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mercredi 9 avril 2014

[Critique] Noé : et le déluge d'effets spéciaux… (9/04/14)


NOÉ 

De Darren Aronofsky
Avec Russel Crowe, Jennifer Connelly,  Emma Watson, Ray Winstone, Logan Lerman, Anthony Hopkins,  Stephen Booth…

Sortie le 9 avril 2014

Descendant de Seth, 3e fils d'Adam et Eve, Noé vit avec sa famille, éloigné des autres hommes. Une nuit, le Créateur lui envoie un message dans son sommeil : il va détruire le monde tel qu'il est pour en rebâtir un nouveau. Il confie à Noé la difficile mission de construire une arche pour sauver "les innocents" qui habitent sur Terre, à savoir, les animaux. Dérouté, Noé va retrouver son grand père, Mathusalem pour lui demander conseil. Sur le chemin, il recueille une jeune orpheline et tombent face aux Veilleurs, anges déchus transformés en monstres de pierre par le Créateur après qu'ils ont aidé Adam et Eve chassés de l'Eden. Malgré leur réticences, ils aideront Noé à construire son arche et jouer les gardes du corps contre les hommes qui veulent se l'accaparer.


Noé © Paramount Pictures France
Le réalisateur de Requiem for a dream et Black Swan savait en s'engageant que la tâche ne serait pas facile. Tant pour le sujet religieux, qui soulève évidemment les passions des fondamentalistes chrétiens, mais aussi musulmans, pour qui représenter un prophète est contraire au Coran, que pour son traitement. Aronofsky a choisir de couper la poire en deux, entre grosse machine hollywoodienne et message de fond pas si dilué, porté par des images fortes et travaillées. 

Et pour y arriver, il ne fait pas les choses à moitié. Il suit tous les codes du blockbuster : des moyens colossaux (125 millions de dollars), un casting solide, des effets spéciaux incroyables, des scènes de bataille gigantesques, des paysages sublimes venus d'Islande… 
Noé © Paramount Pictures FranceEt pourtant, le cinéaste a su insuffler ce petit supplément audacieux quasi iconoclaste qui le caractérise. S'il est fidèle à la Bible (à quelques détails près… et pas toujours judicieux), il ne rentre pas dans le formatage du péplum parfois rasoir grâce à des éléments surnaturels, de quasi heroic fantasy. Certains crieront au blasphème, d'autres diront que cela permet de ne pas enliser le récit dans du trop classique. Ainsi les géants de pierre feront sourire à leur arrivée sur l'écran, puis tiendront leur place sous la résignation progressive du public. D'autres moments prêteront à soulever les zygomatiques : un fils obsédé par le fait de trouver une femme prend des airs d'ado en rut qui a peur ne de jamais voir le loup, une femme inféconde qui par magie du grand-père conçoit des jumelles, une colombe en gros plan portant le célèbre rameau d'olivier symbole d'une terre retrouvée… Mouais… On les oubliera comme le message écolo, qui veut que chaque animal soit sacré et que chaque fibre végétale doit être protégée… Allons, soyons indulgents ! Mais faut-il rappeler que Noé n'est qu'une adaptation, et la vision d'un seul réalisateur, et que les écritures saintes ont autant de versions que de lecteurs ? Finalement, l'important n'est pas là.

Noé © Paramount PicturesNoé est un film divertissant, qui soulève quelques questions existentielles. Aronofsky nous invite à réfléchir sur la condition humaine, sans donner de leçon de moral. A chacun de penser librement en voyant toutes les cartes posées sur la table. Le Bien ne l'est peut-être pas tant que ça, et le Mal a ses raisons d'être. L'histoire de l'homme n'est pas tout blanc ou tout noir. D'autant plus lorsqu'il est question de survie. Ainsi, Noé, guidé par la toute puissance du Ciel et ses croyances, finit par être aveugler et perdre la raison et ses sentiments. Quant à Tubal-Cain, chef des hommes impénitents et punissables, a finalement une réaction digne d'un humain et d'humaniste. À chacun sa part de monstruosité, et sa volonté de tout sacrifier pour réussir.
Noe 2 © Paramount Pictures
Et Russel Crowe incarne cette solidité à toute épreuve, avec tout de même un poil de monotonie dans la voix et dans les expressions. Et pourtant, une incroyable force et détermination se dégage de lui. Ma préférence ira pour une fois à la prestation d'Emma Watson (qui retrouve Logan Lerman après Le Monde de Charlie ). Fragile mais pas mielleuse, elle m'a littéralement attrapée dans l'une des scènes les plus terribles du film, à l'apogée du dilemme auquel fait face Noé. Je n'en dirai pas plus… 

