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lundi 23 septembre 2013

[Critique] Rush : une histoire d'hommes avant-tout (25/09/13)


RUSH
De Ron Howard
Avec Daniel Brühl, Chris Hemsworth, Olivia Wilde, Alexandra Maria Lara, Pierfrancesco Favino

Sortie le 25 septembre 2013

La Formule 1 a connu son âge d'or dans les années 1970. Et qui de mieux pour le représenter que le duo à feu et à sang des pilotes James Hunt et Niki Lauda ! Ces deux sportifs automobiles sont sans aucun doute les plus grands rivaux que l’histoire que le sport ait jamais connus. Concourant pour les illustres écuries McLaren et Ferrari, tout les oppose, jusque dans leur caractère de sportif. L'un est charismatique et instinctif, bel homme et coureur de jupons (le play-boy anglais James Hunt), l'autre est bosseur, réservé, tacticien et méthodique (Nikia Lauda, surnommé "le rat"). Rush retrace le passionnant et haletant "combat" entre ces deux pilotes hors-normes, et suit leur vie instable, sur les circuits et en dehors.


Pour être honnête, c'est avec une certaine appréhension que je suis allée voir Rush. La signature de Ron Howard n'est pas seule gage de réussite, surtout lorsqu'il s'agit de se plonger plus de 2h dans un film sur des courses automobiles, sport auquel je ne connais pas grand chose et qui est pour moi synonyme d'ennui. Et finalement, c'est avec grande surprise que je suis rentrée dans l'histoire le pied au plancher ! Et c'est aussi un avantage que de ne rien savoir de leur vie et de leur parcours, car cela ajoute de l'intensité à l'histoire.
Le réalisateur va bien au-delà de la simple retranscription des courses, aussi mythiques soient-elles. L'essentiel ici réside dans l'affrontement psychologique que se livrent deux génies des circuits. On découvre que leurs sentiments exacerbés dépassent le simple esprit de compétition, et que leur haine mutuelle est finalement un moteur pour leur réussite.

Une histoire d'hommes avant-tout


Rush est d'abord réussit grâce à son casting fabuleux. Chris Hemsworth, qu'on connaît essentiellement pour ses rôles de super héros musculeux (Avengers, Thor, Blanche Neige et le chasseur...), s'offre ici un rôle sur mesure qui démontre qu'il sait faire autre chose. Certes, il endosse la peau du beau gosse de service sexe, drogue et rock'n roll, qui se promène avec une horde de groupies, change de filles tous les soirs... Mais ce choix était comme une évidence, au vu de la vie dissolue et bling-bling du véritable Hunt. Assurance, aplomb, présence (et yeux bleus acier du tonnerre), Hemsworth s'impose et vient d'affirmer une nouvelle facette de son jeu. 
Daniel Brühl n'est pas en reste ! Loin d'être écrasé par la blondeur de son comparse de piste, il incarne avec justesse, subtilité et puissance ce drôle de bonhomme austère et méticuleux qu'est Niki Lauda, sans qu'un cheveux ne dépasse. Qu'il soit affublé d'une cicatrice gigantesque (due au terrible accident de course dont l'Autrichien s'est sorti de justesse) ou d'un dentier qui aurait pu gêner sa diction, l'acteur espagnol livre une prestation remarquable. Un bémol cependant : quelques répliques dites avec un son guttural pincé un poil exagéré à mon goût... Mais il EST Niki Laura, sans aucun doute. 


Autre point positif : la reconstitution d'une époque hautement identifiable par ses codes couleurs, ses vêtements, ses coupes et attitudes... L'équipe au service de l'image et de la photographie nous plonge dans une atmosphère très 70's, avec un grain légèrement blanchi et grossi.
Un seul regret peut être ? Une mise en scène classique et linéaire, avec quelques répétitions de plans, comme les départs de cours (toujours commencés par l'arrière de la voiture qui démarre, gros plan sur la machinerie, les pistons qui accélèrent, puis départ caméra au ras du bitume...). L'ensemble au service d'un scénario un tant soit peut rigide dans la forme, qui démarre lentement et s'appuyant sur les clichés et les stéréotypes. Mais ceci ne gâche en rien le plaisir évident qu'on a à suivre le parcours des pilotes, attachants à leur manière.

