Affichage des articles dont le libellé est Ciaran Hinds. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ciaran Hinds. Afficher tous les articles

samedi 17 mars 2012

Interview : Daniel Radcliffe : Petit, tu deviendras grand (et flippant)


C'est non sans un certain plaisir que j'ai retrouvé Daniel Radcliffe pour la quatrième fois. Mais grande nouveauté : il a laissé tombé les lunettes, la robe de sorcier et fait disparaître la cicatrice de son front pour venir présenter La Dame en noir (critique ICI), un film "d'horreur" sonnant le retour des studios mythiques Hammer. C'est avec gentillesse, sourire et entrain (et une grosse migraine) que le jeune acteur britannique nous a parlé de sa carrière déjà bien remplie, de ses peurs et de ses envies.



Un film d'horreur après la saga Potter... Un drôle de choix pour quelqu'un qui n'aime pas avoir peur !
Il est vrai que je ne suis pas fan du genre en règle général. Ma première expérience avec les films d'horreur a été Dracula, qu'on nous avait diffusé à l'école dans un de ces moments où les profs nous collent devant un écran parce qu'ils ne savent plus comment nous occuper en fin d'année.

Vous commencer fort en participant à un film de la Hammer ! Vous connaissiez le travail des studios ?
© Metropolitan FilmExport
Sur la saga Harry Potter, j'ai travaillé avec des gens qui ont eux-mêmes bossé pour la Hammer, ou qui sont des descendants de ces gens-là. La personne qui s'occupait de mon maquillage sur Potter était la fille d'un des grands maquilleurs de la Hammer. Les œuvres de ce studio ont donné à l'industrie du film britannique une réelle identité et une place à l'international. Et à l'époque, c'était un vrai phénomène ! On avait l'impression que sur ce terrain-là, les Britanniques étaient meilleurs que les autres. Et j'ai grandi avec l'idée que les films produits par la Hammer ont donné à l'Angleterre une confiance en elle sur ce terrain-là, du point de vue commercial surtout. C'est une fierté de faire partie de la renaissance de la Hammer. À travers toutes les interviews que j'ai faites pour La Dame en noir, tout le monde m'a répété à quel point la Hammer a changé le monde du cinéma. Mais personne n'est capable de me citer l'un des derniers films qu'elle a produit (rires) ! On ne parle plus de ces films que comme des série B étranges et devenus un peu ringardes… C'est plutôt amusant.

Est-ce que la célébrité due à Potter est un frein ou un avantage ?
Pour l'instant, les réalisateurs que j'ai rencontrés ne sont pas obnubilés par mon rôle de Potter, et heureusement ! La célébrité apporte sont lot d'avantages et d'inconvénients. Les gens pensent que la façon dont je suis entré dans le monde du cinéma est la meilleure, à savoir être découvert et participer à une grosse franchise. Dans un sens, ça l'est. C'est un entraînement fabuleux; cela vous met sous les lumières et vous rend la vie plus facile. Mais la meilleure façon d'y arriver est plutôt d'être découvert à Sundance ou à Cannes parce que vous êtes remarqué par un directeur ou un scénariste pour ce que vous êtes. Arriver dans ce monde n'est pas tant de lutter pour se faire remarquer, mais de susciter la "bonne" attention. Je suis bien conscient que ma présence dans un film va aider les producteurs à le monter financièrement. Mais je ne veux pas devenir celui qu'on appelle pour amasser l'argent plus facilement. Dans le meilleur des cas, la célébrité devrait d'abord être le produit dérivé d'un bon travail. Si vous cherchez la célébrité à tout prix, vous allez vous planter et vous le mériterez. Mais si vous travaillez, si vous vous améliorez, le reste viendra tout seul.

