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dimanche 29 septembre 2013

[Critique] Sherif Jackson : Du granguignole à l'humour noir (09/10/13)

SHERIF JACKSON

De Logan et Noah Miller
Avec Ed Harris, Jason Isaacs, January Jones…

Sortie le 9 octobre 2013

Sweatwater, un petit bled paumé au milieu de terres sèches comme du foin, comme on en trouvait à l'heure de la conquête de l'Ouest. Le "Prophète" Josiah règne sur ce territoire comme un loup en quête de chair fraîche, persuadé que la volonté divine l'a conduit à cet endroit pour qu'il guide son troupeau d'ouailles indisciplinées. Il compte bien faire régner l'ordre à coup de sermons, ne laissant que de peu de chance de survie à quiconque essaie de le défier. Dégainant plus vite son Colt que sa Bible, il laisse de nombreux cadavres sur son passage, dont le mari d'une ex-prostituée devenue fermière. Attiré par l'odeur de la justice à rendre, un vieux shérif s'engage dans la chasse aux indices pour remonter à la source de ces meurtres arbitraires... qui ne feront que s'accumuler à ceux perpétrer par la veuve en colère.

Des ambitions difficilement tenues


© Potemkine FilmsLe western serait-il de retour ? Après Django Unchained, Sherif Jackson rend hommage au genre, sans trop appuyer sur les nombreuses références, tout en gardant leur côté décalé déjà aperçu dans Touching Home, leur précédent long. Mais à force de vouloir rendre le film original et personnel, ils finissent par ne plus tenir des rennes de leur projet. Ne semblant pas maîtriser les codes du genre, ils préfèrent prendre que ce qui leur paraît intéressant dans chaque personnage à un moment défini, sans pour autant les faire interagir pour créer un intérêt ou une avancée quelconque dans l'histoire. Résultat : la caméra, hasardeuse, ne sait pas trop où aller, quand se poser et quand laisser des respirations. Le récit finit par s'étirer dans tous les sens, multipliant les intrigues sans queue ni tête. Tout ça pour finalement choisir une histoire secondaire comme fil rouge, laissant tomber l'histoire initiale.

© Potemkine FilmsPourtant, dès l'ouverture, on fait face à des images d'une provocation graphique impressionnante : des grandes croix blanches alignées baignées dans un fond noir derrière le Prophète psalmodiant des récits bibliques puissants. Ou encore le shérif, hurlant comme un chien-loup sur une colline désertique dans un coucher de Soleil incandescent. Entre Paradis et Enfer, on s'attend à un humour fantasque et décapant, frôlant la parodie. Point du tout ! Les frères Miller ont préféré jouer l'équilibre entre sobriété et absurdité, entre grandiloquence manichéenne des bons contre les méchants et une vision de la vie sans concession de l'Ouest américain de l'époque. Prophète violent et intransigeant, banquier corrompu, commerçant pervers... le tableau peu reluisant (voire parfois glauque) et plutôt pessimiste de cette ville mise sur l'excès passager plutôt que la grosse farce à prendre au 15e degré. Certains y verront seulement de la violence gratuite et sans intérêt, d'autres feront référence à Tarantino (Django Unchained, Kill Bill), et pour les décors épurés Kelly Reichardt (La Dernière Piste) ou Mateo Gil (Blackthorn).
© Potemkine FilmsMais à force de manier la chèvre et le chou, on ne sait plus trop sur quel pied danser ! Le film prend son temps pour trouver son rythme, entre humour (très) noir et tragédie sentimentale, flinguant au passage toutes les bonnes consciences du western façon Deadwood. Et pour ce faire, une galerie de personnages tous plus absurdes les uns que les autres. En particulier les principaux, loin d'être tout blanc ou tout noir. Tous ont un passé, des croyances et certitudes, et surtout des états d'âme changeant en fonction des événements, ce qui finit par les rendre humains et presque attachant. Mais on les "perd" assez rapidement à cause d'un récit trop éclaté, au milieu de personnages secondaires sans réelle saveur


Des personnages hauts en couleur



© Potemkine FilmsHeureusement, le film tient grâce aux performances de son trio d'acteurs principaux. Quelle joie de voir Ed Harris se lâcher dans ce rôle de shérif mélomane à la dégaine de clown, mélange de Jack Sparrow et de Big Lebowski, dansant la valse à son arrivée en ville, et faisant de ses bagarres de vraies chorégraphies ! Et Jason Isaacs n'est pas en reste en incarnant avec charisme le Prophète (rôle sans doute testé à moindre échelle avec Lucius Malefoy dans Harry Potter). Un petit bémol cela dit : a-t-il besoin d'en faire des caisses dans sa gestuelle pour convaincre de la monstruosité de son personnage ? Cela reste à débattre... La belle January Jones trouve ici en interprétant la veuve vengeresse, un rôle qui la sort enfin du carcan de Mad Mentantôt froide, tantôt enjôleuse. À ceci près que son élan destructeur s'essouffle assez vite au regard de la facilité avec laquelle elle dégomme ses ennemis. On finit par suivre stoïquement sa progression vers un dénouement qui ne trouve aucun salut pour personne.


