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jeudi 4 août 2016

[Avis] Suicide Squad : beaucoup de bruit... pour rien (Actualisé)


SUICIDE SQUAD


De David Ayer
Avec Will Smith, Margot Robbie, Cara Delevingne, Joel Kinnaman, Jai Courtney, Adewale Akinnuoye-Agbaje, Adam Beach, Jay Hernandez, Scott Eastwood, Karen Fukuhara, Viola Davis, Ike Barinholtz, Jared Leto...


Une menace énigmatique et invincible s'abat sur le monde. L'agent secret Amanda Waller réunit une bande de criminels barjo des plus dangereux pour y faire face. Ces humains et méta-humains sont libérés et armés jusqu'aux dents par le gouvernement, jusqu'à ce qu'ils comprennent qu'ils sont envoyés sur une mission-suicide. Vont-ils accepter leur sort ou se rebeller?


Cinq mois après le semi-échec de Batman VS Superman aux critiques acerbes malgré une ambition affichée, Suicide Squad arrive sur les écrans tel un boulot de canon commercial, avec ses erreurs, ses choix discutables et ses quelques fulgurances après un démarrage très long. L'idée de départ avait pourtant de quoi allécher avec sa bande de bad guys à toute épreuve. Vendu comme un blockbuster version anarchiste/punk à la Deadpool, devient un film sans saveur à force de compromission. Le film n'exploite pas ses délires à fond et finit par être petit, et ses anti-héros par se sentir à l'étroit. L'éternelle quête de rédemption chère aux Américains dans leur cinéma, et censée donner un supplément d'âme à ces méchants, finit par agacer. En fait de super vilains, ils ne savent pas être vraiment méchants (sic).

Le scénario est léger et mal ficelé, les répliques paraissent sortir de série B. Des millions de dollars ont été dépensés pour le tourner, et l'impression finale est que tout a été mis dans la surenchères de CGI et que rien a été laissé au reste. 

Le pire : un joker survendu dans les teasers (dont toutes les images ne se retrouvent pas le film), et finalement quasi inexistant et d'une nature insipide (même son rire est une copie conforme de celui créé par son prédécesseur Heath Ledger). Vraiment pas digne du Jared Leto‬ de Dallas Buyers Club‬. L'acteur a confirmé que de nombreuses scènes du Joker ont été supprimées, mais cela n'excuse pas tout. 
Seul personnage à sauver de cet escadron de la mort : Harley Quinn, interprétée par Margot Robbie (Le Loup de Wall Street, Diversion). Elle attire toute l'attention grâce à son rôle de déjantée dangereuse. Une facette qu'on lui connaît pas, et qui semble lui aller comme ses talons aiguilles. Sa fougue et son enthousiasme fait plaisir à voir.

L'ensemble, un naufrage. La faute à... ? Un studio ayant donné une date de sortie précipitamment après la création d'un scénario torché en six semaines. Puis des divergences de réalisations et d'intentions. Résultat : deux montages faits en parallèle puis réunis, car le premier du réal était trop sombre, et le second du studio soit disant plus fun. De quoi donner des sueurs froides aux fans de DC Comics pour le prochain Justice League.

En résumé : Démarrage long pour un résultat frustrant. Grosse déception‬ et grosse arnaque vendue par une com' omnisciente (et apparemment efficace) depuis des semaines.

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Au dernier ComicCon de San Diego, les premières images de Suicide Squad avaient enflammé les fans de 
DC Comics (et les autres), avec son ambiance sombre et sa tension palpable.
Cette équipe de fous furieux revient cette fois avec un montage punchy où les vannes s'enchaînent sur un Bohemian Rhapsody au poil. On y découvre leur faculté à tout détruire partout où ils passent, sans demi mesure avec style. Des méchants ? Pas de problème, ils sont cool. Leur rôle ? Sauver le monde, même si ça n'est pas si évident au premier abord. Ils sont recrutés par le gouvernement pour des opérations d'infiltration en échange de peine de prison allégée.