Êtes-vous content de vous être "libéré" de votre rôle de sorcier ?
© Metropolitan FilmExport
C'est marrant parce que je ne veux pas vraiment abandonner Potter parce que j'aime ce rôle. Il m'a tout donné : une vie géniale, la passion du cinéma, 10 ans d'expérience sur un plateau, l'opportunité de faire du théâtre avec Equus et une comédie musicale How to succeed without really trying. Mais un peu quand même ! (rires). Je ne me fais aucune illusion quant au fait que les gens vont voir La Dame en noir en se disant "oh, ce n'est plus Harry Potter, c'est un acteur complètement différent". Mais ce que j'espérais -- et ce qui est en train de se produire -- c'est que ce film est une bonne transition. Je sais que celle-ci va prendre quelques années et demander 3 ou 4 films. Le challenge est de trouver plusieurs rôles à la suite qui vont me dissocier de Harry,  et de "bons" rôles qui amèneront le public à me voir dans de nouveaux environnements. Plus personne ne parle aujourd'hui de Sean Connery en tant que James Bond… euh, ce n'est pas vrai (rires). En revanche, on n'a jamais eu l'impression que ce rôle l'ait enfermé ou empêché de faire autre chose. De même pour Harrisson Ford et son rôle de Han Solo. Si vous regardez leur carrière après ces films, ils n'ont pas arrêté de tourner. En particulier Harrisson Ford. Et c'est là que tout se joue : il faut montrer aux gens que tu as envie de faire des choses différentes et que tu le feras en apparaissant dans des films divers. Pas forcément le plus souvent possible. Mais j'aimerais au moins faire deux films cette année, et dans un monde idéal un troisième pour rappeler aux gens que je vais faire autre chose que Potter maintenant.

Quand on a votre succès, est-ce qu'on a des craintes, des doutes ?
© Metropolitan FilmExport
Je suis terrifié par l'idée de ne pas accomplir tout ce que je souhaite faire dans la vie et dans mon métier. Je serai ravi de pouvoir mourir à 90 ans sur un plateau de tournage. Si je n'ai pas la chance d'y passer autant de temps que cela, je serai déçu. J'ai surtout peur que quelqu'un me dise "tu ne peux plus faire de film" car j'adore tellement cela et je suis tellement heureux sur un plateau… Je suis à l'aise avec les conférences de presse, les junkets, les interviews, ça fait partie du job. Mais je sais que je suis surtout fait pour être sur un plateau, et rien ne m'en fera partir. C'est un endroit confortable car j'y suis depuis l'âge de 10 ans. En ce qui concerne les échecs, tout ce que je ne pourrais pas accomplir et le fait de ne pas pouvoir établir une vraie carrière au-delà de Potter... je ne sais pas comment je le prendrais. Mais je serais sûrement dévasté. Probablement, dans 10 ans, j'aimerais pouvoir passer à la réalisation. Mais pour le moment, je me concentre sur le métier d'acteur.

Vous aviez vu le travail de James Watkins (le réal, ndlr) avant d'accepter ?

J'ai vu Eden Lake la nuit précédant ma rencontre avec James. J'ai été terrifié ! Je me suis demandé de quel esprit bizarre était sorti ce film. Et puis j'ai rencontré cet homme intelligent, calme et très poli,  qui n'est pas du tout ce à quoi vous vous attendiez… En ce qui concerne le scénario, ce qui m'a attiré c'est qu'il ose être différent. C'est un film d'horreur mais ses thèmes sont tellement forts (la perte d'un être cher, la peine qu'elle engendre et ce qui pourrait nous arriver si on n'arrive pas à dépasser cette perte…) qu'ils diffèrent ce qu'on peut voir dans les autres films d'horreur. Je sais que c'était plutôt inattendu que je fasse ce type de film après Potter. Mais j'ai pensé que les fans du genre seraient surpris par ce film. En fait, j'aime faire ce que les gens n'attendent pas de moi !
© Metropolitan FilmExport
Il y a des points communs à Eden Lake et La Dame en noir : les villageois qui ne veulent pas de cet homme inconnu sans qu'il sache pourquoi, et le plus frappant : l'utilisation des décors comme un personnage à part entière. Comme la maison (et même toute l'île) dans La Dame en noir et la forêt dans Eden Lake. Ils ont une place prépondérante dans les deux films et James les utilisent pour créer un sens de panique, de confusion et de peur dans Eden Lake. Dans La Dame en noir , il joue sur la claustrophobie.


