jeudi 6 septembre 2012

Entretien avec Michel Gondry : un réal pas comme les autres...

© Marie Serre
Michel Gondry fait partie des réalisateurs français en compétition à Deauville au côté de Quentin Dupieux (avec Wrong). Le Frenchy continue son petit petit bonhomme de chemin de l'autre côté de l'Atlantique, retrouvant ses premières amours, les films "bricolés comme à la maison". En ce 5e jour de Festival, il est venu présenter au public son dernier film, The We and the I. Une œuvre qui pourra en déconcerter certains de ses plus fidèles... Entre deux coups de plume (car il dessine pour ne pas trop s'ennuyer en conférence et en interview), il parle du choix des "acteurs", de celui de la ligne de bus, des ruses qu'il a utilisées pour que les ados gardent les mêmes émotions et réactions d'une prise à l'autre... Tout en décontraction et sans aucune retenue (malgré une grosse fatigue... Il m'a avoué toujours dire ce qui lui passe par la tête au moment où il le pense, ce qui lui pose parfois des problèmes en société...). Et rien que pour me vanter, j'ai même eu le droit à mon portrait ! (ci-dessous) La classe, non !






mercredi 5 septembre 2012

Vampire Diaries : la saison 2 est arrivée en DVD

La deuxième saison de Vampire Diaries sort en DVD et Blu-Ray aujourd'hui. Retrouvez les habitants de Mystic Falls et leurs histoires extraordinaires.
Cette fois-ci, Stephen, Damon et Elena auront la mauvaise surprise de voir débarquer Catherine, le vampire-sosie maudit d'Elena. Celle-ci va déclencher une guerre qu'évidemment elle ne fera qu'empirer.
Les "Originaux", les vampires les plus anciennes et les plus dangereux que la Terre ait porté, pourchassent aussi la belle Elena, qui va découvrir un terrible secret la liant avec leur monde. Et pour aggraver la situation (sinon, ça ne serait pas drôle...), les loups-garous s'en mêlent ! Errant à la recherches de victimes potentielles, ils rôdent... et même les vampires ne sont pas de taille face à eux car leur morsure leur est mortelle.
Qui va remporter le combat ?



(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)



Un petit bêtisier pour la route...




mardi 4 septembre 2012

Entretien avec l'équipe de film Wrong : 100% second degré

© Marie Serre
Quand l'équipe du film Wrong débarque sur les Planches, il vaut mieux s'attendre à tout. Entre private jokes, vannes à tout-va et remise en place en règle de festivalier ("tu pourrais écouter quand je te réponds !"), Quentin Dupieux, Eric Judor et Grégory Bernard ne font en général pas dans la dentelle. Entretien sans concession.





Critique : The Secret : Ne laissez pas traîner vos enfants (05/09/12)


THE SECRET (Avant-Première à Deauville)

De Pascal Laugier
Avec Jessica Biel, Jodelle Ferland, Stephen McHattie, William B. Davis

Cold Rock est une petite ville à l'abandon depuis la fermeture de la mine. Frappée par le chômage et la misère, elle voit ses enfants disparaître les uns après les autres, sans aucune explication. Une rumeur se répand... Le légendaire "Tall Man", créature indéfinie vivant dans les bois serait responsable de leur kidnapping. Mais les plus pragmatiques et terre-à-terre comme Julia Dening, jeune infirmière, veuve et maman, n'y croient pas. Et pourtant, son propre fils va se faire enlever sous ses yeux...

Pascal Laugier, le plus américain des réalisateurs français, revient avec une histoire de Boogieman après avoir s'être fait la main dans le genre horrifique avec le fadasse Saint-Ange et le très discutable Martyrs (pourtant esthétiquement réussi). Son retour sur grand écran laissait planer quelques doutes...
Si la bande-annonce et le synopsis restent concentrés sur la première partie du film, c'est pour une bonne raison. Il ne m'appartient pas de vous spoiler le reste car l'intrigue réserve suffisamment de surprises et de coups de théâtre pour que le spectateur ne présage rien de ce qui va arriver, jusqu'à une conclusion qui reste... potentiellement polémique.

Ce thriller psychologique est plutôt décevant malgré une volonté d'installer une climat paranoïaque, de blâmer les faux-semblants, et de suggérer que, finalement, l'humanité est capable du pire et de l'impensable. On s'attendait à un film flippant dans le fin fond du trou des Etats-Unis (ce qui est plutôt vraie dans la première partie du film) et on se retrouve avec une fable moralisatrice sans subtilité.