Leur libération est prévue le 3 août 2016.

dimanche 6 octobre 2013

[Critique] : Prisoners : Et si on dépassait les bornes pour atteindre un but ? (9/10/13)

PRISONERS

De Denis Villeneuve
Avec Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal, Terrence Howard, Viola Davis, Maria Bello…

Sortie le 9 octobre 2013


Dans une banlieue très classe moyenne de Boston, deux familles voisines passent le jour de Thanksgiving ensemble. Tout va bien jusqu'à ce que les deux plus jeunes filles des deux couples, Anna et Joy, disparaissent. Le détective Loki est alors chargé de l'affaire. Regroupant de maigres indices, ses recherches s'orientent vers la piste de l'enlèvement. Le suspect numéro un est arrêté puis relâché faute de preuves suffisantes, déclenchant la fureur du père d'Anna. Aveuglé par la douleur et la colère, ce dernier devient obsédé par l'idée que le suspect relâché est forcément l'auteur des faits. Entre religion et folie, il perd petit à petit ses valeurs humaines. Les autres parents se retrouvent face à un dilemme : attendre que la police fasse son travail au risque qu'elle arrive trop tard ou suivre ce père vengeur et commettre l'irréparable...


© Tobis FilmUne histoire à glacer les sangs de tous parents ! Et pourtant, nous aurions pu ne jamais voir Prisoners... Le scénario original d'Aaron Guzikowski est longtemps resté aux oubliettes, estampillé "black listed", la fameuse "liste noire" des meilleurs scripts impossibles à produire pour le moment. Puis ont valsé de nombreux réalisateurs et d'acteurs attachés au film une fois lancé, de Bryan Singer (probablement attiré par les figures du Mal) à Antoine Fuqua (pour son côté justice rendue soi-même). Mais c'est l'improbable québécois Denis Villeneuve (Incendie) qui s'y est collé, pour son tout premier film américain. 

© Tobis FilmPrisoners est un thriller noir, intense, autant dans le fond que dans la forme, laissant place à un éventail d'émotions que Villeneuve explore lentement, en les laissant vivre jusqu'au bout. Tous les personnages, comme prisonniers d'un cycle de violence, sont affectés par une douleur qui leur est propre, renforcée par le poids de la tragédie qu'ils sont en train de vivre. Villeneuve décortique le lent processus de destruction des parents, mais il ne joue pas dans l'effusion des sentiments. Il ne fait pas dans le spectaculaire. Au contraire, son intrigue dense et (presque) imprévisible est amenée avec une précision chirurgicale. 

Peut-on se faire justice soi-même ?

© SNDPrisonners traite de la fascination pour le Mal, le fanatisme sous toutes ses formes (surtout religieux), de la complexité des apparences et de la difficulté à ne pas juger malgré des éléments qui accablent. Tout repose sur une ambiguïté morale : "doit-on faire justice soi-même ?" et "Jusqu'où peut-on aller ?". Une référence claire à cette Amérique post-attentats du 11 septembre, où la culpabilité du survivant, la paranoïa et se faire justice résonnent comme une chape de plomb morale. Les prises de positions du film s’avèrent finalement assez peu risquées. On reste constamment dans un entre-deux (le Bien/le Mal, l’émotion/la morale, la figure autoritaire/paternelle…) plutôt confortable.

© Tobis FilmEt pourtant, la mise en scène est idéale : elle joue sur la proximité pour créer de l'empathie chez le spectateur, tout en lui laissant une certaine distance pour osciller entre plusieurs réflexions. La tension psychologique, et même physique, qui s'installe peu à peu donne à l'ensemble une impression de fin du monde, un engrenage qu'il est impossible à arrêter. Le scénario distille des info avec une retenue folle, alternant passages dialogués et rebondissements. Mais à force de vouloir densifier l'intrigue, et de jouer sur les indices (cousus de fil blanc), on finit par perdre la distance émotionnelle créée au début, laissant le spectateur se poser des questions sur ce qu'il ferait dans ces cas-là. Mais le film ne donne  évidemment pas de réponses...

