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dimanche 31 mars 2013

Critique : Dead Man Down : Polar sombre qui se perd (03/04/13)


DEAD MAN DOWN
De Niels Arden Oplev
Avec Noomi Rapace, Colin Farrell, Domninic Cooper, Terence Howard...

Les hommes de main d’un criminel new-yorkais, Alphonse (Terence Howard), se font dégommer par un inconnu les uns après les autres. Pour seuls indices, le mystérieux tueur leur envoie des morceaux de photos façon puzzle et des mots aux sens sybillin. Tout en enquêtant avec son collègue Darcy (Domninic Cooper) sur leur ennemi déclaré, Victor (Colin Farrell) fait la connaissance de sa voisine, Béatrice (Noomi Rapace), une jeune femme défigurée après un accident de voiture, et qui vit avec sa mère (Isabelle Huppert). Malgré des réticences évidentes, elle accepte un rendez-vous avec ce beau brun ténébreux. Mais leur soirée ne va pas se passer comme il l'avait prévu. Béatrice lui relève ses véritables motivations : lui demander de tuer quelqu’un pour elle…



© Frequency Films
Sur le papier, Dead Man Down avait de quoi séduire : un casting original et hétéroclite aux origines multiples, un script de revenge movie aux allures de thriller sombre écrit par l'excellent J.H.Wyman (Fringe), et aux commandes le Danois Niels Arden Oplev, remarqué pour sa trilogie Millénium (adaptée de la saga littéraire éponyme, dont l'affiche s'inspire... rappelez-vous des couvertures noires bordées de rouge de la collection polar des éditions Actes Sud). Mais il s'avère que la transposition sur grand écran est un exercice délicat...


© Frequency Films© Frequency Films
Pour sa première expérience américaine, Oplev a fait le choix d'une ambiance de polar plutôt séduisante de par sa volonté de ne pas tout exposer dès le départ, s'appuyant sur un chassé-croisé de personnages plutôt astucieux qui distille avec parcimonie les intentions de chacun. Sans oublier la naissance d'une histoire d'amour torturée

Si le cinéaste ne révolutionne pas le genre (on est quand même peu surpris du déroulement des événements), il s'applique à construire une atmosphère soignée à mi-chemin entre le ciné indépendant américain et le polar britannique (à la Luther) à coups de cité ouvrière et de gratte-ciels sans âme, de rues poisseuses et pluvieuses sans particularisme, et de cimetières et de hangars gigantesques pour la "touche gangster". On décèle l'envie du réalisateur de faire une histoire universelle, qui pourrait arriver n'importe où. Mais pourtant, ce genre appelle souvent à une réalité sociale bien plus marquée et très crue. On peut ainsi lui reprocher de ne pas utiliser ses décors plus en profondeur, car les personnages principaux, plutôt convaincants au départ, finissent par perdre leur point d'ancrage émotionnel - pourtant forts au vu de leur passé - et donnent l'impression de ne plus croire en ce qu'ils vivent.
© Frequency Films
Des séquences d'exposition jusqu'au cœur de l'intrigue (plutôt simplette et convenue), tous les ingrédients sont présents pour que l'on soit plongé dans l'histoire. Mais Oplev finit par se tirer une balle dans le pied dans la dernière demi heure en changeant totalement de registre et de ton. Facilité ou manque d'imagination pour trouver une fin convenable ? Oplev nous offre un final grand-guignolesque de film d'action à grand renfort d'explosions, de carnage avec des coups de feu à tout-va, et de sauvetage de la demoiselle-en-détresse-et-apeurée en règle. Résultat : le peu de crédibilité établie (déjà très faible depuis le début) tombe à l'eau et le chemin psychologique intéressant construit jusque-là par les deux personnages principaux (sur la moralité et le bien-fondé de leur désir de vengeance) est balayé à grand coup Tipex. Dommage !