Laugier dessine une trame complexe où légende et réalité s'entremêlent, et dans laquelle il impose ses idées et sa vision d'un monde noir et poisseux. C'est dans cette atmosphère rude et glauque que le spectateur avance avec un certain malaise. Mais pour nous y conduire, il utilise des ressorts maintes fois repris : le grincements du plancher, le néon qui grésille, l'orage tonitruant, le bruit sourd des battements d'un cœur, une forêt perdue dans la nuit et ses cris d'animaux invisibles... Si on s'attend à ce que le méchant déboule à certains moments, Laugier réussit tout de même à faire surgir l'horreur là où on ne l'attend pas, jouant des twists, attendus ou surprenants. Mais ses qualités d'auteur se voient réduites dans une production américaine calibrée (même s'il transgresse parfois quelques codes de narration), trop sage et didactique, qui donne à l'ensemble un charme sans réel piquant.

Et pour autant, The Secret a une vraie force si on se donne la peine de s'accrocher et de prendre à bras le corps la fin du film, qui se pose comme une véritable question posée au public, comme une explication de tout ce qui se trame avant. Laugier manipule le spectateur, donnant son point de vue dans une scène cruciale démontrant que l'homme n'est ni bon ni mauvais, mais qu'il fait ce qu'il peut pour faire mieux. Mais vraiment moral mais toujours paradoxal, le cinéma de Laugier nous prouve que même les tortionnaires ont aussi un cœur. A nous de l'accepter... ou pas.

Pascal Laugier
© 
Marie TvCinephage
En résumé : Pascal Laugier a déclaré que ce film était l'un de ses "plus personnels tant il lui tient à cœur" et qu'il "aimerait qu'il reste dans nos têtes un moment après la fin" face à une salle bondée à Deauville. Rien n'est moins sûr... The Secret joue sur l'ambigüité des bonnes intentions mais ne sera pas considéré comme renversant et indélébile dans notre mémoire.

Rencontre avec Paul Dano et Zoe Kazan : Un amour de comédiens

© Marie Serre

Jeunes mais déjà très expérimentés. Le look de dandy décontracté pour lui, hippie chic pour elle. Une allure de post-adolescents bien dans leurs baskets, Paul Dano et Zoe Kazan sont venus présenter en avant-première Elle s'appelle Ruby, co-réalisé par Albert berger et Ron Yerxa, déjà à la barre du succès Little Miss Sunshine. 

Considérés comme les nouveaux intellos du Hollywood indé, Zoe Kazan (petite fille d'Elia Kazan) nous raconte son processus d'écriture, son amour pour la culture française et le cinéma de Godard, Melville, Lacombe et autre Louis Malle. Et Paul qui s'est illustré dans des rôles aussi variés que ceux d'Eli et Paul Sunday (le charismatique prêtre) dans There Will Be Blood, de Klitz (le nerd de service) dans Girl Next Door, de Dwayne (le frère mutique) dans Little Miss Sunshine ou encore Joby (père adolescent) dans For Ellen, confie qu'il a parfois du mal à quitter un rôle et que rêver fait partie de ses activités préférées. Enjoy !


lundi 3 septembre 2012

Critique : Wrong : Comédie absurde et tellement humaine (05/09/12)

Wrong (en compétition à Deauville)
De Quentin Dupieux
Avec Jack Plotnick, William Fichtner, Eric Judor

Dolph est un américain moyen, qui habite une jolie banlieue anonyme aux couleurs pastels, aux habitudes bien ancrées. Mais un matin, quelque chose ne va pas : son chien a disparu. Par un mystérieux message, il apprend que son animal adoré a été kidnappé par un certain Mr Chang, gourou étrange qui œuvre pour le bien être affectif des animaux. S'en suit alors une enquête pour le retrouver, à l'aide du détective Ronnie... Et au milieu de tout ça se trouve Emma, une opératrice dans une pizzeria qui a le béguin pour Dolph, un jardinier qui a un problème de palmier, un voisin en quête de sens... 