Un casting en béton armé 

© SNDLa mise en scène se veut classique, élégante et efficace (merci à la photo hivernale et glaçante de Roger Deakins, ayant officié sur Skyfall, Fargo et Les Évadés), à grands renforts de flashbacks. Le but n'est pas tant de surprendre le spectateur -- qui aura vite fait de réunir les preuves avant les personnages eux-mêmes -- mais d'évoluer dans le labyrinthe émotionnel de chacun, voulant résoudre cette situation. On peut regretter que le récit s'étire un peu trop en longueur à force d'intrigues à tiroirs et de fausses pistes inutiles (à la limite de tomber dans le film de serial killer classique). Résultat : toute la toile patiemment tissée pour instaurer l'ambiguité morale du film finit par être embrouillée sans raison, servant une fin dont la noirceur s'efface au profit d'une production banale.

© SND
Une construction qu'on oubliera face à l'interprétation de Hugh Jackman. Loin sont les X-Men et Wolverine, l'ex-boxeur/entraîneur de robots de combat (Real Steal) ou encore le cow-boy amoureux d'une aristocrate (Australia) ! L'acteur australien signe ici l'une des meilleures -- si ce n'est LA meilleure -- performance de sa vie : il est plus que convaincant dans ce rôle de père à la fois héros et le pire des salopards, victime de sa colère aggravée par sa foi extrême. Face à lui, Jake Gyllenhaal n'est pas en reste. En incarnant ce flic taciturne et obsessionnel, au passé qu'on devine douloureux, il révèle une face sombre et une intensité qu'on voit malheureusement trop rarement chez lui. Et Paul Dano (toujours aussi génial) se glisse avec une facilité déconcertante dans le rôle du présumé coupable, un jeune adulte n'ayant pas toutes ses facultés. Un casting flamboyant !


En résumé : Un excellent thriller bien ficelé, d'une classe extra-ordinaire, joué par un casting brillant. Dommage qu'il nous balade un peu,  traînant en longueur sur quelques scènes, pour aboutir à une fin qui rabaisse le niveau de l'ensemble. 


jeudi 9 mai 2013

La Stratégie Ender : une nouvelle Guerre des Etoiles pour ado ?

Une nouvelle fois la littérature de science-fiction vient au secours du cinéma américain. La Stratégie Ender, premier tome d'une saga de 12 romans écrits par Orson Card en 1985 (et récompensé par le prestigieux prix Hugo), arrivera sur les écrans le 6 novembre 2013. Une première bande annonce vient d'être mise en ligne par Summit Entertainment. Et on peut dire qu'elle donne envie d'en voir davantage !

Au fait... de quoi ça parle ? 
Dans un futur proche, une espèce extraterrestre en forme d'insecte et hostile nommée les Formics (ou Doryphores en VF), ont attaqué la Terre. Sans l’héroïsme de Mazer Rackham (Ben Kingsley), le commandant de la Flotte Internationale, le combat aurait été perdu.
Depuis, le très respecté colonel Graff (Harrison Ford) et les forces militaires terriennes entraînent les meilleurs jeunes esprits dans une école située en orbite. Son but ? Former des officiers émérites. Mais des soldats courageux et surentraînés ne valent pas grand chose sans leader. Qui dans leurs rangs sera celui qui contrera la prochaine attaque ?
©2013 Summit EntertainmentSans hésiter, il choisit Ender Wiggin (Asa Butterfield), un garçon timide mais doté d’une exceptionnelle intelligence tactique, pour rejoindre l’élite. A l’académie, Ender subit un entraînement de choc aux côtés de Petra (Hailee Steinfeld). Il apprend rapidement à maîtriser des manœuvres militaires de plus en plus difficiles où son sens de la stratégie fait merveille. Graff ne tarde pas à le considérer comme le meilleur élément et le plus grand espoir de l’humanité. Il ne lui manque plus qu’à être formé par Mazer Rackham lui-même, pour pouvoir commander la Flotte lors de la bataille ultime qui décidera du sort de la Terre.