On a l'impression que vous aimez vous trainer dans la boue et la poussière dans vos films...
© Metropolitan FilmExport
Il est vrai que j'aime trainer dans tout ce qui est sale et boueux (rires). Il y a une scène où je dois aller récupérer quelque chose dans un marais. Et le tournage s'est fait sur 2 longs jours dans cette mixture gluante qui fait la boue (scène que James a déjà fait subir à Kelly Riley dans Eden Lake. Je suis trop gentleman pour oser lui faire ça, moi ! (rires)). C'est l'un de ces jours où vous vous dites "ok, c'est pour cela qu'on me paie et je ne vais pas me plaindre". J'ai horreur des acteurs qui se plaignent et gémissent dans ce genre de situation. Voilà pourquoi parfois les acteurs ont cette réputation d'excentriques et capricieux (même s'il n'y a pas de raison qu'on sache faire ce que fait un cascadeur… (rires)). Donc même si je suis dans ce genre de moment difficile où se plaindre et gémir serait normal, il faut savoir prendre sur soi et être à fond. Et quand James m'a dit à la fin des prises qu'il ne connaît aucun acteur qui l'aurait fait, j'ai fait "Yes !" (rires). C'est pareil, quand j'étais à Broadway l'année dernière, je n'ai pas manqué un seul spectacle, alors que maintenant, tout le monde manque au moins une soirée. Quand je me fixe un but, je ne veux pas y déroger. Quand j'ai tourné cette scène très intense, je me suis revu à 11 ans sur ce balai qui me faisait un mal de chien, et je me disais "ça va être génial à l'écran"…

Qu'est-ce que cela vous fait de vous voir sur d'énormes affiches partout quand vous vous balader dans les rues, comme à New York l'année dernière ?
Ce qui était le plus drôle, c'est quand les affiches du dernier Potter et celle de How to succeed étaient en face l'une de l'autre à Times Square... C'était un moment incroyable. Et c'est ce genre d'instants dont il faut profiter, même si cela paraît irréel et bizarre. C'est aussi une certaine fierté. J'ai travaillé comme un dingue sur la saga Potter et j'ai aussi travaillé comme un fou sur How to succeed. Non pas que ces affiches soient une validation de ce que j'ai fait. Mais c'est génial d'y penser alors que je n'ai que 22 ans (rires). Mais en général, je ne vois plus mon visage quand il est placardé. Mon esprit a dû développer un certain filtre qui me rend invisible à mes yeux.

Faire peur est-il devenu une seconde nature chez vous ?
© Metropolitan FilmExport
J'ai un certain plaisir sadique à faire peur aux adolescents. Mon plaisir le plus délectable et malsain est de choisir une personne dans la salle lors des avant-premières (en général une fille…), de la regarder pendant la projection et de guetter les moments où elle va sursauter. C'est aussi pour cela que j'ai accepté le rôle. C'est plutôt cool de jouer dans un film qui réellement flippant. Quand j'ai lu le scénario dans un avion, il y a eu quelques moments pendant lesquels j'ai eu un mouvement de recul (et tout le monde me regardait se demandant ce qui m'arrivait).
Sur le plateau, ce n'est pas effrayant car il y a toujours des membres de l'équipe dans les parages. Cela ne laisse pas le temps de réellement se perdre dans le sentiment que vous êtes en danger. Avec ma doublure (qui me remplace depuis le 4e Harry Potter) on avait l'habitude de se faire peur sur le plateau. Et je dois dire qu'il a réussit son coup ! Une nuit, il s'était placé côté passager dans la voiture sur le sentier (de la maison, ndlr) et quand j'ai ouvert la porte, il a bondi sur moi.