© UFO Distribution
Voir un film de Quentin Dupieux est une expérience particulière; il faut lâcher prise et se laisser embarquer par l'absurdité et le non-sens des scènes qu'il propose. Si vous ne comprenez pas tout, pas de panique. L'univers de celui qu'on appelait autrefois Monsieur Oizo (souvenez-vous, la peluche jaune dans le clip du tube Flat Beat) ne se résume pas, il se vit. Déjà auteur du farfelu Steak (déjà avec Eric Judor et son acolyte Ramzy) et Rubber, l'aventure d'un pneu psychopathe, Dupieux revient avec ses goûts décalés et ses raisonnements étranges dans Wrong. Et fait un film français aux Etats-Unis, avec des américains, dans la langue de Shakespeare, s'il-vous-plaît !

© UFO Distribution
Si Dupieux cherchait sans cesse à justifier ses idées loufoques et illogiques dans ses précédents films (avec des commentateurs extérieurs), il se libère et assume tout dans Wrong, sans complexe ni retenue. Peu importe si un mort n'est pas vraiment mort, si un palmier devient un sapin, s'il pleut des trombes d'eau dans son bureau, si on appelle la pizzeria pour connaître le sens du logo de l'établissement sans rendre dingue son interlocuteur... Même si finalement au bout du compte, il ne se passe pas grand chose et qu'on pourrait craindre l'ennui (qui pointe parfois le bout de son nez...), on prend les saynètes les unes après les autres comme des apartés de la réalité. Il ne faut pas chercher plus loin...

© UFO Distribution
Dans ce monde grotesque, même si Dolph paraît le plus proche de la "normalité", il évolue en acceptant tous ces non-sens sans sourciller, acceptant les lois et la morale des autres sans se poser de question. Même communiquer par télépathie avec son chien devient une évidence. A ce sujet, le très sérieux agent du FBI dans Prison Break, William Fichtner, est ici irrésistiblement hilarant dans le rôle du gourou pour animaux (et son accent terrrrrrriiible).

© UFO Distribution
Même si Dupieux avoue "ne pas vouloir faire passer de message ni vouloir rendre hommage à tel ou tel réalisateur, et encore moins donner un sens caché à son oeuvre" (voir l'entretien vidéo ici), il y a de la poésie et des émotions dans Wrong. L'ensemble met le doigt sur l'ennui et l'angoisse qu'on peut éprouver à vivre dans une banlieue lambda, un quotidien étriqué qui déraille rapidement quand un seul détail est perturbé. Wrong pousse le délire loin (peut être trop pour certains), avec pour références des idées folles (comme le réveille qui ne passe pas à 7h00 mais à 7h60)... et ça fait du bien !

© UFO Distribution
En résumé : du fun, du fun et rien que du fun. Un autre cinéma libre et décomplexé pour une histoire absurde et finalement émouvante.

Critique : Killer Joe : Descente aux enfers chez les déglingués (05/09/12)


KILLER JOE


De William Friedkin

Avec Matthew McConaughey, Emile Hirsch, Juno Temple, Gina Gershon, Thomas Haden Church... 

Chris est un petit dealer de seconde zone. Mais sa môman l'a mis dans un sacré pétrin en lui volant sa poudre pour la revendre. S'il ne veut pas se faire trouer la peau, il doit trouver un moyen de payer ses dettes à son fournisseur, vraiment pas commode. Son père lâche et sans un rond, sa belle-mère une pourriture de première n'ont pas l'intention de lever le petit doigt. Un éclair de génie lui traverse l'esprit : et s'il faisait disparaître sa mère pour toucher son assurance-vie ? Et qui va se charger du sale boulot ? Joe Cooper, alias Killer Joe, un détective qui arrondit ses fins de mois en jouant de la gâchette pour une somme rondelette. Incapable de lui verser une avance, cette famille déglinguée va lui laisser en "caution" la jeune Dottie, la jeune sœur de Chris sur qui Joe a complètement flashé. Evidemment, rien ne se passe comme prévu...

Avec Killer Joe, le sale gosse du cinéma William Friedkin nous embarque chez les ploucs du sud des Etats-Unis sans aucune éducation ni aucun sens moral, et prend un malin plaisir à les dézinguer un par un. Dans une ambiance glauque et crasseuse d'un mobile home poisseux gardé par un molosse gueulard, les personnages étale leur misère sociale à coup de répliques accablantes et de prises de décisions incroyablement idiotes. 