En résumé : un petit bijou bourré d'adrénaline fait pour les néophytes comme pour les aficionados, dont le bruit des moteurs résonnera un moment dans votre tête. Certainement un des films de l'année.



Extrait :

dimanche 25 mars 2012

Interview : Kike Maillo : "Elle était tellement parfaite qu'on a cru qu'on avait casté un robot" (rires)

© Kike Maillo
Kike Maillo est le réalisateur de Eva (critique ici), petit bijou visuel espagnol qui a fait son effet au Festival de Gerardmer cette année. Rencontre avec celui qui a (ré)ouvert la porte de la science-fiction au cinéma espagnol laissée fermée depuis Ouvre les yeux (d'Alejandro Amenabar).


D'où vient votre fascination pour les robots et l'univers fantastique ?
Toute mon enfance, j'ai regardé des films américains, souvent fantastiques, tels que E.T. ou Rencontre du troisième type. Tôt ou tard, quand on fait ce métier, on en vient d'une façon ou d'une autre à redonner au cinéma ce que lui-même nous a donné. En ce qui concerne les robots, ma fascination remonte aussi à mon enfance. Mon père avait une réelle passion pour toute sortes de machines. Il réparait des machines à écrire devant moi, ce que j'ai aussi évidemment fait… Ma toute première rencontre avec le cinéma du genre fantastique a été l’adaptation du Livre de la Jungle par Disney. Tous ces animaux qui parlent, c'est déstabilisant quand on est enfant… et pour le reste de votre vie (rires). Et je lisais aussi des livres d’Asimov, auteur qu'on retrouve parfaitement dans Eva
Dans Eva, même les robots sont le quotidiens des personnages, l’humain reste finalement le centre du film. Qu’est-ce qui vous intéressait dans cette direction scénaristique?
La science-fiction et l’intelligence artificielle nous donnent la possibilité de réfléchir sur la condition humaine, et sur notre façon de s'adapter si quelque chose change dans notre environnement. Ce qui permet alors au lecteur/spectateur de s’interroger sur la réalité. Dans la SF et dans Eva en particulier, les protagonistes ont très souvent pour objectif de modeler leur réalité à travers un robot qui doit ressembler au plus près à un être humain, et c'est ça pour moi la science-fiction. Quand on a commencé à écrire ce film, on a mis les robots en second plan pour se concentrer sur les humains et leurs relations. Finalement, nous parlons d’autres choses que de robotique comme l'amour, par exemple… 
Quelle était votre direction artistique pour la conception de l’univers du film et des robots ?
Je voulais mettre en scène un univers allant de plus en plus vers l’intégration sociale du robot dans la société humaine, le robot comme compagnon. On voit l'évolution des machines dans le film : des premiers instants, depuis l'université avec cette femme demi-robot, puis avec Max, le majordome et enfin Eva, la dernière avancée technologique. Et ces compagnons, on peut imaginer qu'ils peuvent être achetés dans un magasin.
Pourquoi avoir commencé le film par la fin, utilisant le phénomène du flash-forward ? Vouliez-vous induire en erreur le spectateur en brouillant le pistes dès le départ ?
© Wild Bunch Distribution
Sans cette scène, un autre genre de problème se posait. On aurait commencé l’histoire de cet homme retournant dans son village, dans cette drôle d'université où il a travaillé, les retrouvailles avec ses proches, la rencontre avec cette jeune fille… Et puis d’un coup, tout serait devenu tragique. Avec ce genre d'enchaînement, le spectateur peut vite être déçu ou choqué en voyant que finalement, c'est une tragédie sans qu'aucun élément ne le suggérant la chose avant. Nous en avons beaucoup parlé au moment de l’écriture du scénario. On a envisagé le film avec cette scène et sans et j’avoue ne toujours pas savoir si nous avons pris la bonne décision.
N'y a-t-il pas un peu du personnage interprété par Jude Law dans I.A. (de Spielberg) dans le le personnage de Max, le majordome-robot ?
