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samedi 22 juin 2013

[Critique] Man of steel : Mi-homme, mi effets de synthèse (19/06/13)


MAN OF STEEL

De Zach Snyder
Avec Henry Cavill, Michael Shannon, Amy Adams, Russel Crowe…

Sortie le 19 juin 2013

John, ou quelque soit son nom, vit de petits boulots en petits boulots, changeant d'identité au gré des endroits où il pose son sac. Peu loquace et solitaire, il préfère s'éloigner lors qu'un conflit éclate. Par peur ? Lâcheté ? Non, une façon d'être qu'il a développé pour garder son secret : il n'est pas né sur Terre. Depuis tout petit, il possède des pouvoirs surnaturels et ne veut pas les utiliser à mauvais escient. Plus tard, il s'engage dans un périple afin de comprendre d'où il vient et pourquoi il a été envoyé sur notre planète. Mais il devra affronter la pire menace et devenir un héros incarner l'espoir pour toute l'humanité au lieu de la peur, et ainsi sauver le monde de la destruction totale.


Sept ans après la tentative de sequel de Bryan Singer, Superman Returns, l'homme aux collants bleus et à la cape rouge refait son apparition dans les cieux de Metropolis sous la houlette de Zach Snyder et Christopher Nolan. Un brin de nostalgie ou une envie de recréer une franchise qui pourrait renflouer les caisses de Hollywood en mal de blockbusters qui fonctionnent ?
Si on ne doute pas du talent de Nolan, on pouvait craindre l'arrivée de Snyder sur le projet qui, depuis le succès de 300, n'a pas franchement convaincu (Watchmen, Le Royaume de Ga'Hoole et Sucker Punch). Si l'homme est vu comme un visionnaire à l'esthétique artistique faite pour le grand spectacle, il n'en demeurait pas moins un choix risqué. Surtout avec un budget qui crève le plafond !

Si Marc Webb a réussi à relancer la franchise marvellienne de l'homme-araignée l'année dernière avec The Amazing Spider-Man, on ne peut pas être aussi catégorique avec Man of Steel. Si le nouveau Spider-Man n'avait pas les faveurs des fans (Andrew Garfield n'étant pas "taillé" pour le rôle, selon ses détracteurs), il s'est montré convaincant grâce à son empathie, et son caractère "humain" avant tout, avec ses faiblesses et sa sensibilité. Si Henry Cavill est, lui, physiquement parfait pour endosser le costume du Kryptonien, il lui manque ce supplément d'âme (et un peu de charisme ?) pour incarner le sauveur de la planète. Ce n'est pas à coups de hurlements marquant sa rage et ses efforts, et ses moues de chiens battus dans les moments plus intimes qui font de lui un Superman à la hauteur ! (même si, j'avoue, il est craquant...). Mais ne nous trompons pas de cible...

Au vu des bandes annonces, on supposait que Man of Steel serait plus intimiste, avec un héros faillible et accessible. Que nenni ! Sur près de 2h30 de film, on passe au moins 2h dans de l'action pure et dure. Les Kryptoniens "ennemis" sont de véritables machines de destruction massive, quasi indestructible (Michael Shannon est génialement terrifiant), faisant des scènes de combats de guerres quasi nucléaires, et des duels fracassants, détruisant tout sur leur passage. Ici, pas de problèmes de conscience avec les dommages collatéraux !

Le soucis majeur réside dans la structure du récit, parfois bancale avec ses flash-backs et souvent invraisemblable (même pour de la SF), et dans le scénario résolument guerrier, laissant peu de place à l'évolution émotionnelle des personnages. Les scènes d'action priment sur l'identité complètement morcelée du super-héros qui, finalement, en devient moins attachant. Si les effets de style sont plus que présents, le rythme n'est pas tenu. À force de vouloir en mettre plein la vue, on finit par en avoir la nausée, donnant à l'ensemble un effet brouillon (je sens que je vais me faire taper dessus en disant cela...). Même pendant le peu de scènes tournées caméra au point, tout tremble. Et que dire du traitement de ce pauvre Jonathan Kent ?! Une honte...

