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samedi 3 septembre 2016

[Bande annonce] Kubo and the two string (réactualisation)

KUBO ET L'EPEE MAGIQUE


De Travis Knight
Avec les voix de Art Parkinson, Charlize Theron, Ralph Fiennes, Rooney Mara, George Takei et Matthew McConaughey. 



Voilà plus de 10 ans que le studio Laika s'est installé dans le paysage de l'animation au cinéma, avec la particularité de travailler majoritairement en stop-motion (filmer image par image des personnages bougés millimètre par millimètre). Et le moins qu'on puisse dire est qu'il fait des merveilles ! On lui doit Coraline (d'après le roman d'Henry Selick), L'Étrange pouvoir de Norman, Les Boxtrolls. Une autre particularité : son ambiance sombre, à la limite du gothico-fantastico-horrifique traité avec des images très sophistiquées et tellement fluides qu'on en oublierait le côté artisanal du procédé de la réalisation.

“Your magic is growing stronger, but when we grow stronger, the world grows more dangerous.” 


AVIS :

Une fois de plus, le studio Laika n'a pas failli. Kubo et l'épée magique s'offre un univers à la fois poétique, ésotérique, pleins d'aventures et de prouesses techniques. Cette œuvre hors norme emporte le spectateur dans un univers à part, sensible et majestueux. (to be continued...)

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Après un premier trailer muet diffusé en décembre dernier, le studio revient avec l'ambitieux Kubo and the two strings. Il marque les débuts de Travis Knight derrière la caméra, le patron de Laika ayant toujours fait partie des animateurs des précédentes productions. On l'entendra aussi car il prête sa voix à l'un des personnages. Au casting vocal, on retrouvera Charlize Theron, Ralph Fiennes, Rooney Mara, George Takei et Matthew McConaughey. C'est à Art Parkinson (Rickon Stark dans Game of Thrones) qu'a été confié la voix du personnage principal, Kubo. 



Ce jeune homme, fils d'un samouraï légendaire, voit sa vie auprès de sa mère bousculée lorsqu'un fantôme du passé réclame vengeance. Cette apparition provoque des ravages : des dieux et des démons pourchassent Kubo qui, pour survivre, devra retrouver une armure et son épée magique ayant appartenu à son défunt père. Il part alors à sa recherche muni d'un semisen, une sorte de luth japonais à 3 cordes.

Cette nouvelle bande-annonce est plus que prometteuse. Les yeux encore écarquillés et la mâchoire tombante, on reste impressionnée par la qualité d'image de plus en plus performante avec ce format si particulier. Une fois de plus, l'ambiance saisissante s'accompagne d'une direction artistique de haut vol. Ces vagues imposantes battues par la musique aux formes quasi spectrales (ne distinguerait-on pas une ré-orchestration de While my guitare gentry sweeps des Beatles ?), qui rappellent étrangement Coraline. Aucun des films Laika n'a été un succès extraordinaire en salle, mais il est fort à parier que celui-ci marquera davantage les esprits.

La magie opèrera dès le 12 octobre 2016 dans nos salles.

 

On en sait davantage sur le personnage de Kubo et on découvre ses acolytes de voyage. Dans la plus pure tradition du film d'animation façon Disney, on y retrouve le rigolo maladroit de service et le protecteur un peu rabat-joie. Reste que cette fois-ci, les rôles sont inversés entre l'homme et l'animal. Travis Knight nous emmène dans un monde poétique, noir mais subjuguant de beauté. 

jeudi 6 février 2014

[Critique] Dallas Buyers Club : littéralement dévoré... par les performances (29/01/14)

DALLAS BUYERS CLUB

De Jean-Marc Vallée
Avec Matthew McConaughey, Jared Leto, Jennifer Gardner

Sortie 29 janvier 2014


1985. Dallas, Texas. Ron Woodroof (Matthew McConaughey) est un électricien et champion de rodéo. Homophobe,  ce cowboy redneck balade sa testostérone à la ceinture, menant une vie de débauche sans limite, alignant autant la gente féminine que les rails de cocaïne. Puis, sa vie prend un nouveau tournant lorsqu'il apprend par hasard qu’il est malade : une forme agressive de VIH, peu connu à l'époque. Le médecin lui donne 30 jours à vivre. Il survivra 7 ans de plus... Refusant de se laisser mourir sans se battre, il se documente sur ce virus, qu'on croyait réservé aux drogués et aux homosexuels. Il découvre ainsi qu'il existe un remède au Mexique, mais que ce traitement n'est pas autorisé par l’administration américaine. Contre l’avis de l’agence fédérale des médicaments, mais sous l’œil bienveillant d’un médecin compréhensif (Jennifer Gardner), il organise l’importation de ce traitement alternatif aux États-Unis. Avec l’aide de Rayon (Jared Leto), un transexuel également séropositif, il met en place un «club d’acheteurs». Son but ? Faire bénéficier aux malades comme lui cette thérapie parallèle en échange d’un abonnement de 400$. Philanthrope, mais pas trop...