Pas vraiment. Il est très bien écrit mais il est beaucoup plus sophistiqué que Max, et Jude Law est un "robot-sexuel"… (rires) Max se rapproche davantage de C3PO, en version humaine et non en métal. D’ailleurs, il y a même des répliques qui rendent hommage à C3PO, quand Max parle de ses différentes fonctionnalités. Comme C3PO, ce robot essaie toujours de se vendre à son utilisateur. J’apprécie vraiment la première trilogie Star Wars tout en ayant une préférence pour le premier épisode. C'est un chef-d'œuvre. Mon intérêt a diminué avec les suites, que je trouve un peu trop sophistiquées. J'ai du mal à retrouver le point de vue d'une robot. Mais je peux comprendre l'intérêt qu'ont les hommes à être en relations avec les robots.
« What do you see when you close your eyes ». Cette phrase revient souvent dans le film (et qui promet une fin tragique pour les robots). D'où vient-elle ? A-t-elle une signification particulière ?
Quand on côtoie le monde scientifique, on se confronte à un monde de gens distants, dans leur monde, des geeks, des nerds. Parfois, ils mettent une touche poétique dans leur travail. On a le cas dans l'appellation des planètes. Donc nous avons essayé d’ajouter une dimension poétique à ce monde technologique. Cette phrase est habituellement destinée à quelqu’un qui s’apprête à rêver, une chose qu’aucun robot ne peut faire, du moins avant l'arrivée d'Eva.
© Wild Bunch Distribution
Concernant les "problèmes éthiques" liés aux intelligences artificielles du film : débrancher un robot de cette qualité émotionnelle ne ressemble-t-il pas à un meurtre ?
Effectivement, il y a un certain paradoxe : c'est tellement facile de débrancher un robot ! Même si un robot comme Eva est tellement ressemblant à la réalité, et cette ambiguïté que nous avons lorsqu'on se demande si on a une réelle relation avec elle... On n'y fait pas vraiment attention mais avec leur ressemblance parfaite, toute la dramaturgie se trouve avant la désactivation. (SPOILER) Le personnage d'Alex a la responsabilité de le faire car son égocentrisme le lui ordonne. C'est un peu l'histoire d'Ulysse et de Télémaque dans la tragédie grecque. C'est Alex qui met toutes ces émotions dans le robot lors de sa création, donc c'est à lui d'y mettre fin lorsque le chaos débarque dans l'univers de Lana, David et Eva. (FIN SPOILER)
Utiliser Space Oddity de David Bowie, était-ce une idée que vous avez eu pendant le tournage ?
J'ai pensé à cette scène 6 à 7 mois avant le tournage. Quand je l'ai écouté enfant, c’était la première fois que j’entendais parler de science-fiction dans une chanson. En grandissant, on apprend à lire entre les lignes et on découvre d'autres significations. David Bowie y parle de SF, la musique est romantique (au sens allemand du terme) et cela date des 70's, soit les trois lignes directrices pour l’esthétique d’Eva.
Le décor du film n’est pas futuriste et contraste avec les prouesses technologiques dont font preuve les robots, qu’est-ce qui a motivé ce choix ?
Ce choix était artistique mais surtout lié à nos restrictions budgétaires (rires). Je n’avais pas envie de me lancer dans la construction d’un futur déjà vu maintes fois dans d’autres films et qui trancherait radicalement avec notre présent. Je pense que ce changement ne sera pas aussi radical. Rien que sur cette table (lors de l'interview, ndlr) il y a près de cinq machines, téléphones, enregistreurs numériques, des appareils de dernière génération… Et je pense que les technologies vont continuer à s’intégrer naturellement dans notre quotidien sans le bouleverser pour autant esthétiquement. Mon film parle de nostalgie des 70's, le protagoniste principal revenant dans le village de sa jeunesse, je voulais donc que le décor inspire un sentiment de confort plus que de froideur technologique. Et pas comme dans Minority Report, par example.
Les effets spéciaux du film sont assez impressionnants…
