Affichage des articles dont le libellé est Jason Isaacs. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jason Isaacs. Afficher tous les articles

vendredi 13 février 2015

[Critique] Things people do : Descente aux enfers (18/02/15)

THINGS PEOPLE DO

De Saar Klein
Avec Wes Bentley, Haley Bennett, Jason Isaacs, Vinessa Shaw…

Sortie le 18 février 2015


Bill est un homme qui a tout pour être heureux : une femme aimante, des enfants heureux, une maison neuve, un métier dans lequel il excelle… Jusqu'au jour où tout bascule. Il perd son job et la machine s'emballe. Du jour au lendemain, il doit trouver un moyen de subvenir aux besoins de sa famille. Et pour le faire, il fait le choix de l'illégalité. Sur son chemin, il tombe sur un inspecteur de police. Sa double vie le malmène et risque de le faire définitivement passer de l'autre côté du miroir…




© Chrysalis FilmsLa première réalisation de Saar Klein (jusqu'à présent plus connu pour avoir été le monteur de Terrence Malick et de Cameron Crowe) est avant tout une étude de caractère plutôt fascinante. Comment un homme, somme tout à la vie normale, devient un hors-la-loi malgré lui ? Ou plutôt comment le rêve américain et la société américaine actuelle broient un père de famille middle-class pris dans la tourmente et dépassé par les événements ? Le cinéaste n'épargne rien à son personnage principal, et ne cherche jamais à simplifier ses tourments intérieurs, oscillant entre toutes ses contradictions. Intéressant !

© Chrysalis FilmsBill nous est présenté comme un loser qui essaie de faire de son mieux, guidé par des valeurs traditionnelles et des principes de droitures. Il ne cesse de clamer son honnêteté, mais ne fait que mentir à sa famille, à son seul ami. Même si agressions lui paraissent être justifiées. Sans cesse réprimé par son beau-père et son argent, par son boss qui le trouve trop zêlé, par sa femme auprès de laquelle il ne remplit que moyennement son rôle de père et de mari, Bill paraît avoir plus de chance et d'estime de lui-même en opérant son premier casse. Une scène plutôt marrante, où son impuissance à faire les choses comme il faut font de lui un piètre délinquant. Et pourtant, il ressent petit à petit un gain de respectabilité et de puissance sous son bas et armé d'un pistolet. Tel le personnage de Dorian Grey, il s'enfonce dans le crime tandis que l'eau de sa piscine, symbole du bien être financier et de réussite sociale, se dégrade peu à peu à en devenir toxique, tel le tableau du roman d'Oscar Wilde. Ce thème de la corruption de l'âme atteint aussi les autres personnages : son ami inspecteur, gardien de la loi, couvre ses actes répréhensibles alors qu'un innocent est arrêté à la place de Bill; sa femme le pousse à ne pas se dénoncer une fois ses crimes couverts… 

© Chrysalis FilmsLe réalisateur s'amuse à distordre la ligne de la légalité et l'ambiguité entre les aspirations rigoristes et les  agissements contraints dû à la situation de Bill. Si on peut comprendre les choix d'un homme capable de tout pour s'en sortir, le vrai souci se trouve dans le choix de son comédien principal. Le rôle attire l'empathie et même, bizarrement, la sympathie. Mais le jeu - et le visage - de Wes Bentley sont malheureusement inexpressifs et n'attirent que peu de confiance. On n'a qu'une envie, c'est de s'y attacher, mais cette distance et froideur mises intentionnellement (ou non) par l'acteur nous en empêche. Finalement, on se prend bien plus d'amitié pour ce flic détruit par la fin de son mariage que par le héros du film.

© Chrysalis FilmsAutre soucis : le rythme du film. Elève studieux de Malick, Klein impose une photographie impeccable. Il reprend aussi les longs temps de pause du maître pour permettre à son personnage une réflexion/méditation entre deux actions (un peu répétitives)… au risque de perdre de temps à autre le spectateur. La seconde partie du film enchaîne des séquences qui peuvent toutes être une fin possible. Ce qui donne l'impression que le réalisateur ne sait pas trop comment terminer son film, ce qui finit par lasser dans les 20 dernières minutes.

En résumé : chronique d’un mensonge (mal) assumé en phase avec la tradition du cinéma américain, féru de braquages et d'armes à feu, dont le thème social est un vrai sujet de fond. Dommage que le message soit mal cadré. Et vous, basculeriez-vous du côté obscure de la Force ?

dimanche 29 septembre 2013

[Critique] Sherif Jackson : Du granguignole à l'humour noir (09/10/13)

SHERIF JACKSON

De Logan et Noah Miller
Avec Ed Harris, Jason Isaacs, January Jones…

Sortie le 9 octobre 2013

Sweatwater, un petit bled paumé au milieu de terres sèches comme du foin, comme on en trouvait à l'heure de la conquête de l'Ouest. Le "Prophète" Josiah règne sur ce territoire comme un loup en quête de chair fraîche, persuadé que la volonté divine l'a conduit à cet endroit pour qu'il guide son troupeau d'ouailles indisciplinées. Il compte bien faire régner l'ordre à coup de sermons, ne laissant que de peu de chance de survie à quiconque essaie de le défier. Dégainant plus vite son Colt que sa Bible, il laisse de nombreux cadavres sur son passage, dont le mari d'une ex-prostituée devenue fermière. Attiré par l'odeur de la justice à rendre, un vieux shérif s'engage dans la chasse aux indices pour remonter à la source de ces meurtres arbitraires... qui ne feront que s'accumuler à ceux perpétrer par la veuve en colère.