©2013 Summit Entertainment
Si ce premier trailer est un peu avare en images (on n'en veut toujours plus...), il montre tout de même l'essentiel : rythme effréné pour combats aériens et frontaux, un monde spatial de SF riche avec des mouvements de vaisseaux éblouissants de fluidité, un casting "adulte" qui semble tenir la route : Ben "The Mandarin" Kingsley, Viola Davis (Sublimes Créatures) et Harrison "Dr Jones" Ford, s'il-vous-plaît !), accompagnés de jeunes talents au succès déjà prouvé :  Asa Butterfield, le pétillant Hugo de Hugo Cabret, Hailee Steinfeld nominée aux Oscars en 2011 pour son rôle de jeune cow-girl vengeresse dans True Grit, ou encore Abigail Breslin, l'inoubliable Little Miss Sunshine

Côté réalisation et scénario, on retrouve le Sud-Africain Gavin Hood, qui s'était un peu perdu en route depuis le sublime Mon Nom est Tsotsi (avec Détention Secrète et surtout l'accident industriel monumental X-Men Origins : Wolverine). Verra-t-on avec La Stratégie Ender un retour au génie du Monsieur et une adaptation fidèle (donc corsée) du roman ? Ou doit-on s'attendre à un nième film pour grands ados (ou jeunes adultes) destitué de toute saveur façon Hunger Games ou le récent Les Âmes Vagabondes ? Rien est moins sûr...

                   

mercredi 20 février 2013

[Critique] Sublimes Créatures : la magie opère… sans (trop de) guimauve (27/02/13)

© SND
SUBLIMES CREATURES

De Richard LaGravenese
Avec Alden Ehrenreich, Alice Englert, Viola Davis, Emma Thompson, Jeremy Irons...

Gatlin est une petite ville tranquille du sud des Etats-Unis, où tout le monde se connaît et où il ne se passe pas grand chose. Les habitants y sont étroits d'esprit et de fervents croyants obsédés par l'éventuel retour du Malin. Toujours prêts à faire circuler des rumeurs, ils entretiennent les clichés d'une Amérique profondément contre toute idée de changement. C'est là que vit Ethan, un lycéen rêveur, qui "entre dans le moule par obligation" mais qui s'évade comme il peut grâce à ses bouquins de science-fiction. Son ambition : partir le plus vite et le plus loin possible de cette ville qui l'étouffe. Il a envie de liberté, de nouveauté et d'ailleurs… Et c'est à travers Lena, une nouvelle élève, aussi belle que mystérieuse, qu'il va pouvoir entrevoir le bout de son rêve. A force de persévérance, Ethan convainc la jeune fille de devenir amis - et plus si affinités - montrant son côté rebelle-pas-comme-les-autres et sa soif d'aventures. Mais Lena non plus n'est pas une ado comme les autres. C'est une ensorceleuse, emplie d'une magie dont elle ne contrôle pas tous les effets. A l'aube de ses 16 ans, elle ne sait pas si son destin prévu par la Lune basculera du côté maléfique ou du côté des gentils. 

Sweet sixteen


© SND
Lorsqu'on mélange ados, forces surnaturelles et amour interdit (voire impossible), inévitablement, on pense à la saga Twilight. Et de façon incontournable, on est forcé de comparer. Bella et Edward ayant définitivement rangé leurs crocs, le nouveau couple à la mode s'appelle Ethan et Lena. Mon entrain était plutôt timide à l'entrée en salle. Contre toute attente, j’avoue avoir été très agréablement surprise par Sublimes créatures. 



© SND
© SND
Premier opus adapté de la série littéraire La saga des Lunes (écrite par Kami Garcia et Maragaret Stohl), le scénario de Sublimes Créatures ne tombe pas dans les travers de son prédécesseur vampirique. Ici, point de personnages devenus icônes tellement glamourisées qu'elles en deviennent irréelles. Les ado - acteurs comme personnages - sont ici de jeunes inconnus / lambda vivant des soucis bien de leur époque. Le réalisateur n'est pas tombé dans le piège de la lourdeur mielleuse et dégoulinante de Twilight, ni dans les clichés qui fusent généralement dans les films pour ado. Si l’amour et les grandes envolées émotionnelles restent l'un des thèmes centraux et une force indéniable, ils sont vite contre balancés par un humour second degré, aussi inattendu que bienvenu. Reste que cette valeur ajoutée absente chez Twilight peut parfois devenir un point noir dans le film de LaGravenese. Il est la plupart du temps, mal dosé. Si certaines répliques sont cinglantes et efficaces, nombreuses sont celles qui tombent à plat rapidement. 




