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mercredi 3 octobre 2012

Critique : Paperboy : Réalité moite qui colle aux yeux (17/10/12)

PAPERBOY
De Lee Daniels
Avec Nicole Kidman, Matthew McConaughey, Zac Efron, John Cusack, Macy Gray, David Oyelowo...


1969 en Floride. À la demande de Charlotte (Nicole Kidman), une blonde écervelée aux poses et tenues les plus affriolantes, Ward Jansen (Matthew McConaughey), reporter au Miami Times, va enquêter sur le cas d’Hillary Van Hetter (John Cusack), un prisonnier risquant d’être exécuté sans preuves. Pensant tenir l'article qui va relancer sa carrière au ralenti, il va essayer de démêler le vrai du faux, avec l'aide de Jac (Zac Efron), son jeune frère (livreur de journaux à ses heures perdues), et de son partenaire d'écriture (David Oyelowo). Il va tout faire pour faire libérer ce tueur de flic présumé pour les beaux yeux de la belle qui s'est amourachée de ce tueur d'alligators. Mais leur enquête va les mener dans la moiteur des marécages, où les secrets sont de plus en plus lourds et source de bien des horreurs...


À la fois décrié et encensé à Cannes, Paperboy a fait couler beaucoup d'encre et parler avec passion les journalistes présents sur la Croisette, les uns criant au génie pour son esthétisme terriblement cinématographique, et les autres détestant son côté racoleur. Adapté du livre Deadwood (trash mais substantiel) de Pete Dexter, Lee Daniels revient avec des images prônant la lourdeur et la surenchère, déjà expérimenté dans Precious (qui racontait l'histoire d'une ado illettrée, noire, obèse, pauvre, enceinte de son père, qui se bat contre son destin grâce à la confiance d'un de ses professeurs). Mais si ce dernier était violent dans tous les sens du terme, il était au moins stimulant. On ne peut pas en dire autant de Paperboy.

De l'intrigue du livre, le réalisateur retient essentiellement le contexte raciale et ségrégationniste de la Floride des années 60, un enjeu dramatique plutôt clair qu'est celui de sauver la vie d'un condamné à mort, avec des personnages hypersexualisés à la complexité discutable. Il se rêve en digne successeur des cinéastes underground des années 70 au vu des nombreuses références affichées comme Tennessee Williams ou Jim Thompson. Mais le résultat n'est pas à la hauteur. Prévisible, il plonge ses acteurs dans une ambiance noire, malsaine, poisseuse, voire vulgaire, dont on ne s'extirpe qu'en suffocant, à l'image de Jack témoin malgré lui de la tournure dramatique des événements.
Malheureusement, Lee Daniels a passé volontairement sous silence les éléments essentiels de l'histoire, qui aurait pu étoffer un scénario bancal et elliptique. Il s'est concentré sur des choix esthétiques agressifs  - mais assumés - avec des effets stylistiques (comme la photographie aux couleurs outrancières) qui n'évitent ni la gratuité, ni le mauvais goût. Tout est fait pour appuyer cette instantané social et sociologique poussé à l'extrême. Dans Precious, il intercalait déjà des plans de lard en train de frire pour rendre "supportables" les images de viol, dans Paperboy, il entrecoupe les scènes de sexe sauvage entre John Cusack et Nicole Kidman avec des images de cochons dans une porcherie. Et vive la subtilité ! 
Il préfère l’effet pompier et la gratuité totale des effets chocs en sautant d’un sujet à l’autre sans la moindre application. Grossièrement, il les évacue plus qu’il les traite. (Attention SPOILER - surligner pour lire - On ne s'attardera donc pas sur les scènes où elle se masturbe face à Cusack dans la prison, où elle urine sur Zac Efron. Ou encore sur la sodomie dont est victime McConaughey - FIN DU SPOILER)



Reste la performance des acteurs, eux-mêmes dans l'excès. Si Nicole Kidman voulait s'éloigner de son image lisse (botoxée à mort) et propre sur elle, c'est réussi ! En nymphe bimbo légère et névrosée, elle prend tous les risques du scénario et donne beaucoup. Elle affiche une assurance transpirant le sexe à coup de tenues légères, de positions lascives, de gros plans appuyés où il faut et de cris d'extase assourdissants. Finalement, celle qui nous surprend agréablement est Macy Gray, parfaite dans ce rôle de narratrice, mi-servante, mi-copine de la famille, au ton lent et désabusé d'une mama bienveillante qui en a vu de belles.