Fini les bouquins d'école, les profs et les devoirs... Qu'est-ce que cela vous a fait de prendre un coup de vieux en quelques mois ?
© Metropolitan FilmExport
Quand j'ai appris que j'allais jouer un personnage plus vieux que moi, je me suis dit que ça m'aiderait si la relation que je devais avoir une réelle alchimie avec "mon fils" pour être crédible. Alors j'ai demandé à James de faire passer une audition à mon filleul, Misha, parmi 5 autres acteurs confirmés. On ne peut pas substituer la réelle complicité que j'ai avec lui par une "construite". Et c'était vraiment très chouette de voir Misha sur le plateau car il était tout à fait conscient qu'il avait un travail à faire, qu'il devait être concentré pour y arriver. Et je n'ai pas réalisé sur le moment qu'il était vraiment excellent. Je pensais qu'il serait adorable mais il a vraiment délivrer une performance remarquable.

On a comme l'impression que Potter n'est quand même pas loin dans La Dame en noir...
© Metropolitan FilmExport
Bizarrement, La scène de mes adieux à mon fils c'est aussi dans une scène équivalente qu'on laisse Potter. Il est vrai que dans le dernier Potter, je dis au revoir à mes enfants sur le quai de la gare (face au train qui va à Poudlard, ndlr) et je fais la même chose dans le début de La dame en noir. Et encore plus bizarre, celui qui joue mon père dans Potter a joué Arthur Kipps dans la version originale télévisée de 1989. 

L'horreur et l'épouvante va être votre nouveau terrain de jeu ou vous aspirez à faire autre chose ?
© Metropolitan FilmExport
Je n'ai pas envie de jouer dans un type de film particulier. Si j'avais à choisir, je ferais bien une comédie car je n'en ai jamais fait. D'avoir fait How to succeed pendant un an et d'avoir fait un sketch pour le Saturday Night Live (talk show américain) a été un véritable entraînement et j'aimerais en faire davantage. Mais au-delà de ça, je n'ai pas envie de me refuser quoi que ce soit pour l'instant --  à part peut être une franchise fantastique… (rires). Je veux juste ne pas me répéter. Gary Oldman n'a jamais fait la même chose. Les meilleurs acteurs cherchent à aller là où ils ne sont jamais allés. Et j'aimerais vraiment y arriver. En ce moment, je tourne Kill your darlings dans lequel je joue un jeune homme de 19 ans (l'histoire craie du meurtre de David Kammerer par Lucien Carr, ami des écrivains Kerouac, Ginsberg et Burroughs, avec Elizabeth Olsen, Michael C Hall, Ben Foster, Dane DeHaan..., ndlr).

Comment pensez-vous construire votre carrière ?
Je n'ai jamais eu une façon de procéder. J'ai toujours fait confiance à mon instinct et pris mes marques. Et jusque là, ça a payé. Mais maintenant, quand je me regarde, je vois quand je ne donne aucune intention à mon jeu et que j'aurais dû faire ça plutôt que ça. Et sur Kill your Darlings, John (Krokidas) me donne des indications, des façons de travailler et je me dis "mais comment ne m'en a-t-on jamais parlé avant ?" Alors j'apprends et je vais désormais travailler de façon à ce que je sache exactement où je veux emmener la scène avant d'y aller et le résultat que je veux donner à chaque réplique. Et c'est ce sur quoi je veux travailler les prochaines années. Et si j'avais à travailler avec un réalisateur en particulier, ce serait les frères Coen. Car ils font des films drôles, noirs et humains à la fois.

Voilà un registre dans lequel nous aimerions le voir aussi, car on ne peut que constater que son pouvoir comique (visible dans la vie) ne demande qu'à s'exprimer à l'écran. Mais à trop vouloir casser son image, ne va-t-il perdre sa base de fans et se perdre tout court ? Le grand Leo (Di Caprio) l'a fait après Titanic. En espérant que Daniel aura toute l'intelligence (et le talent) pour suivre ses pas. En tout cas, on lui souhaite bonne chance !