On se délecte malgré tout de voir les deux héros se chercher, se tourner autour, s'envoyer des piques, des vannes… un jeu de la séduction mordant dont le rendu est plein d'énergie. Certains le verront comme trop rapidement "conclu", contrairement à Twilight où le premier baiser fait l'objet d'une attente à rallonge, signe de pureté et d'amour unique et véritable. Mais dès le départ, on comprend à coup de voyage dans le temps qu'ils sont de vraies âmes sœurs de longue date. Les sentiments sont présents tout le long mais on n’en surestime pas les effets. Un peu comme dans Hunger Games : on ne trouve ni victime, ni méchant pur et dur à chasser, ni schématisation du Bien et du Mal (même si les intentions du réalisateur sont parfois à la limite de le faire). La ville, reflet d'une société actuelle en repli sur soi, incapable d'accepter la différence et ne comptant que sur la religion (ou autre croyance) pour la sauver, est une image forte de notre individualisme croissant.


Quant aux acteurs interprétant les deux amoureux, ils sont à la hauteur des rôles qu'on leur a proposés. On apprécie leur réelle complicité communicative et leur naturel désarmant. Ils développent une dynamique parfaite et nous prennent par la main sans qu'on s'en aperçoivent. Et on a plaisir à retrouver Viola Davis (que j'avais adoré dans La Couleur des sentiments) et Emma Thompson, à qui le fantastique va décidément bien (Nanny McPhee et Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban). Ainsi que l'accent du Sud !


© SND
Si le scénario est attendu et quelques clichés un peu grossièrement évoqués (la religion maintes fois invoquée comme protection et solution contre l'inconnu qui effraie), on peut apprécier que les effets spéciaux sont utilisés avec parcimonie. Etonnant pour un film fantastique adressés à un jeune public et le contexte magique. Même s'ils dépassent largement en qualité ceux de Twilight (en même temps, il n'y a pas de mal), ils ont un petit air poussiéreux des années 90. En revanche, les décors et les costumes (principalement, les robes des ensorceleuses) sont sublimes et cohérents avec l'esthétique globale du long-métrage.


En résumé :
Sublimes Créatures développe une histoire adolescente qui fait son effet mais moins guimauve que Twilight. La magie opère et on la laisse faire.

mardi 28 février 2012

[Critique] Extrêmement fort et incroyablement près : parcours vers l'acception de la mort (29/02/12)

EXTRÊMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRÈS
De Stephen Daldry
Avec Tom Hanks, Sandra Bullock, Tom Horn, Viola Davis, Max Von Sydow…


Pour sa quatrième réalisation, Stephen Daldry (Billy Elliott, The Hours, The Reader pour lesquels il a été cité trois fois à l'Oscar) nous plonge dans l'adaptation du roman Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer. Ce roman est la première fiction majeure sur la détresse des familles touchées par les attentats du 11 septembre 2001. Il y décrit comment l'imaginaire d'un enfant peut lui permettre de surmonter ses angoisses terrifiantes et la pertes d'êtres chers au moment où il doit faire face à des événements qui ne semblent pas s'enchaîner logiquement. 
Dans le film éponyme, Daldry reprend ainsi la narration subjective, à travers le point de vue d'Oskar, 9 ans. Cette façon de raconter l'histoire, qui se déploie à la manière d'une imagination enfantine, fait s'entrecroiser des réflexions en tous genres, des souvenirs fulgurants, des idées spontanées, des fantasmes chargés d'une puissance émotionnelle forte alors que la vie d'Oskar et des siens est bouleversée à jamais, et fait basculer l'ordre des choses.