© Wild Bunch Distribution
Quand on a voulu monter le film financièrement, on nous répondu qu'on était des fous. Personne n’avait fait de SF depuis plus d'une dizaine d’année en Espagne (le dernier étant Ouvre les yeux). Et encore moins avec des robots ! On a fait un court-métrage (qu'on a tourné en Andorre après un week-end bien neigeux) avec d'autres acteurs pour montrer ce dont on était capable. On y a mis quelques uns des effets spéciaux. Et toutes les idées reçues que les gens avaient à ce sujet ont disparu. Quand vous dépasser le mur qui se tient devant vous, il y a beaucoup de territoires à conquérir… Mais on s'est dit qu'on allait faire le film avec notre savoir-faire, avec ce qu'on sait gérer. En Espagne, on met des effets spéciaux dans des productions comme la pub, mais jamais on est allé vers le cinéma avec ce savoir-faire. On savait contrôler le métal, le cristal mais pas les éléments comme l'eau. Nous devions donc définir des limites techniques à notre imagination, des contraintes finalement très stimulantes pour la créativité. Nous avons aussi essayé de mélanger le plus possible les CGI (effets spéciaux, ndlr) à des effets plateaux et animatroniques afin de donner aux effets un aspect le plus concret et physique possible. Ce fut le cas pour le prototype d’enfant robot qui combine les deux écoles (c'est une vraie fille qu'il y'a sous le costume du robot sur lequel Alex travaille). Pour le système de programmation utilisé par Alex, nous nous sommes surtout inspirés de la "phrénologie" c'est-à-dire la science (développée en France au XIXe siècle) qui partait du postulat qu’à chaque partie du cerveau correspondait une capacité particulière. Mais je pourrais parler pendant des heures des effets du film, c’était un travail vraiment passionnant.
© Wild Bunch Distribution
Pouvez-vous nous parler un peu plus de la petite fille et de l’écriture de son personnage ? Les relations entre Eva et le programmeur sont assez particulières…
Là réside l’un des paradoxes qui m’a le plus plu au début du projet. Alex, le programmeur, est en quête d’un modèle pour son robot enfant et il choisit finalement Eva qui n’est pas vraiment une petite fille de 10 ans. En tout cas les blagues qu’elle lance à Alex et ses actions (qui sont à la limite du flirt) ne sont pas du ressort d’une gamine de son âge. Et c'est de là que vient une certaine fascination pour cette gamine. Le personnage d'Eva est écrit comme une femme dans le corps d’un enfant, une lolita en quelque sorte. Elle est capable de jouer avec le mot "pervers", par exemple. Ça, c'est une blague qu'on fait lorsqu'on a 16 ans, pas 10. Nous avons d’ailleurs eu beaucoup de chance de trouver cette jeune actrice après plus de 3 000 auditions. Quand on mélange SF et mélodrame, sans science-fiction, thriller ou action, on doit avoir de très bons acteurs. Après 5 ou 6 mois sans trouver la fille idéale nous avons même songé à abandonner et réécrire le rôle ! J'ai l'habitude de travailler avec des enfants, et c'est souvent difficile d'en trouver un qui soit capable de comprendre le texte, ce que fait son personnage et pourquoi il le fait. Claudia (Vega) dégage une réelle empathie et elle a une palette de jeu incroyable. Elle était d’ailleurs tellement parfaite (elle ne se plaignait jamais du froid polaire, par exemple) que la blague récurrente sur le plateau était de dire que nous avions casté un robot ! 
Quels sont vos prochains projets ?
Je ne sais pas. Me reposer. Voir s’il y a des bons scripts de fantasy… Mais je reste ouvert à d’autres genres de films : action, mélo, comédie musicale… Nous sommes actuellement sur plusieurs premiers jets de scénario mais, sérieusement, je ne sais pas quel est mon prochain projet.
Pas de Eva 2, le Retour de prévu donc ?
(Rires) Non, non ! Je laisse ça aux Américains… S’ils veulent faire un remake, un reboot, une suite, une prequel ou une sequel, cela me ferait très plaisir !