© NBC

© NBC
© NBC





vendredi 9 mars 2012

Critique : John Carter : Attention Martiens, un humain débarque (14/03/12)

Si Avatar, La Planète des singes ou Star Wars n'avaient pas existé, il est certain que John Carter aurait amené une réelle nouveauté dans le genre fantastique, avec son jeune héros venu d'une autre planète, tombant amoureux d'une indigène et se faisant accepter par ce peuple du fond de notre galaxie. Finalement, le film d'Andrew Stanton et son budget faramineux de 250 millions de dollars s'avère être un film pop-corn (et un peu kitsch ?) plutôt agréable à regarder mais sans réel intérêt scénaristique. Mais sans nul doute, il va s'imposer comme un carton du box-office...


© Disney
Adaptation spectaculaire de La Princesse de Mars, le premier volume d'une série de 11 romans écrits par Edgar Rice Burroughs, papa de Tarzan, John Carter est un film qui mêle habilement le vieux et le neuf. La modernité avec la perfection des effets spéciaux numériques créant un monde imaginaire et des créateurs plus extravagantes les unes que les autres. On y retrouve des créature fascinantes première qualité des ouvrages de Burroughs, comme ces "hommes" verts de 3 mètres de haut dotés de 4 bras agiles et de défenses de mammouths, ce chien-lézard incroyablement rapide et affectueux, ces singes albinos géants et carnassiers et ces mammifères ovipares, ruminants aux longs bras avec une bouche au creux de chaque main. Le radiateur montre une imagination débridée tout en restituant avec fidélité l'univers presque centenaire de Burroughs. 
© Disney

Stanton garde pourtant une touche old school, avec toutes ces références évidentes et ses formes de récit qui ont très souvent nourri le cinéma populaire. Un soldat confédéré (Talyor Kitsch, alias John Carter) propulsé dans un monde qui lui est inconnu, où deux civilisations (Helium et Zodanga) se font la guerre. Sab Than (Dominic West), chef de Zodanga, possède une arme redoutable et veut soumettre le peuple d'Hélium en épousant Dejah Toris (Lynn Collins), la fille du roi (Ciaran Hinds). Bien évidemment, le preux chevalier John Carter, grâce à sa force physique et à sa ruse, va contrarier à plusieurs reprises les velléités du méchant Sab Than et défaire son armée. On retrouve avec un plaisir évident un type de récit qui renvoie au cinéma d'aventure hollywoodien, touchant aux péplums et aux films mythologiques talents de la fin des années 50 (toute proportion gardée...).

© Disney
  
© Disney
L'intrigue, simpliste et compliquée à la fois, est plutôt mal développée. On ne compte plus les fois où John Carter, cet Indiana Jones martien et gladiateur à ses heures, est capturé puis s'enfuit sans arrêt, inlassablement. Plus construit comme une suite d'incidents qu'une véritable histoire avec des arcs rythmés et des scènes élégamment enchaînées, le film se concentre sur le dilemme de la princesse Dejah, scientifique émérite qui n'a aucune envie d'obéir et de se marier pour des raisons politiques. A vouloir conserver leur identité (planétaire) propre et leur donner une certaine profondeur, les scénaristes ont fait de Dejah et John des personnages principaux basiques, de véritables archétypes : un bienfaiteur et une demoiselle en détresse. Leur romance amène de nombreux clichés à la limite du nain-nian, des minauderies irrépressibles et des regards (bleu lagon) sous le clair des lunes (oui, il y en a plusieurs sur Barsoom). Le scénario d'une platitude sans nom, et les dialogues dépourvu de reliefs, trop peu relevés par un humour basique, auront peine à faire lever les zygomatiques. On notera tout de même que le running gag du "Virginia" a fait son œuvre (je vous laisse la découvrir ci-dessous). Mais pour le reste, voilà une erreur étonnante quant on connaît le pouvoir hilarant de Pixar. On
© Disney
© Disney