© Frequency Films
En résumé : Sans pouvoir lui opposer de véritables reproches francs et massifs, Dead Man Down reste un film de série B agréable à regarder, mais sans véritable saveur, et qui ne convainc jamais vraiment de son utilité. Et pourtant, il est parfois touchant dans ses envolées dramatiques, trop inconstantes. On a tout de même plaisir à voir Domninic Cooper (Abraham Lincoln : chasseur de vampires, Captain America) et Terence Howard (Iron Man, Quatre Frères, Collision) à l'œuvre.




mercredi 2 mai 2012

Critique : BabyCall : Noomi a le baby-blues... (02/05/12)

On n'arrête plus Noomi Rapace ! Après Millenium (décliné au cinéma et en six épisodes pour la télé), l'actrice suédoise a poursuivi une carrière internationale et même hollywoodienne avec Sherlock Holmes 2 : jeu d'ombres (de Guy Ritchie) au côté de Jude Law et Robert Downey Jr. On l'attend surtout le 30 mai dans Prometheus, le film événement de Ridley Scott en 3D, qui signe le retour du créateur de Alien à la science-fiction. Entre temps, la belle au visage émacié a tourné Babycall, un petit thriller norvégien où l'angoisse fait partie du quotidien d'une maman. Une demi réussite... qu'on oubliera sûrement assez vite.


De quoi ça parle ?
Anna (Noomi Rapace) entend des cris d'enfant la nuit, qui la réveillent et la martyrisent en l'enchaînant à un passé douloureux. Anna a fuit son mari violent et tente de refaire sa vie loin de lui, avec son fils de 8 ans, Anders. Avec l'aide des services sociaux et l'appui de la justice, elle emménage à une adresse tenue secrète, terrorisée à l'idée que son bourreau puisse les retrouver malgré tout.
Constamment sur le qui-vive, elle achète un babyphone pour être sûre qu'Anders est en sécurité, même la nuit. Mais d'étranges bruits provenant d'un appartement voisin viennent parasiter l'appareil : Anna croit entendre les cris d'un enfant qui se débat et qui la plongent de nouveau dans l'épouvante.

Paranoïa, quand tu nous tiens...
Babycall immerge le spectateur dans une atmosphère façon Polanski, à l'époque de Répulsion (1965). Quartier gris et sans vie, lumière morne, personnages tristes... Tout concourt à faire monter l'angoisse, sentiment omniprésent dans le regard de cette mère à bout de nerfs. On peut regretter la moue uniforme de Noomi Rapace, la bouche perpétuellement entrouverte. Très vite, on devine l'enchaînement d'éventuelles surprises à venir. Si, au début, réalité et fantasmes se confondent, le jeu peu nuancé de l'actrice ôte son mystère à un twist final qui laisse, par ailleurs, dubitatif.

Nul sensationnalisme ici, mais un talent pour peindre le monde extérieur comme une agression incessante, pour générer l'anxiété avec un simple plan de couloir vide ou des bruits de babyphone. La Suédoise n'a pas son pareil pour incarner à nouveau une femme tourmentée et asociale, malmenée dans un univers urbain, glauque et hostile, cible de contraintes sans nuance de la part des services sociaux. Ici, point de tatouages, ni de multiples piercings. Elle apparaît tout autant la victime de son mari violent que d'elle-même, enfermée dans une relation suffocante et paranoïaque avec son petit garçon.

En résumé : Babycall est un thriller psycho qui part plutôt bien, mais qui se retrouve très vite limité par un manque de cohérence et d'originalité. Mais le magnétisme de Noomi Rapace fonctionne toujours... Babycall a été toutefois acclamé à Gérardmer, où le jury lui a décerné son grand prix 2012.   

vendredi 20 janvier 2012

Critique : Sherlock Holmes : jeu d'ombres : Un course-poursuite haletante (25/01/12)

En prononçant "L'enquête est rouverte..." à la fin du premier opus, il était évident que nous retrouverions le détective et le médecin britanniques dans de nouvelles aventures. On prend les mêmes et on recommence ? Sherlock Holmes et son acolyte, le Dr Watson, sont entraînés dans une enquête encore plus complexe que la première. Ce qui n'est pas pour déplaire aux neurones aiguisés du locataire de Baker Street. Il va être confronté à son pire ennemi : le professeur James Moriarty, le criminel à l'esprit le plus affûté connu sur Terre. Entre eux va s'engager un jeu où les participants -- du même calibre -- va se transformer en compétition mortelle, où chacun d'eux aura besoin de l'autre pour atteindre ses objectifs. Mais qui va gagner ?