© WarnerOskar (Thomas Horn), 9 ans, n'est pas un petit garçon comme les autres : son imagination est débordante et sa curiosité est insatiable. Son intelligence hors du commun et son comportement obsessionnel et excentrique font soupçonner un syndrome d'Asperger, jamais vraiment diagnostiquer. Encouragé à développer son sens de la déduction et à s'ouvrir au monde malgré son inadaptation sociale, son père (Tom Hanks) le met sans arrêt au défi de résoudre des énigmes sous forme de "missions de reconnaissance". Mais le 11 septembre 2001, Oskar est à l'école et est renvoyé chez lui, sans explication. Une fois à la maison, il entend son père sur le répondeur, piégé au sommet d'une des tours du World Trade Center... Un an après la mort de son père, Oskar découvre une mystérieuse clé dans les affaires de son paternel, avec pour tout indice le mot "black" sur l'enveloppe dans laquelle se trouvait la clé. L'enfant se donne alors pour mission de trouver à quoi correspond celle-ci, sans en parler à sa mère (Sandra Bullock), absente car rongée par le chagrin. C'est ainsi qu'il concocte un plan méticuleux visant à rencontrer les 472 personnes nommées Black se trouvant dans l'annuaire de la ville, quitte à y passer près de trois ans (selon ses calculs). C'est avec détermination et méthode (et quelques règles, comme ne pas prendre le métro où un attentat peut survenir) qu'Oskar va sillonner la ville.

"Lorsque je sors de l'appartement, je me rapproche un peu plus de mon père, et je m'éloigne de ma mère" 
© WarnerEric Roth a eu le difficile rôle de l'adaptation du roman qui enchevêtre plusieurs thématiques : le traumatisme individuel et national, l'étrangeté de l'enfance, la nature de la tragédie et la force de l'amour qui survit malgré les drames familiaux... le tout avec élégance. Le scénariste a abordé ces sujets sous l'angle bien particulier de la relation presque fusionnelle qu'entretient Oskar avec son père, et de ses souvenirs partagés avec lui, teintés de subjectivité et déformés par des émotions et des questionnements enfantins. "Pourquoi lui ?" Car Oskar veut trouver à tout prix une logique à ce qu'il a vécu et ce qu'il est en train de vivre. Son père, avec qui il partageait la plupart de ses centres d'intérêt, lui offrait une sécurité, lui qui vit dans des angoisses permanentes. Du coup, lorsqu'il trouve la clé, Oskar est persuadé qu'elle doit livrer un secret. Et cette découverte l'entraîne dans une aventure qui lui permettra de surmonter son chagrin et d'accepter ses peurs, sans pour autant trouver d'explication rationnelles aux choses. 
© WarnerLors de son périple, Oskar fait la connaissance d'Abby (Viola Davis, nommée à l'Oscar pour La Couleur des sentiments), émouvante en femme délaissée par son mari. Il rencontre aussi un vieil homme au lourd passé (Max von Sydow, cité à l'Oscar pour le Meilleur second rôle). Locataire d'une chambre chez sa grand-mère et muet depuis des années, il accepte malgré lui d'accompagner l'enfant, telle une figure paternelle rassurante. L'un fuit son passé, l'autre le cherche. Les deux personnages que tout oppose forme un duo attachant, avec un Max von Sydow (Shutter Island) épatant, qui amène son lot de leçons de vie et des pointes d'humour discrètes mais savoureuses. 
© Warner© WarnerHabitué aux drames, Stephen Daldry connaît parfaitement toutes les ficelles pour tirer les larmes aux spectateurs. Et, il faut bien l'avouer, il n'y va pas avec le dos de la cuillère au cours du long-métrage, à grand renfort de violons et cuivres harmonisés par l'infatigable Alexandre Desplat (Harry Potter et les reliques de la mort, Le Discours d'un roi, Fantastic Mr Fox, De battre mon cœur s'est arrêté, Un Prophète, Tree of life...). Les allergiques au mélo passeront donc leur chemin. Pour les autres, Extrêmement fort et incroyablement près n'est pas non plus qu'un flot de larmes en continu. Loin de là ! Le spectateur le plus attentionné sera sûrement sensible au jeu plein de candeur enfantine livrée par le jeune Thomas Horn. Parfois irritant avec sa logorrhée impressionnante (et parfois superflue), il est finalement un enfant comme les autres, pour qui le jeu est un moyen de le maintenir dans un univers de son âge malgré des préoccupations d'adultes. Il impressionne aussi par sa grande maturité lors de passages très durs joués avec Sandra Bullock. L'actrice, pour une fois tout en retenue, fait preuve d'un vrai charme et une envergure toute en finesse dans ce rôle de femme murée dans sa propre détresse, et qui communique avec Oskar d'une manière dont il n'est pas conscient. On notera qu'il fait bon voir (même très peu) un Tom Hanks déridé et drolatique en papa prêt à tout pour amuser son fils. 
© WarnerLe réalisateur britannique s'est étonné, lors du festival de Berlin, que le cinéma se soit si peu exprimé depuis 2001 sur ces attaques suicides contre New York et Washington qui ont fait près de 3 000 morts et déclenché les offensives occidentales en Afghanistan puis en Irak. Après les films catastrophe d'Oliver Stone (World trade Center) et de Paul Greengrass (Vol 93), Extrêmement fort et incroyablement près s'intéresse moins aux attaques spectaculaires qu'au choc et au chagrin qu'elles ont provoquées chez les Américains. Le réalisateur britannique a insisté sur le fait que la tragédie restait un traumatisme vif à New York (où il vit en partie) et les images de Tom Hanks tombant des tours lui ont valu les feux de la critique.
En résumé : Un film original, fort et touchant mais pas larmoyant, dont certaines scènes resteront en mémoire un moment de par la dureté des propos venant d'un enfant. Un long-métrage (nommé à l'Oscar tout de même) qui confirme que Stephen Daldry a décidément le don de diriger les plus jeunes (après Billy Elliott).