© Ascot Elite FilmverleihTiré d'une histoire vraie, Dallas Buyers Club a tout d'un film à Oscars (il est d'ailleurs nominé dans 6 catégories pour la prochaine cérémonie). Contrairement à C.R.A.Z.Y (le précédent film de Jean-Marc Vallée, plutôt bon enfant), ce nouveau long-métrage se déroule sous une forme est classique, sans chichiPour raconter le parcours de galérien et la guerre que va mener le malade, l'arc dramatique joue sur des ressorts tracés d'avance. D'abord, incapable de croire à ce qui lui arrive, il s'installe dans la dépression, qui vire finalement à la colère, indispensable pour mener son combat de front face aux industries pharmaceutiques et aux agences gouvernementales. 
© Ascot Elite Filmverleih
Si dès le départ, le personnage de Matthew McConaughey et sa situation nous mettent mal à l'aise, nous déstabilisent et portent un regard tranché, on finit par compatir pour cet homme aussi odieux que déterminé. Ce qui s'annonçait être un film gênant et grinçant est finalement davantage un portrait édifiant d'une société intolérante car mal informée, n'utilisant pas un ton moralisateur ou la larme facile). La mise en scène conventionnelle est efficace, d'autant qu'elle est accompagnée d'un humour acide-amer sur la maladie


Des personnages "larger than life"


© Anne Marie FoxLa forme (plutôt passe-partout) et le réalisateur se seraient-ils fait manger tout-cru par les deux acteurs principaux, qui dévorent littéralement tout l'espace avec des prestations de très haut vol ? Fait exprès ou non, on en redemande ! Matthew McConaughey, le joli cœur blond de ces dames, nous attrape dès les premières minutes et ne nous lâche plus jusqu'à la fin. Au-delà de son apparence transformée à l'extrême (parfois visuellement insoutenable), il livre une performance d'une intensité rare. Opérant une transformation assez radicale depuis quelques années, il étoffe son jeu de film en film depuis La Défense Lincoln (renforcé par Killer Joe et Mud) avec des rôles d'une puissance et d'une profondeur qui lui sied à merveille. Et on aime ça ! Face à lui, Jared Leto ne démérite pas. Tout en finesse, les traits d'une beauté féminine troublante, il incarne un transexuel beau et rayonnant, dont la lumière s'affadit avec la maladie, mais reste profondément vrai.
© Ascot Elite Filmverleih

On est fascinés, dérangés, mais surtout bouleversés par ces comédiens qui offrent toutes les nuances de leurs personnages, finalement pas aussi détestables ou marginaux qu'ils étaient présentés au début. Malgré l'inévitable décrépitude des corps, meurtris par la maladie, les acteurs les habitent de façon remarquable, laissant comme un goût étrange de schizophrénie confondant le rôle et l'acteur. 

En résumé : Une grosse claque, où les acteurs prennent toute la place, sans pour autant faire oublier le propos, peu traité au cinéma. Et la preuve d'une grande modestie ou déférence du réalisateur face à ses acteurs...


mardi 30 avril 2013

Sorties 01/05/13 : Qu'y a-t-il en salles aujourd'hui ?

Mud - Sur les rives du Mississippi de Jeff Nichols (USA, 2H10) avec Matthew McConaughey, Tye Sheridan, Jacob Lofland (CRITIQUE ICI)
Attendu sur les écrans depuis le dernier festival de Cannes, Mud filme l'amour déraisonnable dans les bras du Mississippi, capté au ras des mangroves dans le sillage de Mark Twain. Né en Arkansas, ancien étudiant de Caroline du Nord aujourd'hui installé à Austin, Texas, Jeff Nichols est un vrai gars du Sud, attaché à cette région des Etats-Unis qui engendra tant d'écrivains et de musiciens. Deux garçons de 14 ans, Ellis et Neckbone, copains de pêche, de virée et d'apprentissage du monde, en vadrouille dans les bras du Mississippi, découvrent un vagabond sur un îlot, au pied d'un bateau accroché aux branches. L'homme, un fugitif superstitieux appelé Mud (boue en anglais), porte un serpent tatoué sur un bras et une chemise porte-bonheur pour tout viatique en attendant sa blonde.

Stoker de Park Chan-wook (USA/Grande-Bretagne, 1H40) avec Nicole Kidman, Mia Wasikowska, Matthew Goode, David Alford (CRITIQUE ICI)
Avec Stoker, thriller implacable au puissant lyrisme visuel, le cinéaste coréen Park Chan-Wook réalise son premier long métrage américain, avec Nicole Kidman, mêlant une esthétique et une violence éclatantes à une très forte tension émotionnelle. Le film est porté par ses acteurs qui forment un trio familial mystérieux, érotique, aussi désarmant que diabolique, les Stoker. Leurs liens, troubles, vont être révélés et éprouvés tout au long d'un espace-temps compressé dans lequel le réalisateur trompe sans cesse le spectateur, l'amenant dans la part la plus sombre de ses protagonistes, imprévisibles.

Le Coeur a ses raisons de Rama Burshtein (Israël, 1H30) avec Hadas Yaron, Yiftach Klein, Irit Sheleg 
Une chronique familiale dans le quotidien méconnu pour de nombreux Israéliens et occidentaux, des hommes et des femmes de la communauté harédi, ultra orthodoxe, de Tel Aviv. L'histoire est celle de Shira, 18 ans, qui rêve de mariage mais tout bascule quand Esther, sa soeur aînée meurt en couches. Yochay, son mari, ne peut rester seul avec le bébé.
La Fleur de l'âge de Nick Quinn (France, 1H23) avec Pierre Arditi, Jean-Pierre Marielle, Julie Ferrier 
Gaspard Dassonville a 63 ans. Producteur de télévision réputé, il accumule les compagnes trentenaires et s'obstine à ignorer tout signe de vieillissement. Mais le grand âge lui tombe dessus avec fracas : Gaspard est contraint d'accueillir chez lui son père Hubert, devenu dépendant.