Des ambitions difficilement tenues


© Potemkine FilmsLe western serait-il de retour ? Après Django Unchained, Sherif Jackson rend hommage au genre, sans trop appuyer sur les nombreuses références, tout en gardant leur côté décalé déjà aperçu dans Touching Home, leur précédent long. Mais à force de vouloir rendre le film original et personnel, ils finissent par ne plus tenir des rennes de leur projet. Ne semblant pas maîtriser les codes du genre, ils préfèrent prendre que ce qui leur paraît intéressant dans chaque personnage à un moment défini, sans pour autant les faire interagir pour créer un intérêt ou une avancée quelconque dans l'histoire. Résultat : la caméra, hasardeuse, ne sait pas trop où aller, quand se poser et quand laisser des respirations. Le récit finit par s'étirer dans tous les sens, multipliant les intrigues sans queue ni tête. Tout ça pour finalement choisir une histoire secondaire comme fil rouge, laissant tomber l'histoire initiale.

© Potemkine FilmsPourtant, dès l'ouverture, on fait face à des images d'une provocation graphique impressionnante : des grandes croix blanches alignées baignées dans un fond noir derrière le Prophète psalmodiant des récits bibliques puissants. Ou encore le shérif, hurlant comme un chien-loup sur une colline désertique dans un coucher de Soleil incandescent. Entre Paradis et Enfer, on s'attend à un humour fantasque et décapant, frôlant la parodie. Point du tout ! Les frères Miller ont préféré jouer l'équilibre entre sobriété et absurdité, entre grandiloquence manichéenne des bons contre les méchants et une vision de la vie sans concession de l'Ouest américain de l'époque. Prophète violent et intransigeant, banquier corrompu, commerçant pervers... le tableau peu reluisant (voire parfois glauque) et plutôt pessimiste de cette ville mise sur l'excès passager plutôt que la grosse farce à prendre au 15e degré. Certains y verront seulement de la violence gratuite et sans intérêt, d'autres feront référence à Tarantino (Django Unchained, Kill Bill), et pour les décors épurés Kelly Reichardt (La Dernière Piste) ou Mateo Gil (Blackthorn).
© Potemkine FilmsMais à force de manier la chèvre et le chou, on ne sait plus trop sur quel pied danser ! Le film prend son temps pour trouver son rythme, entre humour (très) noir et tragédie sentimentale, flinguant au passage toutes les bonnes consciences du western façon Deadwood. Et pour ce faire, une galerie de personnages tous plus absurdes les uns que les autres. En particulier les principaux, loin d'être tout blanc ou tout noir. Tous ont un passé, des croyances et certitudes, et surtout des états d'âme changeant en fonction des événements, ce qui finit par les rendre humains et presque attachant. Mais on les "perd" assez rapidement à cause d'un récit trop éclaté, au milieu de personnages secondaires sans réelle saveur


Des personnages hauts en couleur



© Potemkine FilmsHeureusement, le film tient grâce aux performances de son trio d'acteurs principaux. Quelle joie de voir Ed Harris se lâcher dans ce rôle de shérif mélomane à la dégaine de clown, mélange de Jack Sparrow et de Big Lebowski, dansant la valse à son arrivée en ville, et faisant de ses bagarres de vraies chorégraphies ! Et Jason Isaacs n'est pas en reste en incarnant avec charisme le Prophète (rôle sans doute testé à moindre échelle avec Lucius Malefoy dans Harry Potter). Un petit bémol cela dit : a-t-il besoin d'en faire des caisses dans sa gestuelle pour convaincre de la monstruosité de son personnage ? Cela reste à débattre... La belle January Jones trouve ici en interprétant la veuve vengeresse, un rôle qui la sort enfin du carcan de Mad Mentantôt froide, tantôt enjôleuse. À ceci près que son élan destructeur s'essouffle assez vite au regard de la facilité avec laquelle elle dégomme ses ennemis. On finit par suivre stoïquement sa progression vers un dénouement qui ne trouve aucun salut pour personne.


En résumé : Sherif Jackson est un film décalé, divertissant, granguignolesque mais qui manque un peu de finesse et de structure. Le résultat final n'est pas catastrophique, mais il semble gâché par un manque de prises de positions franches, alors que les idées de départ sont excellentes. Dirigé dans un hasardeux et joyeux bordel, ce film qui ne manque pas de passion est un western atypique.


Messages les plus consultés