Les effets spéciaux sur fond vert foisonnent tellement qu'on ne finit par ne plus rien voir. Dommage, car pour une fois, le spectateur peut découvrir Krypton avant sa destruction (qui a d'ailleurs des allures de planète de heroic fantasy) dans une scène d'exposition plus développée que dans les précédents opus. Et que dire des dialogues ! Même si on ne vient pas voir ce genre de film pour ses répliques, il fait toujours meilleur effet de ne pas tomber dans l'excès. Ici, certaines d'entre elles sont dignes de séries B, prévisibles au plus haut point, voire parfois gnan-gnan. Où sont les punch-lines qui ont fait la renommer d'autres films de super-héros ? N'est pas Iron Man qui veut apparemment...

En résumé : Malgré tous ces défauts, on prend un (tout) petit plaisir non dissimulé à voir du spectaculaire, et un beau gosse sauver le monde. Mais quel dommage que l'ensemble soit dépourvu d'âme et d'une réelle incarnation. Man of Steel ne bénéficie pas de l'effet Nolan comme sur The Dark Knight. Dommage !

lundi 16 juillet 2012

Superman : Man of Steel : un héros plus "accessible"

Iron Man, Batman, Spider-Man... Qu'ils viennent de la planète DC Comics ou Marvel, tous les super-héros se sont donnés rendez-vous sur la Terre en 2012-2013. Après le carton planétaire des Avengers (ayant rejoint le club très fermé des films atteignant le milliards de dollars de recettes au box office), c'est au tour de Superman de faire son entrée.
Lors du Comic Con de San Diego il y a quelques jours, l'homme en costume bleu et rouge a fait sensation avec ses premières images diffusés à un panel chanceux de plus de 6 000 personnes. Réalisé par Zack Snyder (Sucker Punch, 300, Watchmen, Le Royaume de Ga'Hoole...), le nouveau Superman baptisé Man of Steel semble avoir convaincu les fans de la première heure. Le réalisateur a précisé que le trailer de Man of Steel serait diffusé lors des séances de The Dark Knight Rises (car il en est aussi le producteur) lors de sa sortie le 20 juillet aux États-Unis.

Dans le rôle du Kryptonien, le Britannique Henry Cavill (qu'il est difficile à identifier sur la nouvelle affiche dévoilée ce week-end...) aura la lourde tâche de se faire accepter par les Terriens dans le film et par les aficionados déjà dans les starting-blocks en salle. Pour les rassurer, Snyder a déclaré avoir redonné à Superman un brin de réalisme pour se défaire de l'image "de boy scout en collant bleu sur son trône inaccessible et intouchable".

Les premières images démarrent avec la ville où a grandi Clark Kent, des séquences de son enfance sur fond de voix-off annonçant "Et si un enfant grandissant en rêvant d'être autre chose que ce que la société attend de lui ? Et si un enfant aspirait à devenir quelqu'un d'extraordinaire ?". On découvre ensuite Clark essayant de se faire une place dans un monde qui n'est pas prêt à l'accepter : le sauvetage d'un enfant coincé dans un bus scolaire n'a fait que faire naître des suspicions chez les habitants. Puis, Superman est montré menotté, encadré par des militaires...


À première vue, le Clark Kent de Snyder est bien loin de celui dans la version de Richard Donner interprété par Christopher Reeve, candide et niais, en 1978. Il se veut plus accessible, un personnage auquel les cinéphiles aimeront s'identifier. Et c'est bien le héros que l'affiche met en avant avec le gros "S" rouge reconnaissable entre tous. Là encore, un relooking s'est imposé pour cette nouvelle version du héros. Fini le slip rouge sur les collants bleu pétant. Le costume est beaucoup plus stylisé, travaillé façon bouclier en côtes de maille que du lycra façon mercerie du quartier. Mais heureusement, les designers ont gardé l'essentiel : il était impossible de lui retirer sa cape rouge ! Tissu qu'on aperçoit au niveau de l'épaule. Et comme ses copains Spider-Man et Batman version Nolan, le ton de l'histoire paraît plus sombre que dans les versions précédentes. Mais pour le découvrir, il faudra être patient. Car si juin 2013 a été annoncé pour la sortie aux USA, rien est encore prévu pour les écrans français.