Le réalisateur a confié qu'une fois les personnages "décryptés", tout reposerait sur le casting. Et là, on se demande bien comment les auditions ont été faites ! Taylor Kitsch, exilé de la série Friday Night Lights, manque encore d'expérience. Et s'il n'est pas mauvais dans la peau de John Carter, il n'arrive pas à transcender son personnage. Résultat, on a du mal à s'y attacher et à se soucier de son destin. Un peu dommage pour un rôle principal ! Quant à Lynn Collins, seule personnage féminin du film (en chair et en os... et en perruque !), est à la limite de provoquer de l'agacement. Si son verbiage l'ennuie, la gente masculine se contentera de regarder la superbe plastique de la belle dans son costume minimaliste. Seuls Mark Strong (Matai Shang, l'un des méchants) et James Purefoy (Kantos Khan, capitaine ami de John Carter) redonne un peu de couleurs à ce tableau délavé.


En résumé : Si ce blockbuster est un peu plat et gentillet, il n'en reste pas moins une chronique de science-fiction à grand spectacle, visuellement riche et étonnante. Les plus jeunes seront sûrement de meilleurs spectateurs que les adultes.

En bonus : 10 minutes du film, quelques extraits, et la nouvelle bande-annonce pour vous en faire une idée, et des interviews...
   
                         










samedi 25 février 2012

Critique : La Dame en noir : Il ne fait pas bon être un enfant (14/03/2012)

LA DAME EN NOIR
De James Watkins
Avec Daniel Radcliffe, Ciaran Hinds, Janet McTeer...

No Country for young kids serait un titre plus approprié pour La Dame en noir, film d'épouvante digne des longs-métrages britanniques des années 50, dans lesquels avoir moins de 10 ans n'est pas bon signe. La Dame en noir signe le retour du vénérable studio Hammer qui n'avait pas officié depuis 1979 et fait revivre la vieille maison délabrée et peu accueillante, dans laquelle les ombres dansent, les bruits sifflent et craquent à tout moment, les villageois sont méfiants et vindicatifs, sans oublier les apparitions furtives "un coup, j'te vois, puis j'te vois plus" qui font sursauter, la musique angoissante et les cris perçants... Tout dans la tradition. Du moins, pour ceux qui n'ont pas l'habitude du genre (c'est-à-dire la meute de jeunes fans de Daniel Radcliffe), ces artifices les mettront au parfum en mois de deux.
En toute franchise, la curiosité résidait surtout dans ce nouveau rôle choisi par l'acteur britannique loin de la saga Harry Potter (enfin terminée). Et la "bonne" nouvelle : il se défend en avocat et père d'un enfant de 4 ans l'ancien magicien à lunettes ! Et pourtant, ça n'était pas gagné d'avance.




Adapté du roman éponyme écrit par Susan Hill en 1982, La Dame en noir a déjà connu une longue carrière sur les planches londoniennes. Portée par deux acteurs seuls en scènes, elle triomphe sans discontinuer jusqu’en 1989, et devient la deuxième pièce la plus jouée dans le West End après The Mousetrap.

Pour nous mettre dans l’ambiance les premières images de James Watkins sont saisissantes : trois petites filles jouent dans leur chambre quand, tout à coup, elles se lèvent, ouvrent la fenêtre et sautent… sans raison apparente. A ce moment-là, Arthur Kipps (Daniel Radcliffe), jeune avocat veuf dit au revoir à Joseph (Misha Handley), son fils de 4 ans, avant de s’en aller en voyage d’affaires. Il est difficile alors de ne pas avoir de pensées funestes quand au sort à venir du jeune garçon…