I want your love de Travis Mathews (USA, 1H11, interdit aux -16 ans, avertissement publics sensibles) avec Jesse Metzger, Keith McDonald, Jorge Rodolfo
Après plusieurs années passées à profiter de la vie à San Francisco, Jesse, un jeune gay, s'apprête à retourner dans son Midwest natal. Lors de son dernier week-end en ville, ses amis, colocataires et ex-amants organisent une soirée de départ, qui l'entraine dans des sentiments doux-amers. Tiraillé entre ses ambitions artistiques et le besoin de gagner sa vie, il est forcé de concevoir différemment le fait d'être un artiste, un homosexuel et un adulte.

Denis de Lionel Bailliu (France, 1H25) avec Fabrice Eboué, Jean-Paul Rouve, Audrey Dana
Par deux fois, Vincent a cru rencontrer la femme de sa vie. Par deux fois, elles l'ont quitté pour le même homme...
Jurassic Park 3D de Steven Spielberg (USA, 2H02, nouvelle sortie en 3D) avec Sam Neill, Jeff Goldblum, Laura Dern
Le milliardaire John Hammond décide de se lancer dans le "clonage" de dinosaures dans le but de créer un parc zoologique. Mais c'était sans compter la cupidité et la malveillance de l'informaticien Dennis Nedry, et éventuellement des dinosaures, seuls maîtres sur l'île.

Upside down de Juan Solanas (Canada/France, 1H45) avec Jim Sturgess, Kirsten Dunst, Timothy Spall
Dans un univers extraordinaire vit un jeune homme ordinaire, Adam, qui tente de joindre les deux bouts dans un monde détruit par la guerre. Tout en luttant, il est hanté par le souvenir d'une jeune fille venant d'un monde d'abondance : Eden.
Evil Dead de Fede Alvarez (USA, 1H20, épouvante/horreur, film interdit aux - 16 ans) avec Jane Levy, Shiloh Fernandez, Lou Taylor Pucci
Mia a déjà connu pas mal de galères dans sa vie, et elle est décidée à en finir une bonne fois pour toutes avec ses addictions. Pour réussir à se sevrer, elle demande à son frère et des amis d'enfance de l'accompagner dans la cabane familiale perdue au fond des bois.

Mohamed Dubois de Ernesto Ona (France, 1H32) avec Eric Judor, Sabrina Ouazani, Youssef Hajdi
Héritier de la banque Berthier, Arnaud Dubois a plutôt une tête à se prénommer ... Mohamed. Suite à une dispute avec son père, il décide de quitter le nid douillet du Vésinet.
Les Yeux Fermés de Jessica Palud (France, 1H27) avec Simon Buret, Linh-Dan Pham, Olivier Chenille
Après neuf ans d'absence, à la suite d'un grave accident, Pierre retourne dans la maison familiale, à l'âge de 26 ans. Avec l'aide de Claire, jeune infirmière avec qui il s'est lié d'amitié durant ces dernières années et grâce à des rencontres qui ont chacune leurs blessures et leurs joies, Pierre va réapprendre à vivre à travers ses yeux d'enfant.

Entrée du personnel de Manuela Fresil (France, 59 min, docu) avec Florence Muller, Emilie de Preissac 
"Le premier jour, c'est un choc. C'est la cadence de tuerie qui fait que c'est violent. C'est pan, pan pan, ça s'arrête pas, c'est une bête qui meurt toutes les minutes", raconte Serge dans Entrée du personnel, tourné dans des grands abattoirs industriels de  la côte ouest de la France. Le film a été réalisé à partir des récits de vie des salariés. En voix off, ils racontent l'intensification des tâches : trancher la viande, découper, désosser, ficeler, mettre en barquette ou étiqueter. Ils racontent la mort des bêtes et aussi la déshumanisation des usines.

The Lebanese Rocket Society de Joana Hadjithomas, Khalil Joreige (France/Liban/Qatar, 1H35, docu)
Au début des années 60, durant la guerre froide et au temps du panarabisme, un groupe d'étudiants et de chercheurs libanais se lance dans la course vers l'espace et crée la Lebanese Rocket Society pour la conquête de l'espace.

Orléans de Virgil Vernier (France, 58 minutes) avec Andréa Brusque, Julia Auchynnikava, Hélène Chevallier
Orléans, année 2011. Joane et Sylvia ont vingt ans, elles travaillent comme danseuses dans un club de strip-tease à la sortie de la ville. Dans le centre, c'est la période des célébrations de Jeanne d'Arc. Les deux filles vont se retrouver plongées au milieu de ces étranges festivités.
L'Intervallo de Leonardo Di Costanzo (Italie/Suisse, 1H30) avec Carmine Paternoster, Salvatore Ruocco, Antonio Buíl
Dans un immense bâtiment désaffecté d'un quartier populaire de Naples, Salvatore, un adolescent timide et mal dans sa peau, est contraint par des boss de la Camorra de surveiller Veronica, une jeune fille effrontée. Il ignore totalement les raisons de cette détention. Au cours de la journée, la relation entre les deux adolescents évolue.

Pari(s) d'exil de Zirek (France, 1H10) avec Zirek, Simon Cohen, Gurgun Argan
Zîrek est un kurde de Turquie. Apatride à Paris depuis plus d'un quart de siècle, il a fait la promesse à son père de lui envoyer son petit-fils sur sa terre natale où il ne peut plus aller. Ce voyage de cinq jours au Kurdistan va raviver ses souvenirs et ses angoisses. Par téléphone, il suivra mentalement les pas de son fils, partagé entre le bonheur de redécouvrir à travers lui son pays et ses coutumes, et l'inquiétude que constitue ce périple dans une région encore soumise au couvre feu.