mardi 20 mars 2012

Eva : au-delà des effets techniques...


Pour vous donner envie d'aller voir Eva (critique ici), mon coup de cœur du moment, voici quelques vidéo du making-of (et l'interview du réalisateur). Et pour en remettre une couche, il faut tout de même rappeler que ce petit bijou visuel a été de nombreuses fois récompensé entre autre avec le Prix du Public au festival du film fantastique de Gérardmer, le Grand Prix du Jury aux Utopiales de Nantes, et 3 Goyas (l'équivalent des César en Espagne).

Petit rappel pour la mémoire (ou pour ceux qui n'auraient pas cliquer plus haut...
"2041, Alex, un ingénieur de renom, est rappelé par la Faculté de Robotique, après dix ans d'absence, pour créer le premier robot libre : un enfant androïde. Il retrouve alors Lana, son amour de jeunesse, et son frère David, qui ont refait leur vie ensemble. Et il va surtout faire la connaissance d'Eva, sa nièce, une petite fille étonnante et charismatique. Entre Eva et Alex se crée une relation particulière, et ce dernier décide alors, contre l'avis de sa mère Lana, de prendre Eva pour modèle de son futur androïde..."


L'histoire  (cliquer ici) :


La neige :

 

Le rétro-futurisme :

mardi 6 mars 2012

Critique : Eva : les relations humains/robots passées au microscope (21/03/12)


EVA


De Kike Maillo
Avec Claudia Vega, Alberto Ammann, Daniel Brühl, Marta Etura...

2041. Alex Garel (alias Daniel Brühl, récemment vu à l'affiche d'Intruders), un ingénieur en robotique surdoué, se prend pour le Dr Frankenstein : il est appelé par un laboratoire spécialisé qu'il a quitté 10 ans plus tôt pour créer le premier robot humain "libre", c'est-à-dire qui a un comportement non dicté par des règles pré-programmées et sans perspectives d'évolution. C'est alors qu'il s'attelle au difficile projet de créer un enfant androïde capable de réagir avec espièglerie et malice, inconscience et légèreté, ainsi que l'illogisme qui fait le charme d'un véritable bambin. Pour mener à bien son travail, Alex va se lier d’amitié avec Eva (Claudia Vega), une intelligente petite fille qui ne cessera de l’intriguer et qu'il finira par prendre comme modèle (car elle s'avère être sa nièce). Et au-delà de son amour pour les machines intelligente, Alex va renouer des liens avec son frère David (Alberto Ammann), qui partage sa vie avec son premier amour, dénommée Lana (Marta Etura)...

© Wild Bunch Distribution



© Wild Bunch Distribution
Ne se contentant pas d'avoir les meilleures équipes de football, l'Espagne est en train de devenir une nation championne du cinéma fantastique. Sa spécificité ? Des images sublimes, des thématiques riches et menant à la réflexion, et une générosité dans les émotions. Après .REC, Ouvre les yeux, Les Yeux de Julia, Abandonnée, L'Orphelinat, Le labyrinthe de Pan, L'Échine du diable et quelques autres, Eva ne déroge pas à la règle. Unique en son genre, ce petit bijou visuel prendra sûrement vos émotions en otage et vous laissera un joli souvenir esthétique.

« Qu'est-ce que tu vois quand tu fermes les yeux ? »

© Wild Bunch DistributionDès le départ, le générique d'ouverture nous en met plein les yeux. Il captive par sa beauté complexe. Telle une toile d'araignée, une structure se forme avec une multitude de bulles, de gouttes et de formes translucides qui se lient les unes autres autres telles des synapses d'un cerveau. Dans certaines d'entre elles, apparaissent des images, telles des visions, des tranches de vie. Et cette imagerie n'est pas là par hasard. Elle symbolise les innombrables émotions et traits de caractère qui façonnent un être humain lors de sa vie. Alors qu'en est-il des robots ?

Le film affirme dès le départ que les hommes ne peuvent plus se passer des robots, que ce soit pour faire leurs besognes ingrates comme le ménage, ou pour leur tenir compagnie (Alex ne se balade jamais sans Gris, son chat-robot (illégal) "libre"). Et pourtant, le réalisateur a préféré un environnement rétro-futuriste, où les éléments ultra-technologiques se fondent dans un univers qui nous est familier, stylisés façon seventies, plutôt que de nous gaver la vue avec des décors à la Cinquième élément ou autres du genre...

© Wild Bunch DistributionKike Maillo, le réalisateur (en interview ICI), a su digérer ses influences variées pour donner naissance à un premier film ayant son identité propre. Mélange d'A. I. de Spielberg et du Labyrinthe de Pan de Del Toro, Maillo n'a pas eu besoin d'une débauche hallucinante d'effets spéciaux et d'un budget faramineux pour avoir un résultat impeccable. Les images de synthèse, parfaitement maîtrisées, sont admirablement bien intégrées aux véritables décors, ce qui permet aux spectateurs de se plonger avec facilité dans ce univers unique et de se concentrer sur le cheminement psychologique des personnages. Mais de cela je n'en parlerai pas, je vous laisse les découvrir car ils réservent quelques surprises.

