord de mer. Cette enquête va bouleverser la vie des deux hommes et les contraindre à affronter leurs démons intérieurs. 






Adaptation du roman éponyme du Français Caryl Ferey, Zulu offre une vision glaçante, sombre et pessimiste de l'Afrique du sud. Si le roman ne fait aucune concession, le film n'en fait pas moins. Pauvreté, quartiers gangrénés par la drogue, la violence et la prostitution, le tout sur fond d'inégalités raciales... Tout est là pour peser une atmosphère lourde, quasi irrespirable et anxiogène. Le réalisateur Jérome Salle, connu pour ses grosses productions américaines sans vague Largo Winch 1 et 2, et Anthony Zimmer, s'exécute avec talent et en immersion totale. Son film oscille entre le polar, le film noir, le manifeste politique, tout en laissant la place à l'Histoire et à ses réflexions personnelles et philosophiques. Un gros morceau donc ! Tellement gros, qu'à vouloir parler de tout, le cinéaste (et son acolyte Julien Rappeneau à l'écriture) effleure l'essentiel et n'exploite jamais toutes les pistes, là où Ferey avaient 460 pages pour les délayer. Ainsi le manque de temps ne permet pas de développer les personnages et leur caractère, ni de se faire tout petit pour explorer les environs (malgré  une course poursuite dans un township qui en rappellera d'autres), ou encore d'approfondir les enjeux d'un pays qui n'a pas réglé ses comptes avec son Histoire La frustration entre l'écrit et l'écran est souvent présente... 

Jérome Salle a tout de même du talent et l'envie de bien faire (peut être un peu trop diront certains, car la forme prend le pas sur le fond, qui manque d'un discours percutant ou d'une vision inédite). On plonge dans un thriller conventionnel façon années 1970, sous forme d'un jeu de piste macabre, qui va réveiller chez les deux policiers de vieilles blessures. 


La réalisation est sèche, nerveuse, ultra réaliste. Très efficace, d'une noirceur et d'une violence absolues (certaines scènes très fortes feront sans doute fermer les yeux aux plus sensibles), Zulu soulève aussi les contradictions d'un pays coincé entre la volonté de pardonner et de se réconcilier, et celle de se venger des horreurs passées. Comme ses personnages principaux, tous deux plus ou moins engagés sur le chemin du pardon, jusqu'à ce qu'ils prennent des chemins opposés... On n'en dira pas plus.

On peut regretter des personnages un peu archétypaux mais des acteurs authentiques. Mais Forest Whitaker reste toujours aussi solide et magistral dans ses interprétation (Oscarisé en 2007 pour Le Dernier roi d'Ecosse, et époustouflant dans Le Majordome). La vraie révélation est plutôt apportée par Orlando Bloom. Ici, point d'ados sculptés, de chemise saillante, de joues rasées de près ou de cheveux blondis coiffés en demi-queue de cheval... L'elfe et le pirate sont bien loin ! Grossi, cradingue en mode fêtard depuis 15 jours non-stop, il impose une présence quasi charnelle avec un personnage bourru et sans filtre, qui lui donne une animalité qu'on ne lui connaissait pas.

En résumé : un bon polar qui embarque, et dont la violence finalement sert le propos, et sa fin. Vaut d'être vu pour la performance de ses acteurs.

dimanche 8 septembre 2013

[Critique] Le Majordome : une leçon d'Histoire poignante mais classique (11/09/13)

© Metropolitan FilmExport
LE MAJORDOME
De Lee Daniels
Avec Forest Whitaker, Oprah Winfrey, David Oyelowo, Cuba Gooding Jr, Terrence Howard...

Sortie le 11 septembre 2013

Cecil Gaines est un Noir américain devenu majordome, et qui a passé sa vie à servir huit présidents successifs à la Maison Blanche. Durant cette période, il a été le témoin dans l'ombre de la lutte d'un peuple : celle pour la reconnaissance des droits de la communauté noire aux États-Unis.

"E pluribus unum"


Si Lee Daniels est considéré comme un réalisateur subversif, provocateur, voire racoleur (on se souvient de Precious et surtout de Paperboy), il n'en est rien avec Le Majordome. Le cinéaste surprend avec une œuvre élégante, sans images scabreuses, au ton résolument pédagogique et formel. Grâce au personnage de Cecil Gaines -- double cinématographique d'Eugene Allen, majordome qui a passé 34 ans au service des hommes les plus "puissants du monde", de Eisenhower à Reagan -- le cinéaste permet de s'approprier l'Histoire d'un pays à travers le regard privilégié d'un homme du peuple.... d'un peuple, qui a fait face aux humiliations et à la cruauté du racisme. Pour autant, le film n'est pas une biographie : Daniels a pris quelques libertés quant à certains faits, qui ont été plus ou moins modifiés voire inventés pour coller à l'évolution de l'Histoire. Ségrégation, Freedom Riders, Martin Luther King, Black Panther Party, grandes manifestations et Ku Klux Klan... le film embrasse fidèlement les grandes étapes du mouvement, au risque parfois de les survoler. Mais il parvient à enraciner son discours dans des personnages de chair et de sang.