Quant aux rôles masculins, il est évident que Lee Daniels les a sculptés à l'image de ses fantasmes. L'hypnotique McConaughey en homme intelligent au corps saillant qui, bien évidemment, cache un secret inavouable pour la période; Cusack en mode bourrin façon Nicholas Cage n'a qu'un sexe a la place du cerveau.


Et toute la tension charnelle et libidinale se retrouve dans le personnage de Zac Efron, bien loin de l'image Disney qu'il avait jusque-là. Abandonnée par sa mère, Jack est l'ado dans toute sa splendeur : émoustillé par le moindre jupon qui passe, prêt à sauter sur tout ce qui bouge... Filmé sous toutes les coutures dans des positions équivoques, le torse nu la plupart du temps et les fesses moulées dans un slip blanc, le jeune Efron à la stature épaissie finit de parfaire l'image du minet fiévreux en quête d'un dépucelage en règle.

En résuméMédiocre et bien trop vulgaire pour être pris au sérieux.

jeudi 19 avril 2012

Festival de Cannes : l'essentiel de la sélection (ou presque...) !


Thierry Frémaux, délégué-général du festival de Cannes, avait réussi à garder le secret jusque-là... Mais aujourd'hui a été dévoilée la précieuse liste des films en compétition (pour la Palme d'or et la section "Un certain regard") pour la 65e édition du festival. Au menu : de la diversité et de l'audace venues de 26 pays. Le tout sous l'égide d'un éminent représentant du cinéma européen comme président du jury : le réalisateur et acteur italien Nanni Moretti, "palmé" en 2001 pour La Chambre du fils.
52 films parmi la liste des 1 779 œuvres soumises au jury qui fait son choix "empreint de générosité et de doute, selon les dires de Thierry Frémaux. Tous les films de la sélection sont des avant-premières mondiales", a-t-il insisté, en prévenant que la sélection serait "fignolée" dans les jours prochains.
C'est sous le regard malicieux de la maîtresse de cérémonie Bérénice Béjo, alias la pétillante Peppy Miller de The Artist, que la soirée d'ouverture commencera le 16 mai (et qu'on retrouvera dans le nouveau film d'animation Rebelle, en la voix française de Miranda).
Côté tricolore, pas moins de 6 films sont en compétition. Trois d'entre eux espèrent décrocher la fameuse Palme dorée : Vous n'avez encore rien vu, d'Alain Resnais (90 ans en juin), De rouille et d'os, de Jacques Audiard, et Holly Motors, de Leos Carax.
Holly Motors, raconte 24 heures de la vie d'un homme dans lequel se retrouvent Denis Lavant, Eva Mendes et Kylie Minogue. Le film d'Alain Resnais est quant à lui une adaptation de l'Eurydice de Jean Anouilh, où Sabine Azema jouera aux côtés de Mathieu Amalric, Pierre Arditi et Lambert Wilson. De rouille et d'os est emmené par Marion Cotillard, devenue dresseuse d'orques, aux côtés de Bouli Lanners (aussi dans Le Grand Soir) et Matthias Schoenarts (la révélation de Bullhead).
Dans la section "Un certain regard": Trois mondes de Catherine Corsini, Le grand soir, de Benoît Delépine et Gustave Kervern, sur le mouvement punk, et Confessions d'un enfant du siècle, de Sylvie Verheyde, tourné en anglais avec Charlotte Gainsbourg et le rocker Pete Doherty, d'après Musset.
La clôture du festival se fera avec le regretté Claude Miller, récemment décédé, avec Thérèse Desqueyroux, d'après le roman éponyme de François Mauriac, avec Audrey Tautou et Gilles Lellouche, projeté hors compétition.
Le réalisateur franco-polonais Roman Polanski est le héros d'un film documentaire tourné lors de sa résidence forcée à Gstaad par Laurent Bouzereau, projeté en "Séance spéciale". 