Micmac Masters de Nalan Kumarasamy (Inde, 2H05) avec Vijay Sethupathi, Sanchita Shetty
L'argent, c'est tout ce qui compte, qu'on soit pauvre ou riche. D'ailleurs, Das, sa femme Shalu et ses amies veulent monter un coup et s'en sortir pour de bon.

(avec AFP)

dimanche 28 avril 2013

[Critique] Mud : Plongez-y sans risque (01/05/13)

MUD
De Jeff Nichols
Avec Matthew McConaughey, 
Tye Sheridan, Jacob Lofland, Reese Witherspoon…

Sortie le 1 mai 2013

Deux gamins de 14 ans débrouillards vivent pour les filles et l'aventure. Régulièrement, ils partent à la découverte des rives du Mississipi à bord d'un canot, jusqu'au jour où ils trouvent une petite île boisée parfaite pour leurs vagabondages. Tels Tom Sawyer et Huckleberry Finn, Ellis et "Neckbone" trouvent une merveille : un bateau coincé entre deux arbres à 10 m du sol, vestige de l'ouragan Katrina. A l'intérieur, des vieilleries, des magazines pour adultes et… du pain de mie, des boites de conserve et des traces de bottes. Quelqu'un vit ici ! Ils font connaissance avec leur propriétaire de fortune : il se nomme Mud. La clope au bec, tatoué d'un serpent sur la main, baragouinant son histoire avec un fort accent du Sud, ne portant sur lui qu'une chemise fétiche comme gilet par balles et son ambition de retrouver la femme qu'il aime pour seule ambition. A la ceinture de son Jeans, un Colt 45… Pour se protéger ? De qui ? Il avoue aux gamins avoir tué un sale type qui ne voulait pas fiche la paix à sa copine. Mais sa seule raison de vivre est d'attendre celle-ci avant de partir loin tous les deux. Et pourtant, ils se sont séparés et ont recollé les morceaux des dizaines des fois... Les garçons décident de l'aider, Ellis en tête, touché par son histoire, lui rappelant son propre destin (lui, qui drague une lycéenne plus grande que lui quitte à donner des bourre-pifs aux ado plus âgés). 

Jeff Nichols propose une intrigue plutôt classique contrairement au très singulier Take Shelter. C'est sur son acteur principal que tout repose. Et Matthew McConaughey est tout simplement magnifique -- au-delà de son image de beau gosse de pub Levi's ou Armani. Enigmatique, charismatique, intense presque animal dans ce rôle de vrai-faux méchant, un personnage complexe d'anti-héros séduisant façon lonesome cow boy mais zen. Le voir mûrir et s'épaissir avec le temps lui va bien. Il est bien loin l'acteur de comédie romantique sauce barbapapa !

Avec ce récit initiatique (parfois un peu long), Nichols décrit magnifiquement ces rapports faits d'admiration, de tendresse, de désillusion et de mélancolie que peuvent nouer enfants et adultes. 
Raconté du point de vue des ado -- sans oublier les valeurs américaines toutes en contradiction : une violence sous-jacente dans une nature accueillante et endémique, la liberté si chère confrontée à la dureté de la loi -- il permet au réal de multiplier les intrigues et les personnages (contrairement à Take Shelter). Balade naturaliste, fable idéaliste : il y a de tout cela dans cette oeuvre miraculeuse aux allures de long et beau fleuve tranquille. 

Pour résumer : Un film avec une véritable puissance émotionnelle qui occulte tous les clichés qu'on peut entrapercevoir du Sud, interpréter de façon magistrale par un Matthew McConaughey méconnaissable, sans oublier les jeunes qui l'accompagnent, troublants de justesse . 

mercredi 3 octobre 2012

Critique : Paperboy : Réalité moite qui colle aux yeux (17/10/12)

PAPERBOY
De Lee Daniels
Avec Nicole Kidman, Matthew McConaughey, Zac Efron, John Cusack, Macy Gray, David Oyelowo...


1969 en Floride. À la demande de Charlotte (Nicole Kidman), une blonde écervelée aux poses et tenues les plus affriolantes, Ward Jansen (Matthew McConaughey), reporter au Miami Times, va enquêter sur le cas d’Hillary Van Hetter (John Cusack), un prisonnier risquant d’être exécuté sans preuves. Pensant tenir l'article qui va relancer sa carrière au ralenti, il va essayer de démêler le vrai du faux, avec l'aide de Jac (Zac Efron), son jeune frère (livreur de journaux à ses heures perdues), et de son partenaire d'écriture (David Oyelowo). Il va tout faire pour faire libérer ce tueur de flic présumé pour les beaux yeux de la belle qui s'est amourachée de ce tueur d'alligators. Mais leur enquête va les mener dans la moiteur des marécages, où les secrets sont de plus en plus lourds et source de bien des horreurs...


À la fois décrié et encensé à Cannes, Paperboy a fait couler beaucoup d'encre et parler avec passion les journalistes présents sur la Croisette, les uns criant au génie pour son esthétisme terriblement cinématographique, et les autres détestant son côté racoleur. Adapté du livre Deadwood (trash mais substantiel) de Pete Dexter, Lee Daniels revient avec des images prônant la lourdeur et la surenchère, déjà expérimenté dans Precious (qui racontait l'histoire d'une ado illettrée, noire, obèse, pauvre, enceinte de son père, qui se bat contre son destin grâce à la confiance d'un de ses professeurs). Mais si ce dernier était violent dans tous les sens du terme, il était au moins stimulant. On ne peut pas en dire autant de Paperboy.