"Êtes-vous politisé, Mr Gaines ? Nous n'avons aucune tolérance pour la politique à la Maison Blanche"


Fort de son contexte, Le Majordome soulève de nombreuses questions et cristallise l'ironie de certaines situations. Cet homme, élevé comme esclave dans un champs de coton, qui a vu son père mourir sous la balle tirée par un blanc, va finalement trouver sa place dans la société et s'élever socialement en travaillant... pour des Blancs. Dès le départ, on lui apprend à se taire, à ne pas se rebeller contre l'autorité suprême du maître blanc. Dès son embauche à la Maison Blanche, on lui répète "vous n'entendez rien, vous ne voyez rien, vous servez seulement". Il en vient à devenir une ombre parmi la horde de petites mains noires du palais présidentiel. 
Il sait se rendre indispensable et se fait apprécier pour sa discrétion et ses valeurs humaines. Mais il en paie le prix fort. Il va renier toute conscience politique pour garder son job, et rejeter tout activisme grandissant chez les Afro-Américains, quitte à s'éloigner de son propre fils. Il n'est dupe de rien. Mais on peut se demander si Cecil (re)devient un esclave cette fois-ci consentant de par le fait d'avoir été façonné toute sa vie à l'être. Ou si, au contraire, il fait partie de ceux qui ont fait bouger les mentalités "en sous-marin", sans vraiment le savoir. Le Dr Martin Luther King (interprété par le "Lafayette" de True Blood) affirme dans le film que "Les domestiques noirs jouent un grand rôle dans notre Histoire" car ils ont la possibilité de faire naître chez ceux pour qui ils travaillent, un élan de sympathie et de compréhension, et de développer un lien réel menant à l'acceptation de l'autre comme égal humain. Et Cecil en est le parfait exemple...

Un réalisateur qui règle ses comptes ?


Si la forme est didactique et le chemin emprunté direct, le fond se veut être une révolte contre ce qui a été une atrocité pour tout un peuple. Daniels met l'Amérique face à son histoire avec des scènes parfois difficiles et violentes dans leurs propos pour marquer la cruauté d'une époque injuste. L'idéologie véhiculée est d'une grande complexité, sans pour autant oublier les émotions, non feintes et non dégoulinantes. Il préfère raconter sans juger, laisser l'Amérique faire son propre procès et emprunter le douloureux chemin de la rédemption (si chère au cinéma américain). Dans un récent entretien au New York Times, Forest Whitaker affirmait : "Il y a quelque chose qu'on ne dit pas : pourquoi ces histoires ne sont-elles pas traitées davantage ? Parfois les gens ont peur de regarder en face ce qui se passe(...) Le fait est que beaucoup des problèmes sociaux (montrés dans le film) sont encore d'actualité". Et Oprah Winfrey d'ajouter : "Pourquoi faut-il raconter cette histoire ? Pourquoi devons-nous continuer à interpréter des domestiques ? Parce que c'est arrivé et que sans eux, aucun d'entre nous ne serait ici aujourd'hui. Ma mère était domestique, ma grand-mère était domestique et sa mère était domestique".

Cette tension entre le progressisme silencieux de Gaines et l'engagement dans la lutte de son fils fera oublier les fautes d'esthétisme dans l'image et la lumière (sans parler de l'affreux maquillage qu'arbore Oprah Winfrey à la fin), et la grandiloquence de certaines scènes, un peu trop théâtralisées (surtout le final jouant à fond les violons pour un Happy End attendu). 
Et pourtant, quel casting ! Forest Whitaker est d'une justesse impeccable. David Oyelowo, déjà dans Paperboy, incarne parfaitement cette jeunesse en révolte. Et Oprah Winfrey, loin de la diva des talk-shows est bluffante en hédoniste coincée entre le destin des hommes de sa vie -- on se demande bien pourquoi elle n'a pas continué le cinéma après son rôle de Sofia dans La Couleur Pourpre ! On retrouve avec grand plaisir le reste du casting (avec quelques choix surprenants -- comme Alex Pettyfer ou James Marsden -- et d'autres habitués à travailler avec Daniels -- comme Mariah Carey et Lenny Kravitz)... même si certains n'ont que quelques répliques. 


En résumé : Un film chargé en émotions, mais tout en retenue, classique avec une véritable vision d'auteur pour raconter un destin exceptionnel.





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