© Wild Bunch Distribution
Quant aux acteurs, ils servent avec beaucoup d'humanité les questionnements du réalisateur : est-on capable de tisser des liens forts avec des machines, parfaites et très ressemblantes aux humains, qu'avec des hommes faits de chair et d'os ? Comment ces nouvelles relations peuvent-elles affecter celles déjà tissées entre humains. Sera-t-on capable de tomber amoureux de l'un d'eux, sachant que nous savons que c'est une "simulation" ? On se prend au jeu et on pourrait y croire...

© Wild Bunch Distribution
La jeune Claudia Vega dans le rôle d'Eva est tout simplement fabuleuse. Débutante encore non façonnée par la machine du succès, elle dégage une fraîcheur et une maturité déroutantes. Elle donne une réelle crédibilité, que ce soit dans la gravité ou dans les moments plus joyeux. On découvre aussi avec étonnement le rôle confié à Lluis Homar (vu dans Étreintes brisées), un prototype humain d'ancienne génération, robot obsédé par l'ordre et le nettoyage. Ses scènes sont une réelle bouffée d'oxygène dans la tension croissante de l'histoire, sans pour autant atteindre les cimes. Et c'est en même temps là que le bât blesse. L'histoire se veut familial et politiquement correct, ce qui atténue le suspense et atténue le message très rapidement évoqué du danger palpable qu'encourt les personnages face aux machines. Une violence latente qui pourrait tourner au drame si ces dernières devenaient incontrôlables. L'histoire se tient, sans ambiguité, menant en parallèle l'histoire du robot et celle d'un triangle amoureux (attendu et évidemment contrariée), dans laquelle lieux frères deviennent plus ou moins ennemis. Entre eux deux, spectatrice, la jeune Eva... pas si angélique qu'il n'y paraît. Mais chut... je ne vous ai rien dit !

© Wild Bunch Distribution
En résumé Eva s'impose comme la nouvelle pépite du cinéma de genre espagnol. Film d’atmosphère (intimiste) autant que de personnages (poignants), Eva épate par sa richesse visuelle, sa qualité d’écriture, la perfection de ses comédiens à fleur de peau. Mieux, Eva marque la naissance d'un metteur en scène sur aguerri, qu'il faudra surveiller dans les années à venir.


vendredi 6 janvier 2012

Critique : Intruders : L'enfance face à ses peurs (11/01/12)

INTRUDERS
De Juan Carlos Fresnadillo
Avec Clive Owen, Carice van Houten, Daniel Brühl, Izan Corchero, Pilar de Ayala, Ella Purcell...

Encore une histoire de fantôme ? De boogeyman ? D'envahisseurs de foyer comme le cinéma espagnol en produit à la chaîne dernièrement (Malveillance, Kidnappés) ? Un peu de tout cela mais avec ses particularités. Intruders nous replonge dans nos peurs enfantines, qu'on matérialisait par de mystérieux individus souvent monstrueux, que l'on pensait cachés dans le placard ou sous notre lit. Véritable légende urbaine, le boogeyman au cinéma représente un mauvais rêve, une peur nocturne en chair et en os qu'il faut affronter pour le voir disparaître. Juan Carlos Fresnadillo (qui a jeté l'éponge pour le remake de The Crow tout comme Bradley Cooper) est un habitué du thème de l'enfant harcelé la nuit par des créatures de l'ombre (Intacto, 28 semaines plus tard). Dans ce nouveau long-métrage, il décortique avec brio la mécanique de cette légende urbaine. Entre violente réalité et terrifiante imagination, Intruders colle parfois la chair de poule...