L'histoire :
© Warner Bros
Le spectateur retrouve ses héros là où ils les avaient laissés : Watson (Jude Law) est sur le point d'épouser la douce Mary, et Holmes (Robert Downey Jr), totalement déjanté, sombrant dans les vapeurs d'alcool tout en testant de nouveaux gadgets. Une vie tranquille en soi... C'était sans compter les desseins du professeur James Moriarty (Jared Harris). Celui-ci fait son entrée en scène dans le monde en mettant à profit son intelligence au service de plans diaboliques, sans aucun scrupule ni sens moral. Aux quatre coins de la planète, on apprend que des puissants industriels tombent les uns après les autres dans des circonstances plus que suspectes. Personne ne fait de lien entre ces funestes événements sauf le facétieux Sherlock Holmes. Ce dernier y voit là une main maléfique voulant semer la mort et la destruction. Mais qui peut bien être à l'initiative d'une telle horreur ? Sherlock Watson décident d'unir leurs compétences une nouvelle fois pour démasquer le coupable. Depuis Londres, où il rencontre la jeune Simza (Noomi Rapace), leurs investigations les mènent à Paris, en Allemagne, en Suisse et leur font prendre des risques de plus en plus difficiles à gérer. Moriarty semble toujours avoir un coup d'avance sur eux. Mais s'ils ne réussissent pas leur mission, il semble qu'au-delà de la richesse et du pouvoir que pourrait accumuler le professeur, la face du monde pourrait bien s'en trouver bouleverser...

© Warner Bros
"C'est notre dernière enquête Watson. J'ai l'intention de vivre pleinement cette aventure"

© Warner Bros
Le jeu du chat et de la souris, du gendarme et du voleur... Holmes veut arrêter Moriarty, et Moriarty veut hacher menu Holmes. Une chasse à l'homme où tous les coups sont permis, même les plus tordus. Dès le départ, on se retrouve dans le bain. Explosion impressionnante, cavale enclenchée, sous-fifres remis à leur place grâce à des tours de passe-passe... Holmes n'a pas perdu de sa verve et de son habilité. Une mise en scène rapide et qui claque ne laisse aucune place au temps mort.
Ralentis, flash-backs et flash-fowards montrent la rapidité de la matière grise du détective en action, pour un script peaufiné au détail près.

© Warner Bros
Cascades, micro-visions détaillées et balles qui sifflent entre deux réparties mordantes. Celles-ci s'enchaînent, montrant les deux compagnons d'aventure comme vieux "couple" qui ne sont plus à un reproche ou un pic près. Un schéma déjà vu dans de nombreux films d'action où deux héros préfèrent s'en mettre plein les moustaches et continuer la bagarre plutôt que d'apprécier les moments de répit en silence... Une cadence infernale pour le grand plaisir du spectateur. L'alchimie fonctionne toujours. Elle est loin l'image du détective en charentaises, à la pipe recourbée et au couvre-chef étrange avec ses oreilles rabattues !
Jared Harris (vu dans Mad Men), impeccable de froideur telle une ombre inquiétante sur l'avenir de l'Europe, s'oppose avec justesse aux clowneries de Robert Downey Jr. Avec son visage de Monsieur-tout-le-monde, se fond dans la masse pour mieux arriver à ses fins. Trop identifié, le visage d'un acteur plus connu aurait pu ruiner l'effet de surprise de ce méchant imprévisible. Quant à la jeune Noomi Rapace en diseuse de bonne aventure est loin de faire figure de faire-valoir ou de l'image de la jeune fille en détresse. Elle est en train de se faire une place méritée dans le cinéma internationale. Elle est annoncée à l'affiche de plusieurs projets d'envergure dans les mois à venir.

© Warner Bros
© Warner Bros
En résumé : Entre science-fiction et terrorisme, on retiendra l'ambition d'un scénario complexe qui développe une menace planétaire. Une mécanique sans accro qui divertit mais sans réelle surprise. Quoi d'autre inventer si un troisième opus devait naître ? Difficile de ne pas penser à un changement de réalisateur afin d'apporter un œil neuf et de nouvelles idées, malgré la travail remarquable de Guy Ritchie... jusque là.

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