"Vos yeux font mal"

On prend ainsi un malin plaisir à les voir s'enfoncer dans leurs problèmes qu'ils se créent eux-mêmes avec un cynisme et une exultation malsaine. Cette famille maudite cherche la rédemption quelqu'en soit le moyen, mais leur chemin va inévitablement passer par la violence et un bain de sang (on est chez Friedkin tout de même !), parfois du plus mauvais goût (vous ne mangerez plus du poulet frit de la même façon...). Elle n'a de choix que de donner en offrande la vierge de la famille au dieu censé les sortir de la malédiction qui les poursuit. Et quel dieu ! 

Si Emile Hirsch (Into the Wild) et Thomas Haden Church (Hellboy) ont tendance à en faire des caisses façon films gores des années 70, Matthew McConaughey incarne un vrai vilain comme on les aime. Affublé d'un éternel chapeau de cow-boy (loin de celui qu'il avait dans Magic Mike), de santiags en croco, de lunettes de soleil, déversant son discours de tueur bien rôdé son accent texan à couper au couteau, il trimbale son arrogance avec classe. En tueur à gages, il fait des merveilles, jouant subtilement entre perversité et envie d'une vie "normale" (ses yeux s'émerveillent lorsque le mot "bébé" est prononcé). Ce qui ne l'empêche pas de jouer des poings avec une férocité sans nom.

Au final, Killer Joe est un véritable bazar qui peine à trouver du sens, et dont le scénario, plutôt basique, nous fait se gratter la tête pour pas grand chose... 


En résumé : A voir pour la prestation de Matthew McConaughey... rien d'autre.


dimanche 2 septembre 2012

Critique : Elle s'appelle Ruby : Et si l'homme avait créé la femme ? (03/10/12)

Elle s'appelle Ruby (Première à Deauville)
De Albert Berger et Ron Yerxa
Avec Paul Dano, Zoe Kazan, Antonio Banderas, Annette Bening, Steve Coogan

Calvin est un écrivain talentueux. Son premier roman est devenu un succès public et critique alors qu'il n'avait que 19 ans. Mais plus le monde crie au génie, plus Calvin se renferme, devient asocial et souffre du syndrome de la page blanche depuis que son second roman est attendu comme le Messie. Il rêve alors d'une jeune femme aux cheveux incandescents et au sourire enjôleur. Calvin imagine alors qui pourrait être sa compagne idéale, son grand amour, celle qui pourrait l'accepter tel qu'il est et non pour l'écrivain célèbre qu'il est. Lorsqu'il pense à l'inconnue de ses rêves, ses doigts se délient sur sa machine à écrire (l'ordi, connaît pas !) et l'inspiration est libérée : Ruby est née. Tellement aimée qu'elle surgit un jour de pages de son livre pour entrer "pour de vrai" dans sa vie...

"Je ne suis pas ton enfant !"

20th Century Fox
N'y aurait-il pas un peu de Guillaume Musso dans les écrits de Mademoiselle Kazan ? Car l'écrivain français avait déjà écrit en 2010 l'histoire d'un personnage imaginé qui se matérialise pour prendre vie sous les yeux de son créateur dans La Fille de papier. Mais contrairement à la fille inventée par Musso, Ruby n'a pas besoin de son inventeur pour survivre à un maladie parce que celui-ci n'a pas fini son livre. Au contraire, il va s'apercevoir qu'elle va s'épanouir sans lui. Et c'est ce qui va finir par lui poser problème...

20th Century Fox
Zoe Kazan (qui a aussi brillamment écrit le scénario) s'est inspiré du mythe grec de Pygmalion et Galatée dans lequel un sculpteur tombe amoureux de son œuvre, ou encore de Frankenstein de Mary Shelley, qui voit ce qu'elle a créé prendre vie. Elle entame ainsi une réflexion fine et drôle sur le fantasme de voir que celui qu'on aime correspond à son propre imaginaire, l'importance de individualité dans le couple et l'identité de façon.


20th Century Fox
Lorsque Calvin s'aperçoit que Ruby est devenue chair et os, il perd complètement ses repères, se croit fou et finit par admettre l'inadmissible. L'intérêt de la scénariste est non pas de savoir comment cette jeune femme s'est retrouvée là, mais savoir comment les choses vont tourner à partir de ce point de départ. Par ses mots, Calvin dépeint par ses mots la femme idéale, lui donne des attributs précis que lui-même désire sur le plan amoureux. Mais bien évidemment les choses se compliquent parce lorsqu'on aime quelqu'un, on l'aime dans sa globalité, pas simplement pour les parties qu'on a idéalisées.