samedi 2 avril 2011

Sucker Punch, du fantasme réaliste

Bienvenue dans l'imaginaire débordant de Zack Snyder. Il signe son 5e long-métrage, Sucker Punch (sortie le 6 avril), dans la veine de ses précédents, sombres et sans frontière entre réalité et fantasme (Zombie, 300, Watchmen...). Il réalisera d'ici quelques mois le reboot de Superman, puis la suite de 300 et Army of the Dead. Tout un programme !
Une jeune fille à la vie cauchemardesque n'a d'autres moyens de s'échapper de son quotidien que de suivre son imagination. Enfermée dans une institution, elle décide de s'enfuir avec quatre autres jeunes filles. Elles rencontreront sur leur chemin des créatures fantastiques, des samouraïs, des serpents... Mais rien ne leur fait peur. Elles combattent sans faille dans ce monde virtuel à la recherche de leur liberté.
Rencontre avec le réalisateur de cette aventure tout en charme, jupettes courtes et armes lourdes.

© Warner Bros
Est-ce que l'expression "Sucker Punch" est une expression qui existait déjà ou vous l'avez inventée ?
C'est une expression toute faite. Cela veut dire "qui a été frappé par surprise". Ce titre est venu assez vite sur le tapis car le film est plein de métaphores. Et on voulait faire un film de genre, qui a se base sur le thème "amour/haine".

Vous avez été critiqué aux Etats-Unis pour le côté sensuel, voire sexuel, de votre film. Qu’avez-vous à répondre ?
Dans un bordel, les hommes viennent, s'assoient dans le noir et regardent les filles danser. Au cinéma, on s'asseoit dans le noir et on regarde les filles se battre. C'est le même façon de procéder. J'avais dans l'idée que les filles reprennent à leur compte ces "icônes féminines" à la fin du film, même si cela peut mener vers un côté très noir. J'ai essayé de ne pas filmer de façon sexuelle... en fait, je n'ai pas essayé de ne pas le rendre sexy (rires). Je l'ai filmé comme si cela ne pouvait pas être des filles. La façon dont je les ai photographiées en train de se battre, elles ne pouvaient pas être des filles pour moi. Je n'ai pas pensé "oh, regarde comme elles sont sexy"... J'étais plutôt du genre : "Ok, battez vous contre ces mecs, je veux filmer ces actions du mieux que je peux". Je ne voulais pas coller une étiquette « pour fille » ou  « pour garçon » sur ce film d'action. Mais il est vrai qu'elles portent ces costumes... J'avais dans l'espoir qu'elles se ré-approprieraient l'imagerie "iconique" à leur propre compte, et que cette imagerie disparaîtrait au fur et à mesure du film, et qu'on ne ferait plus attention au fait que, si elles doivent se battre, elles doivent porter leur costume de combat.
Mon plus grand espoir est que les gens voient au-delà de l'imaginaire que j'ai recréé, qu'ils s'imaginent encore plus de choses que moi. Que l'on voit le premier niveau basique et qu'on puisse se laisser emporter sans fin. Aux Etats Unis, le fait que les filles soient lobotomisées, leur sexualité, les armes... les gens ont intellectualisé le film.