De l'intrigue du livre, le réalisateur retient essentiellement le contexte raciale et ségrégationniste de la Floride des années 60, un enjeu dramatique plutôt clair qu'est celui de sauver la vie d'un condamné à mort, avec des personnages hypersexualisés à la complexité discutable. Il se rêve en digne successeur des cinéastes underground des années 70 au vu des nombreuses références affichées comme Tennessee Williams ou Jim Thompson. Mais le résultat n'est pas à la hauteur. Prévisible, il plonge ses acteurs dans une ambiance noire, malsaine, poisseuse, voire vulgaire, dont on ne s'extirpe qu'en suffocant, à l'image de Jack témoin malgré lui de la tournure dramatique des événements.
Malheureusement, Lee Daniels a passé volontairement sous silence les éléments essentiels de l'histoire, qui aurait pu étoffer un scénario bancal et elliptique. Il s'est concentré sur des choix esthétiques agressifs  - mais assumés - avec des effets stylistiques (comme la photographie aux couleurs outrancières) qui n'évitent ni la gratuité, ni le mauvais goût. Tout est fait pour appuyer cette instantané social et sociologique poussé à l'extrême. Dans Precious, il intercalait déjà des plans de lard en train de frire pour rendre "supportables" les images de viol, dans Paperboy, il entrecoupe les scènes de sexe sauvage entre John Cusack et Nicole Kidman avec des images de cochons dans une porcherie. Et vive la subtilité ! 
Il préfère l’effet pompier et la gratuité totale des effets chocs en sautant d’un sujet à l’autre sans la moindre application. Grossièrement, il les évacue plus qu’il les traite. (Attention SPOILER - surligner pour lire - On ne s'attardera donc pas sur les scènes où elle se masturbe face à Cusack dans la prison, où elle urine sur Zac Efron. Ou encore sur la sodomie dont est victime McConaughey - FIN DU SPOILER)



Reste la performance des acteurs, eux-mêmes dans l'excès. Si Nicole Kidman voulait s'éloigner de son image lisse (botoxée à mort) et propre sur elle, c'est réussi ! En nymphe bimbo légère et névrosée, elle prend tous les risques du scénario et donne beaucoup. Elle affiche une assurance transpirant le sexe à coup de tenues légères, de positions lascives, de gros plans appuyés où il faut et de cris d'extase assourdissants. Finalement, celle qui nous surprend agréablement est Macy Gray, parfaite dans ce rôle de narratrice, mi-servante, mi-copine de la famille, au ton lent et désabusé d'une mama bienveillante qui en a vu de belles.

Quant aux rôles masculins, il est évident que Lee Daniels les a sculptés à l'image de ses fantasmes. L'hypnotique McConaughey en homme intelligent au corps saillant qui, bien évidemment, cache un secret inavouable pour la période; Cusack en mode bourrin façon Nicholas Cage n'a qu'un sexe a la place du cerveau.


Et toute la tension charnelle et libidinale se retrouve dans le personnage de Zac Efron, bien loin de l'image Disney qu'il avait jusque-là. Abandonnée par sa mère, Jack est l'ado dans toute sa splendeur : émoustillé par le moindre jupon qui passe, prêt à sauter sur tout ce qui bouge... Filmé sous toutes les coutures dans des positions équivoques, le torse nu la plupart du temps et les fesses moulées dans un slip blanc, le jeune Efron à la stature épaissie finit de parfaire l'image du minet fiévreux en quête d'un dépucelage en règle.

En résuméMédiocre et bien trop vulgaire pour être pris au sérieux.

lundi 3 septembre 2012

Critique : Killer Joe : Descente aux enfers chez les déglingués (05/09/12)


KILLER JOE


De William Friedkin

Avec Matthew McConaughey, Emile Hirsch, Juno Temple, Gina Gershon, Thomas Haden Church... 

Chris est un petit dealer de seconde zone. Mais sa môman l'a mis dans un sacré pétrin en lui volant sa poudre pour la revendre. S'il ne veut pas se faire trouer la peau, il doit trouver un moyen de payer ses dettes à son fournisseur, vraiment pas commode. Son père lâche et sans un rond, sa belle-mère une pourriture de première n'ont pas l'intention de lever le petit doigt. Un éclair de génie lui traverse l'esprit : et s'il faisait disparaître sa mère pour toucher son assurance-vie ? Et qui va se charger du sale boulot ? Joe Cooper, alias Killer Joe, un détective qui arrondit ses fins de mois en jouant de la gâchette pour une somme rondelette. Incapable de lui verser une avance, cette famille déglinguée va lui laisser en "caution" la jeune Dottie, la jeune sœur de Chris sur qui Joe a complètement flashé. Evidemment, rien ne se passe comme prévu...

Avec Killer Joe, le sale gosse du cinéma William Friedkin nous embarque chez les ploucs du sud des Etats-Unis sans aucune éducation ni aucun sens moral, et prend un malin plaisir à les dézinguer un par un. Dans une ambiance glauque et crasseuse d'un mobile home poisseux gardé par un molosse gueulard, les personnages étale leur misère sociale à coup de répliques accablantes et de prises de décisions incroyablement idiotes. 

"Vos yeux font mal"

On prend ainsi un malin plaisir à les voir s'enfoncer dans leurs problèmes qu'ils se créent eux-mêmes avec un cynisme et une exultation malsaine. Cette famille maudite cherche la rédemption quelqu'en soit le moyen, mais leur chemin va inévitablement passer par la violence et un bain de sang (on est chez Friedkin tout de même !), parfois du plus mauvais goût (vous ne mangerez plus du poulet frit de la même façon...). Elle n'a de choix que de donner en offrande la vierge de la famille au dieu censé les sortir de la malédiction qui les poursuit. Et quel dieu ! 