En résumé : Aronosky donne une dimension réaliste à une histoire dense et apocalyptique, avec une élégance esthétique remarquable.




lundi 4 février 2013

Critique: Hitchcock : Un biopic inégal et basique (6/02/13)

HITCHCOCK
De Sacha Gervasi
Avec Anthony Hopkins, Helen Mirren, Scarlett Johansson, James D'Arcy, Jessica Biel...

Le cinéaste Alfred Hitchcock, revient d'entre les morts. En août 2012, Vertigo était désigné par le British Film Institute "meilleur film de tous les temps", coiffant au poteau Citizen Kane. Un téléfilm, signé HBO centré sur Les Oiseaux, est en préparation.
Dans Hitchcock, le maître du suspense revient hanter les studios du tournage de Psychose, rendu célèbre avec le cri strident de Janet Leigh dont le personnage est assassiné dans une douche. Le film de Sacha Gervasi est une œuvre de fiction racontant la genèse du film, son tournage et son lancement. Il s'inspire d'un livre de Stephen Rebello, décrivant un homme en crise, lunatique mais surtout hanté par le tueur Ed Gein (il aime cacher le squelette de la mère de Norman Bates dans la loge de Janet Leigh), extériorisant ses pulsions agressives envers les femmes. 

"Je ne suis qu'un homme caché derrière une caméra"

© Twentieth Century Fox France
À grand renfort de prothèse, de rembourrage façon Bibendum Michelin, et de bouche en cul-de-poule, on découvre Anthony Hopkins grimé en Alfred Hitchcock boudiné et déprimant. A ses côtés, Helen Mirren est une épouse-collaboratrice intransigeante mais fidèle. Scarlett Johansson et James D'Arcy incarnent le fameux duo de Psychose, Janet Leigh et Anthony Perkins. 
© Twentieth Century Fox FranceSi le biopic est souvent construit sous forme linéaire et didactique, avec des péripéties un peu basiques, il peut être novateur lorsque son réalisateur attaque un angle bien précis. Ce qui a été remarquablement accompli dans le récent Lincoln et le vote de l'abolition de l'esclavage. Et ce qui semblait être à première vue le cas avec Hitchcock.. Si reprendre le tournage d'un des grands classique du cinéma était une bonne idée, le résultat est à la hauteur du très fade My Week with Marylin, qui retraçait le tournage Du prince et la danseuse.

© Twentieth Century Fox France
Pourtant, le casting est alléchant. La dose de névrose de son héros (son rapport avec les femmes -- en particulier la sienne -- avec sa sexualité particulière, et ses angoisses -- parfois survolées) se mélange parfaitement aux nombreuses visites des coulisses. Le réalisateur éveille notre intérêt sur le combat du maître de l'horreur pour mener Psychose à terme -- puisque Paramount n'en voulait pas -- et sa mythique scène de la douche, méticuleusement travaillée. Néanmoins, tout ce qui faisait le sel de l'adversité rencontrée est réduit à néant en peu de temps -- car les problèmes se résolvent en un claquement de doigt --, laissant un goût de trop peu dans les descriptions faites du metteur en scène de génie qu'était Hitchcock et du Hollywood de l'époque. 
© Twentieth Century Fox FranceSi l'humour parfois grinçant est perceptible, il se transforme parfois en ironie d'une platitude désolante. Jusqu'au bout on espère une étincelle esthétique ou narrative qui viendrait chambouler le charme traditionnel du long-métrage. On peut regretter que la performance un peu austère et engoncée d'Anthony Hopkins soit perturbée par son imitation labiale exagérée du réalisateur, qui parfois éloigne notre attention de sa performance. On peut en revanche toujours compter sur l'excellente Helen Mirren, qui fait d'Alma Reville, une épouse au caractère bien trempé, avec une prestation haute en couleurs et émouvante, laissant transparaître la complexité de la relation avec son mari, joliment esquissée.