Tellement accaparé par son chagrin causé par la mort de sa femme qu’Arthur Kipps est sur le point de perdre son travail. Pour lui donner une dernière chance, son patron l’envoie sur une affaire de succession : celle d’une veuve décédée récemment dans une maison isolée, accessible seulement quelques heures par jour selon la marée qui recouvre la seule route praticable. Une fois arrivé au village, il est accueilli plus que froidement par les habitants, aussi charmants que dans Straw Dogs (Chien de paille, 1971), sans qu’Arthur n’ait une raison à leur comportement agressif. Il décide alors de passer la nuit dans la maison qu’il doit vendre. Même si celle-ci est a l’air d’un château hanté, elle est toujours plus accueillante que le grenier de l’auberge, là même où les petites filles ont fait le grand saut…Seul Mr Daily (Ciaran Hinds, déjà face à Radcliffe dans le dernier Harry Potter), homme fortuné marié à une femme (Janet McTeer, en ce moment à l’affiche d’Albert Nobbs) un temps soit peu dérangée depuis la mort accidentelle (s’il en est) de son fils, semble être prêt à l’aider dans son devoir.
C’est dans cette maison lugubre qu’Arthur va découvrir à travers la correspondance de sa propriétaire que les enfants ne font pas de vieux os dans les environs…


Ne jamais sous-estimer le désir de vengeance d'une femme !

James Watkins, le réalisateur connu pour le thriller Eden Lake (qui prévenait déjà de faire attention aux enfants) montre une fois encore qu’il sait ce qu’il fait : le genre horreur (sans hémoglobine) requiert de nombreux ingrédients et Watkins les met à l’honneur, avec sincérité et style. L’image de la femme spectrale mentionnée dans le titre ne cesse d’apparaître partout : dans un coin sombre d'une pièce, ou une illusion furtive sur une vitre. Et Watkins n’a aucune honte à envoyer Kipps dans les endroits sombres et terrifiants où quiconque avec un peu de bon sens n’oserait jamais s’aventurer.
Même si le scénario est parfois attendu et ne révolutionne pas le genre, le classicisme de l’image rend hommage aux films produits par la Hammer. Tous les clichés un peu « kitsch » sont totalement assumés : les chandeliers habillés de toiles d’araignées, les escaliers qui craquent, les jouets qui prennent vie, les couloirs plongés dans l’ombre pour mieux faire surgir l’objet d’effroi… Watkins préfère faire monter la tension dans le suggestif plutôt que de tomber dans la facilité (et la vulgarité) du slasher movie, où chaque plan est repeint en rouge sang. Ici, point de gore pour le plaisir de voir de l’hémoglobine couler. Ce qui devrait ravir les fans de Radcliffe qui vont pouvoir continuer à le suivre sans avoir à fermer les yeux… Il faut quand même avouer que si le rythme est parfois un peu lent sous prétexte d’installer une atmosphère, on se surprend à sursauter dans son siège et à se cramponner parfois aux accoudoirs.

Pour son premier film d’adulte après l’aventure à Poudlard, Daniel Radcliffe est plutôt surprenant. A peine sorti de ses bouquins de magie, la transition avec son rôle de veuf et père se fait sans douleur. Débarrassé de (presque) tous ses tics faciaux, l’acteur britannique se pose et s’impose dans ce film, qu’il porte quasiment seul une bonne partie du temps. A grand renfort de gros plans (parfois un peu pesant car répétitifs), il s’est forgé une crédibilité qui reste cependant à confirmer. Il a confié à TvCinephages (dans une interview à venir) qu’il lui faudra « 4 à 5 films pour confirmer qu’il est un véritable acteur ». La présence des excellents Ciaran Hinds (bientôt à l'affiche de John Carter, dont la critique est à suivre) et Janet McTeer rattrapent quelques maladresses du script, impatient de vous faire bondir. Les crises subites de démence jouées par McTeer produisent leur effet.

En résumé : Un hommage aux films de la Hammer pas toujours convaincant mais qui se laisse regarder avec le cœur prêt à bondir.


Messages les plus consultés