Si Emile Hirsch (Into the Wild) et Thomas Haden Church (Hellboy) ont tendance à en faire des caisses façon films gores des années 70, Matthew McConaughey incarne un vrai vilain comme on les aime. Affublé d'un éternel chapeau de cow-boy (loin de celui qu'il avait dans Magic Mike), de santiags en croco, de lunettes de soleil, déversant son discours de tueur bien rôdé son accent texan à couper au couteau, il trimbale son arrogance avec classe. En tueur à gages, il fait des merveilles, jouant subtilement entre perversité et envie d'une vie "normale" (ses yeux s'émerveillent lorsque le mot "bébé" est prononcé). Ce qui ne l'empêche pas de jouer des poings avec une férocité sans nom.

Au final, Killer Joe est un véritable bazar qui peine à trouver du sens, et dont le scénario, plutôt basique, nous fait se gratter la tête pour pas grand chose... 


En résumé : A voir pour la prestation de Matthew McConaughey... rien d'autre.


jeudi 16 août 2012

Critique : Magic Mike : une comédie à rougir de plaisir (15/08/12)

MAGIC MIKE
De Steven Soderbergh
Avec Channing Tatum, Alex Pettyfer, Matthew McConaughey, 
Joe Manganiello...

Tour à tour couvreur, designer de meuble, vendeur d’accessoires automobiles, Mike (Channing Tatum) est devenu célèbre chez la gente féminine en étant strip-teaser à l’Xquisite, un club en vue à Tempa, en Floride. Mais la fête permanente, l'argent facile et les filles chaleur ne lui suffisent plus. Il a d’autres ambitions… C’est en allant travailler sur un chantier qu’il rencontre Adam (Alex Pettyfer), un jeune de 19 ans qui a claqué la porte au nez du football universitaire avant d’enchaîner les petits boulots et de squatter le canapé de sa sœur (Cody Horn). Mike va entraîner Adam sur la podium et le fait devenir The Kid, un gogo dancer que toutes les filles vont s'arracher... Voilà qui fleure bon la transpiration (et le liquide séminale...).

Sois beau et tais-toi !

C’est non sans un certain plaisir coupable que je suis entrée dans la salle pour voir Magic Mike. Il y avait de quoi m'intriguer : que vient faire Soderbergh (plus connu pour être à l'origine d'oeuvres cérébrales) avec Channing Tatum et des icônes à minettes (Joe Manganiello alias Alcide dans True Blood, Matt Bomer alias Neal dans FBI : Duo très spécial, Adam Rodriguez alias Erik dans Les Experts Miami, le sex-symbol incontesté Matthew McConaughey, et même la star du catch Kevin Nash (WTF !) ? Tout est parti d'une idée de l'acteur de G.I Joe (ancien striper pendant 8 mois dans sa jeunesse) glissée lors du tournage de Piégée. Tatum ayant été gentiment été éconduit par son premier choix Nicolas Wending Refn (trop occupé avec un autre sex-symbol Ryan Gosling, sur Only God Forgives), Soderbergh a accepté si l'acteur rédigeait le scénario. Ni une, ni deux... Au côté de son acolyte de toujours Reid Carolin s'est chargé de l'écriture et une bande de strip teaseurs était née !

Si Tatum a bien précisé qu'il ne s'agissait pas d'une autobiographie mais d'une fiction inspirée de son expérience, il donne sacrément bien le change ! Le résultat donne un mélange entre réalité et imaginaire, où les hommes sont certes vus comme comme des hommes-objets, mais pas que. Les relations hommes-femmes s'en trouvent chamboulées, loin du chabadabada des romcom classique. Si Mike est un demi-dieu sur scène, adulée par toutes (et sacrément bien foutu !), il en est tout autrement dans "la vraie vie" : torturé, peu confiant en lui et en ses rêves, il galère pour se faire prendre au sérieux tant dans sa vie privée qu'au niveau professionnel... Le stripteaser prend le pas sur l'homme, tel une star façon Marylin Monroe au masculin.


Pour nous introduire dans ce monde de strings et de muscles bandés, rien de mieux qu'un novice incarné par Alex Pettyfer (dont la carrière ne semble pas vouloir décoller depuis les fours qu'ont été Numéro Quatre et Sortilège). Incarnant une certaine version de Channing Tatum au début de sa formation de gogo-dancer, on avance peu à peu avec lui dans ce monde nocturne et débridé, écarquillant les yeux à chaque nouveauté parfois trash (comme l'utilisation d'une certaine pompe - avis aux connaisseurs...).


Si la première partie du film nous fait fantasmer à coup de déhancher affriolant, de pauses lascives et de sourires ravageurs, on tombe du podium lorsque Soderbergh tombe dans la facilité de l'écriture et fait du Kid (SPOILER - surligner pour lire) une proie facile pour la drogue et ses mauvaises conséquences (FIN SPOILER). Si la réalisation est moins léchée que dans ses oeuvres précédentes, Soderbergh reprend ses codes couleurs à savoir l'image jaunie, parfois bleue dans les moments de spleen. L'esthétique autre que celle des corps ne semble pas être une priorité. Loin de la caméra à l'épaule habituelle, les scènes dans le club manquent de relief, même si elles paraissent de fait plus chorégraphiées qu'à l'accoutumée. Peut être aurait-elles gagné à être filmées en mode subjectif plutôt que de rester spectateur, comme nous. Mais ne boudons pas notre plaisir ! Abdos bétonnés, fessiers d'acier et biceps tout en rondeur... il y a de quoi faire crier les plus frigides d'entre nous.