Le retour des habitués de la Croisette
Du côté des sélections étrangères, souvent faites sous le drapeau de la bannière étoilée, on note le retour de nombreux réalisateurs, dont Jeff Nichols avec Mud. C'est la deuxième participation de l'Américain à Cannes après le très applaudi Take Shelter présenté à la Semaine de la Critique 2011 (et Grand Prix au Festival de Deauville).
L'Autrichien Michael Haneke, déjà Palme d'or en 2009 (avec Le ruban blanc), revient avec Amour, interprété par Jean-Louis Trintignant et Isabelle Huppert. Le Roumain Cristian Mungiu, Palme d'or 2007, est quant à lui de retour avec Beyond the hills. On note aussi le comme-back du Danois Thomas Vinterberg (primé en 1998 pour Festen) avec The Hunt.

The Paperboy de Lee Daniels avec Zac Efron et Nicole Kidman, qui campent deux reporters enquêtant sur un condamné à mort, est aussi en lice, tout comme Killing them softly d'Andrew Dominik avec Brad Pitt, une intrigue autour d'un hold-up. L'Américaine est aussi présente hors compétition dans Hemingway and Gellhornun film de Philip Kaufman sur un des mariages ratés de l'écrivain, incarné par Clive Owen.
Les amoureux de Twilight, Robert Pattinson et Kristen Stewart, croiseront les doigts ensemble pour la Palme d'or, avec On The Road de Walter Salles, et séparément puisque le Britannique fait partie de la distribution de Cosmopolis, de David Cronenberg. En plus du père, la Croisette accueillera le fils, Brandon Cronenberg, qui présentera Antiviral dans "Un certain regard".
En lice aussi : un film centré sur la grande dépression américaine, Lawless, de John Hillcoat avec Shia LaBeouf (qui a laissé ses jouets Transformers et son papa Indiana Jones) et Jessica Chastain, la jolie rousse qui a triomphé l'an dernier Tree of Life, palme d'or 2011, puis dans La couleur des sentiments.
Vivement le 16 mai !



En compèt' pour la Palme :
- De Rouille et d'Os, Jacques Audiard (France, 1h55)
- Holy Motors, Leos Carax (France, 1h50)
- Cosmopolis, David Cronenberg (Canada, 1h45)
- The Paperboy, Lee Daniels (USA, 1h41)
- Killing Them Softly, Andrew Dominik (Australie, 1h40)
- Reality, Matteo Garrone (Italie, 1h50)
- Amour, Michael Haneke (Autriche, 2h06)
- Lawless, John Hillcoat (USA, 1h55)
- In Another Country, HONG Sangsoo (Corée du Sud, 1h28)
- Le Goût de l'Argent, IM Sangsoo (Corée du Sud, 1h53)
- Like Someone in love, Abbas Kiarostami (Iran, 1h49))
- La Part de l'Ange, Ken Loach (GB, 1h46)
- Dans la Brume, Sergei Loznitsa (Ukraine, 2h07)
- Beyond the Hills, Cristian Mungiu (Roumanie, 2h35)
- Après la Bataille, Yousry Nasrallah (Egypte, 2h06)
- Mud, Jeff Nichols (USA, 2h15)
- Vous n'avez encore rien vu, Alain Resnais (France, 1h55)
- Post Tenebras Lux, Carlos Reygadas (Mexique, 1h40)
- Sur la Route, Walter Salles (Brésil, 2h20)
- Paradis : Amour, Ulrich Seidl (Allemagne, 2h00)
- The Hunt, Thomas Vinterberg (Danemark, 1h46)

(Avec AFP)

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