En résumé : On nous avait laissé entrevoir 120 min d'humour grinçant. Mais l'ensemble n'est pas à la hauteur artistique du monsieur. Dommage !

lundi 23 juillet 2012

Critique : 360 : Et si le monde n'était qu'un panier rempli de coïncidences ? (25/07/12)

Il est des rencontres qui peuvent changer une vie. Une coïncidence. Un regard. Un mot. Une décision… et tout bascule. C’est la vie, diront certains. D’autres la fatalité.  Aux quatre coins du globe, des gens s’aiment en secret, se disputent, combattent les aléas du destin ou le train-train quotidien. 360 épie quelques couples formés par le hasard, la volonté ou le sexe dans un film chorale. Ainsi un homme d’affaires britannique, une call-girl slovaque, un père inconsolable, un délinquant sexuel remis en liberté, une jeune Brésilienne abandonnée, un homme de main saturé (etc.) se succèdent à l’écran pour nous raconter une tranche de vie. La leur.

Chabadabada chabadabada

Depuis le percutant La Cité de Dieu et le non moins excellent The Constant Gardener, Fernando Meireilles semble chercher une nouvelle voie, sans forcément trouver la bonne. Après "l’erreur" Blindness, on pensait qu’il aurait retrouver ses esprits. Mais apparemment, les sirènes de la formalité et de la facilité ont eu raison de son originalité. Sur le papier, 360 avait de quoi séduire : une pièce à succès La Ronde d’Arthur Schnitzer, le scénariste Peter Morgan à l’origine de The Queen, une scène internationale et un casting 4 étoiles (rien de moins que Jude Law, Rachel Weisz, Anthony Hopkins, Ben Foster, et même Jamel Debbouze). 
Si l’intention de faire une étude sociologique et psychologique de personnages dont l’existence change après la prise d’une décision radicale est louable, le résultat et ce qui nous reste en sortant de la salle sonne finalement creux. Si les histoires de chacun s’enchaînent visuellement de façon fluide et agréable, on ne peut s’empêcher de penser que le réalisateur a fait preuve d’une grande paresse en employant sans retenue la coïncidence à tour de bras. Une mécanique facilitant certes l’écriture cinématographique, mais qui finit par donner un côté artificiel et plombant à ce qui devrait rester humain et un jeu de hasard authentique. Un tour de passe-passe qui a pourtant fait la marque de fabrique de Lelouch. 
Cependant trop d’artifices et de clichés noient un peu l’intérêt principal de l'ensemble : un couple de bourgeois infidèles fait face à la dure vie d’une femme qui n’a d’autre choix financier que de se prostituer. Et ce père inconsolable depuis la disparition de sa fille qui se donne la mission de protéger cette jeune Brésilienne un peu perdue qui vient de se faire larguer. Et que dire des problèmes religieux que traversent un dentiste musulman face à son amour impossible pour une femme mariée. Et après tout ça, on en tire quoi ? Pas grand chose. C'est joli à voir mais... c'est tout.
Et pourtant, on se prend par moments au tourbillon des sentiments. Si l’on découpe 360 par tranche de vie, on s’aperçoit que quelque part ces gens nous ressemblent, et on se demande « que ferais-je dans cette situation là ? ». L’interprétation des comédiens est impeccable et rehausse le tout en nous plongeant dans leurs ressentis les plus personnels, leurs tourments et leurs déboires. Dans tous ces lieux communs de la vie, on retiendra tout de même le monologue magistral, juste et digne, d’Anthony Hopkins lors de sa réunion aux Alcooliques Anonymes. 

En résumé : 360 recèle quelques belles idées de mise en scènes, réunit des acteurs sans fausse note mais tient un propos qui finalement ne laisse aucune trace. Dommage ! 

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