20th Century Fox
Dans la réalité, Ruby s'épanouit telle une femme libre car Calvin l'a créée comme une individualité à part entière. Elle a une véritable soif d'être elle-même. Mais cette liberté, Calvin lui fait peur; il la désire tellement qu'il en devient nerveux. (attention SPOILER- surligner pour lire) Donc lorsqu'il s'aperçoit qu'il peut la modifier à volonté, il devient incontrôlable et Ruby perd ses repères et ne sait plus à quelle réalité se raccrocher. Elle finit par devenir un objet, un esclave qui réagit au moindre désir de celui qui est censé l'aimer pour ce qu'elle est, cet être devenu totalement égoïste et manipulateur, corrigeant le moindre changement chez celle qu'il aime (Fin SPOILER). Mais Calvin veut être heureux pour ce qu'ils s'apportent mutuellement et vivent ensemble, et non pas parce qu'il l'écrit. Le scénario tient dans l'intégrité et l'humanité qui existe chez Ruby et dans le fait que Calvin est finalement obligé de mûrir pour être à la hauteur de sa force et de son évolution à elle. Ce n'est que lorsque Calvin accepte de se défaire de ses idéaux sur Ruby et ce qu'elle devrait être, qu'il trouve enfin ce qu'il cherchait.

20th Century Fox
Réalisé par le couple à la barre de Little Miss Sunshine, et joué par un couple à la ville comme ici à l'écran. En voilà une affaire de sentiments ! Les deux tourtereaux crèvent littéralement l'écran. Elle est lumineuse, énergique et colorée (ses vêtements n'en sont pas la seule raison...), lui a un véritable sens comique (peu exploité jusque-là) qu'on aimerait voir développé. Tous deux dégagent une force émotionnelle d'une intensité rare, et leur complicité naturelle renforce l'ensemble. Et que dire de la scène très hippie et débridée (façon Barbara Streisand et Dustin Hoffman dans Mon Beau-Père et moi) jouée par un Antonio Banderas et une Annette Bening en grande forme ! Un poil trop clichés pour être convaincants à mon sens... Quant à la BO, elle a de quoi surprendre : celle-ci passe de Schubert à Plastic Bertrand (sic) et d'autres titres français, appelés "heureux accidents choisis par les réalisateurs" par Zoe Kazan, grande fan de la culture française (cocorico) lors d'un entretien public (accompagné de Paul Dano) donné à Deauville (publiée ici).

En résumé : un GROS coup de cœur ! Le film livre une réflexion inattendue et pleine de surprises sur l'imaginaire, la quête de soi et la manière dont nous inventons l'amour. Une grande réussite pour une jeune scénariste qu'on espère revoir à l'œuvre.


Entretien avec l'un des plus grands "Bad Guy" du ciné américain

© Marie Serre
Harvey Keitel, l'inoubliable interprète de La Leçon de piano, de Mean Streets, de et Pulp Fiction (parmi la centaine inteprétées) est un acteur discret, humble et malgré tout garde la magie des grands. Ce vendredi, il est à Deauville, où le Festival du film américain de Deauville lui rend hommage. Après avoir arpenté le tapis rouge en confiant ses angoisses avant les tournages "Je pensais toujours que j'allais vomir mais finalement non", l'acteur a visiblement de la ressource, et on aime ça !
Le visage abîmé par la vie mais souriant, une démarche moins alerte mais l'esprit vif, le vieux briscard de Hollywood (73 ans printemps sonnés) livre quelques pensées et confidences lors d'une conférence. S'il n'est pas très bavard sur l'évolution du cinéma américain, il confie volontiers être un grand fan de croissants lorsqu'il vient en France et "en prend autant que ses mains peuvent en contenir". Nous le savions boulimique de rôles en tout genre composés avec "les leçons de l'Actor Studio qui ne les ont jamais quittées", de bagarres insensées "avec "des gens parfois haïs", mais pas de sucreries ! Vous voilà dans le secret....
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Critique : Robot & Frank : une comédie douce-amère sur la vieillesse (19/09/12)