Si le scénario ne casse pas des briques, l'interprétation de certains vaut le détour. Alex Pettyfer s'avère être plutôt convaincant en wannabe spécialiste en effeuillage viril, au-delà de sa belle-gueule. Channing Tatum, newbie de Hollywood en quête de crédibilité, est impressionnant côté danse, et assure son aura d'acteur de comédie (déjà exercé avec talent dans Le Dilemme et 21 Jump Street). Et la cerise sur le gâteau reste l'éternel playboy, roi des hommes-objets sur le grand écran : Matthew McConaughey. Après avoir porté le costard-cravate d'un avocat borderline dans L'Affaire Lincoln, il laisse tomber la chemise avec fougue tous abdos en avant (chose qu'il réitèrera dans Mud), arrangant les filles en délire avec sa verve à l'accent teinté du sud du Texas, pour nous offrir un strip mémorable !

En résumé : Un film décomplexé (qui en fait parfois des tonnes, au risque de choquer les plus prudes) fun et débridé. Voilà qui met définitivement au rencard The Full Monty.


samedi 28 mai 2011

Interview : Ryan Phillippe, le joli coeur... meurtrier dans l'âme ?

Ryan Phillippe fait partie de ces acteurs discrets, dont on a l'impression de le voir peu au cinéma, et qui finalement, tourne un film par an. Le beau gosse de Studio 54 et de Sexe Intentions est de retour dans L'Affaire Lincoln. Il a de nouveau enfilé le costume de Louis Roulet, un salopard façon Officier Tommy Hensen dans Collision, qui devient le suspect numéro 1 dans une affaire d'agression sexuelle et de meurtre. Rencontre avec celui qui préfère les rôles de "bad guy".

Etiez-vous surpris de voir une telle noirceur en vous ?
Pas vraiment. Je pense que chacun d’entre nous a une part de  noirceur en lui. Et notre rôle en tant qu’acteur est de prétendre cette noirceur, et c’est ce que j’aime le plus. On doit rester dans cette période de notre enfance où l’on se faisait passer pour quelque d’autre quand on jouait. Quand j’étais plus jeune, lorsque je devais jouer des rôles très noirs, intenses émotionellement, ils ne me quittaient pas quand je rentrais chez moi. C’est comme s’ils coulaient dans mes veines. Mais après 19 ans de carrière, je peux les laisser derrière moi quand je quitte le studio et que le travail est fait. Cela ne m’affecte plus.

Quel autre personnage de méchant vous a inspiré ?

Je ne me suis pas basé sur un personnage de film pour créer Louis Roulet. J’ai surtout regardé beaucoup d’interviews de Joran Van der Sloot,  dans l’affaire Natalee Holloway (une adolescente américaine qui a disparu lors d’un voyage à Aruba, et qui a été vue pour la dernière fois avec Van der Sloot et ses deux frères, ndlr). Il y avait une certaine arrogance et un certain regard dans ses yeux que je trouvais intéressant à reprendre. Et je me suis inspiré d’autres crimes réels, mais rien d’autres films.

Qu’avez-vous ressenti quand vous avez joué ce personnage impossible à déchiffrer au départ ?
C’était la partie la plus excitante à interpréter. Ma scène préférée est celle où Roulet va à la barre et que le public sait qu’il est coupable mais que le jury ne le sait pas. Ce que j’adore, ce sont tous ces petits éléments qui mènent à la manipulation. Et que l’avocat déteste son client, c’est un point de départ plutôt intéressant et ingénieux (rires).


C’est le premier film de procès que vous faites…
Absolument. C’est un genre à part et on n’en a pas vu de bons depuis un moment. Les derniers remontent à Absence de malice (de Syndey Pollack, avec Paul Newman, Sally Fields, 1981) et Le Verdict (de Sydney Lumet, avec Paul Newman, Charlotte Rampling, 1982). Et je pense que comparé à ceux-là, c’est le meilleur travail qu’ait fait Matthew (McConaughey), selon moi. Les spectateurs semblent aimer les drames judiciaires. Je ne sais pas pourquoi. En général, les gens n’aiment pas les avocats. On en parlait hier, tout le monde veut devenir riche et tout le monde déteste les avocats, alors que dans le film, le héros est un avocat et le riche est le méchant. C’est plutôt marrant.

Est-ce que ce film vous a aidé à mieux comprendre le système judiciaire américain ?

J’ai effectivement beaucoup appris car sur le plateau, le juge est un vrai juge, la sténo était une vraie sténo; on avait tout un tas de consultants, et l’un des producteurs (Tom Rosenberg) est un ancien avocat de Chicago. En cela, cela a été plutôt pédagogique. Le système judiciaire américain est défectueux, il peut être influencé par l’argent et le pouvoir. On a pu le voir dans des grands procès, comme celui d’O. J. Simpson. Mais j’ai le sentiment qu’il y une volonté de justice et que la grande majorité des gens qui travaillent dans ce système veulent bien faire leur job, mais que les erreurs humaines existent. C’est quand même hallucinant de voir que certaines personnes sont condamnés à la prison à vie et qu’après des tests ADN, on s’aperçoit qu’ils étaient innocents.  Je ne peux pas imaginer quelle vie on a après ça !
 