En Espagne, Juan (Izan Corchero) est un jeune garçon qui aime raconter à sa mère Luisa (Pilar de Ayala) des histoires qui font peur avant d'aller dormir. Un soir, il invente celle d'une créature sans visage qui se cache dans l'ombre en attendant de pouvoir voler le la bouille d'un enfant afin que les gens puisse l'aimer. C'est alors qu'une nuit, ce monstre se matérialise et entre dans la chambre de Juan. À quelques milliers de kilomètres de là en Angleterre, la même figure spectrale commence à hanter la chambre de Mia (Ella Purcell), 12 ans, après que celle-ci a découvert un bout de papier sur lequel l'histoire de "Sans-Visage" était écrite. Son père John (Clive Owen) essaie de la rassurer en lui répétant que les monstres n'existent pas et qu'ils ne peuvent pas faire mal aux enfants "pour de vrai". Mais lui-même finit par ne plus se défaire de cette image épouvantable qui s'est insidieusement frayé un chemin dans son esprit. Mais que veut cette créature ? Pourquoi s'attaque-t-il aux enfants ? Est-il le pur produit de leur imagination ou révèle-t-il des peurs bien ancrées dans le réel ?

Il faut le nommer pour qu'il existe et ne plus y croire pour qu'il disparaisse

© UPI
Comme Freddy Kruger ou encore Candyman, "Sans-Visage" agit sur le subconscient de ses victimes et crée des cauchemars débordant sur la réalité (jusqu'au sang), possédant et hantant leur âme. Fresnadillo joue subtilement de l'ambiguité entre imagination et réalité, posant sa créature nocturne comme une figure psychanalytique : il essaie de démontrer comment un cauchemar envahit l'esprit, et tente d'apporter des clés quant à savoir d'où il vient et comment s'en débarrasser. "Sans-Visage" matérialise alors un trauma d'enfance, qui devient contagieux jusqu'à convaincre d'autres esprits. Les monstres n'existent et continuent d'exister que lorsque quelqu'un y croit fermement. Le récit trouvée par Mia devient réalité par la seule force de sa conviction profonde (et de celle de son père). Fresnadillo compte alors sur la puissance narrative et esthétique de cette histoire pour nous contaminer à notre tour. Car son propos s'applique à lui-même en tant que réalisateur : pour convaincre, il faut croire à ce qu'on raconte et maîtriser la narration. Et il y réussit plutôt bien ! On finit par gober cette histoire rocambolesque... et le film revient sur l'origine du mal au moment où on s'y attend le moins.

Le propos d'Intruders n'est pas nouveau mais son traitement nourrit le suspense et l'action grâce à une oppressante mise en scène de nuit. Le montage en parallèle des histoires de ces deux enfants (dont le lien est tissé petit à petit jusqu'à ce qu'ils se rejoignent) aboutit à un final plus ou moins inattendu (à la Sixième Sens), ancré dans une réalité finalement banale, qui éloigne toute théorie fantastique. Dommage ? Tout ça pour ça finirez-vous peut-être par dire ? Sans doute...
Qu'on se le dise : Intruders n'est pas un film d'horreur ou d'épouvante. À défaut de sursauter toutes les 10 minutes, on se laisse prendre par la lenteur suggestive (même si les scènes se répètent souvent entre les deux gamins...) et les effets de montages efficaces (faute de scènes choc). En témoignent les apparitions du méchant (numérisé) sous sa capuche, qui ressemble étrangement à la Mort dans Fantômes contre fantômes. Certains effets visuels rappellent fortement Le Labyrinthe de Pan de G. del Toro, comme cette scène où la chambre de Mia devient comme vivante, prisonnière des branches rampantes et d'un liquide noirâtre et gluant. Une iconographie (trop ?) appuyée et forte pour montrer l'invasion du cauchemar dans l'esprit de sa victime. De quoi donner quelques moments de tension à faire froid dans le dos... et nous ramener à nos propres peurs.

En résumé : Intruders est un film hybride qui s'inspire de genres différents s'en s'apparenter à aucun d'eux au final. Une tentative de recette qui finit en amalgame entre fantastique et rationnel pas forcément digeste. Son atmosphère intense joue sur le psychologique et tient aussi sur la conviction réelle des acteurs, jeunes comme adultes. Un regret cependant : la sous-exploitation de Carice Van Houten (maman de Mia) et Daniel Brühl (le prêtre).


(ATTENTION : Comme souvent, la bande-annonce en montre beaucoup trop...)

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