Robot & Frank (en compétition à Deauville)
De Jake Schreier
Avec Frank Langella, Peter Sarsgaard, Susan Sarandon, James Marsden, Liv Tyler

Dans un futur proche… Frank n'est pas un retraité comme les autres. Il a un lourd passé de cambrioleur qui l'a éloigné de sa famille durant de nombreuses années passées derrière les barreaux. Mais le poids de l'âge se faisant de plus en plus lourd, Frank commence à perdre un peu la tête. Pour ne pas le laisser seul, veiller sur lui et améliorer sa condition physique et mentale, son fiston lui achète un robot "auxiliaire de vie", qui s'avère bien plus utile à Frank qu'à lui faire des soupes de légumes et faire la poussière.


Si la société actuelle vit dans la recherche de la jeunesse éternelle, Jake Schreier lui, s'attaque au difficile sujet de la fin de vie et des maladies neurologiques qui peuvent survenir avec l'âge, comme la maladie d'Alzheimer. Venu du monde de la pub, Schreier mélange les genres comédie gentiment grinçante à un monde de nouvelles technologies presque SF (loin d'être aussi avancée que dans Eva tout de même). Ajouté à cela un casting impressionnant pour un premier film (Susan Sarandon et la voir de Peter Sarsgaard tout de même !), et un rôle sur mesure pour l'excellent Franck Langella, et vous aurez un film touchant et drôle. Langella construit ici un papi grincheux, caustique et impossible à vivre, et pourtant, déroutant, touchant voire désarmant. Et il lui a sûrement fallu développer un trésor d'imagination pour sortir la palette d'émotions face à une vitre noire qu'est celle du robot (tout de même 'incarné' par une jeune actrice d'1 m 50).

Même le robot à la part belle : loin d'être le simple tas de ferraille esclave des êtres humains, il a conscience qu'il n'est pas vivant et pourtant, il est doué de réflexion (il fait même un chantage subtile à Frank pour obtenir ce qu'il veut pour le bien de son "patient") et de souvenirs. Il en deviendrait presque humain ! Avec son savoir-faire, il redonne goût à la vie à Frank, qui retrouve une seconde jeunesse, un nouveau but dans la vie et une forme de gentleman en goguette. 
Ainsi on pardonnera les empreintes d'éléphants laissées par des thèmes un peu trop lourdement évoqués comme la perte de la mémoire de Frank et la disparition des hommes au profit des machines (et la dématérialisation des objets par la même occasion). 

©Marie Serre
Lors d'une rencontre à Deauville (à découvrir bientôt ici), Langella a laissé entendre qu'il était "devenu moins réfractaire aux nouvelles technologies depuis ce film" et qu'il serait même "partant pour un Frank and Robot 2 si ce dernier était de sexe féminin. Auquel cas, Frank pourrait faire bien d'autres choses que de préparer à manger et lui faire faire du jardinage"... Quel joli-coeur ce Frank !

En résumé : Un film sans prétention, émouvant et drôle.


Critique : For Ellen : Une grande douleur toute en finesse (19/09/12)

For Ellen (en compétition à Deauville)
De Kim So Yong
Avec Paul Dano, Jon Heder, Shaylena Mandigo

Joby est un musicien qui cherche à percer depuis des années, tournant sur les routes et s'éloignant peu à peu de sa famille qu'il a eu très jeune. Il apprend que son divorce va être prononcé à condition qu'il renonce à ses droits sur sa fille Ellen, bout d'chou de 6 ans qu'il n'a jamais vu. Il comprend alors qu'il ne peut pas s'effacer de sa vie sans l'avoir vue au moins une fois. Son ex-femme lui laisse alors deux heures pour une rencontre unique.


Jamais sans ma fille ?

© Memento Films
Si la réalisatrice Kim So Young a déjà travaillé sur des histoires d'enfants laissés seuls (Treeless Mountain), elle s'attaque ici à la solitude d'un homme qui semble perdu dans ses rêves de gloire musicale et qui se retrouve bientôt privé de celle qu'il n'a pas eu la chance de connaître : sa fille. Une distance évidente s'est créée entre eux que Joby gère comme il peut. Sa tentative de rapprochement se fait avec une maladresse touchante, des impairs et des silences qui en disent long sur la fragilité de ce qu'il essaie de construire sans en avoir les clés dans le peu de temps qu'on lui laisse. La communication entre Joby et Ellen se fait dans un mutisme parfois douloureux, radouci par une naïveté enfantine désarmante. Finalement, on ne sait plus vraiment qui entre Joby et Ellen est l'enfant et l'adulte parfois...