En résumé : Sherif Jackson est un film décalé, divertissant, granguignolesque mais qui manque un peu de finesse et de structure. Le résultat final n'est pas catastrophique, mais il semble gâché par un manque de prises de positions franches, alors que les idées de départ sont excellentes. Dirigé dans un hasardeux et joyeux bordel, ce film qui ne manque pas de passion est un western atypique.


lundi 2 septembre 2013

[Critique] No Pain No Gain : une satire burnée et corrosive du rêve américain (11/09/13)

 © Paramount Pictures France
NO PAIN NO GAIN

De Michael Bay
Avec Mark Wahlberg, Dwayne Johnson, Anthony Mackie, Tony Shalhoub,
Ed Harris…

Sortie le 11 septembre 2013

Floride, dans les années 1990. Dany Lugo est un bodybuilder formé à la dure et au casier judiciaire plus vraiment vierge. Malgré une réussite relative, il se sent exclu du fameux 'rêve américain' portée par le travail du self-made man. Pour lui, perfection physique rime avec réussite sociale et profond patriotisme. Il est jaloux de tout ceux qui ont atteint les sommets de l'American way of life, malgré leur tronche de travers et leur corps tout flasque. Il ne pense qu'à une chose : se venger. Chose qu'il va entreprendre de façon peu banale. Il réussit à convaincre deux copains culturistes, Paul Doyle et Adrian Doorball, pour convoquer les dieux du bling-bling. En parfait cerveau du groupe, il imagine une stratégie pour kidnapper un gringalet retors mais plein aux as, lui extorquer tout son blé en le torturant. Une fois le plan mis à exécution - où évidemment tout ne se passe pas comme prévu - ils laissent leur victime pour morte. S'ils ont acquis belles voitures, maisons immenses et comptes en banques bien fournis, ils ne vont pas en profiter bien longtemps. Cette bande de bras cassés va réussir à tout faire capoter...


Gros biscotos et cervelles rikiki ? Pas que...


 © Paramount Pictures France
Il est bien connu que Michael Bay ne fait pas dans la dentelle, et préfère le bon film d'action démesuré, monté à la hache, qui sent la testostérone et la poudre - à canon - que les films aux dialogues ciselés et aux images léchées. Ainsi Bad Boys, Armageddon, Pearl Harbor ou encore la saga Transformers est là pour en attester. Et malgré cette image de cinéma pop-corn sans cervelle, il s'en fout et assume car le public le suit à chaque fois. Qu'à cela ne tienne ! Il récidive avec No Pain No Gain où grosses cylindrées, belles gonzesses pas très habillées (et pas très malignes), sueur et langage fleuri (voire scatho) se bouscule dans un humour ras des pâquerettes. 
Cette fois-ci, Michael Bay allie fond et forme. Ces codes qu'il utilise depuis une vingtaine d'années deviennent le sujet même du film. Sous couvert de violence sauvage, il déroule un pamphlet contre le danger des rêves faciles - souvent inaccessibles -, l'illusion que la beauté peut servir d'ascenseur social fulgurant, l'argent facile et le pouvoir censé être dû qui va avec. Ici, les valeurs absolues de l'Amérique forte et puissante sont réduites à néant, montrant qu'en croyant que tout est possible, finalement, la machine à succès fabrique autant de prétentieux suffisants que de petits cons qui n'ont pas grands chose dans le crâne. 

 © Paramount Pictures FranceDany et sa bande sont l'exemple même des anti-héros, dont la vulgarité sert une farce jusque-boutiste lancée à fond la caisse, où finalement l'accès à la réussite se fait au détriment de toute moralité et sens du Bon et du Mauvais. On peut regretter que le réalisateur enchaîne, parfois sans mesure, les scènes absurdes qui, quelque part , finissent par être trop nombreuses et redondante pour servir le propos. Comme pour appuyer sur le fait que le scénario est basé sur une histoire vraie. Mais on rit de bon cœur à la bêtise de ces nœuds-nœuds survitaminés. Wahlberg n'est jamais aussi bon que lorsqu'il est sur le point de péter un câble et virer dans l'hystérie comique (comme dans Ted). Et que dire de Dwayne Johnson en criminel pieux, qui prend la foi comme excuse pour s'affirmer, prospérer et surtout absoudre ses méfaits. Drôlissime ! De dérapages et coups du sort, les trois compères nous rappellent avec ironie et humour que l'argent ne fait pas le bonheur.

En résumé : Michael Bay se venge de tous ceux qui le conspuent sur l'autel des blockbusters hors de prix qui l'ont construit et ont bâti une partie du nouvel Hollywood. Il répond qu'il faut ne pas être bien fute-fute pour imaginer qu'avoir de l'argent est une fin en soi. Le roi du gros film qui tache et qui casse tout fait mouche avec cette comédie shootée aux protéines.

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