Ce rôle a-t-il été écrit pour vous ?
Non, non, j’ai dû me battre pour ce rôle. Littéralement (rires). Je le voulais vraiment. La tenue d’un film dépend vraiment des acteurs et de leur interprétation, dont il a fallu vraiment donner un aperçu de ce que je pouvais donner pour convaincre les producteurs. J’en suis arrivé à un point de ma carrière où jusque là, on est venu me chercher pour les rôles. Et là, il y avait près de 200 mecs qui ont auditionné. Mais ce n’était pas gagné ! Je n’avais jamais joué un rôle pareil. J’ai aimé la façon dont été écrit le script. Maintenant, à Hollywood, tout n’est que sequel, 3D, explosions… C’était rafraîchissant de pouvoir avoir une vraie direction d’acteurs, un drame, le genre de film qui m’a fait devenir un acteur. Comme ceux de Paul Newman, Steve Mc Queen… Alors que Hollywood ne se concentre plus que sur le côté commercial, le top 10, les super-héros. J’imagine qu’ils sont marrants mais ce qui attire plus ce sont les vraies histoires.


Les super-héros, c’est pas votre truc…

J’aime bien, je considèrerais la chose sous un autre angle si on me proposait un projet valable, qui me parle. Mais j’aime la pureté des films d’acteurs et de dialogue.


Que pensez-vous du travail de Brad Furman (le réalisateur) ?
On est quasiment du même âge, et on vient tous les deux du sud de Philadelphie, et en cela on a pas mal de points communs. Le film n’aurait pas été le même s’il avait été réalisé par quelqu'un de plus âgé ou plus expérimenté. Ce qu'a apporté Brad, c'est de l'énergie, ce qui rend le film unique. Il était déterminé à ce le rendu ne soit pas ennuyeux et a tout fait pour l'éviter.  J'aimerais retravaillé avec lui.

Vous avez un physique de jeune premier, voire de playboy, et vous jouez des rôles noirs. Pourquoi ?
J’aime ce qui est compliqué, les drames, une part de noirceur. Je pense que comme beaucoup d’acteurs, plus je m’éloigne de ce que je suis, plus je m’amuse dans ce que je fais, et plus je m’implique dans mon personnage. Je n’aime finalement pas trop les films que j’ai faits où mon personnage me ressemblent de trop. De toute façon, je n’aime pas regarder les films que j’ai fait. Il y en a certains même que je n’ai jamais regardés (rires). Mais celui-là, je l’adore et il fait partie de ces films dont je suis fier. Et cela a été sympa de le regarder parce qu’on n’est pas forcément dans toutes les scènes, donc le voir en entier, ça m’a conforté dans mon choix. J’ai toujours joué dans des R-rated films (interdits aux moins de 17 ans, ndlr). Et j’aimerais un jour pouvoir joué dans un film que mes enfants puissent voir (ils n’ont que 7 et 11 ans, ndlr). Le seul qu’ils ont vu est Lame de fond, de Ridley Scott, avec Jeff Bridges.

Et si l’on vous proposait le rôle de Sinatra (en préparation par Scorsese), que diriez-vous ?

Oh mon dieu, j’adorerais ! J’ai toujours été fasciné par cet homme. La vie de folie qu’il a menée, ses relations avec la mafia, avec les Kennedy, ses différentes femmes… Quand on pense qu’il n’est parti de rien, qu’il vivait comme un clochard dans le New Jersey et qu’il est devenu l’un des plus puissants du monde. Et c’est grâce à lui que l’une de mes filles s’appelle Ava, car Ava Gardner est l’une des seules femmes qui a réussi à briser le cœur de Sinatra.

Le métier de producteur ne vous tente-t-il pas ?

J’ai déjà été producteur une fois. Mais cela m’intéresse de plus en plus. Et là, j’ai vendu une série à la chaîne Showtime que j’ai créée et dont je suis l’executive producer. Et j’ai aussi produit un documentaire qui va sortir cet été. Il est vrai que je suis acteur depuis un bon moment (j’ai fait mon premier film il y a 17 ans), et pour avoir tourné avec Robert Altman, Ridley Scott, Clint Eastwood, je suis désormais prêt à apprendre ce métier et m’en servir autant que possible.

Et la réalisation ?

J’y pense aussi. Je tourne un film à New York à partir de mai. Et ensuite, je vais réalisé un court-métrage, qui j’espère me donnera la possibilité de réalisé le film que je veux vraiment tourner l’année prochaine.

C’est un job totalement différent…
Totalement. Mais jusqu’à présent, j’ai appris sur tous les tableaux. Et je n’ai pas une personnalité qui est faite pour divertir. Je suis un acteur qui vaut ce qu’il vaut mais je ne suis pas un performer, un comique. Je pense que je serai mieux derrière la caméra.

Donc pas de Sinatra…
Alors là, si l’occasion se présentait, évidemment, je le jouerais (rires). Mais il n’est de toute façon pas question que je quitte le métier d’acteur définitivement… Des gens qui se nourrissent de la célébrité, des feux de la rampe. Je ne suis pas ce genre-là, même si cela paraît bizarre de dire ça pour un acteur. Je pense que je mûris aussi; à 36 ans, je veux faire des choses différentes de celles que je voulais à 19 ans.

Et vos projets en tant qu’acteurs ?
Je commence Chronicle, en mai, avec John Hawkes (nommé à l’Oscar pour Winter’s Bone), Justin Long, Ben Foster, Helena Bonham-Carter, qui raconte une histoire vraie qui s’est déroulée à New York dans les années 1990, de ces hommes qui ont monté un syndicat de la marijuana à Manhattan. C’est un film sérieux. C’est le Wall Street de la marijuana, ce n’est pas un stupide « pot movie ».

Et vous allez devoir fumer un peu ?
Je vais devoir faire des recherches… (rires). Et c’est pour ça que je suis en train de faire pousser ma barbe, car je vais devoir changer un peu.

Itw : Audrey - Trad. : Marie

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