© Memento Films
Paul Dano incarne ici un rôle qui n'était pas destiné à un homme de son âge au départ. C'est lui qui a suggéré à la réalisatrice de rajeunir Joby. Une bonne intuition d'acteur car sa jeunesse lui confère une fragilité supplémentaire. Malgré cette jeunesse, l'acteur donne à Joby une profondeur torturée qui lui va bien, allant trouver jusqu'au moindre détail physique la touche de l'artiste maudit. Et la petite Shaylena Mandigo est convaincante (en plus d'être craquante). Un véritable talent pour le cinéma.

© Memento Films
Contrairement à tous les autres films sur le divorce où les parents se déchirent, des enfants qui tournent mal, des doses pathos et des fontaines de larmes inondant l'écran à n'en plus finir, Kim So Yong a préféré la sobriété en gardant la puissance des non-dits, qu'elle nous laisse le soin de remplir. Elle se repose sur le jeu particulièrement fin de Paul Dano, qui montre une finesse d'interprétation remarquable sans tomber dans l'excès. Une puissance émotionnelle relevée par une caméra qui ne se détache pas de l'acteur pour un effet encore plus poignant. Et ce décor froid, glacé et emprisonnant de cette banlieue anonyme des Etats-Unis, reflète mine de rien les états d'âme de Joby.
© Memento Films
On peut regretter parfois l'excès de lenteur d'action dans certaines scènes, qui sous prétexte de mal aise rende l'ensemble un peu long. Mais celle-ci nous installe dans une espèce de cocon comme pour gagner notre confiance autant que Joby doit gagner celle de sa fille. Si la réalisatrice souhaitait devenir peintre étant plus jeune, le cinéma la remercie d'avoir changé de voie car elle nous livre un joli film d'une justesse rare et un final d'une grande beauté.



En résumé : Rien ne casse le lien parent-enfant et qu'il soit un bon père ou non, là n'est pas la question, l'amour paternelle emporte sur tout le reste... Un film qui ne laisse pas indifférent.

samedi 1 septembre 2012

38e Festival de Deauville, c'est parti !

© Marie Serre
Tapis rouge et lever de rideau sur le 38e Festival du film américain de Deauville. Parterre de stars sur leur 31 et des films de qualité sont prévus au menu des 10 prochains jours sur les Planches de la station balnéaire. Pour l'ouverture, une foule de chasseurs d'autographes et de photos souvenirs s'étaient massée autour de l'entrée du Centre Internationale de Deauville.
© Marie Serre
Même si la concurrence est rude en cette période de Mostra de Venise et de Festival de Toronto (les grosses machines prévues pour l'international ayant la priorité), les acteurs, réalisateurs et producteurs se prêtent facilement au jeu des photos, interviews et passages sur scène avant chaque film présenté à Deauville.





© Marie Serre
Ainsi, tour à tour, se sont succédés Marina Hands, Alyson Paradis, Helena Noguera, Sandrine Bonnaire, présidente du jury (lui aussi présent), Fréderic Beigbeder, son homologue pour le prix Cartier, William Friedkin et tant d'autres. Sans oublier Harvey Keitel, à qui un bel hommage a été rendu par le directeur de la cinémathèque de Paris, qui a résumé la carrière de l'acteur en disant que celui-ci a "assumé avec finesse et ironie depuis 40 ans ce rôle de mauvais garçon, marque des grands acteurs."

© Marie Serre
Ce festival attire grâce à une programmation exigeante souvent révélatrice de nouveaux talents venus du cinéma indépendant américain, pour le plus grand bonheur des cinéphiles ayant envie de voir autre chose que des films dits "de studio". 

© Marie Serre
Pour cette édition 2012, le festival promet de nombreuses découvertes. Et quelques changements de dernière minutes : Mud, de Jeff Nichols, qui devait être le film d'ouverture a été remplacé par Robot et Frank de Jake Scherier, long-métrage en compétition. Une première dans l'histoire du Festival, devant un amphithéâtre plein à craquer.





© Marie Serre


© Marie Serre

© Marie Serre

© Marie Serre











                                                       





























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