samedi 3 septembre 2011

Festival de Deauville : Une ouverture sous les ovations


15H… L’effervescence est palpable sous un soleil estival. Les hommes en noir se préparent, oreillettes et lunettes fumées en place. Le tapis
rouge est déshabillé de son plastique protecteur, les premiers badauds scrutent la moindre rue à la recherche d’une star ou font la queue devant leur repère : l’hôtel Normandy. L’établissement a pour l’occasion revêtu son habit de lumière aux couleurs de la bannière étoilée.
Réalisé par Tate Taylor, jusque-là inconnu au bataillon, ce film tiré d’un best-seller The Help voit une brochette d’actrices plus fabuleuses et attachantes les unes que les autres : Emma Stone, Viola Davis, Octavia Spencer, Jessica Chastain ou encore Bryce Dallas Howard. Un film touchant, drôle et poignant à la fois, qui a tout d’un solide postulant pour les statuettes dorées de Hollywood. 

16H… Les premiers festivaliers commencent à s’agglutiner devant les barrières du Centre du Festival pour obtenir le précieux sésame afin d’assister à l’ouverture, et voir les stars se pavaner dans leur robe de soirée.

19h… Toujours coincé à l'extérieur. Les humeurs s’échauffent. Ca râle, ça se bouscule… Voilà 2h30 que j'attends pour entrer. Quelques jeux de coudes, la fournaise sous une tente et « amabilités » plus tard, la délivrance. L’immense salle de 1500 places se dévoile sous nos yeux. Et là commence le voyage...
 
20h… Après un mot de Monsieur le maire, Monsieur l’ambassadeur d’outre-Atlantique, arrive enfin l’immense Francis Ford Coppola. Quelques images de films du maître pour retracer une carrière couronnée de 11 Oscars et de 2 Palmes d’Or, et le voilà qui s’avance lentement vers son pupitre pour en quelques secondes « déclarer le 37e festival ouvert » en français dans le texte (ou presque). On lui pardonne…

20h30... Début du sublime film La Couleur des sentiments (The Help, en VO).




Cette œuvre faite en toute humilité (mais qui fait déjà un carton au box-office US après avoir affolé les ventes en librairie) mêlent les réflexions imagées de trois jeunes femmes - deux domestiques noires et une jeune apprentie-journaliste blanche – dans le Mississipi du début des années 60, alors que la lutte des droits civiques n’en est qu’à ses balbutiements. Entre comportement puant et dégradant des uns et solidarité, le courage et les valeurs humaines de autres, ce film démontre que malgré la stupidité de l’homme, il y a toujours de l’espoir. Émouvant, drôle, des personnages attachants, la recette d'une oeuvre sensible qui n'a pas le défaut de tomber dans le pathos facile du sujet. Une jolie (re)découverte des actrices Octavia Spencer et Viola Davis. L'une toute en retenue et expressions physiques, et l'autre, toute en verve et en langage fleuri. En espérant les revoir bientôt.









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