Peut-on parler de film misogyne ou féministe ?
© Warner Bros
C'est génial qu'on puisse discuter d'un film dans des termes si opposés ! Certains vont argumenter sur la prise de pouvoir des femmes, et d’autres sur l'asservissement des femmes par les hommes. Je ne pouvais pas espérer mieux, car si ces questions n'avaient pas été posées après que les gens ont vu le film, d'un côté comme de l'autre, je crois qu'il aurait été raté. Si j'avais dû prendre parti pris pour un côté ou l'autre en tant que réalisateur, j'aurais été incapable de faire le film. S'il n'avait été que féministe, j'aurais été horrible! (rires) Et cela aurait un film très particulier. Je suis un homme, je ne suis pas sûr d'être capable de le faire, cela n'aurait pas été honnête. Il aurait fallu que je demande tout le temps à ma femme "et toi, tu verrais tel dialogue pour telle situation ? " (rires). C'est une question épouvantable ! Ou il aurait fallu embaucher une femme plutôt que moi !
C'est marrant parce que, lorsque j'ai écrit la scène où les filles préparent leur plan pour s'échapper, à la fin de la scène, les filles pleurent. Je n'avais pas du tout écrit ce passage, je n'avais pas écrit le fait qu'elles pleurent. C'est pendant une prise, elles se sont toutes mises à pleurer, et j'ai crié "couper". Je me suis dit, "ok, je comprends pourquoi je n'ai pas écrit cette scène". Je ne l'aurais jamais imaginée... Moi, je suis plutôt du genre à imaginer les gars en train de se prendre des coups de poings (rires). C'est pour ce genre de choses que tu travailles avec les acteurs, que tu as de longues conversations avec les filles parce qu'elles ont cette intelligence et qu'elles n'ont pas peur de faire ce genre de chose. Comment suis-je censé savoir ce genre de chose en tant qu‘homme ? Les filles sont si fortes, elles ont eu une grande influence sur moi, et elles ont cette force parce qu'elles arrivent en groupe. Et rajoutez ma femme (et ma productrice) donc je suis en infériorité numéraire. Et sur coup-là, je leur ai fais totalement confiance parce qu'elles avaient compris ce que je voulais faire. Elles ont compris que je voulais créer la discussion, que le film fasse parler de cette opposition.

© Warner Bros
Finalement, quelle a été la partie la plus difficile ?
J'ai créé ce film en pensant qu'il serait interdit aux moins de 13 ans aux Etats-Unis. Je sais comment faire un "R-rated movie" (interdit aux moins de 17 ans, ndlr)...  Ma femme m'a demandé jusqu'où je voulais aller, parce qu'on savait que le sujet pouvait être très dur. C'est tout de même l'histoire d'une fille qui va être lobotomisée, c'est comme ça qu'elle gagne d'ailleurs (rires). Et on s'est dit que ce serait mieux d'en faire un film interdit au moins de 13 ans et en profiter pour le faire plus fantastique. Et de laisser la sexualité des filles faire son oeuvre plutôt que d'avoir des hommes faire les gros durs, à tuer et à décapiter des têtes tout le temps. Mais j'ai sous-estimé mon appréciation sur qui est pervers ou non, ce qui est considéré comme pervers. Je n’ai pas réalisé à quel point j'allais loin. Et parfois les autres me disaient de temps en temps de freiner mes idées pour revenir au classement interdit au moins de 13 ans car j'allais trop loin. Ca m'est arrivé 5 ou 6 fois.

© Warner Bros
Pour quelles scènes ?
Au départ, au montage, je me suis dit que c'était vraiment un  film interdit au moins de 17 ans. Et puis je me suis aperçu que j'avais un clergé dans mon équipe. J'y croyais pas ! (rires) Je me suis dit "je suis foutu s'il y a un clergé parmi nous". Tout ça va finir en histoire de prêtres qui donne des vierges en pâture. Mais le fait d'avoir ces membres de l'équipe pour me cadrer à été bénéfique pour le film. Mais je n'aurais pas pensé qu'ils aillent aussi loin dans le côté psychologique.

Est-ce que cela vous gêne que ce soit un film pour le jeu vidéo qui ait amené les spectateurs dans les salles ?
Un ami fait des « cinematics », des mini-films à partir de scènes de jeu vidéo, qui deviennent les pubs pour les jeux video au cinéma. Grâce à cela, ceux qui ne jouent aux jeux video font la connaissance des jeux video à travers ces cinematics. Mon ami m'a dit que Sucker Punch, plein d'action, serait parfait pour faire un cinematics. Je l'ai invité à partager ses idées lors des brainstormings sur le film, pour qu’il nous donne des idées sur la construction des scènes d'action. Mais il m'a répondu que ce n'était pas comme ça que ça marchait. Normalement, le film se tourne d'abord, et après, on fait le film pour le jeu vidéo en reprenant les scènes du film. Mais dans le cas de Sucker Punch, ils ont repris des idées de mes précédents films pour faire le cinematic et les gens ont cru que le jeu video avait été fait avant le film.


Entretien réalisé par Audrey, traduit par Marie.

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